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HISTOIRE ET DESCRIPTION DE L^OPHTHALMOSCOPE

Uistoriquc. — L'oplilhaliiiologie moderne a fait de grands progrès, nne oie nouvelle a commencé avec la découverte de l'opliilialmoscope qui a permis d'examiner les membranes profondes de l'œil pendant la vie.

L'invention de cet instrument ingénieux est due à Helmhollz, qui en a indiqué la construction en 1851. Il a été conduit, il est vrai, à celte découverte par les travaux des dilïorents auteurs qui avaient fait des recherches sur les causes de miroitement des yeux de certains animaux, et surtout par les expériences de Briicke et de Cumming.

Méry (1) et de la Hire (2) expliquèrent les premiers ce phénomène par les lois de la réfraction des rayons lumineux, et démontrèrent qu'en changeant la direction de rayons sortant de l'œil, on voyait miroiteries vaisseaux de la rétine d'un chat plongé dans l'eau. Pourtant leurs expériences restèrent sans application pratique.

Au commencement de notre siècle, Prévost, de Genève (1811), et plus tard Hassenslein (1838) et Kussmaul ont cherché à leur tour à expliquer le phénomène de miroitement des yeux.

Mais les premières tentatives pour éclairer le fond de l'œil appartiennent à Carron du Villards (1838), qui indiqua le moyen pour examiner les membranesprofondes de l'œil à Vaide de miroirs creux, qu'il appelle ophtlialmoscopes. « Lai lumière artificielle, (lisait-il, n'est préférable à la naturelle que dans les cas où il! est nécessaire d'étudier l'état de l'humeur vitrée et de la rétine, en faisant brusquement refléter le corps lumineux dans les différents points de l'anfracluosi'é oculaire. ')

On voit combien cet auteur était près de la découverte; mais, ignorant les loisoplifiues, il conseilla de se placer derrière le malade, pendant que celui-ci regardait dans un miroir oculaire creux. Il est évident que par ce moyen il ne pouvait pas mieux voir qu'à l'œil nu, et sa méthode d'examen devait rester sans résultat.

(1) Méry, Histoire de l'Amdémic royale des sciences, 1704, p. 107.

(2) De laHire, /6?VAv/<, 1709, p. H9. . , Carron du Villards, Guide pratique des maladies des yeux. Pans, IS^X, l. i, !>• i-'^:

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HISTOIKE ET DESCRIPTION DE L'OPHTHALMOSCOPE. ^l65

C'est en 18^i6 que Cumming (1) à Londres et Brucke (2) à Vienne réussirent h claîrer le fond de l'œil par des procédés tout à fait analogues. Le malade se plaçait devant une bougie, posée à une petite distance de l'œil et à son niveau ; on lui •ecommandait de fixer un objet au delà du point lumineux. L'observateur, se plaant alors de l'autre côté de la bougie et regardant dans la pupille au-dessus d'un cran élevé au niveau de la flamme, voyait la pupille briller d'un éclat rougeâtre.

La question en était là, lorsque HeImholtz(3) vint la résoudre d'une manière oui à fait satisfaisante. En 1851, après avoir expliqué pourquoi la pupille paraît loire dans l'étal ordinaire, il démontra que, pour voir la réline, il fallait se placer iur le trajet des rayons lumineux qui, après Tavoir éclairée, sont réfléchis vers e foyer d'où ils sont émanés. En se basant sur ces données, il a fait construire jn appareil à l'aide duquel on pouvait voir le fond de l'œil et éclairer la pupille. C'est ainsi que l'ophthalmoscope était inventé et la merveilleuse méthode d'examen trouvée. Il restait à perfectionner l'instrument et à l'adapter aux diverses ipplications.

Depuis la découverte de H^hnholtz, le nombre des ophthalmoscopes est devenu tellement considérable qu'il n'y a aucun intérêt pratique à les énumérer. Nous nous contenterons de décrire ceux d'entre eux qui offrent des avantages réels.

Différents modèles d'ophthaimoscopes. — Pour éclairer le fond de l'œil, Helmhollz s'est servi d'un autre principe que celui qui fut mis en pratique par Brucke et Cumming, et, au lieu de se placer derrière la flamme d'une bougie et d'un écran, il a fait construire un appareil réflecteur, qui projetait la lumière réfléchie et permettait en même temps de regarder dans l'œil à travers le réflecteur lui-même.

Son ophthalmoscope se compose d'un petit tube^ coupé obliquement à une de ses extrémités ; il est muni d'un réflecteur composé de trois plaques de verre poli superposées l'ime à l'autre. L'instrument, pourvu d'un manche, se lient devant l'œil du malade, et la lumière de la lampe, réfléchie par les plaques de verre, est îortée dans l'œil du malade et éclaire la rétine et la choroïde. A l'aide de cet instrument, on voit l'intage droite de la réline, mais comme il donne un éclairage insuffisant, il n'est plus aujourd'hui employé.

Nous verrons bientôt qu'il y a deux méthodes pour examiner la rétine à 'ophthalmoscope : l'une consiste à la voir dans son image droite, et l'autre à Tirnage enversée. Certains ophthalmoscopes ne donnent que l'une ou l'autre de ces images; d'antres peuvent remplir les deux conditions.

A. Ophthalmoscope simple. — Exploration à l'image renversée.— 1. Description de rinstrument. — Les meilleurs réflecteurs pour l'éclairage du fond de 'œil sont des miroirs concaves, employés pour la première fois par Ruete, dans un instrument fixe, et par Anagnostakis sous la forme d'un ophthalmoscope à main. Mais ces réflecteurs sont bons ou mauvais et l'emportent sur les autres par la quantité de lumière réfléchie et la netteté de l'image, selon que le miroir est de verre élamé ou de métal, et que son foyer est plus ou moins long.

(1) Cumming, Medico-Chirurgical Transactions, t. XXIX, p. 28^.

(2) Brucke, Mùller's Archiv fur Anatom., 1847, p. 225.

(3) Helmholtz Beschreibung eines Augenspiegels zur Untersuchung der Net%haut im lebenden Auge. Berlin, 1851.

GALEZ0W8KI.

OPHTHALMOSCOPli.

Je donne ordinairement la préférence aux miroirs concaves de 23 à 25 centimètres de foyer, faits de verre très-mince et étamé (fig. 229). Au centre de ce miroir, l'élamage est enlevé sur une étendue de 5 millimètres de diamètre. Le miroir est enchâssé dans un encadrement métallique auquel est fixé un manche pliant, pouvant s'abattre sur le miroir, ce ([ui le rend plus portatif. Une fourche, fixée derrière le miroir et munie à volonté d'une lentille convexe, n" 12, pour faciliter l'examen d'hyperméirope ou presbyte, ou bien d'une lentille concave n" 10,

Fig. 229. — Ophthalmoscope à main de Galezowski.

pour l'examen de l'image directe de la rétine, peut se placer vis-à-vis du troui central du miroir. Cet ophthalmoscope est porté dans une petite boîte, qui contient aussi une loupe G de 2 l/k pouces de foyer, enchâssée dans un cercle métallique, et un petit compte-gouttes B, pour la solution d'atropine.

Cet instrument, tel que nous venons de le décrire, est le plus portatif de tous:: il a été construit d'après mes indications par Aubry, fabricant d'instruments de chirurgie à Paris.

Quoique plus compliqué, l'ophthalmoseope à main de FoUin a un bon foyer eti donne un très-bon éclairage.

Desmarres père a fait faire le réflecteur d'acier fondu qui a l'avantage de conserver la même force d'éclairage pendant très-longtemps. Les Allemands em-ploient pour cet usage" d'autres mélaux, argent, maillechort, etc. En général, nous pouvons dire que les miroirs de verre étamé ont l'inconvénient de donner un double reflet au centre de la pupille, mais ils éclairent mieux. Tout au contraire, les miroirs métalliques ne procurent pas assez de lumière, ou bien ils se. ternissent et se dépolissent facilement.

2. Usage de l'ophthalmoseope simple. — On saisit de la main droite le miroiri par son manche, et, en l'approchant de son œil droit, on l'applique au rebordl orbitaire et à la racine du nez ; puis on dirige obliquement sa surface miroitante vers la lampe, placée à côté et un peu en arrière du malade (fig. 228).

Par quelques mouvements latéraux du miroir, on parvient à projeter la lumière réfléchie sur l'œil que l'on examine. On voit alors à travers le trou central la* pupille éclairée et colorée en rouge. A ce moment on s'éloigne de l'œil observé à une distance de 20 ou 2,5 centimètres, et l'on porte de la main gauche la lentille 2 i/Ui

HISTOIRE ET DFSCRIPTION DE L'OPHTHALMOSCOPE.

levant la pupille, où on la maintient dans une position verticale à la distance de on foyer (2 1/4 pouces). Pour plus de fixité, la main qui tient cette lentille s'apuiie avec le petit doigt sur le bord orbilaire externe pour l'œil droit, et sur la racine lu nez lorsqu'on explore l'œil gauche. Cette fois la lumière réfléchie n'arrivera à ;i pupille qu'en passant par la lentille; quelques mouvements latéraux du miroir, iccompagnés d'une légère inclinaison de la lentille, de son rapprochement ou de ion éloignement de l'œil, permettront de voir le foiîd de l'œil rouge ainsi que 'image de la rétine, du nerf optique et de la choroïde.

FiG. 230. — Examen avec rophthalmoscope à main.

La figure 230 montre exactement les détails de la manœuvre opératoire, de la )osition du malade, de la lampe, et de la manière dont il faut tenir l'instrument, our obtenir une plus grande netteté de l'image, un écran pourra être placé entre a lampe et la tôle du malade, ainsi que l'indique la ligure.

3. Explication du procédé par r image renversée. — Au moyen de cet ophthaliioscope on obtient une image renversée de la réline, et ce renversement n'est pas :lû à la lentille biconvexe que l'on tient devant l'œil, comme on serait tenté de le :roire, mais à celte circonstance, qu'en examinant le fond de l'œil à une distance le 25 centimètres, on voit l'image aérienne de la rétine qui est par elle-même renversée. La lentille biconvexe placée devant l'œil du malade ne sert qu'à rapprocher celte image et à la rendre plus nette et plus facile à distinguer.

La figure 231 donnera une idée exacte de la marche des rayons lumineux et era bien comprendre la formation de l'image rétinienne.

Supposons que l'œil A soit éclairé au moyen d'un miroir concave M, sur lequel BSt concentrée la lumière de la lampe placée à côté. En admettant que la largeur de a pupille est assez grande, le faisceau lumineux qui arrivera dans le fond de l'œil n'éclairera qu'une surface L B de la rétine. Ces mêmes rayons, réfléchis en sorant de l'œil, auraient leur foyer en b' a' et formeraient l'image renversée de la rétine, si la lentille biconvexe L n'était pas placée sur leur trajet. Mais cette der-

OPlllHALMOSCOFE.

nière rend ces rayons plus convergents et plus rapprochas de l'œil observé, de sorte que le point h' est porté en ù" et a' en a". L'image ainsi obtenue est plus-Ni petite que la première, mais elle est plus rapprochée de l'œil et par conséquenliij plus distincte pour l'œil B de l'observateur.

FiG. 231. — Théorie de l'oplithalmoscope. image renversée (*).

Le même ophthalmoscope peut servir aussi pour l'examen à l'image droite ; ili suffit, en effet, de placer une lentille concave n"' 5, 8 ou 10, derrière le miroir et de s'approcher de l'œil du malade à une distance de 3 ou 4 centimètres, pour qu'on puisse voir l'image droite fortement grossie.

B. Ophthalmoscope de Coccius (fig. 232). — Il se compose d'un miroir plan A\

FiG. 232. — Ophthalmoscope de Coccius. I'Tg. 233. — Ophthalmoscope de Zehenderr

associé à ime lentille B convexe n" 5, qui se place obliquement tout près du miroiir et sert à concentrer les rayons lumineux sur celui-ci (1). Lorsqu'on veut exammerr

(1) Coccius, Ueher die Anwendung des Augen-Spiegels. Leipzig, 1853.

(*) A, œil observé ; B, l'cbscrvateur ; M , u.i.„ir ophtlu.l.uo.ro,,i.iue ; les ^'^V"''' mi ie.ix réfrinmints df Vo-U, et v,.nt ioinuT «ne image ..érienue renversée el ag.ûx.he en « /. , au ^ o d s incte de l'œil observé. Si l'on a,.vli<,ue .ne lentille biconve.xe eon.re 1 <-'^ "^^r^^^ " mera en a" b", c'est-à-dire qu elle sera plus petite, plus rapprochée de 1 œil observe et plus d.stn.cte.

HISTOIRE ET DESCRIPTION DE l/OPUTHArMOSCOPE.

'œil à line distance très-rapprochée et à l'image droite, ou place successivement derrière le trou central un des verres concaves qui se trouvent ajustés dans la cou-

isse c. Par sa forme, il ressemble à celui de Zehender.

Pour l'examen à l'image renversée, on enlève habituellement la lentille n° 5 convexe, et l'on examine le fond de l'œil comme avec l'instrument précédent. Si l'image de la rétine n'est pas nette, on place alors derrière le miroir une des lentilles concaves ou convexes qui se trouvent dans la trousse, et l'on reconmience l'examen.

C. Ophthalmosgope de Zehender (fig. 233). — Exploration à Vimage droite. — Cet ophthalmoscope est spécialement destiné pour l'examen à l'image droite, et il présente une des combinaisons les plus heureuses pour ce but spécial ; on en obtient une image très-grande et très-nette (1).

1. Description de Vinstrument. — L'instrument se compose d'un miroir métallique convexe de 6 pouces de foyer, fixé sur un manche, et d'une lentille biconvexe de 2 pouces de foyer, enchâssée dans un anneau métallique qui s'articule avec le miroir, comme le représente la figure 233. Une lentille concave n" 10 est placée derrière le trou central.

2. Mode d'application. — Après avoir dilaié préalablement la pupille de l'œil qu'on doit examiner, on approche la lampe tout près de ce dernier, puis on dispose l'ophilialmoscope de façon (|ue la lentille convexe de 2 pouces et le miroir forment un angle aigu l'un par rapport à l'autre.

Par quelques mouvements latéraux de la lentille on cherche ensuite à concentrer la lumière delà lampe sur le miroir. Tant que la lumière qu'il réfléchit ne formera pas un dis(iue rond, régulier, bien clair avec une petite ombre au centre,, l'instrument ne donnera pas un bon éclairage. Alors seulement, en l'approchant de l'œil du malade, à la distance de 5 à 6 centimètres, et en regardant fixement dans la pupille h travers le petit trou central, on apercevra une petite surface rouge, sur laquelleon pourra distinguer les vaisseaux et les moindres altérations de la rétine et de la choroïde sensiblement amplifiées.

En inclinant légèrement le miroir à droite ou à gauche, en haut ou en bas, on pourra explorer successivement différentes parties de la rétine. Pourtant cet examen est beaucoup plus difficile que le premier, et il demande beaucoup de patience de la part du malade et du chirurgien.

3. Avantages de V ophthalmoscope de Zehender. — La rétine est éclairée au moyen du miroir convexe par le foyer même des rayons lumineux, et par conséquent l'image est pins claire et plus nette. Dans cet ophthalmoscope, le reflet delà cornée est sensiblement atténué et même complètement effacé, ce qui est trèsimporljint dans l'examen à l'image droite.

^i. Explication du procédé de l'image droite. — L'examen des yeux par le procédé de l'image droite se fait, soit au moyen des ophthalmoscopes composés, tels que ceux de Cocciusou de Zehender, soit avec un ophthalmoscope simple qui sert pour l'examen à l'image renversée. Dans ce cas la loupe convexe est inutile, mais on se rapproche avec le réflecteur très-près de l'œil à examiner et l'on regarde à travers le trou central, préalablement muni d'une lentille concave n° 10 ou 8.

(1) Zehender, Archiv f. Ophthalm. vov Grnefe, Bd. I, Abtii. 1, S. 121. Berlin, 1853.

OPUTHALMOSCOPlî.

Chez les personnes hypermétropes, de même que dans les yeux atteints névrites optiques, on peut voir la papille du nerf optique par un sim|)le éclairage réllccteur non muni de la lentille concave derrière le trou central.

Cet examen donne une image virtuelle, mais droite, ce qui esft dû à la direction des rayons lumineux, dont on peut étudier la marche sur la figure 234. Soit Al l'œil du malade et B celui de l'ob' servateur, qui regarde à Iraverss le trou central du miroir M, muni d'une lentillebiconcaveL. Lecônee lumineux venant de la lampe F, réfléchi par le miroir, éclairée une partie a h de la rétine A.

Les rayons de cette image sortant de l'œil seraient réunis eni «' s'ils n'étaient pas inier-ceptés par la lentille concave L. . Cette dernière, par sa propriétés dispersive, imprime une autre"direction à ces mêmes rayons em les faisant converger vers les* points a" è", de sorte que l'observateur B semble voir l'image?

directe de la réline a è en «" />" plus grande et plus éloignée^ qu'elle n'est en réalité.

D. OphthalmoscopedeGil--

LET DE GRAINDMONT (fig. 235)..

— Pour faciliter l'usage de l'o-phthalmoscope aux commen-çants , cet auteur a introduit i une modification ingénieuse.

La plus grande difficulté pour ■ se servir de l'ophthalmoscope • provient de la position qu'il convient de donner à la lentille; cette difficulté est sensiblement diminuée par l'appareil de Gillet de Grandmont(fig. 235). Il consiste en une sorte de monture de lunette, au milieu de laquelle est vissée une douille de cuivre ; dans l'intérieur de celle-ci se trouve un écrou qui permet de rapprocher ou d'éloigner de l'œil une lentille à la distance focale convenable. Après avoir fixé cet appareil sur la tête du malade et placé la lentille devant l'œil

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FlG. 234.

Théorie de l'ophthalmoscope.

Image droite.

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