MOUCHES VOLANTES ET FLOCONS DU CORPS VITRÉ, U
avant que les mouvements des yeux aient rendu trouble le fond de l'œil tout entier. Nons avons réussi par ce moyen à établir un diagnostic certain pendant que tous les autres moyens restaient infructueux.
Les flocons membraneux sont le plus souvent dus à un épanchement de sang provenant de la rupture d'une des artères de la rétine. Nous avons eu plusieurs fois occasion d'observer une altération semblable à la suite de rupture de l'artère centrale du nerf optique. Je les ai vus aussi se former dans des choroïdites syphilitiques, mais ils avaient souvent dans ces cas une fixité presque complète.
4° Synchysis étincelant ou cristaux de cholestérine flottant dans l'humeur Dilrée. — Cette variété de flocons consiste dans le ramollissement du corps vitré accompagné de la présence de paillettes brillantes plus ou moins nombreuses qui, à l'examen ophthalmoscopique, apparaissent semblables à des paillettes d'or se déplaçant en tout sens. Ces flocons luisants sont constitués par des cristaux de cholestérine, ainsi que iMalgaigne et Desmarres l'ont démontré.
Pendant longtemps, les observateurs qui eurent l'occasion de constater la présence de ces paillettes luisantes (Parfait Landrau, J. A. Schmidt et Stout) dans la chambre antérieure, s'accordèrent à les faire coïncider avec la dépression de la cataracte. De Graefe (1) et de la Calle (2) ont rapporté des exemples qui prouvèrent que les flocons de cholestérine pouvaient se montrer dans les yeux atteints d'un décollement de la rétine et dont le cristallin était intact.
Pour notre compte, nous avons relaté des faits non moins intéressants dans lesquels il y avait synchysis étincelant sans qu'on ait pu découvrir la moindre trace d'inflammation de la rétine, de la choroïde on du cristallin (3).
Ces flocons, lorsqu'ils existent sans aucune autre lésion, produisent la sensation de mouches volantes, et d'une sorte de brouillard ordinairement disposés en grappes régulières, et apparaissant au malade, comme dans mes deux cas, sous forme d'une grappe de raisin.
Anatomic pathologique. — La nature des flocons du corps vilré, ainsi que leur structure microscopique, est très-variée, ce qui tient à leur origine dilTérente.
Les flocons isolés, lilamenteux, sont le plus souvent constitués par de la fibrine coagulée, mélangée de globules du sang, ce qui démontre que leur cause réside dans les épanchements de sang.
D'après Schœn [k), les flocons qui se développent dans le cours d'une irilis sont constitués par de la lymphe plastique.
Stellwag von Garion, Schweigger et MuUer ont constaté dans les iridochoroïdites des flocons composés tantôt de masses amorphes contenant des cellules graisseuses, tantôt de véritables globules de pus, auxquels il faut ajouter des ceHules pigmcniaires provenant de la choroïde.
Selon Dunkan, Ritter et Weber on y retrouve aussi des cellules étoilées et épi- Ihéliales du corps vitré plus ou moins altérées.
Desmarres et Siebel ont démontré, dans certains cas particuliers, la présence de concrétions calcaires occupant l'hémisphère postérieur de la hyaloïde.
(1) De Oraefe, Aixhîv f. Oij/ditalm. , Bd. I, Abth. 1, S. 357.
(2) De la Galle, De l'examen de CcvU nu moyen de rophUwlmnsrope, thèse de Paris, 1 856. 3 Galezowski, Du synehyns étincelant [Annales d'oculistique, 1864, t. LU n 126^
. (4) Schœn, Hundbnch der Patholog. Anot. dey menschl. Auges, 1828 p. 85
GALEZOWSKI. ' à''
'i98 CORPS vhhé.
On trouve presque dans tous les [îocons une certaine quanlilé de ci islaux de cholcstérine et d'hématine qui peuvent exister aussi à l'état d'isolement.
i<:tioiogic. — Nous avons vu qu'une des causes les |)lus fréquentes des llocons est, selon de Gracfe, un épanchement de sang provenant de la ru|)ture des vaisseaux rétiniens ou choroïdicns. Ces épanchemenls reconnaissent tantôt pour causes des affections locales, telles que choroïdiles alrophiques, staphylôme postérieur, etc.; dans d'autres cas, ils sont amenés par les maladies du cœur, les crases du sang, etc.
Les choroïdites et les choroïdo-rélinites syphilitiques donnent le plus souvent lieu à des flocons du corps vitré, et ce sont habituellement des flocons filiformes fins, et en forme de toile d'araignée.
Les luxations du cristallin dans le corps vitré, les corps étrangers en pénétrant dans l'œil occasionnent aussi des épanchemenls floconneux.
Durée et pronostic. — Les flocons exsudatifs et fibrineux, surtout ceux qui sont consécutifs aux choroïdites sont en général longs k disparaître. Dans les cas les plus favorables, leur disparition ne peut être obtenue qu'après un an ou deux.
Les flocons du corps vitré qui accompagnent les choroïdites syphilitiques sont les plus difliciles à guérir, et je les ai vu persister pendant des années, malgré tous les traitements auxquels les malades avaient été assujettis.
Les épanchements sanguins, grands ou petits, se résorbent en général d'une manière assez facile ; mais cette résorption demande aussi un laps de temps relativement très-long.
Traitement. — Cet état morbide est, comme nous l'avons démontré, symptomatique de diverses autres affections, soit de la choroïde, soit de la rétine ; la thérapeutique doit, par conséquent, être en rapport avec ces diverses altérations.
Si le sujet est fort et s'il existe des signes de congestion de la choroïde, occasionnés soit par la suppression des règles ou d'hémori hoides, on appliquera des sangsues derrière l'oreille ou à l'anus. Il sera en même temps nécessaire d'agir sur les intestins au moyen des purgatifs saUns de Pulna, de Birmensdorf, de Kisingeu. Chez les personnes anémiques et chlorotiques, le traitement tonique et ferrugineux sera d'une grande utilité.
Le traitement local doit consister dans les applications fréquentesde compresses d*eau fraîche sur les yeux, et l'instillation alternative des collyres d'atropine et d'éserine. On doit interdire aux malades tout travail susceptible de fatiguer les . yeux et d'y occasionner des congestions. Ils éviteront la lumière vive; l'usage des lunettes bleues ou de teinte neutre (de A. Chevalier) leur sera prescrit, ce qui leS' empêchera aussi devoir les mouches volantes qui les tourmentent constamment.
Dans un cas exceptionnel, j'ai essayé d'enlever à travers une petite plaie sclérolicale les membranes flottantes au moyen de la serre-tèle de Desmarres ; le résultat a été assez satisfaisant et la vue s'était sensiblement éclaircie.
BlBLiOGBAPHiE. — Desmsivres, Si/nchysis étincelutit, ramollissement du corps vitré avec étincelles apparentes au fond de l'œil {An7mles d'oculisti<jue, ^^40, t. XIV, p 220). --■ to„..;c=nn DrimnP du simchusis étincelant (Comptes rendus de l Acad. des se. , 19 juillet 1 Sii /J.