‹ Traité des maladies des yeux (volume 2)Chapitre 164 sur 255 · AMAUROSES SANS ALTÉRATION DE LA PAPILLE · texte numérisé non relu

AMAUROSES SANS ALTÉRATION DE LA PAPILLE

lu'une analgésie complète de tout le côté gauche, de la peau, ainsi que des mulueuses. Le fait que nous avons publié dans notre thèse inaugurale se rapporte cette catégorie.

Au contraire, dans les analgésies qui occupent le côté droit du corps, le trouble e la vue est moins accentué, et se rencontre moins souvent.

L'amblyopie monoculaire est assez caractéristique; elle se présente sous forme

hémiopie latérale interne, ce qui est plus rare, soit de l'externe, et alors elle s'oberve aussi à un faible degré sur l'autre œil, comme nous avons pu le constater ur une malade du docteur Gueneau de Mussy, en 1870.

L'acuité visuelle est ordinairement affaiblie au point que les malades peuvent à eine compter les doigts, et elles perdent en outre la faculté de distinguer de œil malade les couleurs. Ainsi, le jaune et le rose leur paraissent blancs, tandis ue le vert, le cramoisi et le bleu sont noirs.

3" Amblyopie binoculaire. — Cette forme est plus rare; elle survient queluefois dans les deux yeux à la fois ; habituellement un seul œil se trouble d'a-

ord, et puis l'affection passe insensiblement à l'autre œil. L'hémiopie interne pparaît d'abord avec diminution de l'acuité visuelle. La faculté chromatique se erd, et la vue s'éteint petit à petit complétenient, après quoi l'autre œil subit le lême sort.

Nous avons observé, dans le service du docteur Gharcot, à la Salpêtrière, en !869, une malade qui présentait des phénomènes hystériques des plus bizarres, jn l'examinant h plusieurs reprises dans le courant de l'année, en présence du cteur Gharcot, nous n'avons rien trouvé de morbide dans l'œil. Voici le somaire de cette observation, d'après le docteur Hélot : Antécédents hystériques îen marqués; hémiplégie gauche survenue brusquement sans cause appréciable; rte de connaissance au début; paralysie complète de la sensibilité et du mouveentdu côté affecté; troubles de la vue centrale marqués avec hémiopie interne L dyschromatopsie ; trouble de l'ouïe, de l'odorat, du goût; abolition du toucher du sens musculaire à gauche; toux fréquente, hémoptysies et hématémèses; Ttes utérines alternant avec l'aménorrhée; paralysie complète de la vessie; douurs hypogaslriques très-intenses ; plusieurs attaques, dont une avec perte de nnaissance, étendant la paralysié au côté droit, où la sensibilité et la motilité viennent peu à peu; contractures dans l'extension du membre inférieur. Ajouins que la papille, dans les deux yeux, ne présentait aucune altération. Tels sont les caractères qui caractérisent les troubles visuels chez les femmes stériqnes.

E. Amblyopie sênile. — Il existe encore une forme particulière d'amblyopie li ne présente aucun signe ophthalmoscopi(iue, et qui s'observe chez les vieillards. Depuis les recherches ophlhalmoscopiques, elle n'a été jusqu'à présent signae par personne, si nous ne nous trompons, dans la forme que nous exposons ici. bus trouvons seulement, chez un auteur du xviii'' siècle, Guérin, une mention l'Iiéméralopie sénile, dont il donne la description suivante : « Le nerf optique, ainsi que tous les autres nerfs, peut, avec le temps, devenir calleux, et par là être moins propre à l'usage auquel il est destiné, ce qui aj'rive chez les vieillards. » Ce que dit Guérin au sujet de l'héméralopie sénile peut être admis ur les amblyopies séniles en général.

^^^^ NLHI' OPTIQUE,

Nous savons, eu effel, que tous les tissus perdent, avec l'âge, de leur souplesse cl de leur élasticité; tous les organes des sens s'émoussent : la peau est moins sensible; l'ouïe devient dure et ne saisit plus toutes les nuances des sons. Le même phénomène se produit aussi, dans quelques cas, pour le sens de la vue : les fjbres nerveuses deviennent plus denses et plus calleuses, selon l'expression de Guérin, les éléments de la rétine moins sensibles aux impressions lumineuseset il y a nécessairement une certaine incapacité pour distinguer aussi nettement les objets que dans l'état normal.

Dans ces conditions, la rétine est moins transparente et moins limpide ; les contours de la papille sont un peu moins nets et moins accusés, tandis que sa coloration reste normale. Les vaisseaux centraux et capillaires n'éprouvent aucune modilicalion appréciable. Pourtant la vue des malades s'affaiblit progressivement, i quoique lentement. Après avoir essayé tous les verres convexes jusqu'aux 9, 8 ^* et 7, sans résultat, ils s'aperçoivent qu'ils ne peuvent lire que de très-gros caractères. La vue au loin est aussi affaiblie, mais le malade peut se conduire et distingucr les contours des gros objets.

Ces amblyopies séniles ne sont pas très -fréquentes; on les observe le plus sou vent entre soixante-dix et quatre-vingts ans. Elles se prolongent pendant toutij reste de la vie, sans amener une amaurose complète.

F. Amaurose simulée. — Il n'est pas rare de rencontrer des malades qui, pour une raison ou pour une autre, simulent la cécité. L'ophthalmoscope ne«! révèle naturellement aucune altération, et si l'on a lieu de supposer une simulation, i, on doit soumettre le malade à des contre-épreuves pour reconnaître s'il y a réel-;!' lement de la simulation. Dans un article spécial, nous donnerons des détails sur la|M manière dont on doit procéder pour reconnaître cette amaurose (1).

Diagnostic. — Avant de se prononcer sur la nature des amblyopies, qui ne sont liées à aucune lésion visible du fond de l'œil, on doit examiner les malades au point de vue du défaut de réfraction, savoir, si l'œil n'est pas hypermétrope, astigmatique ou même presbyte. En faisant essayer des lunettes convexes, sphériques ou cylindriques convenables, on résoudra facilement la question.

Étiologie. — Tandis que la cause de l'amblyopie sénile réside dans l'état par- ticulier des fibres du nerf optique, les amblyopies des quatre premières formes dépendent d'une altération du cerveau lui-même. Ainsi, une cécité complète ou-u hémiopique qui survient à la suite d'une suppression des règles, ou sous l'influence de grossesse ou d'un processus morbide quelconque, doit dépendre d'un . désordre matériel dans le centre nerveux de la vision, et plus probablement dans -• les tubercules quadrijumeaux. Il se produit là une congestion momentanée ou ; une infiltration séreuse, et la cécité a heu. On comprend que les tubercules.i optiques étant très-éloignés de la papille, et leur nutrition se faisant au moyen de < vaisseaux propres, une augmentation ou une diminution de la vascularcsatioii dans ■ cet organe éloigné ne peut produire aucun changement dans la coloration du disque optique. Les apoplexies, et d'autres affections essentielles des luberculeajA quadrijumeaux n'amènent pas immédiatement de changement dans la i)apille. Si^ ce changement survient, c'est ordinairement après un laps de temps plus ou njoin^

(1) Voyez, plus bas, la i)ai'iie Médecine légale,

AMAUROSES SANS ALTÉRATION DE T.A PAPILLE. 5fi5

ong, nécessaire pour que le processus morbide se transporte de proche en proche usqu'aux yeux.

Le mécanisme d'amblyopie hystérique ne peut pas être expliqué autrement que )ar une sorte de spasme des parois vasculaires, à la suite duquel les centres opiques restent pendant quelque temps complètement exsangues.

Dans la forme d'amblyopie toxique, il se produit une dépression générale de out le système nerveux, ainsi que du sens visuel, et les changements pathologiques qui s'ensuivent dans le cerveau sont aussi concentrés dans les parties cen- .rales optiques, et restent pendant très-longtemps imperceptibles à l'œil de l'observateur le plus expérimenté.

.Hardie, durée, terminaison. — La maladie sult une marche très -variable, jui est en rapport avec la nature de ses causes. Dans la forme subite, hystérique, lie est tout h fait irrégulière, comme Test celle de toutes les névroses; elle peut cesser après une durée très-courte, ou se prolonger indéfiniment ; souvent elle apparaît et disparaît h des intervalles plus ou moins rapprochés. Quelquefois la vue revient subitement surtout dans l'hyslérie, et l'on cite des cas où les malades se sont couchés aveugles, dans un élat d'horrible anxiété, et se sont réveillés le lendemain guéris. Quelquefois on a vu l'amblyopie de cette nature rester incurable tout le reste de la vie.

L'amblyopie alcoolique, saturnine, et toute autre de nature toxique, peut guérir avec la disparition de la cause qui l'a occasionnée, surtout lorsqu'elle n'est pas encore très-invétérée.

Traitement. — Dans CCS différentes formes d'amblyopie, le traitement doit être dirigé contre les causes qui l'ont occasionnée. Ainsi, dans la suppression des règles, nous avons obtenu des succès instantanés, par une application de sangsues aux parties génitales. Dans la forme hystérique, on prescrira les antispasmodiques, la valériane, l'oxyde de zinc, et les narcotiques, tels que le datura stramoniiim et la belladone. Dans l'amblyopie alcoolique, l'opium et le bromure de poltissium peuvent être utilement administrés. A celles qui sont survenues à la suiie d'intoxicalion saturnine, on opposera les bains sulfureux, l'iodure de potassium à l'intérieur, des toniques et des ferrugineux.

Si l'amblyopie se déclare dans le courant de la grossesse, il faut rechercher attenlivemeni si ce phénomène n'est pas dû à une albuminurie fréquente dans cet (Hat. En l'absence de cette affection, on agira par des révulsifs.

Il faut examiner attentivement les malades au point de vue des accès périodiques; l'emploi du sulfate de quinine à haute dose peut être, dans ces cas, utilement recommandé.

Bibliographie. — Graefe, Ueber die mit Diabètes mcllitus vorkommenden Sehstdnoig {Archiv f. Ophthalm., Bd. IV, Abth. 2, p. 230). — Galezowski, Amaurose double à la suite lie suppression des règles; guérison {Gaz. des hôp., 1864, n» 35); et Avihlyopie alcoolique Dingnostjc des maladies des yeux par la chromatoscopie rétinienne^ Paris, 1868, p. 217). — Sichel, De l'influence du tabac à priser sur la production de l'amaurose {Annales 'l'oculist., t. L, p. 73); et Nouvelles recherches pratiques sur l'amblyopie et l'amaurose rnustes par l'abus du tabac à fumer, avec des remarques sur l'amblyopie et l'amauroso des 'moeurs {Annales d'oculist., 1865, t. LUI, p. 122). - Testelin, Fièvre larvée double quoti- «lenne, forme amaurotique {Annales d'oculist., 1866, t. LV], p. 317). - Viardin, Amhlyopie par abns de tabac (Bulletin de thérapeut., février 1867, p. 1/il). — Loureiro, De

l'ambhjopie nicotique [Compte rendu du Congrès ophfhalmologique de Paris, 1868 p 170\ — Daguenet, Quelques considérations sur Vamblyopie alcoolique {Annales d'oculisl. ' ml' 1870 ^ "~ ^'"'^^ quelques cas d'hémiplégie hystérique, thèse de Paris'

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