RÉTINITE ALBUMINURIQUE
La même chose peut être dite au sujet de la rétiiiite albuniiniirique. Elles sont uérissables lorsque la maladie générale n'est qu'accidentelle et passagère, et nous vons, pour notre part, observé plusieurs cas d'amélioration notable qui s'est souuue' pendant longtemps, et trois cas de guérison complète. Ainsi, une malade du jofesseur Grisolle, à l'Hôtel-Dieu, fut prise, pendant la grossesse, d'une albumiarie des plus graves accompagnée d'une rctinite double. Après raccouchemenl, albuminurie et la rétinite ont complètement disparu. Une malade de N. Gueneau de. Mussy est devenue albuminurique par suite de ppression des règles, et les deux yeux furent atteints de rétinite. Le traitement l'slitué par cet éminent praticien rétablit la santé générale, et fit résorber toutes s exsudations et hémorrhagies rétiniennes.
Un troisième fait se rapporte à un malade de ma clinique, employé de poste, ui, à la suite d'un accident (un lourd fardeau tombé sur les reins), fut pris d'une buminuric. Bientôt la vue se trouble, et la rétinite all)uminurique double dent tellement grave, que le malade avait déjà de la peine à se conduire. Sous nfluence du traitement que nous avons institué de concert avec le docteur Peter, a recouvré sa santé, et la vue se rétablit au point qu'il a pu reprendre ses occulions. La pupille est devenue un peu blanche, mais toutes les exsudations réiiiennes se résorbèrent. Pendant la période de convalescence et au moment où rétine reprenait ha transparence, nous avons pu voir une atrophie choroïdienne ^riphérique se déclarer, mais elle s'arrêta assez facilement et Ji'a pas empêché rétablissement de la vue.
Malheureusement les terminaisons favorables sont rares, et, dans la majorité des s, l'affection générale et l'affection oculaire sont l'une et l'autre funestes dans ur issue.
Traiicment. — Le traitement local n'a aucune valeur i)ratique, et ni les déplé- E)ns sanguines, ni les vésicatoires volants ne peuvent avoir aucune utilité. C'est ntre la cause générale, et surtout contre l'affection des reins, qu'on doit diriger médication.
Lorsque l'albuminurie est aiguë, le traitement doit être, d'après Béhier, actif énergique, aussi longtemps que durent les accidents d'acuité : les émissions sanines au moyen de ventouses scarifiées sur la région lombaire, plusieurs fois (Houvelées, sont particulièrement utiles. Des boissons adoucissantes, lièdes, un gime tonique, repos absolu des yeux, aideront efficacement le traitement. On devra eu outre avoir recours aux bains de vapeur et aux bains sulfureux, e j'ai vus agir d'une manière très-efficace dans celte maladie. Le docteur Gueneau de Mussy administre en outre, avec succès, la teinture d'iode à l'inléricur des doses successivement croissantes. Peler recommande des doses élevées d'ionre de potassium.
BiiiLiocRM'iUK. — Landouzy, De l'timaurose dans la néphrite albumùmise {Bull. île l'Acnrl méd., l>aris, 1849-50, t. XV, p. llx, 96; et 1850-51, t. \VI, p. 52 et 376). — Miclirl ■vy, Lelire mr Vnmaurose considérée connue sympiàrne d' albuminurie {Ihil/. de l'Aend ■ méd., Paris, 1849-50, t. XV, p. 'èQ), ti Maladie de Hrif,hl [Union méd., 1849). ~ urcl<, Zeilschr. dcr Wietier Geselisch. der Aerzic, n° II, 18'50. — Yiroliow, ///;• pnl/io/. nalomie dcr Nclzhaul u. des Schnerven {Arc/nu v. Virchov), Bd. X, p. ■170). — Hcyinarm, rher Amaurose hei Brighlsclier Krankh. {Archiv fiir Opidhalm., 1856, Bd. II, Ablh. 2- 137). — Lecorché, De l'altération de la vision dans la néphrite albumineuse, ihcge de
RÉTlNli.
Pans 1858 — Charcot, De rumblyopie et de l' amauvose albuminurique (Gaz. lœbd is-ix^ — Nàgel, Dœ fetlujc Degenercdion d.r Nctzkuuf {Archiv fur Ophthalm., Bd XI "Âbtn i
(Arc/no r. Ophtl. 1860 Bd. VI, Ablh. 2, p. 277). - Metaxas. De W-^/^t t rétine, l^^/J de fans, 1801. ->awson, Amaurose puerpérale {OphthaL: JlospU r1 ports, 1863-1860). — Secondi, Gwrnale d'ophthulmia Ualiancu 18G3, n"<' 3 et A- «. Chnicu oculistica de Genova, 18G5, p. 58. - Galezowski, Sur la dégénérescence graisJeu'e de la rétine dans l'alhummurie {Union rnéd., 18G5, n° 63). — Hulke, \IMicya do h. rétine dans une maladie des reins {Med. Times and Gaz., 2 janvier 1 864). — C F Prince De la rétmite albuminurique , thèse de Paris, 1867. — Mohammed OfT. Sur les altérai ixyàt des )7iembra?m internes de l'œil dans l'albuminurie et la glrjcosurie, thèse de Paris, 1870
ARTICLE IV
BÉTIJNITE GLYGOSURIQUE.
Les ainblyopies et les aniauroses consécutives à la glycosurie ont été déjà signalées depuis longtemps. Trousseau (1) disait qu'un des symptômes les plus fréquents du diabète sucré, et qui se rattache aux troubles du système nerveux, c'est- V affaiblissement de la vue, la presbtjtie prématurée. Boucliardat (2) a noté des troubles visuels 8 fois sur 32 cas de glycosurie, et Fauconneau-Dufresne (3) 20 fois sur 162 cas: ce qui ferait, en moyenne, 1 pour 6 malades.
Mais ces troubles visuels étaient dus à des altérations très-variées, soit de l'œil I lui-même, soit de l'encéphale.
Nous avons parlé plus haut des amauroses cérébrales glycosuriques, et il nous • reste à parler des altérations de la rétine.
Lecorché a trouvé, à l'autopsie des malades diabétiques^ la rétine pâle, amincie, . sans épanchements d'aucune sorte.
Mais nous connaissons aujourd'hui des faits incontestables, quoique rares, de rétinite glycosurique. Deux premières observations appartiennent au docteur Des-marres une troisième observation est celle qui a été publiée par Jaeger(3); : une qualrièn»e, et la plus détaillée, est celle que nous avons recueillie nousmême. Le cinquième cas apparlient à Martin; enfin le sixième est rapporté par le docteur H. Noyés (de New -York) (6). Depuis celte époque, j'ai recueilli un i nouveau l'ait, non moins inléressant, sur un malade âgé de soixante ans qui me fut i présenté parledocteur MoUien (d'Amiens), et qui avait des taches hémorrhagiqiies -i avec cxsudalions blanchâtres sur les deux rétines. Soumis à un régime convenable, il est aujourd'hui guéri, comme l'atteste une noie qui me fut adressé par le docteur Mollien.
Le fait le plus remarquable est celui que nous avons rapporté au Congrès < d'ophthalmologie de Paris, en 1862. Ce malade était glycosurique, et le docteurs
(1) Trousseau, Clinique de l'Hôtel-Dieu, t. II, p. 58/i.
(2) Bouchardat, Annuaire de thérapeutique, i^txQ; et Du dia/n-le siarc ou glycosurie, m Inrili'mrnl hygiénique {Mém. de l'Acad. deméd., 1852, t. XVI, p. 125).
(3) Fauconneau-Dufresne, Jonrn. des connaissances médicales, 1860, n» 15. (Ji) Desmarres, Traité des maladies des yeux, t. 111, p. 525.
(5) Jaetïer, //«/((/. J//«.y, 1869, p. 99. - , iofio ii
(6) H. Noyés, Transactions of the American ophthahnologtcal Society. New-\ork, I80»r |
RÉTINITE GLYCOSURIQUE,
irassi constata la présence de 23 grammes de sucre sur 1 litre d'urine. Le malade islinguait à peine le i\° 18 de l'échelle de Jaeger. A l'ophthalmoscope, nous îconnûmes (pic la papille était visiblement atrophiée, très-blanche et luisante; lue les artères étaient amincies et les vaisseaux capillaires collatéraux de la papille (irophiés, comme cela se voit sur la figure 285, ^. et B. Les contours de la papille liaient bien tranchés, et la réline, dans son voisinage, nullement troublée; de sorte ju'il n'y avait point de trace d'une infiltration semblable à celle qu'on trouve ins la rétinite albuminurique. Du côté interne de la papille, on voyait une tache ^pleciiquc ronde, d'un demi-centimètre de diamètre, siégeant à coté d'une ^re C. En suivant la même artère en haut, on trouvait en C une dizaine de îlites taches apoplectiques, et au milieu d'elles une plaque blanche exsudativc de millimètres. Les mêmes phénomènes s'observaient on I), D, D.
V GAlfZOmK/. AD. N/\T
l'"iG. 285. — Rétinite glycosurique (*),
Parmi les p/icnomènes subjectifs offerts par ce malade, nous devons signaler 'impossibilité d'apprécier les différentes couleurs : le rouge se confondait avec e blanc, et le bleu s'atténuait sensiblement.
L'atrophie du nerf optique peut se rencontrer seule et sans rétinite dans la glyosurie. Dans d'autres cas elle accompagne la rétinite glycosurique, comme cela eu lieu dans les cas rapportés par moi et par Martin. Cette tendance à l'atrophie le la papille est un signe distinclif entre la rétinite albuminurique et glycosurique. liais, dans le f:.it rapporté par Noyés, le contraire avait lieu ; les nerfs optiques étaient congestionnés, sans que pour cela ses contours fussent troublés.
Quelquefois l'altération de la rétine se traduit par de simples hémorrhagies domine cela avait été indiqué par le docteur Courtois et mol. C'est ainsi que deui «lalades diabétiques du service du docteur Boucher de la Ville Jossy, examinés
xSiîdaVivé/rfa'i-éC''"' ' 'Poplecliques .le In rétine ; D, 0, 1., tncl.e.
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'^00 ntnm:.
h l'ophlhalnioscope pnr le doclcur Cusco, ont présenté des liéinorrliai^ies veineuses dans les parties voisines de la inacula (1). Noyés a vu des exsudations hlanchâires se former pins spécialement dans la région de la macula, et semblables, sous tons les rapports, à celles que l'on constate dans l'albuminurie.
^ Dans d'autres cas, le trouble de la vue cbez les glycosuriques est dû aux opacités du cristallin, et le sens cbromaliquc n'est point altéré. Celle dernière forme d'aiïection oculaire se rencontre bien plus fréqucuunenl que les précédentes.
Comparant tous les faits connus jusqu'à préscnf, nous pouvons en faire les> déductions suivantes :
1° Le trouble de la vue chez les glycosuriques dépend des rétiniles givcosu- riqnes, d'atrophie de la papille ou d'opacités du cristallin.
2" Les épanchements de sang rétiniens proviennent des artères et sont dissé- minés sur toute la rétine.
3° L'atro|)hic de la papille accompagne la rétinilc glycosurique, mais elle peut exister sans celte dernière.
Pathogénic. — Quelle peut être la cause intime d'altérations de la réline et du nerf optique? Les expériences de Claude Bernard nous ont prouvé que les ^ blessures du plancher du quatrième ventricule occasionnent la glycosurie. Mais si, d'une part, les altérations de cette région amènent la glycosurie, d'autre part il n'est pas douteux que l'appauvrissement du sang occasionne h son tour des altérations très-variées dans les diiïérentes parties du corps.
Nous savons en effet que \q purpura hœmorrhogica (Trousseau), les gangr^èncs spoutanées (Marchai, de Caivi), et les ramollisseiricnts gris et rouge du cerveau dans le quatrième ventricule et les processus supérieurs du cervelet (Luys), peuvent se déclarer dans le cours de la glycosurie. Tous ces accidents sont irès-vraisemblablement dus, d'après Trousseau, à une affection des parois artérielles que l'on désigne du nom d'arthrite.
Les altérations de la rétine nous prouvent que c'est réellement dans l'état morbide des artères que l'on doit chercher la cause prochaine de rétinile. l'ar suite de • composition vicieuse du sang et d'afftclion du quatrième ventricule qui se corn-: munique au système des nerfs vaso-moteurs, les parois des vaisseaux ne fonclioii- lient pas bien, et les capillaires se transforment petit à petit et subissent des dégénérescences graisseuses.
Dans les atrophies de la papille, c'est surtout dans le cerveau que la lésion matérielle se déclare, comuie cela a été observé par Luys, Becquerel, Trousseau et autres, et puis el'e gagne successivement les centres optiques et amène Icun atrophie.
Pi-oiios(ic. — Il est très-grave, la maladie de la rétine n'étant que la conséquence de l'affection générale, qui très-souvent résiste à tous les moyens. Mais il \ n'est pas rare de voir les affections oculaires s'arrêter dans lem- évolution sous l'in- ■ fluencc d'un régime convenable. ,
Traiicmcnt. — Le diabète- sucré peut être sous la dépendance de maladies cérébrales, et il serait alors bien dilïicile de trouver un remède contre la maladie générale ou oculaire. Mais l()rs(pie le diabète est .sous la dépendance d'une perlur-
(1) Courtois, Étiuk sur la valeur snniulique des npoplcxirs- réliiiimnes, \hèse <\c Vms, 1868, p. 33.
ALTÉRATIONS DE LA RÉTINE DANS LA POLYURlE, ETC. 601
hatioli du système nerveux, qui retenlit sur les fondions digestives et sur la sécrétion hépatique, ii n'y a aucun doute que l'observation d'un régime particulier et l'usage de quelques moyens thérapeutiques puissent contribuer au rétablissement de la santé générale et à l'amélioralion de la vue.
L'alimentation aussi azotée que possible doit être recommandée de préférence. jMais si le régime ariimalisé est de tous le plus profitable, il faut pourtant y associer quelques légumes et, d'après l'avis de Bouchardat, ceux qui contiennent une proportion considérable de chlorophylle, tels que les épinards, l'oseille, les choux, le cresson, etc.
L'usage des féculents doit être complètement défendu, ou au moins diminué dans une grande proportion, et c'est dans ce même but qu'on doit interdire le pain de romentou de seigle, et le remplacer par le pain de gluten.
Parmi les moyens pharmaceutiques, les alcalins agissent d'une manière trèsefficace, et c'est dans ce but que nous recommandons l'usage des eaux de Vichy ou (le Vais. Bouchardat a mis en usage les préparations arsenicales, qui, en agissant sur le système du grand sympathique, peuvent activer avec avantage la circulation i't modifier la nutrition générale de l'organisuie.
A ces moyens nous devons ajouter l'inllucnce incontestable do l'hydrothérapie et de l'exercice méthodique et modéré.
Quant au traitement local, il est de peu d'efficacité, et nous n'y avons point recours.
BiBLiOGnAPHiE. — Desmarres, Amblyopie causée par la glycosurie (Traité des^maladies 'k'.iyeux, t. lit. p. 521, 1858). — Lecorché, Gazette hebdomadaire, 18G1, p. 720. — r.alezowski, Rétinite glycosiirique [Compte rendu du Congrèa d'ophihalmologie de Paris, 1862; p. 110), Diagnostic des maladies des yeux par la chromatoscopie rétinienne, 1868, \K 182. — Edouard von Jaeger, Entzûndu7ig der Netzhaut bei Diabeles Mellitus [Ophthalnmkopischer Hand-Atlas, Wien, 18G9, p. 99). — Ossowidzki, Ueber die bei der Zuckerhnrnruhr vorkommenden Augenkrankheiten [inaugural Dissert. ^ Berlin, 1869). — Noyés, Retinitis in Glycosuria [Transactions of the American ophthalmological Society, New- York,
ARTICLE V
ALTÉRATIONS DE LA RÉTINE DANS LA POLYURlE, L' HÉMOPHYLIE, LA LEUKÉMIE,
l'anémie aiguë.
A. POLYURlE. — Sous le nom de polyurie ou de diabète insipide, on désigne un état morbide caractérisé par une émission exagérée et non passagère d'urines d'un poids spécifique faible, sans sucre ni albumine.
11 ré.sulte des recherches du professeur Sée (1) que la polyurie simple peut durer l'»ngtcmps sans porter le moindre trouble dans la santé. lit, en effet, si les taches de scorbut ou de purpura ont été signalées h la surface de la peau, elles sont en général, d'après Lancereaux (2), très-rares et peu nombreuses.
La vue, chez ces malades, est généralement intacte, (juoique, chez quelques-
(1) Sée, Leçom de pathologie expérimentale, p. 89. Paris, 1866.
(2) Lancereaux, De la polyurie, thèse de concours pour l'agrégalion, 1869.
ufyriNE.
uns d'eiure eux, nous ayons pu découvrir la |>résencc de lâches héniorrlia^iques disséminées sur la périi)hério de la rétine. Ces lâches étaient très-petilp"s, arrondies, grosses comme une tète d'épingle, et ne gênaient en aucune façon la vision.
Jusqu'à présent je n'ai observé que deux faits de ce genre : un dans le sei-vicc du docteur Ilérard, à l'Hôtel- Dieu, en 186/i, et l'autre sur un malade du professeur Laségue, en 1869, à l'hôpital iNecker. A l'examen opliihalnioscopique, on Irouvait dans chaque œil de trois à huit taches hémorrhagiques régulièrenieni arrondies. A part ces hémorrhagies, il n'y avait point d'altération ni dans la papille, ni dans aucune nicnd)rane de l'œil. On trouvera, dans notre Atlas ofihthalmoscopique, une figure reproduisant cette forme d'altération.
B. HÉMOPHILIE ou PuapURA HyEMORRHAGiGA. — Elle peut amener des hémorrhagies dans les deux rétines à la fois. Cette même affection frappe souvent le cerveau et les nerfs optiques. C'est ainsi que nous avons observé, en 186?, dans le service du professeur Trousseau, à l'Hôtei-Dieu, un malade qui était atteint d'hémophilie très-grave suivie de perte de connaissance, de comi et d'autres symptômes graves cérébraux, dont il succomba. L'examen ophlhalmoscopique, fait en présence du docteur Duiuontpallier, nous révéla de larges taches rouges apoplectiques dans plusieurs endroits des deux rétines.
Un autre fait non moins intéressant se présenta à notre ohservraion en 1870, sur un malade du service du professeur Ambroise Tardieu, à l'Hôtel-Dieu. Agé de cinquante ans, il était arrivé, par des excès alcooliques, à une émacialion extrême. Des taches hémorrhagiques, taches de purpura, s'observaient sur tout le corps, et l'examen ophlhalmoscopique, fait en présence du docteur Hayem et de l'interne de service Rue, nous permit de constater de larges plaques ecchymoliqucs qui recouvraient presque tout le champ rétinien, et envahissaient la vinculn dans l'œil droit. Les détails de celte observation ont été rapportés par le docteur Rue (1).
G. Anémih aiguë. — Le professeur Béliier a altiré raltenlion des praticiens sur une mciladie particulière, qu'il appelle anémie aiguë, qui a, selon lui, une grande analogie HMicV anémie du cheval. Chez ces malades, l'émacialion arrive à un degré extrême, la diarrhée persistante paraît enêtre la cause; et sous l'influence d'une hydrémie et d'une Iluidilication extrême du sang, le corps tout entier est œdémalié, et la rétine se recouvre de taches ecchymoliques très-nombreuses, larges, situées sur le trajet des veines. Un cas analogue se présente à notre observation en 1870, dans son service à i'Hôtel-Dieu, et l'examen ophlhalmoscopique, fait en présence du professeur, nous a permis de constater des hémorrhagies dans les deux yeux; les deux papilles étaient infiltrées d'une exsudation séreuse, et dans différents endroits on constatait des taches exsudatives blanchâtres.
Celte forme d'altération rétinienne ressemble, sous tous les points, à celles que nous a^ons observées el décrites dans l'hémophilie.
D. Leukémie ou leucocyïhémie. — Celle affection est, comme on sait, caractérisée par une augmentation considérable de la quantité des globules blancs dans le sang. Chez quelques-uns de ces malades, Liebreich a constaté une forme
(t) Rue, Union médknle, 1870.
RÊTINITE SYPHILITIQUE. 603
parliculière d'inllammation de la rétine, qu'il a appelée rétinile leukémique. Perriii a rapporlé un cas des plus intéressanls de rétinitc leukémique, avec autopsie. A en juger d'après les faits connus, la papille, dans cette aiïection, est pâle, entourée d'une légère infiltralion séreuse; les veines présentent de nombreuses varicosilés, et les artères sont ténues et claires. Sur les parties périphériques de la réline ainsi que dans la région de la macula, on a constaté de nombreuses taches ibrillanles et blanchâtres.
I . A l'autopsie, Perrin a trouvé, dans une zone circulaire située à k millimètres environ de la pupille, des productions pathologiques, rouges, finement mamelonnées, au milieu desquelles on apercevait de petites masses grisâtres analogues aux granulations miliaires, qui contenaient de grosses cellules graisseuses, des granull{)tions graisseuses libres et des globules blancs. Ces éléments morbides étaient
jsilués dans les couches externes de la rétine.
Bibliographie. — Gulezowski, De la rélinile iJulijHniiuc {Atlas d'uphtlKdmosco^nc, 1871), et Apoplexie de lu rétine (A/m. d'uculid., 18G3, p. 95). — Courtois, Etude sur la valeur sémiotiquc des apoplexies rêliniennes, ilièse de l^aris, 1868. — Rue, Purpura lunmorrhagim avec liémorrhaijie rétinienne; observation, autopsie {Union méd., i870, n" ^8, p. 680). — Leibreich, Ann. d'ociilist., 1862, t. XLVI, p. 119, et Atlas d'ophthalinoscopie, p. 29, tabl. X, fig'. 3. — Perrin, liétinite leucocythémique diagnostiquée pendant la vie. Mort; lautopsie {Gazette des hôpitaux, 1870, p. 191, n° /i8).
ARTICLE VI
IIÊTINITE SYPHILITIQUE.
i • Les amauroses syphilitiques sont le plus souvent dues aux altérations des mem- 'branes internes de l'œil. Jusqu'à présent les auteurs ne sont pas bien fixés sur la • question de savoir si c'est la rétine ou la cboroïde qui est primitivement atteinte dans cette maladie.
Desmarres père, Follin et les auteurs anglais pensent que la rétine est presque toujours accompagnée d'une choroïdile. Mes propres observations m'ont permis de I constater, dans la majorité des cas, l'exactitude de cette opinion; mais j'ai égale- ; ment eu l'occasion de voir des cas de rélinite qui n'avaient amené aucune altéra- ! lion du côté de la membrane vasculaire.
i Le docteur Jacquay (1) divise les réliuites syphilitiques en deux variétés : séreuse et interstitielle; les signes de ces deux variétés se rapprochent tellement entre eux, qu'il est difficile de trouver toujours cette différence. Les signes ophthalmoscopiques de la rétinite syphilitique ne diffèrent pas sensiblement de ceux qui se développent sous rinfluence d'autres causes. Ce n'est qu'en s'appuyant sur des données étiologiques, ainsi qu'en écartant par voie d'exclusion les autres causes probables, que nous pourrons arriver à faire un diagnostic exact. Voici les. signes principaux :
^ 1. La rétinite syphilitique débute, le plus souvent, lentement ; les malades s'aperçoivent peu à peu qu'ils ont une certaine difficulté à continuer leurs occupations, surtout à l'approche de la nuit.
(1) Jacquay, Des affections syphilitiques du fond de l'œil, thèse de Paris, 1870, p. 26.
2. Ce qui loiirmenle lo plus los malades, ce soni des pliolopsios et clinipsies. A loin moment, le jour coiniiie la niiii, les yeux ouvei ls aussi bien que fcimés', ils Toieiit devant leurs yeux des feux de dinerenles couleurs, des éclairs, des glo^ bules lumineux et quelquefois de vrais feux d'artifice.
3. Au début de raiïGction, la vision centrale n'est que légèrement affaiblie, et les malades lisent les caractères des n"' h ou 5 de l'échelle de Giraud-Teulôn. Mais si la macula est envahie par les apoplexies ou les exsudations, l'acuité visuelle est sensiblement émoussée, malgré l'intégrité parfaite du champ visuel périphérique.
Il arrive pourtant bien souvent que le malade, en fixant attentivement pendant quelques instants un livre, parviendra à distinguer les plus fins caractères; mais il n'en voit que deux ou trois lettres, un mot ou la moitié d'un mot; immédiatement à côté il s'aperçoit d'une tache qui masque le reste de l'imprimé.
Zi. La pholophobie est par moments très-grande^ et les malades sont complètement éblouis par un grand jour. Il en est de môme lorsqu'ils passent d'un endroit clair dans un milieu sombre, et vice versa; ils sont forcés, pendant quelque temps, de resicr les yeux fermés avant qu'ils s'habituent à la lumière.
5. Un des phénomènes les plus curieux et les plus imporlanls pour le diagnostic de la rétinite syphilitique, c'est la cécité partielle des couleurs. Ainsi, lorsqu'il s'agit des couleurs composées, comme le vert ou le violet, les malades ne perçoivent qu'une des couleurs primitives qui les composent; d'autre pari, le jaune leur paraît blanc et le bleu devient gris ou verdâtre.
Ce phénomène n'est, selon moi, que l'expression de l'altération rétinienne ou du nerf optique, de quelque nature que ce soit. Il peut aussi exister dans une choroïde syphilitique; son absence, au contraire, dans cette dernière maladie^ nous servira de preuve que la rétine n'est point malade.
6. A l'ophlhalmoscope, nous avons constaté tantôt la rétine toute seule malade; tantôt elle était accompagnée, à certaine période d'évolution, d'une névrite et même d'une choroïdite.
7. Habituellement, la papille ne présente qu'un trouble léger, mais tout autour d'elle et le long des vaisseaux on remarque [des exsudations blanchâtres, tantôt longeant ses parois, tantôt situées à côté d'eux. Quelques-unes des branches veineuses sont rompues et masquées par des taches ecchymotiques nombreuses disséminées tout le long d'elles.
8. Les taches apoplectiques n'ont rien de caractéristique, et elles ressemblent tout à fait aux autres apoplexies. Ce sont ordinairement des branches veineuses qu'on trouve rompues; les artères ne présentent pas d'altération: ce qui semble prouver que dans une affection syphilitique les parois des veines s'allèrent de préférence.
9. Dans le voisinage des apoplexies, la rétine est très-souvent infiltrée. On trouve aussi des taches exsudatives plus ou moins larges et sans qu'il y ait la moindre trace d'hémorrhagie. Ces taches sont blanches, très-étendues, et occupent souvent une large surface de la partie centrale et postérieure de la rétine.
On reconnaîtra facilement les taches exsudatives des atrophies choroïdicnncs |)ar leurs contours dilTus et peu limités, et par l'absence ou la présence du pigment accumulé au voisinage.