RÉTINITE SYPHILITIQUE
10. Quant à la choroïde, elle peut rester intacte pendant tout le temps que dure l'affection. Dans d'autres circonstances, l'affection peut successivement envaiiir la clioroïde et l'iris; j'ai vu même, dans un cas, la kératite interstitielle se développer en même teinps que l'iritis à la suite de la rélinite syphilitique.
l'J. Dans quelques cas, on ne voit que le nerf optique seul qui soit affecté ; tout le reste de la membrane nerveuse n'éprouve au icontraire aucun changement appréciable. On remarcpie alors que les contours de la pajîille sont infiltrés-; la papille elle-même est fortement injectée. Les vaisseaux sont très-tortueux et variqueux. Mais cet étal ne dure pas longtemps, et il est bientôt suivi soit de choroïdilc, soit (le rélinite.
12. De Graefe (1) a décrit une forme particulière de rélinite centrale \i récidive, qui se localise spécialement dans la région de la macula. Elle est accompa- 's,\\(tQ. d'un scotome central, avec conservation pendant longtemps du champ visuel périphérique. Quelquefois j'ai vu toute la partie centrale du champ postérieur de la rétine occupée par l'exsudation grisâtre, limitée par des bords bien tranchés.
Ces rélinites centrales se compliquent quelquefois d'accès inflammatoires des plus violents, avec photophobie, douleurs ciliaires et rougeur périkératique. La vue se perd alors complètement pour tout le temps que dure l'accès. L'examen ophlhalmoscopique démontre, dans cette période, un trouble général du fond de l'œil, dépendant d'une choroïdite aiguë syphilitique.
Une fois j'ai pu observer dans une rétinite syphilitique une inliltralion périvasculaire et des épanchements sanguins disséminés sur les différentes parties du >egment postérieur de la rétine.
Mais il arrive très-souvent qu'une rétinite syphilitique est accompagnée ou suivie d'une iritis ; ou bien un œil est atteint de rétinite pendant que l'autre porte des traces d'irilis. C'est, .pour moi, le caractère pathocjUGinonique de l' affection mphilitiqne.
Un fait des plus intéressants s'est présenté à mon observaiiun en 1867, et quui- (|iie le malade niât la cause syphilitique, j'ai pu sans aucui) doute diagnosti(juer une rélinite syphilitique. Le docteur (Jlerc, auquel j'avais adressé le malade, a pleinement conlirmé mon diagnostic. Ce malade présentait des phénomènes de cécité partielle des couleurs des plus caractéristiques. Un jour il vint m'informer qu'il ne distinguait point la couleur rouge, et en versant du vin de Bordeaux dans lui verre, il lui semblait voir du vin blanc. En examinant au moyen de l'échelle chromatique, j'ai pu constater que le rouge carmin lui paraissait violet grisâtre , et le vert bleu grisâtre; l'encre noire ainsi que les lettres imprimées étaient pour lui presque blanches et à peine visibles.
13. Les taches exsudatives s'étendent quelquefois à la périphérie de la réline, ' t amènent un réirécissement notable du champ périphérique. Dans d'autres cas] le nialade perd la vision centrale par suite d'un scotome central plus ou moins l.irge, occasionné par une exsudation de la macula.
Le docteur Macnamara (2) rapporte une observation irès-inslruciivc d'un malade iiUemt de lâches exsudatives larges sur la rèline, et ayant amené un réirécissement sensd)lc du champ périphérique. Son malade guérit après un traitement mixte.
(t) De Graefe, Archw f. 0^,hlh., 1kl. Xli, Ablli. 2, p. 211.
(2) Mucnamaia, A Munual ofdiscu>>c^ uf tlio cijas. Loudon, 18(38, \\ 380.
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J'ai observé bien plus soiivenl des lâches exsudalives de la macula, el de pciiies qu'elles étaient, elles s'étendaient ensuite sur une large surface, et souvent elles se compliquaient de clioroïdite ou d'iritis.
Sur dix cas de rétiniles syphilitiques qui n'étaient pas accompagnées de chonyidite, quatre fois la maladie avait débuté par le scotome centrai, trois fois elle était accompagnée de névrite optique. Chez un malade qui me fut adressé par le docteur Blachez, la rélinile syphilitique double ressemblait beaucoup à une rétinile albuminurique; le malade était sujet en même temps, depuis le début de l'aircction, à des attaques cérébrales, telles qu'étourdissements, vomissements, maux de tète et perle de connaissance. La cause syphilitique ayant été reconnue, j'ai prescrit le traitement mixte antivénérien, et le malade guérit complètement au bout de quatre mois de traitement; la vue revint complètement, les hémorrhagies disparurent et les accidents cérébraux se dissipèrent totalement.
Diagnostic «liffcrcntici. — H serait difficile de reconnaître la nature syphilitique d'une rétinile qui ne serait pas accompagnée de clioroïdite. Pourtant, lorsque l'on compare successivement tous les signes fonctionnels et ophthalmoscopiques entre eux, et que Ton trouve des complications du côté de l'iris, de la choroïde ou du corps vitré, on peut avoir presque la certitude de la nature syphilitique de la maladie.
Une rélinile, en effet, reconnaîtra une cause syphilitique quand elle sera centrale, qu'elle occupera la région de la mo.cula; lorsqu'il n'y a eu qu'un seul œil de pris, ou que dans un œil il y aura une îritis pendant que l'autre sera affecté, soit d'une clioroïdite, soit de névrite. L'existence simultanée dans le même œil d'une rélinile et d'une irilis est pour moi le signe certain de l'affection syphilitique.
ïiifioiogioi — Cette forme de réiinite apparaît, le plus souvent, pendant la pé-. riode secondaire de la syphilis ou elle la suit de près. Rarement elle survient plus tard. Quelquefois pourtant, apparaissant à cette période, elle devient maligne, ce que nous avons observé siu'tout chez les personnes âgées. La rétinile syphilitique peut être héréditaire, comme cela avait été reconnu par Hulchinson et Jacob.
Marche. — La rétinile syphilitique a une marche lente; elle reste souvent et pendant longtemps slationnaire, puis elle s'aggrave rapidement et se complicjue même, soit d'iritis, soit de choroïdite très-graves et très-douloureuses. Dès que les symptômes aigus sont eiu-ayès, on s'aperçoit que le champ visuel présente, par places, de très-grandes lacunes. -
Pronostic. — Il est relativement assez favorable, surtout si le sujet est jeune et si l'affection n'a pas atteint la macula. D'ordinaire, le traitement, dans ces conditions, en vient à bout, et la vue peut se rétablir complètement.
Les rétiniles occupant la région de la macula sont plus difficiles à guérir, et par conséquent elles sont plus graves dans leur issue; les récidives qui les caractérisent peuvent entraîner des complications très-sérieuses el même se terminer par la cécité complète.
Traitement. — L'affection ap|)ailient, comme nous avons vu, à la période secondaire de la syphilis; c'est pourquoi le traitement mercuriel doit avoir ici la préférence. On l'adminislre, soit sous forme de pilules au sublimé (Clerc) ou de