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STRABISME SPASMODIQUE

Les contractions spasmodiques des muscles de l'œil se rencontrent très-rarement, c'est à peine si l'on irouve mentionnés quelques faits isolés dans les auteurs modernes.

Si l'on étudie attentivement les symptômes de cette affection, on verra qu'il y a une grande ressemblance avec les paralysies avec lesquelles on les a très-probablC' ment confondus jusqu'à présent. J'ai rencontré cette affection six fois.

§ I. — Contractions spasmodiques de diverses branches de la troisième paire.

Symptomaiologie. — C'est dans le muscle droit interne que les contractions spasmodiques se déclarent plus spécialement, tandis que les autres branches du nerf de la troisième paire sont h peine affectées; mais ce qui est digne de remarque, c'est que presque toujours, avec la contraction du droit interne, il y a aussi le blépharospasme.

La diplopie est un signe constant de ce spasme, et elle est homonyme, pareille à celle qu'on observe dans la paralysie de la sixième paire. Mais il n'est pas difficile de faire le diagnostic entre ces deux affections : la paralysie, en effet, donne lieu à une diplopie aux images homonymes, qui restent fixes et sans mouvement; dans la contraction du droit interne, il y a au contraire des oscillations continuelles entre les deux images, qui se rapprochent ou s'écartent réciproquement pendant que le malade fixe une bougie immobile. Par momenis la diplopie disparaît subitement pour quelques minutes, quelques heures ou même quelques semaines, pour réapparaître de nouveau, comme cela arriva justement à une malade qui me fut adressée par le docteur Gueneau de Mussy, en 1869. Dans tous les slrabismes spasmodiques en général, il y a des douleurs névralgiques s'étendant à toute la moitié de la tète et qui surviennent par crises. Souvent il y a de la photophobie et du larmoiement.

La contraction du droit interne peut se produire d'une manière secondaire et après que la paralysie de la sixième paire aura duré un temps plus ou moins long.

Siilling a rapporté l'observation d'un malade affecté d'un spasme du droit inférieur et de l'oblique supérieur, ayant donné lieu à une diplopie très-gênante pour le malade.

§ n. — Contraction spasmodique du droit externe.

Cette variété de spasme oculaire se rencontre relativement beaucoup plus rarement d'une manière isolée, mais je l'ai vu alterner avec le spasme du droit interne;

MUSCLES DE L'OEIL

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Syuiptomatoio{;;io. — La conlraclioii du droit externe doit amener une déviation de l'œil en dehors (strabisme divergent). L'œil ne reste pourtant pas lixe, mais il exécute constamment des mouvements oscillatoires.

Mais le signe le plus caractéristique de ce spasme est la diplopie aux imag< croisées, qui tantôt se rapprochent, tantôt s'éloignent l'une de l'autre.

Je l'ai vue se déclarer chez un individu atteint d'alaxie locomotrice, et qui trouvait dans le service du docteur Fournier, à l'Hôtel-Dieu, en 1867. (Je malad voyait deux images, et tantôt elles étaient croisées l'une par rapport à l'autre,!, tantôt homonymes. C'était une alaxie des muscles de l'œil pareille à celle que l'oi constate dans d'autres parties du corps. Ce phénomène était unique dans soi genre, et nous l'avons pu examiner pendant plusieurs semaines en présence d docteurs Fournier, Uuchenne (de Boulogne) et Revillout.

Étioiogie. — Les causes de strabisme spasmodique sont très-variées, et ditflj^ fèrent peu de celles que l'on constate dans d'autres affections spasmodiques. EC général il faut examiner avec soin l'état de l'appareil dentaire; nous avons obtenu,i, en effet, la guérison dans deux cas de strabisme spasmodique en faisant retire! les chicots, dont pourtant les malades ne se plaignaient point.

Le refroidissement et l'exposition d'une moitié de la face au courant d'air peu-i vent aussi prédisposer à celte affection.

Traitement. — L'extraction des chicots et de dents cassées, de même qm l'aurification de celles qui peuvent être conservées, doit être tentée en premier lieu.

Les injections morphinées hypodermiques pourront être aussi employées effi-i cacement. On pourra obtenir en outre un soulagement très-sensible par l'applicai lion des sachets aromatiques ou de ouates aromatisées sur l'œil et le côté endoo lori de la tête.

L'usage des conserves bleues ou neutres, avec un verre dépoli pour l'œil malade, pourra apaiser sensiblement les symptômes morbides et contribuer d'une certaine manière à la guérison.

Dans le cas de spasme de l'oblique supérieur et du droit interne, observé pan Stilling, la diplopie a été facilement neutralisée par l'usage de lunettes convexe?; décentrées.

Bibliographie. — A. Graefe, Klinische Analyse der Moiilitatsstorungen des Auges. Berlin.Ji' 1858, p. 205. — Revillout et Galezowski, De la diplopie dans l'ataxie locoinotrice (Gas;Jj des hûpit., 1867, p. 290). — Stilling, Ein Fall von combinirten Augenmuskelspasmii^f {Archiv f. 'Opht/i., 1868, Bd. XIY, Abtli. I, p. 97).

§ III. — Nystagmus ou spasme oscillatoire des muscles de l'œil.

On donne le nom de mjstagmus à un état morbide dans lequel les globes ocu-.laires exécutent des mouvements oscillatoires continuels, sans que le malade eua

ait la conscience. . ..L

Sympiomatoiogîc — Les yeux sont agités de mouvements oscillatones, quii sont surtout prononcés dans le sens latéral, quelquefois ils sont rotatoues. Danss un seul cas S. Wells les a vus se produire dans le sens vertical. Lorsque les yeuxt

NYSTAGMUS OU SPASMlî OSCILLATOIRE DES MUSCLES DE l'oEIL. 78l

liveiit un objet éloigné, le tremblolemeul devient irès-prononcé ; il se calme, au t^onlraire, à mesure que le malade cherche à fixer les objets petits et rapprochés, m'il lit, écrit ou s'adonne à tout autre travail d'applicalion.

Selon Desmarres père, ces mouvements fatiguent certains malades pendant la fixation prolongée, au point que quelques-uns sont pris de nausées et de vertige.

Les impressions morales, les fatigues et toutes les autres causes d'irritation nerveuse prédisposent d'une manière sensible à l'augmentation du nystagmus, sans ([ue pour cela la vue soit plus affectée, et le malade ne s'aperçoit point que ses \eux exécutent des mouvements oscillatoires.

Ces oscillations sont le plus souvent congénitales et persistent toute la vie. Mais «elles peuvent être acquises et se développer soit périodiquement, pendant des attaques nerveuses d'hystérie, de chorée, etc. , soit accidentellement dauB certaines affections cérébro-spinales, dont la natiu-e n'est pas encore bien définie. Le professeur Lasègue m'a montré un malade de son service de la Pitié, qui avait le nystagmus acquis, sans aucune altération interne de l'œil, il portait les traces de paralysie de la troisième paire gauche, et se trouvait dans un état d'imbécillité et d'idiotisme complet.

Le nystagmus congénital ne trouble point la vue, mais il peut être accompagné de diverses altérations des membranes internes de l'œil, qui sont la cause d'un affaiblissement ou d'une perte complète de la vue. Selon Javal, le nystagmus est souvent accompagné d'un fort degré d'astigmatisme.

Un de mes malades ne distinguait dès la naissa»ce aucune couleur. Chez les albinos, le tremblement des yeux est constant.

Le nystagmus acquis et récent peut gêner d'une manière sensible la vue en occasionnant une fatigue d'accommodation et souvent même de la diplopie et de la polyopie avec strabisme. C'est ainsi que les choses se sont passées chez un malade du docteur Proust à la Charité, qui fut pris, à l'âge de vingt ans, d'une affection cérébro-spinale ressemblant, sous beaucoup de rapports, à l'ataxie locomotrice. Presque dès le début il s'élaii déclaré un nystagmus très-prononcé et qui ne permettait ni de lire ni d'écrire; dès qu'il voulait fixer quelque chose, il voyait les objets se doubler ou se multiplier, la vue se fatiguait et il était forcé de fermer les yeux. Chez un malade de Fano, le nystagmus était développé à la suite d'un accident de chemin de fer, à tel point qu'il lui était impossible de lire plus d'une page ; les caractères se troublaient et les mots semblaient attachés les uns aux autres.

Étioiogic. — Les causes de nystagmus sont de deux sortes : locales et cérébrales.

Parmi les causes locales, oculaires, je dois placer en premier lieu les opacités centrales et postérieures du cristallin, ou cataractes polaires. Ces opacités, eu effet, étant situées près du centre optique, empêchent la vision centrale de se faire; l'œil cherche à remédier à cet inconvénient en faisant des mouvements oscillatoires en haut, en bas, à droite ou à gauche pour voir à travers les parties voisines et transparentes du cristallin.

Le nystagmus s'observe aussi chez les aveugles-nés qui ne distinguent que la lumière ; de même les yeux des personnes qui perdent lentement la vue par l'effet d'atrophie progressive de la papille, acquièrent peu à peu cette mobilité particu-

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lière, qui leur reste pour toute la vie. Les exsudations de la macula des deuxA^ yeux, les réiiniles pigmontaires et les atrophies des papilles y prédisposent aussi.

Les causes cérébrales de nyslagmus ne sont bien connues que depuis les re- ■ cherches du docteur Gadaud qui, dans sa Thèse inaugurale, a éclairci d'une ma-» nière très-satisfaisante celte partie de la pathologie oculaire.

En se basant sur les expériences du professeur Vulpian, Gadaud admet quele< centre de coordination des mouvements associés des yeux se trouve à la réunioai de la protubérance, du plancher du quatrième ventricule et du corps restifonne, . C'est donc dans les altérations de ce centre de coordination des yeux que le nys lagmus devra se produire. Freidreich a observé le nyslagmus dans un certain \ nombre de cas de dégénérescence de la substance blanche des colonnes posté- 'Idon rieures de la moelle. r

Les altérations des muscles eux-mêmes peuvent aussi, jusqu'à un certain point, prédisposer à cette maladie. Tantôt ce sont des contractions spasmodiques souvent jjiil répétées qui occasionnent cet état, dans d'autres cas le nyslagmus résulte, d'après \g Gadaud, d'un défaut de largeur ou d'extensibilité d'un ou de plusieurs muscles.

Traitement. — L'affectiou e:i elle-même n'étant le plus souvent que sympiomatique, c'est contre les affections principales qu'on devrait diriger son attention. . Ordinairement le nyslagmus n'amène par lui-même aucun trouble, c'est pourquoi4 aucune intervention n'est indiquée.

Dans les yeux hypermétropes ou fortement myopes, chez les astigmaliques,, l'usage de lunettes convenables peut diminuer le degré de ce tremblement.

Ce n'est que dans des cas rares qu'on pourra avoir recours à la ténotomie, ett notamment lorsqu'on s'apercevra de l'existence d'un strabisme ou d'une insuffi- sance musculaire, comme cela est recommandé par Lawson.

Bibliographie. — Nacony, Veber den Nyslagmus {Aixhiv f. Ophth., Bd. V, Abth. I, p. 37). — Lawson, ISlystagmu^ double amélioré par la section des inusdes droits internes {Med. Times and Gaz., 1860, 16). — Deconde, Note sur le nyslagmus {Arch. belges de méd, milit., 1861, t. XXVIl, p. 337, et Atin. d'oculist., t. XLIV, p. 88). — Gadaud, Étude sur^ le nyslagmus (Thèse de Paris, 1869). — Javal, Dm Nyslagmus [Ann. d'oculist, t. XVL, . 1871, p. 206).

ARTICLE ni.

STRABISME OPTIQUE

Nous avons adopté, avec J. Guérin, la dénomination de strabisme optique pour désigner toutes les formes de déviation des yeux consécutive au trouble de la vue, et qui est occasionnée soit par des opacités des milieux réfringents, soit par leurs défauts de réfraction, soit enfin par une altération de la rétine ou de la choroïde. Dans toutes ces différentes variétés d'affaiblissement de l'acuité visuelle, le strabisme n'est que la conséquence naturelle et inévitable d'une rupture d'harmonie de convergence des deux yeux. Il n'y a, en effet, dans ces cas qu'un seul œil qui regarde, l'autre pendant ce temps se dirige ou trop en dehors ou trop en dedans. La puissance motrice de l'œil strabique, prise isolément, n'est point abolie m : même altérée, cl il peut être dirigé séparément dans tous les sens; mais dès ((ue

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