STRABISME CONVERGENT. "^^S
les deux yeux veulent regarder ensemble, il se produit aussitôt une^ contraction disproportionnée dans le groupe interne ou externe des muscles de l'œil malade, qui amène un strabisme. C'est à cette variété des strabismes que les auteurs allemands ont donné le nom de strabisme concomitant.
Les degrés de la déviation sont très-variés, quelquefois elle est à peine marquée, ce que Buffon appela faux trait de la vue. Dans d'autres cas la déviation est par moments légère, par moments au contraire très-considérable; c'est ce que Houvier (1) nomma strabisme variable, changeant, par opposition au strabisme rr/al et uniforme. Quand le strabisme ne se produit qu'à certains moments, on l'appelle périodique^ J[ est relatif qiunà il n'existe que pour certaines positions (lu regard.
Au point de vue pratique nous croyons utile de décrire les formes suivantes : 1, strabisme convergent monoculaire; 2, strabisme convergent double alternatif; 3, strabisme divergent; U, strabisme latent ou insuffisance du muscle- droit mterne.
§ I. — Strabisme convergent.
Le strabisme convergent optique peut exister dans un seul ou dans les deux yeux à la fois, et constituer ainsi un strabisme convergent monoculaire ou double alternatif.
A. Strabisme convergent monoculaire. — Symptomatoiogie. — Le malade étant placé en face, on peut reconnaître le strabisme à distance ; en lui faisant fixer un objet quelconque, l'index par exemple, à 25 centimètres, on se convaincra encore mieux de son existence.
Lorsqu'on examine ces malades à distance, on voit que, pendant qu'un œil est dirigé vers un objet quelconque, son congénère est dévié plus ou moins fortement en dedans.
L'examen de près permet de constater la même déviation de la manière suivante : 1° Lorsque le malade regarde en face de lui, on s'aperçoit qu'il n'y a qu'un seul œil qui conserve cette direction, l'autre pendant ce temps est caché dans l'angle interne, et cette déviation est appelée primitive; 2° si l'on couvre l'œil sain avec un verre blanc dépoli, à travers lequel on peut surveiller ses mouvements, et si l'on fait fixer à l'œil strabique un doigt, on remarquera facilement que l'œil sain s'est dévié à son tour en dedans, cette déviation de l'œil sain porte le nom de déviation secondaire ; 3° si on invite le malade à tenir la tête immobile et à suivre les mouvements de l'index porté en haut et en bas, à droite et à gauche, on reconnaîtra facilement que la mobilité de l'œil qui louche pris à part n'est nullement abolie, et qu'elle s'exécute dans tous les sens.
Le strabisme convergent est ordinairement franchement interne, mais il peut être ;mssi légèrement attiré en haut, ce qui se rencontre plus particulièrement chez les enfants dont le strabisme s'était déclaré à la suite d'une alîeçlion de la cornée, accompagnée pendant de longs mois d'une forte photophobie. Cette déviation en
(1) Bouvier, Leçons cliniques sur les maladies chroniques de l'appareil locomoteur, Paris, 1858, p. IM.
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diagonale n'est pas due à ce que l'insertion oculaire de ce muscle (droit inleiiie^ !" soit vicieuse, comme pensent à tort quelques auteurs peu au courant de la (,uos / lion, mais elle est la consé(iuence forcée et naturelle des contractions spasmoclLies et permanentes des deux muscles qui concourent au mouvement de l'œil en dedans et en haut.
Cette contraction résulte, d'après le docteur Cuignet, des eiïorts que fait l'œil atteint de photopliobie à se cacher sous la paupière ; ordinairement il exécule le mouvement en dedans et en haut, et le strabisme qui en résulte conserve cette P même direction. ||iar
Le strabisme interne existant dans un seul œil entraîne à la longue la rétraction plus ou moins prononcée de l'autre, ce qui a fait dire à Giraud-Teulon : « que le strabisme est le plus souvent double, c'est-à-dire que l'œil sain a presque toujours éprouvé une déviation plus ou moins marquée dans le même sens que l'œil franchement strabique. » Mais cela ne veut pas dire que tous les strabismes sont doubles, il n'y a que les strabismes d'un fort degré et les strabismes allernaiifs qui sont, selon moi, des strabismes doubles.
A force de se contracter d'une manière permanente et sans qu'il y ait une ré- • sistance suffisante de la part du muscle antagoniste, le droit interne se rétracte de ? plus en plus. Examiné dans son état de repos, il n'est point raccourci, comme ont l'a prétendu à tort, mais il y a une irrégularité marquée dans la somme de tension i et de contraction musculaires des deux yeux.
Dans l'étude du strabisme il importe d'examiner successivement les différentes questions qui se rattachent à sa nature et qui influent d'une manière notable sur le traiiement. Il s'agit en effet de déterminer :
1° Quelle est l'acuité visuelle de l'œil strabique? L'œil dévié est généralement : beaucoup plus faible que l'œil sain, et comme'Donders l'a très-justement démontré, ce n'est point la déviation et la rétraction du muscle qui rendent la vue plus faible, mais tout au contraire le développement du strabisme est sous la dépendance de la conformation congénitale des yeux et de leur réfraction. Il résulte de ses observations que l'hypermétropie prédispose très-fréquemment au strabisme convergent, pendant que la myopie donne le plus souvent lieu au strabisme divergent. — D'après les recherches statistiques de Dondcrs, sur 100 cas de strabisme convergent on trouve 77 fois l'hypermétropie, d'où il conclut qu'il y a une relation de cause à effel, et que la forme de l'œil étant congénitale, le strabisme en est la conséquence et ne s'établit que quelques années après la naissance.
On peut expliquer le développement du strabisme de la manière suivante : " D'abord, étant donné une différence de réfraction dans les deux yeux et par conséquent dans leur acuité visuelle, l'œil plus faible doit faire des efforts d'accommodation relativement plus grands pour voir aussi bien que l'autre œil ; mais comme il existe une corrélation intime entre l'accommodation et la convergence des yeux, il s'ensuit que l'exagération de tension accommodatrice entraînera avec elle une exagération de contraction dans le muscle droit interne.
Une autre explication du développement du strabisme se trouve dans la disposition réciproque de la ligne visuelle et de l'axe optique. Donders a démontré que