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CHAPITRE II

On est convenu d'appeler, en médecine légale, par le mot simulation, louies s maladies qui sont, soit simulées, soit provoquées, soit dissimulées par un indiiu. En ce qui concerne les yeux, il importe surtout de savoir si la maladie préxlée par le malade existe réellement, ou si elle n'est que simulée. Les maladies ssimulées ou cachées de l'œil sont tellement faciles h constater qu'il suffît de issurer du degré d'acuité visuelle, et d'examiner l'état des membranes externes internes de l'œil pour qu'on puisse découvrir les moindres altérations de cet gane.

Les causes de simulation sont excessivement variées. Le service militaire est

(1) Rozier, Lkjislation sanitaire de l'armée de terre. Paris, 1853, 2^ partie, p. 19/5,

8^l8 MÉDECINE LÉGALE.

inconlestablemenl une des causes les plus fréquenlcs de simulation. Lorsqu'il s'agit, en effet, du choix annuel des jeunes gens appelés parla loi du recrutement h entrer dans les cadres de l'armée, ou de la réfoime de ceux que des infirmités survenues depuis qu'ils sont au service rendent impropres à le continuer plus longtemps, les tentatives de simulation deviennent très-fréquentes. Le jeune soldat enlevé à son foyer cherche à tromper le conseil de révision pour retourner chez lui. D'autre part, tant que la loi de remplacement existe dans un pays, ou que l'armée accepte dans son sein des engagés volontaires, les conseils de révision ont mission d'éloigner tous ceux qui présentent des infirmités et qu'ils veulent dissimuler.

Dans la vie sociale, il existe une foule de circonstances où les hommes ont intérêt, soit à simuler certaines affections oculaires qu'ils n'ont pas, soit à attribuer à celles dont ils sont atteints beaucoup plus d'importance qu'elles n'en peuvent avoir. C'est ainsi que certains individus veulent simuler une amaurose con)plète pour être admis dans les maisons de bienfaisance ou être inscrits sur les rôles de pensions, tandis que l'on s'assure qu'ils n'ont qu'un affaiblissement de la vue, mais non une amaurose. Dans d'autres cas, le médecin oculiste peut être appelé pour se prononcer s'il y a ou non la cécité monoculaire après un coup, une chute, etc. Il arrive souvent, en effet, dans les fabriques, industries, ou de grandes administrations, que les ouvriers et les employés ayant reçu des blessures dans l'œil exagèrent les conséquences de cet accident pour obtenir des dommages-intérêts ou une pension plus ou moins élevée.

Les femmes nerveuses et hystériques peuvent quelquefois simuler des amauroses sans qu'on trouve une cause plausible de leur fraude. Tantôt c'est un caprice et une fantaisie {\ue rien n'explique, tantôt, au contraire, c'est une sorte de vengeance innocente envers le mari ou l'amant, etc.

La responsabilité du médecin expert est différente selon la nature de cause et d'intérêt qui sont attachés à la fraude. La recherche et la découverte de ces simulations dépendent en partie de la sagacité du médecin, mais en grande partie clic repose sur une connaissance exacte des maladies externes et internes de l'œil et de la différence qui existe entre les maladies vraies et simulées. Toutes ces questions présentent un intérêt réel, et nous chercherons à les exposer brièvement dans cet article.

A. Simulation des maladies externes de l'œil.— Blépharoptose. — Elle a été quelquefois imitée parla compression prolongée de l'œil au moyen d'un bandage, ce qui amenait son léger abaissement. Mais il suffit de faire regarder l'individu en haut pour qu'on s'aperçoive que les mouvements d'élévation des paupières dans les deux yeux sont d'égale force, et que le ptosis n'est que l'effet d'une contraction prolongée de l'orbiculaire qui cessera dès qu'on aura empêché le malade

de continuer la fraude.

La blépharite ciliaire et la conjonctivite ont été souvent provoquées exprès dans le but d'obtenir l'exemption du service militaire. C'est par l'arrachement des cil* tiu'on amène une inflammation du bord libre, tandis que la conjonctivite plus ou moins grave est développée par l'introduction de corps étrangers, tels que cendres de tabac du sable fin, des charbons, et le lotionnemenl des yeux avec de l'urme, . de l'eau 'de savon, de l'eau avec du sel marin, du jus de citron pur ou coupé avec :

de l'eau, les acides de toutes sortes, etc. iMerchie (1) a observé de la conjonclivile provoquée par de la chaux vive.

La simulation ou plutôt la cause artificielle de ces sortes d'affections est facileiment reconnue par une rougeur franche propre aux conjonctivites simples. Souraiton reconnaît aussi la fraude par l'existence simultanée d'un grand nombre de ponjonctivites dans le même endroit. Cette maladie n'aura, du reste, aucune mporlance. Elle est ordinairement guérissable, et ne comporte pas d'exempion,à moins qu'on ne trouve des preuves évidentes d'une conjonctivite granuleuse. )'après Marshall (2), on rencontrait un certain nombre de soldats anglais s'inocuant du pus blennorrhagique dans l'œil, dans le but d'obtenir, soit leur renvoi, soit les pensions de retraite. Mais le remède était pire que le mal, et l'on a vu des indiidus devenir aveugles. Ollivier (d'Angers) (3) cite le fait d'un iudividu qui s'était ait cautériser la conjonctive au pourtour de la cornée, pendant un certain temps, )Our être exempté du service militaire. A la suite d'inflammations ainsi provo- [uées, la cornée se troubla dans les deux yeux, et il s'en est suivie une cécité ncurable. Ne pouvant pas se guérir, le malheureux s'asphyxia avec le charbon.

Heureusement, des tentatives de ce genre ne se reproduisent plus, de même jii'on ne cherche plus à provoquer des taies de la cornée par l'application de li traie d'argent, sachant en général à combien de dangers on s'expose.

B. Simulation des maladies internes. — Myopie simulée. — Il est ncontestable que cette infirmité a été le plus souvent simulée dans les conseils le révision, et aujourd'hui encore on est constamment exposé à être trompé nalgré tous les moyens d'investigation que nous possédons. On sait, que tout ndividu jeune qui possède un très-faible degré de myopie peut parvenir facieinent, avec de l'exercice, à lire, avec les verres n°* U et 5 concaves, à 30 centinètres de distance, ce qui donne droit à l'exemption. Celle épreuve seule est donc complètement insuffisante, et il y a nécessité d'avoir recours à d'autres moyens l'investigation.

L'examen ophthalmoscopique ne nous rend, k cet égard, qu'un service seconlaire; il nous permet, il est vrai, de s'assurer si réellement l'œil est myope ; mais, [uant au degré de myopie, sa définition n'est qu'approximative.

Divers procédés ont été proposés pour déjouer la fraude et définir le degré réel le myopie. Voici quelques-uns de ces moyens :

1. Instillation cV atropine dans l'œil. — Van Roosbroeck et Donders ont conillé l'emploi de l'atropine dans le but de paralyser le muscle accommodateur. e moyen pourrait nous rendre, en effet, de réels services sïl ne faisait que para-

yser le muscle accommodateur. Malheureusement, avec la dilatation exagérée de a pupille, il y a aussi un trouble produit par l'éblouissement, et il serait injusle le placer le malade soumis à l'épreuve dans des conditions aussi défavorables.

2. Optomètre de Perrin {U). — Maurice Perrin a fait construire un appareil

(i ) Merchie, Opkihalmie externe par la chaux vive [Archives belges de tnéd. milit 1853 . XI, p. 41). * *' '

(2) Marshall, On the enlisting , discharging and pensionins of soldiers. London 1829

(3) Olhvier, Mémoire sur les maladies simulées {Annales d'hygiène publique, 'etc. 1841

. aaV, p. 100). 1 I > ^ )

{II) Maurice Perrin, Mémoire sur un nouvel opiomètre {Ann, d'oculist., 1869, t. LXI p. 5)

GALEZOWSKI. 'k^ ' • V

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très-iiigéiiicux, destiné h mesurer les divers troubles de réfraction et qui peu sertir facilement h définir exactement le degré de myopie.

Cet instrument se compose d'un tube cylindrique de cuivre monté sur un pied et dont les deux extrémités sont pourvues, l'une, d'un objet dessiné sur vem noirci et éclairé par transparence, l'autre d'une lentille convergente qui sert d'ocu laire. Dans l'intérieurdu tube se trouve une lentille mobile concave H (fig. 390)d'iin(

Fig. 389.

FiG. 389 à 391. — Optortiètre de Perrin.

longueur focale plus courte que la précédente, et qui peut être déplacée depuis l'objet jusqu'à l'oculaire. La glissière qui entraîne la lentille porte un index qu« affleure une règle graduéeen pouces et destinée à donner directement l'évaluation de l'état de réfraction. Le champ de course de l'instrument est partagé en trois parties : l'intermédiaire correspond à l'œil emmétrope E; une seconde s'étend do la première E à l'objet, et est marquée par la lettre H, et enfin, la troisième se trouve entre la première et l'oculaire, et est désignée par la lettre M,

A l'aide de cet optomètre, ou peut savoir à quelle distance se trouve le pimci- twyi remotum de l'individu, et, par conséquent, le degré de sa myopie.

3. Épreuve par surprise. — Dans le cas de myopie allégué au conseil de révision, il y a une épreuve qui, d'après Boisseau, ne manque pas de réussir. On met , devant les yeux de l'individu qui prétend être myope les verres n" 5 et puis n" h, et l'on constate qu'il ne peut pas ou ne veut pas lire. Alors, d'un Ion assuré, on lui dit : Je vois ce qu'il vous faut, puis on lui met devant les yeux des verres plans, et il lit sans hésitation.

Je procède autrement : j'essaye les n"' 3, k et 5, et j'observe la distance à laquelle il lit avec ces vei-res, puis je fais lire sans lunettes, et je cherche à éloigner le livre. S'il lit plus loin sans lunettes qu'avec les lunettes, la fi aude est évidente.

Aiubiyopie et amaiirose simulées. — Les amblyopies simulées ne sont pas fréquentes. Souvent ce sont des collégiens et des jeunes filles qui veulent nous tromper; mais, à cet âge, il est facile de reconnaîire la simulation. En éliminant toutes les affections réelles qui puissent donner lieu au trouble de la vue, et en examinant attentivement toutes les réponses de l'enfant pour les comparer aux symptômes qu'ils accusent, on se convaincra facilement que l'ensemble des phénomènes n'a rien qui puisse constituer une maladie.

Les individus plus âgés peuvent aussi se plaindre d'une amblyopie plus ou moins prononcée sans qu'aucun signe ophthalmoscopique dénote le mal. Souvent on trouve des altéralionsdu fond de l'œil, mais qui ne sont nullement en rapport avec le trouble qu'accuse le malade. Il n'y a que l'amblyopie alcoolique, glycosurique ou cérébrale qui puisse présenter quelque chose d'analogue, mais alors il faut que les i signes propres à ces différentes affections puissent être retrouvés, sans quoi on est forcé d'admettre une exagération de la part du malade et une vraie simulation. Il faut avouer, cependant, que rien n'est plus difficile que de se prononcer affirmativement dans ces questions délicates, d'autant plus qu'entre la vision normale et l'amaurose il y a tant de degrés d'affaiblissement de la vue, que ce n'est que par une grande expérience qu'on arrivera à résoudre ce problème difficile.

Heureusement, ce genre de simulation n'entraîne pas après lui de graves conséquences, même s'il était méconnu. Tantôt on voit des individus se refuser de travailler lorsqu'ils sont tenus à répondre à certains engagements. D'autres, privés de ressources et ne voulant pas ou ne pouvant pas travailler, cherchent h entrer dans un hospice et une maison d'asile, où le certificat du médecin est nécessaire.

On a beaucoup plus souvent affaire a des amauroses simulées, et cette simulation se rencontre à tous les âges, dans les deux sexes et dans toutes les classes de ; la société. Il importe donc de l'étudier avec beaucoup de soin et de rechercher les t moyens les plus sûrs de la dévoiler.

La simulation de l'amaurose complète des deux yeux se rencontre très-rarement, j et rien n'est plus facile que de reconnaître la fraude. Les pupilles, en effet, se I contractent et se dilatent sous l'impression de la lumière chaque fois que la vision est conservée; elles restent au contraire immobiles si réellement il y a une amau- I rose. L'absence des signes ophthalmoscopiques complétera le diagnostic.

L'amaurose simulée des deux yeux se rencontre quelquefois chez les femmes nerveuses, tantôt à la suite de quelque contrariété, tantôt sans aucune cause apparente. C'est ainsi qu'au mois d'avril 1871, j'étais consulté pour une jeune personne

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qui perdit subitement la vue des deux yeux, et se disait être complètement aveugle Le mari, qui m'amena sa femme, montra beaucoup d'inquiétude ; mais quel ne fui pas son élonnement lorsque je lui ai annoncé que ce n'était qu'une innocente simulation ; les pupilles se contractaient, en effet, d'une manière très-sensible sous l'iinpression de la lumière, et Ton constatait, avec l'oplithalmoscope, l'état sain de la papille. Le mari déclara que c'était h la suite d'un accès de colère que la cécité était survenue. 11 ne me fut pas facile de convaincre la malade que c'était pliuôt son esprit qui souffrait, et que la vue n'était nullement attaquée.

La simulation de Vamaurose monoculaire est plus fréquente que les autres. 11 est beaucoup plus commode de feindre une maladie qui n'expose pas à de trèsgraves inconvénients en permettant de vaquer à ses affaires.

Mais si la simulation est facile et commode, son diagnostic ne présente pas non plus de difficultés sérieuses, et les moyens que nous possédons aujourd'hui suffisent amplement à déjouer cette tenlative frauduleuse.

1. Mtjdriase artificielle. — Les simulateurs ont recours quelquefois à l'emploi des préparations belladonées pour dilater la pupille et mieux simuler l'amaurose. Mais la dilatation artificielle de la pupille est bien plus prononcée que celle qui accompagne l'amaurose. Dans celte dernière affection, en effet, il n'y a que le sphincter de la pupille qui soit paralysé, tandis que dans la mydriase artificielle il y a aussi l'action excitante des filets nerveux du sympathique qui se rendent au muscle dilatateur. Selon Lacronique (1), la fève de Calabar fait contracter la pupille au bout de vingt-cinq minutes, lorsqu'elle est dilatée par l'atropine, tandis que la contraction est peu prononcée dans le cas d'une mydriase parayliique.

Peu importe du reste que la pupille soit dilatée ou non, c'est la simulation de l'amaurose elle-même qu'il faut démontrer. Pour démasquer la supercherie de ce genre, on aura recours au procédé suivant :

2. Epreuve à l'aide d'un verre prismatique. Procédé de Graefe. — Après avoir examiné les deux yeux avec l'ophthalmoscope et constaté l'élat sain des deux papilles, on maintient l'individu dans la conviction que l'exploration de l'œil amaurotique est terminée, et qu'il ne reste qu'à s'assurer si l'autre œil ne s'affaiblit pas non plus. A cet effet, on lui recommande de fixer une bougie allumée, et on veille à ce qu'il ait les deux yeux ouverts; pendant ce temps on place un prisme de 10 ou 15 degrés en avant de l'œil sain en tournant sa base, soit en haut, soit en bas. Dans le cas où Tautre œil serait réellement amaurotique, le malade ne verrait qu'une seule image ; mais s'il ne fait que simuler la cécilé, il verra forcément deux bougies; l'uned'elle sera vue par l'œil prétendu amaurotique, tandis que l'image de l'autre appartiendra à l'œil sain devant lequel nous avons placé le prisme.

En faisant voir les différents caractères de l'échelle typographique, on peut lui faire déchiffrer tantôt l'image supérieure, tantôt l'image inférieure, et déterminer ainsi l'acuité de la vue de l'œil prétendu amaurotique.

Cet examen une fois terminé, j'ai l'habitude de prévenir le malade d'une manière toute particulière que sa simulation est découverte et qu'il s'est trahi luimême dans l'examen, que par conséquent il n'a qu'à renoncer à ce jeu.

Un fait très-intéressant se présenta à mon observation en 1870. Un enfant de

(1) Lacronique, Recueil de mémoires de médecine militaire, 3" série, t. X, p. 312.

onze ans, qui me fui adressé par le docteur Delamardière de Poitiers, se plaignait de ne plus voir de l'œil gauche. L'enfant était très -laborieux, me disait la mère, et il se désolait beaucoup de ne pouvoir plus travailler. Je découvre la simulation au moyen d'un verre prismatique, et annonce le fait aux parents, qui étaient présents à l'examen. Mais quel ne fut pas mon étonnement, lorsque je vis la mère se révolter contre une pareille accusation de ma part. Je dus, pour la convaincre, faire une épreuve des verres prismatiques sur ses propres yeux. Du reste, l'enfant luimême avoua aussitôt sa faute, et déclara qu'il ne l'avait faite que dans le but d'aller consulter à Paris pour visiter la capitale qu'il ne connaissait point.

3. Épreuve à laide d'un prisme biréfrigent [procédé de V auteur). — Des difficultés peuvent surgir lorsque le simulateur sera prévenu de la signification de la diplopie que l'on provoque par le verre prismatique. Il déclarera alors ne pas voir double. Pour confondre cette seconde supercherie, je procède de la façon suivante. Si après la première épreuve du prisme le malade déclare voir simple, je place devant ce même œil, non plus le prisme, mais une lentille biréfringente d'Arago. Au moyen de cette lentille on obtient une diplopie monoculaire trèsdistincte , surtout si le malade se trouve à une certaine distance de la bougie. Par ce moyen l'individu doit voir deux bougies, dont il doit accuser la présence sous peine d'être pris pour un simulateur.

k. Optomètre de Fies. — Un médecin hollandais, le docteur Fies (1), a imaginé un appareil très-ingénieux, au moyen duquel on peut découvrir facilement l'amaurose simulée.

Dans une boîte carrée T T T' T' (fig. 392) de 8 centimètres de hauteur, sont disposés verticalement deux miroirs m\ inclinés sous un angle de 120 degrés. En haut la boîte est fermée par un verre dépoli, qui ne permet pas de voir dans son intérieur.

Sur la paroi ï' T' il y a deux trous, comme dans un stéréoscope, à travers lesquels on regarde des deux yeux. On place dans les deux coins c, c'deux cartes à jouer ou tout autre objet, et l'on fait regarder l'individu dans la direction des miroirs où se réfléchissent les deux images c, c\ ^^2. — Optomètre de Fies.

L'image de l'objet c se réfléchit sur

la glace m\ et sera vu par l'œil D, tandis que l'objet c' sera vu par l'œil gauche E.

(1) Fies, Archives belges de médecine militaire, 1860, t. XXVI, p. 170.

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Si l'œi droit D est prétendu amauroliqiie, il verra l'image c réfléchie sur m', qui lui paraîtra dans le point F, tandis que l'œil gauche E non amaurolique verra la carte c' en G. L'individu qui veut simuler, supposant que l'image G de rohjoi c' vue à droite doit être aperçue par l'œil droit, déclare ne voir que l'image F, qui se trouve à sa gauche, et qui d'après la disposition de la figure est justement vue par l'œil prétendu amaurotique. La simulation est ainsi constatée.

5. Procédé de Javal. — Javal a proposé d'interposer une règle entre les yeux de l'individu et une pag»î d'impression; les simulateurs sont pris du premier coup cl lisent les lettres que la règle ne laisse visibles que pour l'œil prétendu amaurotique. Ce procédé permet en même temps de juger de l'acuité visuelle de cet œil.

Un procédé non moins ingénieux a été proposé par le docteur Cuignet (d'Alger).

(j. Pi'océdé de Cuignet. — Une feuille de papier à lettre sur laquelle on marque de 6 à 7 points à un centimètre de distance les uns des autres, est portée à 30 ou 35 centimètres et tenue immobile devant les yeux; on interpose ensuite l'indicateur tenu perpendiculairement en face du nez, entre deux yeux, à distance égale du nez cl du papier en c (fig. 393). Les conséquences de cette position vont se déceler immédiatement.

Si, alors, les deux yeux restés ouverts, on regarde les points, ils sont aperçus par le malade et comptés sans hésitation, bien que le doigt fasse écran. Mais si l'on

FiG. 393. — Procédé de Cuignet pour reconnaître une amaurose simulée.

ferme un œil, certains points disparaissent; si on le rouvre pour fermer l'autre, ce sont d'autres points qui cessent d'être vus. Dans l'un et dans l'autre cas, c est l'interposition du doigt qui voile des points pour l'œil resté ouvert. L'autre œil, tenu fermé, ne peut remplacer celte sensation des points annulés par le doigt.

Ainsi donc, dans celte épreuve, dès qu'un œil est hors d'usage, des points

(i) Javal, Compte rendu du congrès international d'oplithalmoloyie. Paris, 1868, p. 124.

DES M/VLADlES OCULAIRES SIMULÉES. 855

sont cachés par le doigt interposé entre eux et l'œil unique qui fonctionne. De ,iplus, ces points effacés diffèrent selon que c'est l'œil droit ou le gauche que l'on ferme. 11 est facile de se représenter, par une figure, quels sont ces points pour chaque œil.

Quand l'œil droit est voilé, le point 5 disjiaraît pour l'œil gauche; quand ce dernier est voilé, le point 3 disparaît pour l'œil droit, derrière le doigt interposé.

On peut donc, d'après le point disparu, reconnaître tout de suite quel est l'œil amaurotique. C'est l'œil gauche quand le point annulé est vers la gauche, et l'œil droit quand le point annulé est vers la droite de la ligne.

Après avoir répété sur soi-même cette expérience, dans les conditions exactes de position et d'immobilité qui sont nécessaires, on l'essaye sur une autre pcssonne, afin: 1° de bien se graver dans l'esprit les quelques détails de l'épreuve générale; 2° d'apprendre à manoeuvrer avec dextérité et à interpréter les réponses de l'individu.

Cela étant, on n'a plus qu'à faire l'application sur les sujets à examiner. L'œil imaurotique répondra à celui que l'expérimentateur a amiulé sur lui-même pour s'exercer.

Tels sont les moyens qui nous permettent de reconnaître toute cause de simulalion d'amaurose. Dans les cas difficiles, l'usage successif de ces différents moyens peut faire disparaître le doute.

iicméraiopie. — Vhémérdopie a été aussi souvent simulée par les soldats. C'est ainsi qu'en 1865 Félice Baroffio (1) observa au camp de San Maurizio 275 cas d'héméralopie, dont plus d'une cenlaine étaient des cas simulés.

On essaye divers moyens pour reconnaître la simulation. Nelter enferme ces individus pour plusieurs jours dans une chambre sombre, l'ennui les prend et ils se déclarent guéris. Goutt conseille d'administrer à ces individus de fortes purges, cela les force à se lever la nuit et l'on juge s'ils se dirigent sans hésitation.

Nystagniiis, strabUnic et dipiopio. — Il y a dcs personnes qui impriment à volonté des mouvements oscillatoires plus ou moins nombreux et plus ou moins rapides à leurs yeux, et qui réussissent à simuler d'une manière assez 1 frappante le nyslagmus. Mais il suffit d'examiner attentivement la nature des i mouvements pour découvrir la différence qui existe entre les mouvements patho- ( logiques et ceux qui sont provoqués artificiellement. Dans le premier cas, l'œil I est tremblotant, tandis que dans le second ce sont des vrais mouvements rotatoires, tournant en cercle. L'observation un peu plus prolongée permettrait I aussi de dévoiler la fraude, puisque les oscillations artificielles ne sauraient ! manquer de s'interrompre. Il est vrai que si l'on juge par une observation rapportée par Fano, les oscillations chez un jeune étudiant en médecine étaient tellement fréquentes qu'il était impossible d'en compter le nombre. Elles se prolongeaient aussi longtemps que le jeune homme voulait et cessaient brusquement €l à volonté.

Le strabisme peut être aussi provoqué artificiellement par certains individus, qui se sont exercés à ce métier pendant leur enfance. Il est, en effet, facile d'imiter le strabisme convergent, parce que c'est sur le muscle droit interne que nous

(1) F. Baroffio, / campi d'istruzioniy p. 22.

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avons le plus d'innncnce de volonté. Je connais un jeune confrère qui produit it volonté le strabisme convergent aussi prononcé que l'on veut.

Les enfants prennent souvent une mauvaise habitude d'imiter le strabisme, et si l'onjuge d'après l'observation rapportée par Jules Cloquet (1), l'aiïection, simulée au début, peut devenir permanente.

Dans le cas où l'on aurait à se prononcer sur le strabisme douteux, on devrait soumettre le malade à un examen attentif pendant un certain temps; on verrait tôt ou lard l'œil se fatiguer et le muscle se relâcher. L'examen de l'intérieur de l'œil, de même que l'absence de toute cause morbide, seront aussi d'une grande utilité pour le diagnostic. En plaçant un très-fort prisme devant l'œil bon, la base tournée en haut ou en bas, on provoquera la diplopie, et selon que le malade lira l'image plus haute ou plus basse, on conclura de quel œil il lit. Du moment que l'œil pourra lire, peu importe qu'il soit strabique, puisque cette infirmité; en la supposant réelle, pourra être corrigée par une opération. Le malade, pour un simple strabisme, ne devra pas être ainsi exempté du service militaire.

La simulation de la diplopie n'est pas fréquente, mais elle se présente quelquefois, soit parmi les soldats qui veulent êlre réformés, soit chez d'autres individus qui réclament des dommages-intérêts pour les coups, les blessures, etc.

Il n'est point difficile de reconnaître la fraude par l'irrégularité des phénomènes que les individus déclarent éprouver, pendant qu'on leur fait subir l'épreuve avec un verre rouge. La diplopie, en effet, peut se présenter, soit aux images homonymes, soit aux images croisées, ce qui nous permettra de conclure qu'il s'agit de la paralysie d'un des trois nerfs moteurs de l'œil. On recherchera donc l'une de ces paralysies, et comme le malade ne peut pas connaître exactement toutes les modifications qui se produiront dans les images avec le changement de la position de la bougie, ses réponses seront contradictoires ; les symptômes n'appartiendront à aucune paralysie connue, ce qui nécessairement trahira la supercherie.

L'épreuve pourra être faite avec un verre prismatique placé dans des directions différentes pour s'informer si l'individu annonce exactement ce qu'il voit ou s'il cherche à nous tromper dans cette épreuve.

C'est ainsi qu'un soldat vint me demander un certificat constatant so infirmité survenue pendant le service, et qui consistait, disait-il, en une diplopie des plus fatigantes et des plus gênantes. J'ai recherché la diplopie avec le verre rouge et, à ma grande surprise, je n'ai trouvé dans ses réponses que des contradictions. Les images étaient tantôt homonymes, tantôt croisées, l'écartement était souvent considérable, mais ce qui était plus difficile h juger, c'est que 1 œil gauche descendait et montait beaucoup plus haut que son congénère, et d y avait là évidemment le résultat de l'exercice prolongé. Eu examinant ses yeux pendant qu'il ne me fixait pas, ou pendant l'examen ophthalmoscopique, j'ai pu me convaincre que son œil avait une direction normale, et le malade n'avait rien qui

dénoie une paraivsie. ,

Un fait de diplopie simulée des plus curieux s'est présenté à mon obser\alion : je crois utile de le signaler. Un jeune garçon de onze ans, tres-mlei-

(t) Jules Cloquet, Dictionnaire en 21 volumes, art. Strabismk, t. XIX, p. 534.

ligent, très-travailleur, arrivé de Tours, me fut amené par le docteur Maurice Raynaud. L'enfant se prétendait atteint depuis un mois environ de diplopie, de fatigue des yeux et de maux de tête. Ces symptômes persistant pendant un certain temps pouvaient faire craindre quelque processus morbide du côté des méninges, et il était important de s'assurer de sa réalité. De strabisme il n'existait pas de traces apparentes, les globes oculaires ne présentaient pas la moindre déviation. En présence de Maurice Raynaud nous avons soumis l'enfant à l'épreuve avec le verre rouge pour s'assurer s'il n'existait pas de diplopie aux images homonymes (strabisme convergent) ou aux images croisées (strabisme divergent). Mais les réponses de l'enfant étaient tout h fait contradictoires, et sans aucun ordre ni suite, la diplopie était dès lors plus que suspecte. Pour démontrer la fraude nous avons fait regarder l'enfant à travers les lunettes, soit rouges, soit bleues, ce qui nous a permis de lui faire à volonté accuser des images présentant des couleurs tout autres que celles des verres placés devant les yeux. C'est en voyant son oncle atteint de diplopie, pour laquelle il allait se soigner souvent à Paris, que l'enfant a conçu l'idée de simuler ce phénomène, espérant ainsi faire un voyage dans la capitale qu'il ne connaissait pas.

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