‹ Traité des maladies des yeux (volume 2)Chapitre 34 sur 255 · BLESSURES ET BRULURES DU SOURCIL ET DES PAUPIÈRES · texte numérisé non relu

BLESSURES ET BRULURES DU SOURCIL ET DES PAUPIÈRES

Les blessures de la région orbilaire, superficielles ou profondes, ont une importance plus grande que celles qui sont situées dans d'autres parties de la face, à cause du voisinage des organes et des nerfs qu'elles peuvent intéresser. En effet, lorsqu'elles ne guérissent pas par première intention et qu'elles entraînent une suppuration abondante et une rétraction cicatricielle, elles offrent une certaine gravité, et donnent naissance, soit à l'ectropion, soit au ptosis, etc. Lorsque, à la suite de la blessure ou de la contusion, une altération se déclare simultanément et par contre-coup dans l'intérieur de l'œil, les suites sont très-sérieuses, et il peut survenir consécutivement un affaiblissement ou une perte de la vue de l'œil correspondant.

C'est sous ces trois points de vue qu'il faut envisager les blessures et les plaies des paupières et du sourcil, et ne formuler le pronostic qu'après un examen attentif de toutes les parties externes et internes de l'œil.

Nous pouvons, à cet égard, donner les indications suivantes :

1. Les blessures, les coups et les chutes sur la région orbitaire sont très-facilement suivis d'une extravasation du sang dans le tissu cellulaire sous-endermique. Ces ecchymoses ne sont pas graves, leur absorption demande de deux à trois semaines. Mais elles sont quelquefois consécutives aux fractures de l'orbite ou du crâne; dans ce cas, le pronostic devient plus sérieux.

Les ecchymoses se produisent à la suite d'applications des sangsues et des opérations pratiquées sur l'œil.

2. Les plaies et les blessures de la région sourcilière ne sont graves que lorsqu'elles ont porté sur le nerf sus-orbitaire. Consécutivement à cette lésion, il se manifeste souvent des douleurs névralgiques très-violentes, des altérations concomitantes des membranes] internes de l'œil, et quelquefois la perte de la vue. Ainsi, Denonvilliers et Gosselin (1) rapportent un fait observé par Dupuyiren, dans lequel la piqûre du nerf frontal avait amené des douleurs excessives et causé la perte de la vue du côté blessé. L'incision de la plaie et la section complète du nerf firent cesser les douleurs, mais la vue ne fut pas rétablie.

Des faits de ce genre ne sont pas rares, mais rien ne prouve que la perte de la vue soit due à l'irritation d'une branche de la cinquième paire transmise au gan-

(1) Denonvilliers et Gosselin, Traité des maladies des yeux. Paris, 1855, p. 3.

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glioli oplillialmique, et qui aurait pu occasionner, d'après Wecker (1), une hypersécrétion intra-oculaire et un glaucome simple.

Les observations que j'ai pu faire avec l'ophthalmoscope, sur un malade de Nonat (-2) et sur un autre de la clinique de Desmarres père, m'ont permis de constater un état de blancheur peu prononcée du nerf optique, sans excavation ni autre altération des membranes internes de l'œil.

Je suppose que, dans ce cas, une déchirure du nerf se produit quelquefois, et que celte déchirure a lieu au delà du point où l'artère centrale s'engage dans le nerf optique.

Pourtant ces cas d'amaurose consécutifs aux blessures du sourcil ne sont pas aussi fréquents que veulent bien l'admettre certains auteurs. Desmarres père (3) dit avoir observé un grand nombre de plaies du sourcil sans qu'il en soit résulté aucun accident du côté de l'œil.

3. Les plaies et les blessures peuvent atteindre les bords des paupières, et entraîner leur difformité (coloboma, trichiasis, eclropion, etc.).

U. Lorsque' le traumatisme porte sur le coin interne de l'œil, il y a à craindre l'atteinte des points lacrymaux ou même du sac lacrymal. C'est ce qu'on doit vérifier.

5. Les blessures sont quelquefois tellement profondes, qu'elles traversent toute l'épaisseur des paupières et le globe de l'œil. Il est donc nécessaire de s'assurer s'il n'y a pas de blessure sur la sclérotique ou la cornée, quelle est sa gravité, et si le cristallin n'est pas luxé sous la conjonctive.

6. La violence du choc et la commotion éprouvée par l'œil peuvent être si fortes, que les membranes internes de l'œil en subissent le retentissement. L'examen ophthalmoscopique montrera la nature de l'altération du côté de ces membranes.

7. Les plaies produites par un éclat de capsule et des morceaux de fer, par armes à feu ou toute autre explosion, peuvent être compliquées par la présence de corps étrangers dans l'intérieur des tissus blessés. C'est à l'aide d'un slylet et de la palpation qu'on s'enquerra de l'existence du corps étranger et de la situation qu'il occupe.

8. Les plaies déchirées sont toujours plus difficiles que les autres à guérir par première intention; elles doivent être pansées avec soin, sans quoi les cicatrices vicieuses peuvent entraîner des difformités considérables et des adhérences des paupières au globe de l'œil.

9. Les brûlures peuvent atteindre les paupières à des degrés divers. Elles sont consécutives à l'action des agents très-variés : la flamme ordinaire, l'explosion des gaz, les préparations chimiques, l'eau bouillante, les acides, etc. Le degré de gravité dépend de la nature de l'agent et des conditions dans lesquelles l'accident a lieu. L'cctropion avec destruction des tissus est la conséquence la plus habituelle des brûlures; il ne peut être guéri que par une autoplastic.

Traitement. — 1. Des occliymoses palpébrales réclament rarement l'intervention du chirurgien. Mais lorsqu'elles sont plus étendues et accompagnées du gon-

(1) Wecker, Études ophthalmologiques . Paris, 1863, t. I, p. 666.

( 2) Galezowski, S///- les alUrations du nerf optique et sur les maladies cérébrales. Paris, 1865, p. l/i2.

(3) Desmarres, Traité des maladies des yeux, t. I, p. 542.

3<ï PAUPIÈRES ET SOURCILS.

flemeiit des lissus, on a|)i)li<[U(;ra des coinpiesses imbibées d'eau glacée, à laquelle on ajoulera un des mélanges suivanls :

"if Sous-ac6latede plomb liquide. 50 cenligr.

Eau distillée 100 grarn.

Teinture d'arnica. \ —

(Galezowski.)

Teinture d'arnica 8 gram.

Mixture ou eau camphrée 120 —

(Soelberg Wells.)

2. Lorsque les plaies sont liorizonlales et qu'elles n'intéressent que la peau, un simple rapprochement des bords de la plaie avec le talï'etas d'Angleterre et des compresses froides suffisent; mais, quand la plaie est verticale ou oblique, qu'elle est profonde et que ses bords sont irréguliers, il convient de la nettoyer préalablement, d'enlever des parties frangées et de réunir les bords par des sutures fixes en soie.

3. Les plaies du sourcil par suite de piqûre peuvent être suivies de douleurs névralgiques; on procédera alors, selon le conseil de Dupuytren, en ouvrant largement la plaie et incisant, s'il y a lieu, le nerf frontal blessé.

h. Les brûlures des paupières doivent être traitées avec les plus grands soins, et l'on cherchera surtout à prévenir les effets désastreux dos cicatrices.

Dans les brûlures du bord libre, il faut étendre une couche épaisse de pommade de concombre, et instiller de l'huile d'amandes douces entre les paupières.

Dans les cas où la surface externe des paupières est atteinte et où il existe une séparation de l'épiderme, ou même des parties plus |)rofondes, l'application de la peau de baudruche gommée et d'une couche de collodion élastique sur toute la paupière m'a toujours donné des résultats très-favorables. Pourvu que la cornée, la conjonctive et les bords libres soient sains, on peut laisser l'œil fermé, et élendre sur les deux paupières une couche assez épaisse de cette préparation, que l'on renouvellera tous les jours.

BmLiO(;RAPHlE. — Richerand, Nosographie chirurgicale, t. I, p. 255. Paris, 1805. — Boyer, Traité des maladies chirurgicales, t. V, p. 2'45. Paris, 1816. — Dupuytren, Leçons orales, t. VI, p. 206. — Lawrence, Treatise on the Diseases of the Eye. London, 1833, p. 126. — Von Animon, Zeitschrift fiir die Ophthalm., vol. I, p. 125. Dresden, 1830. — Heifelder, Ammon's Zeitschrift fûr die Ophthalmologie, vol. I, p. Û81. Dresden, 1831. — Cnrron du Villards, Annales d'oculist., t. XXXIII, p. 241, et t. XXXIV, p. 65. — Vidal (de Cassis), Pathologie chirurg., t. V, p. 177 et 578.— Lenoir, Archives d' ophthalmologie, t. Il, p. 261. ■ — Chavanne, Gaz. mèd. de Lyon, 1855, p. 45. — Rognetta, Lancette fraiiraisc, 7 janvier 1837. — Wallon, Operafive Ophthalm. Surgery. honàon, 1835, p. 93. — Sichel, Annales d'oculist., t. XXXI, p. 219. — Dixon, Med. Times and Gazette, i8b9, p. 471. — Busch, Virchow's Archiv, 1859. — Hutchinson, Ophthalm. Hosp. Rep., 1864, p. 120. — A. Zander, Die Verletzungen des Auges Art. Geissler. Zweites Heft, 1864, p. 472.

ARTICLE IX

ÉPHIDROSE ET CHROMHIDROSE.

ÉPi-iiDROSE. — LV/j/HrfmsÉ' consiste en une sécrétion abondante des glandes sudoripares des paupières.

Cette sécrétion exagérée se produit sur tous les points de la surface, et, en essuyant la paupière avec un linge, il esl facile d'apercevoir à l'aide d'une lou|)c les pores entr'ouverls, laissant suinter le liquide. Au bout de quelque temps, la

ÉPTHDROSE ET CHROMHIDBOSE. 31

peau devient rouge, et si cet état persiste, il se manifeste bientôt une irritation du bord libre et des conjonctives qu'on pourra confondre avec un eczéma.

Étioios;ic. — L'éphidrose est une affection très-rare ; on n'en connaît que quelques faits parfaitement authentiques. Il serait donc difficile de définir la cause.

Quoi qu'il en soit, elle ne présente aucune gravité.

Traitement. — L'application de compresses trempées dans une légère solution d'acide phénique (l gramme pour 1000 grammes d'eau) pourra facilement maîtriser le mal.

Ghromhidrose. — Le Roy de Méricourt a désigné sous le nom de chromhidrose une sécrétion morbide particulière des paupières et de la face ; la matière sécrétée a une coloration noire ou bleue. Erasmus AVilson l'a appelée stearrhœa nigricans.

Celte maladie a été décrite par les observateurs anciens ; mais les faits authentiques faisaient défaut. C'est à Le Roy de Méricourt qu'en est due la démonstration évidente. Hardy a communiqué un cas de ce genre, et, en Belgique, Warlomont, Van Roosbroeck et Libbrecht ont observé et analysé en détail cette maladie chez une femme âgée de vingt-huit ans ; ils ont confirmé l'existence de cette sécrétion bleuâtre (1).

Les recherches microscopiques faites par Ch. Robin ont démontré que la matière colorante a une grande puissance de coloration.

Au microscope, elle se présente sous forme de corpuscules lamelleux d'une dimension variable et ressemblant aux fragments brisés de gélatine desséchée (fig. 12).

Ch. Robin la compare à la cyanosine trouvée dans les urines bleues par Braconnot.

D'après AVilson et Neligan, cette sécrétion est produite par des follicules sébacés ; Le Roy de Méricourt, Ch. Robin et Hardy la considèrent, au con- '^2; — Matière de la

, 1 .< chromhidrose.

traire^ comme une sueur colorée. Cette dernière

opinion nous paraît la plus vraisemblable, quoique ni l'une ni l'autre ne soient encore démontrées.

Syniptomatoiogie. — La chi'omhidrose esl caractérisée par des taches bleuâtres ou noires situées le plus souvent sur la paupière inférieure et sur la joue, quelquefois aussi sur la paupière supérieure, le front, les ailes du nez et toute la face.

Lorsque ce pigment occupe une portion limitée de la paupière inférieure, les yeux acquièrent cet éclat particulier que certaines femmes cherchent h obtenir en se noircissant volontairement les paupières. Mais si la matière colorante est sécrétée en grande abondance sur les deux paupières, il en résulte une difformité tout à fait disgracieuse.

Celle matière s'enlève très-facilement avec une spatule ou un linge humecté d'huile, la peau redevient blanche; mais, au bout d'un lemps très-court, souvent quelques minutes, la matière colorante apparaît de nouveau.

Ordinairement il n'y a ni douleur ni irritation. Pourtant, dans le cas observé

(1) Warloinont, etc.. Annales d'ocmlis t., 1863.

PAUPlkKES ET SOURCILS.

par Hardy (1), les yeux devenaient larmoyants, plus sensibles à la lumière eti étaient le siège d'une sorte de cuisson. Les trois femmes atteintes dechromiiidrose, . dont parle Le Roy de Méricourt, se plaignaient d'un adaiblissement de la vue.

Êtioiu^ic. — Les causes de cette maladie, de même que sa nature, ne sont; pas bien connues.

L'habitation sur les bords de la mer semble y prédisposer ; on l'a observée surtout à Brest et Lorient, à Plymouth et à Dublin.

Traitement. — Tous Ics moyens employés pour combattre celte sécrétion , morbide sont restés sans résultat. Hardy conseille surtout les lotions astringentes, et principalement les douches d'eau astringente pulvérisée.

Bibliographie. — Yonge (James), Philosophical Ti^ansadions, 1709, t. XXVI, p. 4 et 521. ■ — Lecat, Traité de la couleur de la peau humaine en général, 1765, p. 136. — Le Roy de: Méricourt, Mémoire sur la coloration partielle en noir ou en bleu de la peau chez la femme (Arch. gén. de rnéd., novembre 1858, p. 430. — Mémoire sur la chromhidrose ou chromo-crinic cutanée, suivi de l'Étude microscopique et chimique de la substance colorante par' Ch. Robin et d'une note par Ordonez {Annales d'occulistique, 1864), — Erasmus Wilson, Diseases of the Skin. London, 1857. — T/ie Student's Book of cutaneous medic, etc. London, 1865, p. 463. — Baerensprung, Die Hautkrankheiten. Erlangen, 1859. — Hardy, Obser-vation de coloration noire des paupières recueillie à Brest [Bull, de la Soc. méd. des hCp.,, 1859, et U7iion méd., t. V, p. 437. — Fauvel, Nouvelle observation de coloration 7ioire des paupières ou chromhidrose {Union méd., 31 mars 1860, p. 404). — A. Foot, Two Cases ofChromidrosis, with Remarks {The Dublin quarterly Journal, Aug. 1869, p. 68).

ARTICLE X

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