DARTRES DES PAUPIÈRES
§ I. — Eczéma des paupières.
Cette affection est caractérisée dès le début par des vésicules, accompagnées oui non de fissures épidermiques qui donnent lieu à une sécrétion séro-purulentc. Bientôt la sécrétion se dessèche en croûtes ou squames; souvent les croûtes tombent et laissent voir des ulcères arrondis et superficiels. Le tissu cellulaire sousjaceut se gonfle et le volume des paupières augmente considérablement. En même temps , le malade éprouve une sensation de chaleur et de démangeaison désagréables.
L'eczéma est habituellement une affection chronique; celui des paupières dure souvent plus longtemps encore que dans les autres régions, à cause de rn ntalion qui se communique à la conjonctive. L'œil devient plus sensible, et un larmoiement abondant entretient l'irritation.
Les adultes peuvent guérir, mais ils sont fatalement prédisposés aux récidives.
Après la guérison, l'eczéma se cicatrise complètement sans laisser de traces ; lai rougeur seule persiste encore pendant un certain temps.
D'après Hardy, l'eczéma de la face se propage très-facilement de la peau aux muqueuses, et occasionne souvent des conjonctivites et des blépharitcs chroniques.
Étiologlo. — Le tempérament lymphatique et scrofuleux |)rédispose a celte (1) Hardy, Nouv. Dictionn. de méd. et de chir., art. Chromuidrose, t. VIII, p. 584.
PSORIASIS DES PAUPIÈRES.
éruption; mais elle reconnaît partout pour cause l'application tle topiques, tels que compresses trempées clans des solutions irritantes, des cataplasmes de farine de graine de lin et des pommades.
Traitement. — Dans l'eczénia général, à sa première période, on ordonne labituellement ries cataplasmes. Je suis d'avis de les proscrire pour l'eczéma des paupières à toutes les périodes. C'est aux bains amidonnés, aux bains de son et aux lotions avec la décoction de têtes de pavot qu'on devra avoir recours. Les bains de vapeur et les bains à l'hydrofère rendent surtout de grands services. L'eau pnlérisée facilite le ramollissement et le détachement des croûtes et amène la cessalion des symptômes nerveux.
Le traiienient interne consistera dans l'usage des purgatifs à base végétale, tels que follicules de séné (5 à lù grammes pour 1 litre d'eau bouillante), de 2 à 3 verres par jour, ou à base minérale^, tels que les eaux minérales de Pulina, Friedriclishall, Marienbad, Kissingen. Dans le cas de récidive, l'arséniale de soude est administré dans la proportion de 3 à 5 centigrammes pour 200 grammes d'eau une ou deux cuillerées par jour).
Parmi les pommades, les plus usitées sont celles à base mercurielle. Nous reconmiandons les formules ci-dessous :
Axonge 10 gram.
Calomel 15 à 20 centigr.
Acétate de morphine. . 15 à 20 —
(Galezowski.)
2C Axonge 10 gram.
Protonitrate d'iiydrar -
gyre 1 à 3 centigr.
(Hardy.)
§ II. — Psoriasis des paupières.
Le psoriasis des paupières, de même que celui qui se manifeste dans d'autres arties du corps, est caractérisé par des squames blanches argentées trèsadhérentes à la peau. Celte dernière est rouge el un peu tuméfiée, mais c'est surtout l'épiderme qui est malade.
La coloration rouge de la peau, sous les squames, est d'une teinte cuivrée, tout à fait analogue à la teinte cuivrée des syphilides.
L'épaississement de la peau et la présence de nombreuses squames gênent les mouvements et le plissement des paupières. Il on résulte qu'elles sont abaissées t>t que les malades ont l'air d'être toujours endormis. Des croûtes furfuracées tombent souvent dans le cul-de-sac conjonctival et y provoquent une irritation suivie de larmoiement. Les yeux deviennent sensibles à la lumière; la conjonctivite se produit. D'après Hardy (1), cet état peut même amener quelquefois un ectropion et un épiphora fort incommodes.
Etioiogie. — Le psoriasis reconnaît fréquemment pouj- cause l'hérédité, et il se développe surtout vers l'âge adulte chez les sujets à tempérament sanguin.'
Marche et durée. — C'est une alfeclion chronique d'une durée excessivement ongue; elle guérit, mais laisse une prédisposition à des récidives.
Traitciiient. — Un des meilleurs agents modificateurs de la nutrition de la )eau est incontestablement l'arsenic. Il réussit mieux que tout autre dans le trai-
(J) Hardy, Leçons sur les maladies dartreuses, .3*= édit. Paris, 1868, p. 177.
GALEZOWSKI. ' ' ' 3
PAUPIÈKES ET SOURCILS. '
icfiicnl (le celle aiïeclioii. On le proscril à la dose de 3 à 5 ceiiiigiatmncs da.i '200 gramiues d'eau, une cuillerée ou deux par jour. ^
Hardy donne (luelquefois avec succès du copaliu à la dose de h à 6 granun par jour.
Cotnuïe topiques , je n'emploie point de pommades ; mais, après avoir eiih' soigneusement les croûtes, je louche clia(iue plaque rouge avec la leintu d'iode concentrée. Par ce procédé, on modifie facilement le derme et l'on amci ! , la cicatrisation.
§ m. — Herpès palpebralis et herpès zona. I
A. Heupes palpebralis. — Des vésicules réunies les unes à côlé des autrea sur une surface rouge et enflammée, constituent l'herpès. Ces vésicules, aa nombre de dix, quinze, vingt, etc., forment des groupes séparés entre eux piw des intervalles où la peau est saine. Le liquide se dessèche dans les vésicules, h il se produit des croûtes sous lesquelles s'établit un suinlement séro-purulen. La forme arrondie caractérise ordinairement des groupes her|)éliques.
Rayera décrit sous le nom d'ho^pes palpebralis des vésicules semblables celles de Vherpes prœputialis, se développant, dans certaines ophtlialmies, sur paupière supérieure. Ordinairement ces vésicules n'ont pas sur la paupière ci disposition régulière. Je les ;ii vues occasionner des névralgies très- violentes.
L'herpès peut être artilîciel ou dartreux; souvent il apparaît après un embaii ras gastrique, ou une fièvre inlermittenle.
D'après Mackenzie, l'herpès des paupières parcourt les mêmes périodes qiu ceux qui occupent les autres régions du corps : sa durée varie entre quinze; vingt jours.
11 y a peu de chose à faii'e dans cette alîection, le phis souvent elle guérit toutt seule; c'est pourquoi Hardy conseille l'expectalion. On pourra pourtant emi ployer avec avantage la poudre d'acétate de plomb neutre, dont on saupoudreir toute la surface.
B. Herpès zona. — L'éruption herpétique peut entourer la moitié du troiii d'un membre; elle prend alors le nom de zona.
Le zona peut avoir pour siège le front, les tempes et les joues^, et de là envali i les paupières et les sourcils.
Bazin a constaté un fait très-caractéristique : il a remarqué que, tandis qw sur le tronc le zona est transversal ou oblique, il est vertical sur le front. J'ai vi:i dans un cas, une disposition identique sur la paupière supérieure; le zona allait î> perdre sur le front, du même côlé.
La partie malade devient le siège de douleurs lancinantes ou tensives et brC.i lantes, tout à fait analogues à celles occasionnées par les névralgies ciliaires. C( douleurs sont excessivement violentes, elles viennent par cri>-es et s'exaspèrent li soir ; des vésicules se montrent bientôt en nombre plus ou moins grand.
Le plus souvent cette éruption commence sur la paupière; dans d'aulres caselle prend naissance sur la tempe. D'ordinaire l'œil prend pari à celle alleclioriii devient rouge, sensible à la lumière; la conjonctive bulbaire s'injecte, ce qM peut simuler une irilis.
VITILIGO DES PAUPIÈRES. 35
Vigla a observé quelques cas analogues dont il m'a communique les détails. Pour ma part j'ai traité un malade atteint d'un zona des paupières et de la lempe, accompagné de douleurs tellement violentes, que les injections sous-endermiques :1e morphine n'ont pu arrêter le mal qu'au bout de trois semaines de traitement.
Parrot considère le zona comme une névralgie simple ou rhumatismale, et .'éruption n'est pour lui qu'un symptôme accessoire. Celte opinion me paraît jurtoul juste pour le zona des paupières et des tempes, où l'éruption est la plupart du temps à peine appréciable; souvent on n'aperçoit qu'une traînée rougeâtre. .a maladie est caractérisée surtout par des névralgies.
Bowman, Hutchinson et Steffan ont publié des cas rares d'herpes zoster. Des .ingt-quatre cas rapportés par Hutchinson, il n'y eu a eu que neuf où l'éruption )ccupait simultanément le front et le nez, et de ces neuf, six présentaient des ésions de la cornée et de l'iris (1).
Steffan pense que c'est dans les terminaisons périphériques de la première )ranche du nerf trijumeau qu'il faut rechercher la cause immédiate de cette ffection (2). Cette maladie n'atteint qu'une fois le même individu.
Le traitement doit consister surtout en injections hypodermiques de morphine idminislrée à la dose de 10 gouttes (Gueneau de Mussy) à 20 gouttes (Béhier) :
,1 ^ Eau distillée 100 gram.
Hydrochlorate de morphine 1 —
(Béhier,)
§ IV. — Acné des paupières.
Selon les auteurs modernes, l'acné est une altération des follicules sébacés de 1 peau.
L'acné simple et l'acné indurée se développent sur les paupières, et elles sont dentiques avec celles qui se montrent dans d'autres parties. Ces deux formes e rencontrent simultanément sur la joue et sur les paupières ; elles ne causent ni ouleur ni cuisson. Le seul désagrément qu'elles entraînent est de donner aux larties importantes du visage qu'elles occupent une teinte couperosée. On peut employer efficacement contre les boutons d'acné des frictions avec la ommade suivante :
iç. Eau distillée 10 gram.
Hydrochlorate de morphine. 50 centigr.
(Gueneau de Mussy.)
^ Axonge 10 grammes. | Carbonate de potasse 5 centigr.
§ V. — Vitiligo des paupières.
Cette altération de la peau palpébrale consiste en des taches blanches arrondies L limitées, résultant de l'inégale répartition du pigment cutané ; dans leur voiinage, le pigment paraît s'accumuler davantage. Les poils implantés à la surface e ces taches participent à la décoloration.
L'affection est ordinairement congénitale. Dans quelques cas rares, elle est ccidentelle, et peut disparaître complètement, comme cela est arrivé à un malade raité par Bazin.
(1) Hutchinson et Bowman, Ophlholmk Hosp. Reports, V, 3, p. 191, et Vï, 1, p. i.
(2) Steffan, Ann. d'oculist., 1869, janvier »t février, p. 70. ' ' j
PAUPIÈRES ET SOURCILS
§ VI. — Madarose ou alopécie des paupières et du sourcil.
A la suite des bléphaiiles glandulaires persistâmes, les cils tombent en pari ou en lolalilé, et li y a ce qu'on appelle madarose.
Les cils et les poils du sourcil |)euvent encore lomber à la suite des aiïectio graves, telles que (lèvre typhoïde, petite vérole, etc. Dans ce cas. ils repousse au bout de quelque temps. Mais, sous rinlluenco de certaines dispositions cons^ tutionnelles, ils disparaissent quelquefois défiiiiiivement ; c'est ce qui peut arriv, chez les sujets syphilitiques ou après certaines aiïections nerveuses graves, quei quefois même à la suite de douleurs de tête très-violentes.
J'ai observé un malade qui avait perdu en quelques semaines les cheveux S' la tête, et d'un seul côté les poils sur le sourcil et les cils des deux paupière, les moustaches et la barbe. Chez un autre, qui a eu le spasme de la septièiL paire droite, tous les cheveux de la tête et de deux sourcils sont tombée Bazin (1) a vu l'alopécie des sourcils se déclarer dans la deuxième période la lèpre ou de l'éléphantiasis de la face.
Traitement. — Dès l'apparition de celte maladie, on appliquera des co presses imbibées dans de l'esprit-de-vin additionné avec un tiers ou un quart teinture d'arnica. Dans d'autres cas, on appliquera des compresses imbibées dai la solution suivante :
"if Eau distillée 100 gram.
Sublimé 1 —
Hydrochlorate d'ammoniaque 2 grau
§ VU. — Pustules de la petite vérole sur les paupières.
Les pustules varioliques aj)paraissent ordinairement en assez grand nombb sur les paupières. Elles n'amènent à leur suite aucune complication sérieuse laa que les bords des paupières sont intacts. Mais lorsqu'elles se développent s les bords libres, et que le gonflement ei l'agglutination des paupières devienne considérables, on peut concevoir des craintes sérieuses.
Les paupières commencent à se gonfler ordinairement vers le quatrième jour l'érujilion variolique; en même temps apparaissent sur leurs bords des pustuk plus ou moins larges, plus ou moins nombreuses. Il importe beaucoup de sui veiller alors l'état des yeux et de prévenir les accidents. En se développant, pustules peuvent détruire les bords libres cl amener des cicatrices vicieuses, d entropions, des ectropions, des trichiasis, etc.
En s'inlroduisant entre les paupières, le pus des vésicules cause l'inflammati des conjonctives et de la cornée : l'œil est compromis.
Traitement. — L'indication réclame ici l'intervention du chirurgien ; elle « de la plus grande importance. On doit :
1° Laver très-fréquemment avec de l'eau tiède les bords des paupières, enle>^ les croûtes qui agglutinent les cils.
2" Graisser, pendant toute la durée de la maladie, les bords des paupières av de la pommade de concombre très-fraîche ou avec du cold-cream.
(1) Bazin, Leçons sur les afj'edions cutanées. Paris, 1862, p. 2(i5.
SCROFULIDES DES PAUPIÈRES. 37
30 Caulériser chaque pustule, qui se développe sur le bord libre, avec un crayon de nitrate d'argent. C'est un moyen que j'ai vu constamment employé ifl avec beaucoup de succès par N. Gueneau de Mussy, et je dois déclarer que, chez ses uialades de rHôiel-Dieu, l'affection variolique amène rarement des accidents du côté de la cornée. Mais, comme l'indique Gueneau de Mussy, cetle opération doit être pratiquée avec beaucoup de soins et avant que les pustules aient pris une grande extension.
Zi" Lorsque les pustules ne sont pas encore fermées, mais contiennent quelque peu de pus, il faut les vider avec un petit bistouri et les cautériser ensuite.
Bibliographie. — Hardy, Leço7is sur /es'maladies dartreiises. Varis^ 1868. — Leçonssur les maladies de la peau, 1863.— Bazin, Leçoiis Ihénriques et cliniques sur les affections cutanées. Paris, 1862. — Hutciiinson et Bowman, Ophtlialm. Hosp. Beports, t. V, 3^ p. 191, et t. VI, 2,' p. 1. — Johen in Dùren, Herpès zoster ophthalmicus avec kératite phlycténulaireet iritis {Deutsche Klinik, 1868, p. 25). — ?>[eSm, Aniiales d'oculist., 1869, janvier et février, p. 70.