ARTICLE XL SCROFULIDES DES PAUPIÈRES ET DU SOURCIL
Les scrofulides sont des manifestations de la scrofule vers la peau. Contrairement à l'opinion ;des auteurs allemands, j'admets, avec Bazin, deux sortes de .'^crofulides, à savoir : les scrofulides bénignes et malignes.
Les paupières et les sourcils peuvent être atteints de ces deux différentes formes de scrofulides. Bazin en rapporte quelques cas très-intéressants.
Dans un cas de scrofulide bénigne, affectant la forme d'acné varioliforme, (les pustules nombreuses occupaient la face : une pustule très-volumineuse siégeait à la paupière supérieure droite, et trois autres étaient situées à la conv missure interne de l'œil gauche.
Mais on rencontre non moins fréquemment les scrofulides malignes des paupières. Celles-ci se présentent sous des formes très-variées, et peuvent, dans certains cas, compromettre les mouvements des paupières et rétrécir l'ouverture palpébrale.
Chez un malade de Bazin, atteint de scrofulide maligne tuberculeuse fibroplastique, les paupières étaient hypertrophiées, et perdirent leur souplesse et leur mobilité ; il s'ensuivit un rétrécissement notable et une rigidité insolite de l'ouverture palpébrale.
Dans d'autres cas, les scrofulides se présentent sous forme de lupus tuberculeux. Elles ont une couleur rougcàtre avec un reflet translucide. Par-ci par-là on aperçoit de petites squames et des cicatrices qui leur donnent une certaine ressemblance avec des cicatrices provenant de brûlure.
Les bords de ces productions sont très-irréguliers, découpés, festonnés, et paraissent plus épais au toucher que ne l'est la partie médiane de la plaque ellemême. Il y a évidemment à la limite de cette production scrofulique une sorte de bourrelet constitué par des productions tuberculeuses du derme. La consistance de ces taches est parcheminée, analogue h celle des cicatrices.
(1) Bazin, Leçons sur la scrofule. Paris, 1861 , p. 517.
3y PAUPIÈRES ET SOURCILS.
Celte for ine de scrofnlide iiiiiligne est limitée souvent par une ligne circulair concenii ique à la courbe orbilaire. l/airectiou part de la joue, gagne la tempe eei s'('îtcnd do là à la paupière supérieure et au sourcil, de sorte (jue l'œil peut êtn entouré d'un cercle rouge de lupus.
Lors([ue la scrofulide uialigne envabit le sourcil, elle détruit complètement ic: poils, ce qui olïre un contraste singulier avec le côté sain.
Pronostic. — Lcs scrofulidcs bénignes ne présentent aucune gravité ; elle guérissejit facilement, mais laissent pourtant une prédisposition aux récidives.
Le pronostic des scrofiilides malignes est plus sérieux; les moyens thérapeutique sont le plus souvent impuissants pour obtenir la guérison, ou môme pour préveniii les accidents consécutifs. Cependant les observations rapportées par M. Bazii démontrent que la guérison peut quelquefois être obtenue.
Traitement. — F.e traitement de cette aiïection comprend deux sortes d moyens. On s'efforcera d'abord de combattre la diathèse scrofuleuse par la médin cation appropriée; puis on emploiera les moyens topiques contre les manifesta tions cutanées.
1° L'huile de foie de morue joue ici un rôle important dans le traitement ; îi ell seule est due souvent la guérison. On commence par une cuillerée à bouche pasi jour, et l'on augmente successivement la dose jusqu'à trois et quatre cuillerées. Eilil général, il faut que le malade en prenne en moyenne 60 grammes par jour.
2° Concurremment à l'huile de foie de morue, on ordonnera le sirop d'iodurni de fer dans la |)roportion de 30 grammes par jour, et quelquefois de l'iodure d« potassium (Hardy).
3° Les amers, tels que la gentiane, la tisane de houblon, la macération de quini quina, le sirop de brou de noix, doivent être souvent associés aux moyens pré cédents.
U° Les bains alcalins n'ont que peu d'action sur les scrofulides; mais les bain.1 sulfureux et salins peuvent agir efficacement. On prescrira aux malades deux oi trois saisons à Luchon, à Aix en Savoie, ou à Schinznach. Les eaux de Kreuznach et de Louesche peuvent être aussi très-salutaires. Ces dernières sont légèremeni salines et jouissent d'une grande réputation contre les scrofulides de la peau.
5° Quant au traitement local, la teinture d'iode me paraît l'agent le plus efficace. On badigeonne tous les jours les parties malades avec une solution concentrée de cette teinture.
6° Hardy a employé avec avantage le biiodure de mercure sous forme dec pommade de biiodure de mercure et | d'axonge). Avant de s'en servir, om liquéfie celte pommade en la faisant chauffer, et l'on en étale avec un pinceau une» petite couche sur les parties malades.
7° D'après Bazin, l'huile de noix d'acajou appliquée sur les scrofulides donne' des résultats très -favorables.
8° Les scrofulides malignes peuvent entraîner des difformités dont la guérisonn réclame des opérations spéciales.
Bibliographie. — Hardy, Leçons mr In acrofuk ef les scrofulides et sur la syphilis ef les syphilides. Paris, 18G^. — Bazin, L-çons sur lu scrofule, 2" édition. Paris, 18G1.