AFFECTIONS SYPHILITIQUES DES PAUPIÈRES
ARTICLE XII
AFFECTIONS SYPHILITIQUES DES PAUPIÈhES.
§ I. — Chancre des paupières.
Les paupières peuvent être le siège d'un jchancre infectant. Sur 771 chancres, Alf. Fournier en a trouvé 1. cas, et Clerc en a vu 1 sur hOU. Pour ma part, je l'ai observé A fois, ei la guérison par le traitement mixte a pu être facilement obtenue. L'inoculaiion peut avoir lien de deux manières : la personne infectée peut communiquer le mal par un baiser, ou bien en transportant le pus du chancre dans l'œil au moyen des doigts. Ricord rapporte un cas de ce genre (1).
L'ulcère syphilitique primitif affecte ordinairement une seule paupière et se trouve situé sur le bord libre. Il occupe d'abord la conjonctive, et de là il se porte à la peau et aux tissus sous-jacenls. Ch. Bell cite cependant un fait dans lequel le chancre avait débuté par la peau, mais c'est là une exception.
SymptoiMaioiogie.— Le chaucrc des paupières n'est jamais mou, mais, comme dit Rollel, il est constamment induré. Il se présente sous forme d'un ulcère creux, profond, à bords arrondis, durs et taillés à pic.
Cet ulcère est placé à cheval sur le bord libre; la paupière est épaissie, dure et gonflée, mais ce gonflement est surtout visible au voisinage de l'ulcère ; la conjonctive est rouge et enflammée au pourtour du chancre, tandis que, dans les parties éloignées, elle est à peine congesiionnée.
Dès la période d'incubation, les glandes préauriculaires et sous-maxillaires du côté correspondant sont engorgées. Mais on ne peut pas considérer ce signe comme pathognoinonique delà syphilis ; l'observation journalière nous montré, en effet, qu'un engorgement des mômes glandes se produit dans les cancroïdcs de la face ou des paupières, dans les ophthalmies purulentes, diphthéritiques, etc.
La maladie se déveIoj)pe ordinairement assez rapidement et n'est presque point suivie de réaction ni de douleurs.
Pronostic. — l.e prouosiic est le plus souvent favorable si la maladie est reconnue à temps; mais, abandonné à lui-même, le chancre palpébral peut détruire la paupière dans toute son épaisseur et causer des ravages considérables. Dans un cas rapporté par Campbell ("i), les deux paupières de l'œil affecté ont été détruites.
i»iagiios<ic. — Le chancre palpébral peut être facilement confondu avec un épithélioma, et il existe des exemples, cités par Clerc et Heurtaux, où ces deux maladies ont été prises l'une pour l'autre, soit sur les paupières, soit sur les lèvres.
L'âge du malade facilite le diagnostic. Dans cette région, en effet, les cancers se montrent rarement avant quarante ans, tandis que le chancre est plutôt l'apanage de la jeunesse,
La nature de l'ulcération, sa forme rondo et ses bords taillés à pic, un gonflement considérable, la marche rapide de la maladie et la coexistence de la roséole ou de louie autre éruption, sont des signes qui, considérés dans leur ensemble, iaciliteronl le diagnostic.
(1) Ricord, Lettres sur la syphilis, 3« édition. Paris, 1863, p. 86.
(2) Campbell, Edinburgh Med. and Surg. Journ., 1832, p. 254.
PAUPlIiRES ET SOURCILS.
Traitement. — Le iraiiemeiii est général et local.
Le li aiKMiient général n'est autre (jiio culiii de la syphilis : les préparadons mercurielles sous forme de pilules au iodure d'hydrarj^yre ou au sublimé.
Le traitement local consiste dans l'emploi des moyens qui aident à la cicatrisation et arrêtent la suppuration. Dans ces cas, j'emploie la poudre de calotnel porphyrisée pour saupoudrer l'ulcère ; de temps en temps je louche la plaie avec une solution de sublimé ou même de nitrate acide de mercure, sin tout au commencement de la maladie et en prenant les précautions nécessaires pour empêcher Ic; liquide de s'introduire dans l'œil.
§ II. — Syphilides bénignes des paupières.
Les éruptions syphilitiques des paupières apparaissent quelquefois chez les adultes; mais on les observe beaucoup plus souvent chez les enfants. La syphilis héréditaire se manifeste sous forme d'herpès, de syphilides tuberculeuses ou cruslacées, eic. ÎMackenzie rapporte qu'il a été souvent consulté pour les enfants atteinli> de maux d'yeux de nature syphilitique.
Les syphilides des paupières peuvent s'ulcérer et causer des désordres graves,, et une vraie syphilide maligne que nous décrirons à part. En général, pourtant,, les cas de ce genre sont rares, et les syphilides restent le plus souvent limitées àa la peau et sont par conséquent bénignes,
Diagnositic. — Il est facile de reconnaître les syphilides des paupières. Ces éruptions se montrent en même temps sur d'autres parties de la face. La syphilide' papuleuse est une des formes les plus fréquentes que l'on rencontre sur les paupières. Suivant Rollet (1), V impétigo syphilitique se développe très-souvent danss les sourcils.
Traitement. — Les sypliilides des paupières ne réclament aucun traitemenlt local particulier; tout au plus, dans certains cas, est-il nécessaire d'appliquer' sur les boutons ou les ulcères la ponmiade suivante :
'2/1 Axonge 8 gram. j Calomel porphyr 1 gram.
Le traitement interne seul est le plus souvent indiqué dans les syphilides^ précoces, c'est le traitement mercuriel ; dans les syphilides intermédiaires ou tardives, on aura recours au traitement mixte.
Chez les enfants, on doit se borner à l'usage du calomel à la dose d'un centigramme par jour et aux bains de sublimé. J'ai vu le docteur Peter, agrégé de la.i Faculté de Paris, employer ces bains avec un grand succès.
§ III. — Syphilide tuberculo-serpigineuse.
Dans cette affection, la surface des paupières, du nez et des joues est le siège de tubercules syphiHtiques, durs et secs, qui restent slationnaires pendant longtemps,, qui s'ulcèrent ensuite, se ramollissent et se couvrent de croûtes.
A partir de ce moment, l'altération s'élend de plus en plus aux parties voisines, gagne en profondeur et surtout en étendue. Elle devient serpigineuse ; des^ croûtes grisâtres la recouvrent, et elle saigne au moindre atlouchemeiit.
(1) Boilet, Traité (les nudadies vénériennes, 1866, p. 836,
AFFECTION PARASITAIRE DU SOURCIL. ftl
La paupière inférieure est ordinairement attirée vers l'ulcération et donne lieu à l'ectropion.
Diagnostic diiTérentici. — L'épithélioma est, de toutes les affections, celle qui ressemble le plus à la syphilide tuberculo-serpigineuse. Toutes deux présentent des bords ulcérés arrondis, durs et engorgés. L'étendue relativement plus considérable de l'affection syphilitique peut seule faciliter le diagnostic. Fano en cite un exemple; un cas analogue s'est offert dernièrement à mon observation, qui présentait tous les signes d'épitliéliome. Il a été guéri par l'iodure de potassium adnuuislré à l'intérieur et le badigeonnage avec la teinture d'iode.
De larges cicatrices accompagnent d'ordinaire les scrofulides ulcérées, ce qui n'a pas lieu dans les syphilides.
Traitement. — Comme toutes les autres syphilides tardives, les syphilides tuberculo-serpigineuses sont facilement modifiées par l'iodure de potassium porté à la dose de 1 à 5 et 6 grammes par jour, soit seul, soit associé au mercure, suivant les prescriptions de Gibert, Devergie et Bazin,
Comme traitement local, on cautérisera avec avantage à l'aide de l'acide chlorhydrique acétique, ou du nitrate acide de mercure. Le badigeonnage avec la teinture d'iode sera efficacement employé.
Quant aux pommades mercurielles, elles restent le plus souvent sans aucun effet.
Bibliographie, — Cazenave, Traité des syp/ii/ides. Paris, 1838. — Devergie, Traité pratique des maladies de la peau, 2"=édit., Paris, 1857. — Simon, Die Huutkrankheiten dm-ch anal. Untersuch. erlautert. Berlin, 1851, — Wiison, On Syphilis const. aiid hered., and un syphilit. éruptions. London, 1853. — Streatfield, Opht. Hosp. Rep., 1860, V, 2, p. 125.
ARTICLE XIIL