AFFECTION PARASITAIRE DU SOURCIL ET DES CILS
Parmi les affections parasitaires, nous ne connaissons que les pediculi puhis(\m puissent envahir les paupières et les sourcils.
Les poux du pubis [pediculus pubis) se logent parmi les cils et les poils des sourcils, y provoquent une inflammation chronique et une démangeaison insupportable.
Plus aplatis que les autres, ces parasites sont arrondis et larges, à corselet trèscourt se confondant avec l'abdomen ; ils pondent un très-grand nombre d'œufs qui adhèrent fortement aux cils, lesquels paraissent couverts d'une poudre noire.
Laurence est le premier qui ait décrit un exemple de ce genre, Stetfan (1) a rapporté dernièrement un autre fait analogue ; le mal a cédé facilement aux frictions avec l'onguent mercuriel.
On peut confondre cette maladie avec une blépharite ciliaire; la démangeaison, très-vive, s'exacerbe surtout la nuit, et l'absence de toute ulcération et de gonllemcnt du bord libre facilite le diagnostic.
Traitement. — Uiie OU dcux frictious sur les bords des paupières et les sourcils, soit avec l'onguent citrin, soit avec la pommade au précipité rouge, font rapidomcnl disparaître les poux. Quelques bains amidonnés suffiront pour guérir l'irritation.
(I) Steffan, Annales d'oculistique, 1867, p. 152.
PAUPliillliS liT SOUHCILS.
ARTICLE XIV
Les kystes sont des tumeurs constituées par des cavités closes remplies d'un I liquide quelconque.
Le plus souvent les cavités kystiques sont piéexislanles et prennent naissance, soit dans les cavités normalenient closes, soit dans celles qui sont normalement ouvertes ; elles se développent alors par leur occlusion accidentelle. Ce sont là les kystes procjbn^s de Bi oca.
Plus rarement, les cavités kystiques sont de nouvelle formation, d'où le nom de néofjènes qui leur a été donné par l'éminent professeur.
Les uns et les autres peuvent se subdiviser en plusieurs variétés. Pour ce (jiii regarde les paupières, on les distingue en :
Chalazions.
Kystes sébacés.
Kystes dermoïdes simples ou pilifères congénitaux. Kystes séreux des paupières.
t j ' T/ 1 ' • > ( Hématomes.
Kystes néogenes Kystes pengenes j j^^^^^^ hydatiques.
Les kystes progènes sont tantôt simples et n'occupent qu'une seule glande isolée, tantôt compliqués, comme ceux que l'on rencontre dans la glande lacrymale supérieure.
Les kystes périgènes des paupières se forment quelquefois autour d'un caillot sanguin. Le blastème inflammatoire , se cond)inant avec les tissus qui limitent le foyer, s'organise en une membrane plus ou moins épaisse. Dans d'autres cas, l'enveloppe se forme autour d'une hydatide ou d'un corps étranger solide quelconque.
§ 1. — Ghalazion ou kyste meibomien.
On appelle dtalazion une tumeur kystique développée dans l'épaisseur des paupières et qui fait saillie au-dessus de la peau ou sous la conjonctive.
On aperçoit ordinairement sur la surface des paupières une ou plusieurs saillies plus ou moins prononcées, situées à une certaine distance du bord libre. Ces saillies sont dues aux tumeurs de même nature.
Il y a deux sortes de chalazions : les uns sont liquides et contiennent une matière gélatineuse ou purulente, et les autres solides. Elles ne diffèrent l'une de l'autre que par la période et le degré d'évolution.
Celte tumeur se développe ordinairement dans l'épaisseur du tarse, dont il est difficile de la détacher; au centre, on trouve une petite poche kystique qui appartient aux kystes progènes de Broca; il est en effet simple, constitué par l'occlusion du canal icule excréteur d'une des glandes de Mcibomius et par l'accumulation des produits sécrétés par ses parois.
Symptomatoiogie. — 1. Le chalazion se présente sous forme d'une saillie plus ou moins globuleuse, circonscrite, quelquefois diffuse, intimement adhérente aux tissus voisins et particulièrement au tarse.
Kystes progèiies . .
KYSTES Di;S PAUPIÈRES ET DU SOURCIL. 43
2. Souvent il est très-peu saillant, mais lorsqu'on promène la pulpe du doigt sur la paupière, on perçoit une proéminence. Dans d'autres cas, la tumeur est beaucoup plus développée et fait une saillie considérable à la surface de la paupière.
3. La peau, dont la coloration reste la même, et la couche musculaire, ne sont pas adhérentes à ce kyste.
U. Lorsqu'on renverse la paupière et qu'on examine la conjonctive dans la parlie correspondante au kyste, on y aperçoit le plus souvent une injection prononcée sous forme d'une tache ronde d'un rouge sombre, ou rouge livide.
5. Le chalazion se développe quelquefois sur le bord tarsien. Peu à peu il devient proéminent sur le bord libre et y constitue une petite tumeur fongueuse d'un rouge jaunâtre qui peut sinmier un cancroïde. Celte tumeur se rencontre surtout à la paupière supérieure. L'année dernière, j'ai opéré un chalazion de celle sorte : il avait la' grosseur d'une petite noiselte et ressemblait beaucoup à un épilhélioma.
6. En détruisant le tarse dans les parties avoisinantes, le chalazion fait bientôt saillie sous la conjonctive, qui devient très-rouge et tuméfiée. On aperçoit alors, vis-à-vis de la tumeur, un petit point jaunâtre.
7. D'ordinaire cette affection n'est pas douloureuse ; mais la tumeur peut s'enflammer et devenir très-sensible ; la peau change de coulenr, et devient rouge. En se vidant, soit par la peau, soit du côté de la conjonctive, l'abcès peut amener la guérison spontanée du kyste.
8. Tant que la tumeur ne dépasse pas certaines dimensions, il y a à peine difformité, et aucune gêne n'en résulte pour le malade; mais si elle se développe, elle peut embarrasser les mouvements des paupières. Si elle occupe une région voisine du point lacrymal, elle peut occasionner la déviation et l'obstruction de celte ouverture, et consécutivement un larmoiement. Une malade que nous avons vu avec le docteur Proust présentait celte complication portée à un haut degré. J'ai opéré en 1869 un kyste situé tout près du point lacrymal inférieur, et qui était occasionné par un dacryolilhe volumineux ayant obstrué et le canal lacrymal et une glande de Meibomius.
9. Les chalazions se rencontrent plus souvent à la |)aupière supérieure qu'à la paupière inférieure ; mais certains individus offrent une prédisposition toute particulière pour contracter ces tumeurs. Ils occupent alors les deux paupières à la fois, au nombre de deux ou trois sur chaque paupière.
10. Boyer, Denonvilliers et Gossolin ont établi que les kystes de la paupière supérieure font plus souvent saillie du côté de la peau, et ([ue ceux de la paupière inférieure s'avancent plus souvent du côté de la conjonctive.
Étioio;;ie. — Deux causes évidentes prédisposent au développement du chalazion : l'une, locale, qui se rattache aux inflammations du tissu cellulaire péritarsien ou des glandes de Meibomius, en amenant l'oblilération d'un des conduits ; et l'autre, générale, qui laisse une prédisposition à ces kysles chez certains individus. Il y a un bon nombre de malades chez lesquels le chalazion est précédé d'un orgeolet. C'est l'inflammation qui amène dans ce cas robstruction d'une des glandes de .Meibomius, et le chalazion s'ensuit.
Diagnostic différentiel. — Il est difficile de confondre le chalazion avec toute
PAUPIÈRES ET SOURCILS
autre tumeur. Son état slationnaire, son indolence, ainsi que sa fixité, ne permettent pas d'erreur dans le diagnostic.
Les chalazions du bord libre des paupières peuvent seuls être pris pour des tumeurs épithéliales ; toutefois ces dernières sont ordinairement plus limitées et plus dures.
Durée et Pronostic. — Les clialazious durent des mois et des années sans causer de graves désordres, et sans que leur volume augmente notablement.
Le pronostic est donc favorable ; quelquefois ces kystes guérissent spontanément, mais le plus souvent une intervention chirurgicale est indispensable. L'opération ne laisse ordinairement aucune trace. Dans deux cas pourtant, cités l'un par Uupuytren, l'autre par Velpeau (1), la réunion ne s'est pas faite, les bords se sont cicatrisés isolément^ et une ouverture fistuleuse est restée. Probablement ils étaient en communication avec le canal lacrymal.
Anatomie pathologique. — La plupart des auteurs considèrent le chaiazion comme un kyste provenant de l'oblitération d'une des glandes de Meibomius. Ch. Robin croit que cette tumeur est constituée par des éléments fibro-plastiques et des cyloblastions, de la matière amorphe, des vaisseaux et du tissu lamineux. Au centre, on trouve souvent, dit-il, un petit kyste. Pour Wharton Jones, il est formé par une matière fibrineuse, gélatiniforme, renfermée dans une cavité qui s'est ouverte elle-même dans la substance du cartilage tarse. Je pense aussi que bien souvent c'est un kyste néogène qui s'est développé entre l'enveloppe du tarse (capsule de Ténon) et le cartilage lui-même.
Pour Virchow (2), le chaiazion répond au tissu qui entoure les glandes de Meibomius. Le microscope y démontre la présence d'un grand nombre de cellules rondes, pâles, contenant peu de noyaux ; ces cellules, qui sont de grandeur variée, ont la plupart un noyau pâle, rond ou oblong; elles sont entourées d'une substance intercellulaire, en partie gélatineuse, en partie fibreuse, le plus souvent muqueuse.
Traitement médical. — Comme il n'est pas douteux que les chalazions disparaissent quelquefois spontanément, on doit commencer le traitement par des friclions sur la paupière avec une des pommades suivantes :
lodure de plomb 25 centigr.
Axonge 4 gram.
Camphre 5 centigr.
!^ Proloiodure de mercure. . . 15 centigr.
Moelle de bœuf 4 gram.
Huile d'amandes douces. . . 2 —
Une solution de chlorhydrate d'ammoniaque (10 grammes pour 100 grammes d'eau) est recommandée par J. Sichel, comme un moyen résolutif tèss-efficace, et qui a en outre l'avantage do faire cesser l'irritation. Si ces frictions n'amènent pas de changement au bout de quelques semaines, ou si elles détern)inent une irritation dans la iiaupière, on aura recours aux moyens chirurgicaux.
Traitement chirurgical. — 1. Maîtrejeau et Dcmours ont employé avec succès l'incision simple de la tumeur par la surface conjonctivale, avec énucléation du contenu. iMackeiizie la recommande vivement. Il suffit, dit-il, de renverser la paupière malade, de diviser la tumeur dans toute sa longueur avec la lancette, et de faire sortir, par une pression qai doit être assez forte, tout son contenu.
(1) Velpeau, Dict. de méd., art. Paupière, p. 29.
(2) "Virchow, Pathologie des tumeuri, trad. franç., t. II, 1869, p. 385.
Mon avis est que cette méthode ne doit être conservée que pour de« chalazions liquides, enOammés ou non. Sitôt que la tumeur est un peu plus consistante, on doit avoir recours à l'extirpation.
2. Extirpation de chalazion. — Un des moyens les plus efficaces de guérison de ces tumeurs est incontestablement l'extirpation. On la pratique de deux manières différentes, selon que le chalazion est plus rapproché de la surface conjonctivale ou de la surface cutanée. J'ai dit plus haut que, à la paupière supérieure, ils sont habituellement près de la peau, tandis qu'ils sont situés sous la conjonctive, lorsqu'ils siègent à la paupière inférieure. II résulte de là une indication pratique, qu'il est utile de signaler : pour la paupière supérieure, on les enlèvera en incisant la peau, tandis que, pour la paupière inférieure, on opérera l'extirpation le plus souvent par la surface conjonctivale.
3. Extirpation de chalazion de la paupière supérieure. — Depuis que Desmarres pèreja imaginé une pince fenêtrée (fig. 13), cette opération est devenue très-simple et très -facile à exécuter.
Fig. 13. — Pince fenêtrée de Desmarres.
Voici quels sont les instruments nécessaires pour la pratiquer : 1° la pince fenêtrée de Desmarres; 2° une érigne simple; 3° une pince à érignes ; 4° une pince à dissection à branches très-fines; 5° un bistouri droit pointu ; 6° une paire de ciseaux courbes deCooper; 7° deux ou trois petites éponges mouillées et exprimées. La présence d'un aide chargé d'écarter les bords de la plaie pendant l'opération est indispensable.
Le malade est assis sur une chaise, la tête appuyée contre le dos du siège ou contre la poitrine de l'aide. Le chirurgien engage sous la paupière supérieure la branche en plaque de la pince de Desmarres, soit par une de ses extrémités, soit tout entière, puis il tend convenablement la peau et rabat la branche fenêtrée sur la paupière, de manière que le kyste soit entouré par l'anneau de la branche antérieure. On serre ensuite très-fortement les deux branches au moyen de la vis, jusqu'à ce que toute circulation dans la partie comprimée de la paupière soit suspendue. Cela fait, on opère, sur la peau recouvrant le chalazion, une incision transversale qui le dépasse de quelques millimètres de chaque côté. L'incision doit comprendre la peau et les couches musculaires pour mettre le kyste à nu d'un seul coup, sans l'ouvrir. Puis on saisit les bords de la plaie avec une pince et l'on dissèque la tumeur en haut et en bas.
Une fois le chalazion mis à découvert, l'opérateur le saisit en masse à l'aide d'une pince à érignes, ou l'accroche avec une simple érigne, et le sépare complètement des parties environnantes en se servant du bistouri, et en prenant garde de traverser le tarse ou la conjonctive. Les ciseaux de Gooper peuvent être utiles pour terminer l'ablation.
L'extirpation terminée, on relâche la pince et on la retire. Les bords de la
PALPliîRES ËT SOUnciLS.
plaie une fois rapprochés, on applique ininiédialeinent des compresses froides que l'on maintienl pendant vingt-quatre heures.
L'hémori hagie est ordinairement très-peu abondante et s'arrête au boutde quelques minutes.
Après chaque extirpation, Jungken conseillait de loucher le fond de la plaie avec le crayon de nitrate d'argent. Desmarres ne fait, au contraire, celte cautérisalion que dans les cas où la tumeur n'a pas été enlevée tout entière. Je préfère ne pas recourir aux caustiques après l'extirpation, et je mets tous mes soins à enlever entièrement la tumeur avec le bistouri.
Au bout de cinq ou six jours la plaie est habituellement cicatrisée. Quelquefois du pus se forme dans le fond de la plaie et au-dessous de la cicatrice vers le troisième ou quatrième jour ; il y a alors urgence de prati(pier à l'aide d'une sonde une petite ouverture et de faciliter son écoulement.
U. Extirpation de chalazion de la paupière inférieure. — Comme je l'ai déjà dit, les chalazions de la paupière inférieure se dévelo|)penl le plus souvent aux dépens de la conjonctive, qui se distend dans cet endroit et acquiert un développement plus grand qu'à l'état normal. Il n'y a donc aucun inconvénient d'enlever un lambeau de la conjonctive en même temps que la tumeur.
PtROT:
Fio. 14. - Érigne. F.«. 15. - Pince à érigaes. F,«. 16. Bislouri.
Deux aides sont nécessaires pour faire convenablement celte o|>érauon : l'un tient la lêle du malade, soulève la paupière supérieure et mamtienl la paup.e.e inférieure renversée ; l'autre éponge la plaie pendant I operaiioii
ort'averse le chala.ion dans son grand dian,ètre et jusqu à sa base avec une
KYSTIiS DES PAUPIÈRES ET DU SOURCIL. 47
forlc 6rigne ((îg. ou une pinco à érigncs (fig. 15), que l'on saisit de la main -auche; puis avec un bistouri droit (fig. 16), on pratique une première incision parallèle au bord libre et en dehors de l'érigne, et ensuite une seconde incision analogue en dedans. La tumeur est soigneusement disséquée jusqu'à ce qu'on réussisse ît la détacher complètement, soit avec le bistouri, soit avec les ciseaux.
Une hémorrhagie artérielle très- abondante suit immédiatement l'extirpation : c'est l'arcade palpébrale artérielle qui est ouverte. Pour arrêter le sang, il suffit de pincer pendant quelques secondes la paupière à l'endroit de la plaie.
5. Extirpation de chalazion situé dans V angle externe. — Il est très-difficile de luxer la tumeur située dans l'angle externe ; pour obtenir ce résultat, le chirurgien fait regarder le malade en haut et en dedans; il appuie ensuite avec l'indicateur de la main droite sur le bord orbilaire inférieur au-dessus du kyste, et cherche en même temps, avec l'indicateur de la main gauche, à le ramener du coin de l'œil en avant. Le reste de l'opération est le même que pour l'opération précédente. Pour éviter ces difficultés, on pourra extirper le kyste par la surface cutanée, en se servant de la pince de Desmarres.
6. Extirpation du chalazion du bord libre. — Les kystes situés près du bord libre s'avancent souvent sur ce dernier et entraînent une altération de la forme de l'arc marginal. Quelquefois c'est sur le bord même qu'ils prennent naissance.
La dissection de la grosseur doit être pratiquée avec beaucoup de soin ; et l'on n'enlèvera que la portion occupée par le kyste, en ménageant autant que possible le bord ciliaire. Si ce kyste neproémine pas beaucoup au-dessus du niveau du bord libre, on le saisit avec le crochet et l'on pratique l'extirpation par la méthode habituelle.
Lorsque le chalazion forme une saillie limitée sur le bord, on enlève la partie exubérante d'un coup de ciseaux fins, courbes sur le plat. La suppuration qui s'ensuit détruit le reste du kyste, si tout ji'a pu être enlevé.
7. Incision avec cautérisation du clmlazion. — Dans certaines formes de chalazions proéminent du côté de la conjonctive, on a conseillé de faire suivre l'incision de la cautérisation. "Wecker (1) se sert même, après qu'il a pratiqué l'incision, d'un porte-caustique spécial. iMais cette méthode ne donne pas de bons résultats. L'emploi des caustiques seuls est aussi impuissant pour détruire les chalazions, et les tentatives qu'on a faites n'ont pas été couronnées de succès, comme le diiMackenzie,- souvent môme les caustiques sont nuisibles. Ils peuvent déterminer une inflammation trop vive dans la paupière et la conjonctive, et par suite l'induration et la difformité du bord libre, quelquefois même la moilificaiion d'une grande partie des tissus environnants. C'est pourquoi j'y ai complètement renoncé.
BiBLior.RAPHiE. — Demours, Traité des maladies des yeux, t. I, p. 121. — Sichel, Iconoffrnpkie, p. 622.— Zeis, Ammons Zeitschrift fiir die Ophihalmologie, t. IV, 1834, p. 240. — Desmarres, Traité des maladies des yeux, t. I, p. 610, 2<^ édit. — Dupuytren, Lern?is orales, t. ill, p. 27 7, 2« édit. — Velpeau, Dict. de méd. en 30 vol., t. XXXIII, p. 287. — Fano, liull. de f/irrapeidiquc, avril 1862.
§ n. — Millet, kyste sébacé, moUuscum et vésicules du bord libre
des paupières.
A. 311LLET. —C'est une petite tumeur kystique qui se développe sur la peau des (1) Wecker, Traité des iiialadies des yeux, t. I, p. 587.
PAUPlkRES ET SOURCILS.
paupières, Irès-souvent près du bord libre, d'un aspect blanc, perlé, de la grosseur d'un grain de millet, d'où elle tire son nom.
Elle est située au-dessous de l'épiderme, et provient de l'obstruction d'un des follicules pileux du derme ou d'un follicule sébacé dont l'ouverture aboutit dans le canal du follicule pileux. Son enveloppe est comparativement épaisse et ne présente pas d'ouverture lisse en dedans.
La matière contenue dans ces petits kystes est de nature sébacée; elle est constituée par des cellules épilbéliales et des molécules de graisse.
Ordinairement ce kyste est indolent, arrondi, lisse à la surface, quelquefois un peu vascularisé par quelques ramuscules capillaires.
Son volume peut quelquefois atteindre celui d'un grain de chènevis. Siebel a décrit une de ces tumeurs dont le diamèlre était de 5 millimètres et la bauleur de 3 milliujètres. D'après ce praticien , c'est le plus volumineux millet qu'il ait jamais vu.
Le traitement du millet esi. très-simple; on ouvre son enveloppe avec la poinie d'un bistouri ou d'une aiguille à cataracte, et l'on évacue le contenu eu pressant la tumeur entre les ongles des pouces.
B. Kyste sébacé du bord des paupières. — Ces tumeurs sont rarement volumineuses. Paget pense que les kystes sébacés sont néogènes, mais Broca, dont je partage l'avis, croit qu'ils proviennent de l'engorgement des glandes sébacées. Ils apparaissent sur les marges des paupières comme de petits points blancs, et sont consécutifs à l'obstruction d'une des glandes sébacées adossées au canal des cils. Quelquefois ils font une légère saillie à la surface du rebord palpébral ; ordinairement ils ne causent aucune gêne au malade.
L'excision ou la ponction suivie de l'évacuation de la matière sébacée par pression amène la guérison.
G. MOLLUSCUM des PAUPIÈRES. — Les follicules pileux du derme, en s'oblitérant, donnent lieu à un millet. En se transformant, ce millet prendra une extension plus considérable; ses parois s'épaississent; il devient sessile avec une base étroite, mais non pédiculée. (j'est le molluscum. On remarque au centre une petite ouverture par laquelle suinte de temps en temps un liquide blancbâtre gélatineux.
Cette petite tumeur kystique est, dit-on, contagieuse : d'où le nom de molluscum contagiosum. Mackenzie cite un cas de transmission de cette tumeur par contagion, d'un enfant à un adulte. D après le même observateur, elle perd avec l'âge cette propriété contagieuse.
Comme pour les kystes précédents, le traitement est cbirurgical, et ne diffère en rien de celui qui leur est appliqué.
D. VÉSICULES DU BORD LIBRE DES PAUPIÈRES. — On reucoutre quelquefois un ou deux kystes transparents implantés sur le bord libre. Ces kystes, de la grosseur d'un pois, contiennent un liquide limpide, contrairement à l'opinion de quelques auteurs. Les parois sont ordinairement très- épaisses et résistantes. Pour Cruveilhier (1), ces kystes sont formés aux dépens des follicules muqueux du bord libre des paupières, et contiennent tantôt de la sérosité, tantôt du mucus.
.(1) Cruveilhier, Traité d'anatomie pathologique générale, t. II, 1856, p. 351.
L'excision à l'aide des ciseaux ne peut se faire sans quelques diflicultés, dues à j résistance et à la dureté de la tumeur qui s'échappe des ciseaux. Il est donc , référable de saisir d'abord le kyste avec une pince à érignes et de l'exciser ensuite )it avec un bistouri, soit avec des ciseaux; c'est le mode opératoire que j'emploie 'habitude dans ces cas.
Bibliographie — Sichel, Archives gén. de médecine, 1846, t. XI, p. 445, — Virchow, Krankheiten Geschioulste, t.ï, ablli. l, 1863, p. 102 et 223. — Mackenzie,'rm«Y^ des mladics de I'criI, Irad. de Warlomont et de Testelin, t. I, p. 209. — Peterson, Sur le lolluscurn (Edùiburgh Médical and SurgicaUournal, Y, LYI, p. 279).
§ III. — Dermoïdes ou kystes sébacés du sourcil.
Les kystes sébacés sont des tumeurs progènes, et se développent dans une oche préexistante, comme l'a démontré Broca. Les parois sont revêtues d'un avé épithélial, et la matière qui y est contenue est sébacée, graisseuse ; souvent n y trouve des poils en assez grand nombre, d'où le nom de kystes pilifères.
Les kystes sébacés et pilifères, nommés aussi dermoïdes, se rencontrent la plu- »art du temps au niveau du sourcil, et spécialement dans la moitié externe de la égion sourcilière, comme l'ont démontré les observations recueillies par Verneuil. :es kystes sont profonds, situés sous le muscle orbiculaire, et ils adhèrent souvent
l'os frontal, dans lequel ils creusent une loge profonde, comme j'ai pu le conlater chez un malade opéré par le professeur Richet, et chez une jeune personne ue j'ai opérée avec le concours du docteur Jolivet (de Cressy).
s^mptoiuatoiugie. — Ces kystes affectent la forme d'une tumeur ovale du olume d'un œuf de pigeon. En partie mobiles, ils sont fixés à l'os par leur base, Is n'adhèrent à la peau que lorsqu'ils ont des trajets hstuleux consécutifs à l'opéaliou. La (luctuatioii est très-évidente. Quelquefois ils prennent une extension ;onsidérable, et, en descendant vers le bord orbitaire, ils font saillie sous la couonctive, i^Iackenzie a observé un cas de ce genre. D'après Broca, de pareils ^yFtes se rencontrent aussi quelquefois à la partie interne du sourcil.
Ils ne sont point douloureux, mais leur développement peut à la longue gênei' es mouvements des paupières. Ils constituent en outre une difformité qui force es malades de recourir au chirurgien.
Il arrive que ces malades viennent réclamer une opération pour la deuxième ou roisième fois; on constate chez eux l'existence de trajets fistuleux qui donnent ssue à un liquide tantôt sébacé, tantôt à demi purulent. Ces récidives sont dues à nie extii-pation incomplète de la poche kystique.
On rencontre dans cette même région, de même qu'à la paupière inférieure, les kystes sébacés du derme. Ils sont plus superficiels que les précédents et n'ont uicune adhérence avec le bord orbitaire. Leur volume est souvent assez notable, it ils sont généralement adhérents à la peau. Chez un enfant de deux ans, j'ai pratiqué, en 1869, à Deauvillc, avec le docteur Paul, l'extirpation d'un kyste iébacé de la paupière inférieure, situé à l'angle externe de l'œil gauche. Le kyste ivait le volume d'une grosse noisette et il était développé dans la peau.
Diaj;iiostic. — Les kystes de cette région sont le plus souvent de la nature de
GALEZOWSKI. *
PAUPIÈRES ET SOURCILS
coux que nous veiioiisde décrire, cl il n'est pas difficile de les reconnaître. Ils soin profonds, sous-niusculaires, à parois épaisses el mobiles ; la Iluctualion est faciU à conslaler.
Les lipomes sont aussi plus superficiels, et divisés en cloisons que l'on sent pai la pal|);ilion; de plus, leurs limites sont mieux définies.
Les ki/stes provenant de la cavité orbitaire et faisant saillie sous la peau prèn ^ du bord orbitaire pourraient ôtre confondus avec la tumeur qui nous occupe; ma en se développant, ils ne tardent pas à gêner les mouvements de l'œil etàentraînei sa déviation, ce qui n'existe pas dans les kystes des sourcils.
Anatoinic paUioiof;îqui' et étioiugiu. • — Gonimc lous Ics autres kvstes, le kystes sébacés de la région sourcilière sont constitués par une enveloppe celluleus( condensée, tapissée de l'épilhélium pavimenteux et par une sécrétion épaissie com posée de masses épitliéliales el graisseuses souvent entremêlées de cristaux dji cholestérine. On trouve quelquefois dans leur intérieur un nombre plus ou moin considérable de poils.
Les enveloppes des kystes dcrmoïdes contiennent une matière grasse el de poils, et renferment en général les éléments de la peau. On y découvre des lamelle épidermiques et l'on voit naître de la surface interne des poils avec leurs glande, sébacées. Sur un kyste dermoïde du sourcil, extrait par Follin (1), les glande; étaient plus volumineuses et plus distinctes que dans la peau normale, comme o» peut en juger par la figure qu'il donne à l'appui.
L'origine de ces kystes est très-intéressante à étudier : on sait qu'ils sont situé au-dessous de la couche musculaire et qu'ils adhèrent très-souvent à l'os, soit à I. partie externe du bord orbitaire, soit à sa partie interne. C'est à Verneuil (2 qu'appartient le mérite d'avoir expliqué leur origine, qu'il attribue à une aberrai lion de développement dujfœtus. En effet, la face se forme aux dépens de bourgeon latéraux, appelés arcs branchiaux, séparés par des fentes branchiales. I.a fenti branchiale supérieure sépare la vertèbre cérébrale antérieure, qui devient plu tard le front, du premier arc branchial, qui constituera les mâchoires, le nez, le joues, etc.
L'extrémité postérieure de cette fente correspond justement à la moitié extern^ de l'orbite où les kystes se développent. Les deux bords tapissés par l'enveloppa cutanée, au lieu de se réunir complètement, ne se fusionnent qu'en partie en lais sant entre eux un sac cutané entièrement clos, qui devient plus tard, d'aprè. Verneuil, l'origine des kystes sébacés ou pilifères.
Broca explique de la même façon la formation de ces kystes à la partie internoi du sourcil. Le même observateur attribue à trois causes différentes le déveioi)pe ment des poils dans l'intérieur de ces tumeurs (3) .
1° Un kyste sébacé simple peut devenir ultérieurement pilifère par suite de II formation des follicules pileux dans sa paroi; 2° un sac cutané, emprisonné dan une fente branchiale, peut contenir de nombreux follicules pileux; 3° un saj
a) Follin, Traite de path. externe. Vatis, 1861, t. I, p. 173 ... . .
(2) Verneuil, Dulldùi de la Société anaiomique, 1852, p. 300 ; et Archives genér méd. , juin, juillet, août, septembre, p. 302.
(3) BrocLi, Trailé nir les tumeurs, t. 11, p. 80.
KYSTES DES PAUPIÈRES ET DU SOUUGIL. 51
iiiaiic pcul se former dans l'épaisseur des tissus par suite d'un travail d'Iiétéro- Dpie.
Ces kystes sont quelquefois enfoncés dans l'os frontal, où ils forment alors des )ges très-profondes. Un malade opéré l'année dernière, à la Pitié, par Richet, a résenté une disposition de ce genre.
Pronostic. — Ces kystes n'offrent pas de gravité ; mais, pour éviter les réciives, l'extirpation de toute la poche kystique est nécessaire.
Traitement. — Le seul moyen de guérison radicale est V extirpation. Pour la ratiquer, on fait coucher le malade, après avoir préalablement rasé les poils du îurcil; on pratique ensuite une incision parallèlement au bord orbitaire sur toute i longueur du kyste.
L'incision comprendra la peau, le tissu cellulaire et la couche musculaire. La imeur une fois mise à nu, on chei chera à la disséquer sans l'ouvrir, en la sépaïut d'abord de la peau, puis des parties profondes. S'il arrivait que le kyste fût uvert, on saisirait une de ses parois, et, par un mouvement de traction, on coutiuerait l'énucléation. A l'aide d'une spatule ou du manche d'un scalpel, on le étachera soigneusement dans les points où il adhère.
Durant l'opération on aura soin d'éponger le sang, et de her les artères à mesure u'elles sont coupées.
La plaie étant horizontale et parallèle aux plis de la peau du sourcil et des pauères, le défaut de réunion et la suppuration ne sont pas à redouter. Mais, pour ;surer le succès, j'applique trois ou quatre sutures au moyen d'un fil de soie fin ; je ne laisse qu'un coin de la plaie ouvert pour l'écoulement du pus. Vingt- Liatre heures après l'opération, les fils doivent être enlevés, comme le conseille professeur Richet. Dans quelques cas je me suis servi avec succès de fils d'ar- Le résultat a été satisfaisant; huit jours après, la réunion était complète.
§ IV. — Kyste hématique des paupières.
Parmi les kystes néogènes, on en rencontre quelques-uns dont les parois se rment autour d'un corps étranger quelconque, solide ou liquide. D'après roca, ces kystes sont périgènes.
Tels sont aussi les kysles hématiques. A une large ecchymose palpébrale peut iccéder une sérosité sanguinolente qui remplace l'épanchement sanguin. Le astème inflammatoire se forme autour du foyer, et se transforme ensuite, avec s tissus voisins, en une membrane kystique. Suivant l'opinion de Broca, les nois sont le siège d'un double mouvement d'absorption et d'exhalation. La maire colorante et les globules disparaissent, et le liquide devient séreux.
Ces sortes de kystes se rencontrent rarement dans les paupières.
Le traitement est simple : on ouvre largement la poche kystique et l'on y injecte isuite de la teinture d'iode.
BlBLlOGHAPHiE. — Zcis, Ammon.s Zcitschrift fiir die Ophtholm., vol. V, p. 220, 1836.-— vvrence, Eitcysted Tumouvs of'tlie Eyelids {London Médical Gazelle, 1838, t. XXl', p. 471). ■ Caillault, Arc/iives génér. de méd., Ix" série, t. XXVI, p. Zi6 et 31G, 1851. — 'verneuil, dletin de la Société nnatomique, 1852, p. 300, et Archives génér. de médec, 1855, p. 302^ • Pano, Mémoire mr In nature et le traitement des kystei, des paupières {Bull. )hérap.,
PAUPlËRliS ET SOUBCILS.
ef IseT " '" l''f'<i '-l à la Clinique de la Faculté, 1866
ARTICLE XV
TUiMEURS SOUDES DES l'AUPIÈUES.
Les tumeurs solides des paupières peuvent être divisées en deux classes les tumeurs bénigno.s et les tumeurs malignes.
TUMEURS UALIGNES :
Épilhéliomes.
Carcinomes.