‹ Traité des maladies des yeux (volume 2)Chapitre 92 sur 255 · BLESSURES, BRULURES ET CORPS ÉTKAKGERS DE LA CONJONCTIVE · texte numérisé non relu

BLESSURES, BRULURES ET CORPS ÉTKAKGERS DE LA CONJONCTIVE

\. BLESSURES. — La conjonctive oculaire est irès-sujctlcaux blessures, soit par ident, soil pendant les opérations. Ces blessures ne sont pas graves, surtout squ'ellcs ont pour siège Ja conjonctive bulbaire. L'observation journalière nous nonlrc que celte partie de la muqueuse oculaire se cicatrise et se reproduit sans Icullé sur une grande étendue.

Après une perle de substance, on voit se former le lendemain un exsudât blanilre qui recouvre toute la plaie; le reste de la conjonctive s'enflamme et donne aux symptômes analogues à ceux de la conjonctivite calarrbale. Puis, quand ganisation et la reproduction de la partie délruite a eu lieu, rinflannnalion se sipe et l'œil se guéril.

f:'est ainsi que les choses se passent après les extirpations des tumeurs conjoncales et après les tonsures partielles de la conjonctive dans le pannus. .es blessures de la conjonctive palpébrale sont plus graves, surtout lorsqu'elles it accompagnées d'une perte de substance dans la partie correspondante du globe l'œil. Les cicatrices qui s'ensuivent peuvent entraîner des adhérences entre les pières et l'œil (symblépharon) et des cicatrices qui déforment souvent les pières.

raitemcnt. — Ou doit examiner soigneusement l'état de la blessure, réunir bords avec un ou deux points de suture, après avoir préalablement enlevé tous lambeaux déchirés et frangés, s'il y a lieu. Des compresses froides suffisent pour combattre une trop vive inflammation. p. BRULURES. — Les brûluresdc la conjonctive sont occasionnées par la flamme moment d'un incendie, ou ce qui est plus ordinaire par des corps incandesits, la vapeur d'eau, les explosions de gaz, l'eau et l'huile en ébullition, etc. L'acide sulfurique, l'acide acétique, etc., la chaux vive et les fulminates de lté sorte, étant projetés contrôla figure, peuvent occasionner des brûlures do la njonclive, des paupières et de la cornée.

il y a encore un genre dcbrCdure tout particulier : à la suite d'insulflalion dans 3il de poudre de calomel chez les individus qui prennent de l'iodure de potasim à l'intérieur, il se produit du biiodurede mercure qui brûle la conjonctive, Les brûlures, par suite d'explosion, sont excessivement graves, et quoique, au muienccment, la cornée semble conserver son luisant et sa transparence, il arrive en souvent que déjà vers le troisième jour elle devient terne, et que vers le huiime ou le dixième jour, elle s'opacifie complètement. Pendant ce temps la connclive bulbaire et la conjonctive palpébrale ne présentent qu'une large plaie. Le avail de suppuration qui s'ensuit amène très-souvent l'adhérence totale du globe ce les paupières, d'où ankyloblépharon el perte de vue.

Un cas analogue s'est présenté à ma clinique dans des conditions les plus maliureuses. C'était un pharmacien de la Martinique que m'avait adressé un de nos istingués confrères de la marine, le docteur Cougit. A la suite d'explosion d'un

fulminate, les deux yeux se sont perdus par suite des adhérences complètes de« paupières aux cornées.

L'action de la chaux éteinte sur l'œil est toute particulière ; elle a été éiudiét par le professeur Cosselin, qui est arrivé par ses expériences îi celte conclusion que les désordres de la conjonctive et de la cornée surtout sont dus à l'infilirmio,! ' des molécules de chaux dans les mailles de la cornée.

Les brûlures partielles sont moins graves; mais dans tous les cas le pronostic * doit être réservé pendant les quatre ou cinq |)remiers jours,

Traiteiuciit. — Les Compresses d'eau froide appliquées sur les yeux, cU glace pilée et contenue dans des petits sacs de peau de baudruche, sont h moyens les plus efficaces contre les brûlures conjonctivales.

On devra faire souvent des injections d'eau froide entre les paupières et de instillations d'huile d'amande douce, afin d'empêcher, autant que possible, le coutact de deux feuillets opposés de la conjonctive brûlée. i

L'instillation d'atropine souvent renouvelée est indispensable pour coniballr l'inflammation et apaiser les douleurs.

Lorsque le cul-de-sac conjonciival n'est pas brûlé, on devra chercher à tenir |i paupières écartées du globe de l'œil, afin d'empêcher l'adhérence de s'établii. Quelquefois même on devra fendre l'angle externe de l'œil, et, après avoir renversé les paupières, on cherchei a à fixer ses bords par quelques points de suluk à la joue et au front. Les paupières seront maintenues dans cette position jusqu'à la cicatrisation complète des conjonctives. Ce n'est qu'alors qu'on remettra paupières à leur place, et l'on en résoudra l'angle externe.

Dans le but d'empêcher la soudure des parties ulcérées, Tyrrel introdu entre les paupières une plaque métallique. Dans ces derniers temps on a cherc remplacer la plaque métallique par un œil artificiel; mais comme le dit justemi Macnamara (1), le tissu cicatriciel finit par repousser le corps étranger. A la gueur, cette méthode pourrait réussir dans le cas où le cul-dè-sac resterait int

Pour combattre l'efl'et désastreux de la chaux vive ou éteinte sur la cornée, seliu conseille l'instillation fréquente dans l'œil d'eau distillée fortement saturé sucre.

C. Corps ÉTRANGERS, — L'introduction de corps étrangers dans l'œil occasioi des symptômes inflammatoires plus ou moins graves et qui peuvent même comp mettre cet organe.

Différents corps étrangers s'introduisent, soit dans le sac conjonctival, soit daiè le roma de la conjonctive. Ce sont ordinairement des grains de poussière, des pai;- ^ ieties de fer, des morceaux de verre, de bois, des grains de poudre de chasse, des [ insectes, etc.

Quelques-uns de ces corps sont enchâssés dans les plis de la conjonctive et tent fixes; d'autres sont, au contraire, mobiles et libres, et se déplacent par lejeB^' des paupières.

Ces corps se placent habituellement sous la paupière supérieure, et se (ixeo i après avoir roulé pendant quelque temps à un endroit quelconque de la conjonCi4 tive tarséenne.

(1) Macnamara, A^Manical of the Diseuses of the Eye, London, 1868.

SYMBLÉPIIARON ET ANKYLOBLÉPHARON. 231

Les mouvemenls des paupières deviennent alors excessivement douloureux ; l'œil larmoyant et gêné, à tel point que le malade ne cesse de le frotter. Quelquefois frottement et le lavage avec de l'eau suffisent pour déplacer le corps étranger; général pourtant il est nécessaire de renverser la paupière supérieure et de îrcher à l'enlever.

Des petits corps étrangers ne se voient pas à l'œil nu, et il est nécessaire pour les :ouvrir d'examiner avec une loupe toute la surface conjonctivale. L'irritation occasionnée par la présence du corps étranger peut devenir quelefois si grande, que l'œil s'injecte d'une manière considérable ; la sclérotique md une teinte rouge violacé. Cette rougeur ne tarde pas à disparaître aussitôt e le corps étranger a été enlevé.

Les coques de millet se rencontrent quelquefois attachées à la conjonctive par e sorte de vide qui se fait entre leurs cavités et le globe de l'œil; une rougeur se mifeste tout autour de la coque et simule une plilyctènc. On reconnaît la préice de ces coques à la couleur jaune, à leur surface polie, uniforme, et à la durée mal.

En se logeant dans le cul-de-sac conjonctival, les insectes peuvent donner lieu une inflammation considérable de la conjonctive, suivie de très-fortes ecchyoses. Tant que ces animalcules ne sont pas éloignés de l'œil, ils peuvent occa- 3nner une inflammation intense et provoquer une suppuration abondante. Les grains de plomb ou de poudre de chasse, logés dans l'épaisseur de la conjoncfe, peuvent y rester pendant longtemps enkystés sansoccasionneraucunesouffrance. Traitement. — La première, presque l'unique indication , consiste à débar- Isser la conjonctive du corps étranger, et, ù cet effet, on renverse la paupière périeurc et on l'examine attentivement à l'œil nu ou avec une loupe, et, quand l'a découvert, on cherche à l'enlever, soit en le louchant avec un linge, soit en détachant avec la pointe d'une aiguille. Le malade se trouve immédiatement ulagé; mais, pendant plusieurs heures encore, une sensation persiste analogue celle qu'il éprouvait avant l'extraction. C'est la conséquence de la blessure et de rritalion occasionnée par l'accident.

L'application des compresses imbibées d'eau froide, glacée, suffit pour faire isparaîlre les derniers vestiges d'inflammation ; il est rare qu'on ait besoin de îcourir aux collyres astringents.

Bibliographie. — Demours, Traité des maladies des yeux. Paris, 1818, t, II, p. 227. - Mackeiizie, Traité des maladies de l'œil, trad. franç. par Warlomont et Testelin. — ouilhel, Annales d'oculist., t. XV, p. 135. — (iosselin, Ophthalmie causée par la projection ? la chaux dans l'œil {Archives générales de médecitie, 1855, vol. VI, p. 513). — Wordsorth, Ophthalmie Hosp. Reports, vol. III, p, 216.

ARTICLE XVL SYMBLÉPHARON ET ANKYLOBLÉPHARON.

Les blessures et les brûlures plus ou moins graves, plus ou moins étendues des laupières et des conjonctives, peuvent occasionner des brides cicatricielles dans la lonjonctive et entraîner à la longue le raccourcissement total ou partiel de cette nembrane. Les adhérences entre le globe de l'œil et les paupières peuvent ainsi

s'établir, soit par dos brides qui iinissenl les d(Mix feuillets de la conjonclive, ,„| par une sorte de soudure des deux paupières entre elles. Dans le prouiier ras „, aura un sipii/dcpharon, et dans le second un nnkylohlépharon.

SYMnLfci'iiARON. — Les adhérences rpie contractent les paupières avec l'œil font au moyen des brides cicatricielles de la conjonclive.

Ces adhérences peuvent être |)artielles et ne former qu'une bride sous for d'un pont plus ou moins restreint qui gênera très-peu les mouvements des pai pières. Dans d'autres cas, le symblépharon est large et s'étend depuis la cornée le bord d'une paupière jusqu'au cul-de-sac conjonciival ; il est alors total.

Pour reconnaître l'existence des brides cicatricielles, même les plus petites, est nécessaire de renverser fortement la paupière inférieure et d'effacer le cul-dêT sac conjonctival. Les plus petites brides cicatricielles qui s'étendent de la paupière au globe de l'œil deviennent alors très-notablement saillantes.

Au point de vue pratique, il importe beaucoup de reconnaître si l'on peut faii passer une sonde au-dessous de la bride, entre cette dernière et le cul-de-sac.

Lors(|u'il existe, en effet, un canal libre, quelque petit qu'il soit, pourvu qu permette l'introduction d'un stylet, la guérison est alors assurée. Dans le cas contraire, les difficultés qu'on rencontre pour détacher ces brides et surtout pour prévenir leur reproduction, sont très-grandes.

Les brides cicatricielles peuvent s'étendre jusque sur la cornée, et le bord de la paupière lui-même adhérer au globe de l'œil.

Étiologie. — Les causes du symblépharon sont très-variées ; le plus souven^.à ces brides cicatricielles proviennent de brûlures de la conjonctive bulbaire à il palpébrale dans les parties opposées et qui restent encore en contact. IJes bles- > sures très-profondes, qui intéressent toute l'épaisseur de la paupière, donnent aussi lieu à des brides cicatricielles s'étendant du globe à la paupière. La mênic production morbide se rencontre fréquemment à la suite d'ophthalmie purulent diphthéritiquc ou granuleuse; là. les brides cicatricielles sont le résultat de rétraction des cicatrices conjonctivales.

Pronostic. — Il n'est pas toujours possible de guérir le symblépharon; dans quelques cas toute tentative d'opération serait nuisible à cause de l'aggravation i. qu'elle peut occasionner dans les symptômes morbides. En général, on doit établit^ J le pronostic de cette maladie en se basant sur la présence ou l'absence de lraj#^ libre sous le pont cicatriciel, sur l'étendue de la cicatrice et sur le degré de mobilité des paupières et du globe du l'œil. i

Traitement. Les svmblépharous partiels, qui ne gênent pas les mouvements ■" des paupières et de l'œil, ne doivent être opérés dans aucun cas. Tels sont nolaiU' ment les brides cicatricielles consécutives aux granulations.

Mais les brides cicatricielles larges et dans lesquelles est compris lu bord de paupière et la cornée constituent une difformité et souvent même occasionnent dj troubles notables de la vision. Dans ce cas, l'intervention chirurgicale est ind pensable. Voici quels sont les procédés les plus usités pour remédier à cette diffoj mité.

1. Lorsqu'il reste un passage libre sous le pont cicatriciel et que ce pont n' pas large, on fera passer un lil de soie ou d'argent au-dessous du symblépharon, et ' l'on appliquera la ligature afin d'étrangler le pédicule etdc le couper progressivement.

inc 1

SYMBLÉPHARON ET AWKYLORLKPH ARUN. 258

i l'on suit le conseil de lioyer, on le divisera même d'nn senl coup avec un bis- ,uri que l'on glisse sur une sonde cannelée.

2 Dans un symblépharon complet, mais peu large, on disséquera en forme (le V

.Partie adhérente au globe, et on le laissera s'appliquer et adhérera la paupière, endont ce temps, on pratiquera dans la conjonctive des incisions parallèles h la 3rnée, comme dans le procédé de Wells et de Pagenstecher pour le pleryg.oi . m de mobiliser la conjonctive, et l'on réunira les bords de la plaie conjonctivale vcc un ou deux points de suture.

AOn que le lambeau de la conjonctive bulbaire adhère plus facilement a la pauière, Arll l'attache au fond du cul-de-sac au moyen d'une suture qu'il fait passer

travers toute l'épaisseur de la paupière, pour faire un nœud sur la peau.

Mais lorsque le svmhlépharon est complet et très-large, les difficultés sont iresrandes ; ici, ni un'simple débridemcnt ni le conseil d'Amussat de déchirer itcativemcnt la membrane pyogénique, ne donneront des résultats satisfaisants.

La seule méthode rationnelle et pratique est celle qui est basée sur la transplanaiion conjonctivale, autrement dit la méthode auloplaslique du docteur Teale (1). /oici en quoi elle consiste :

Après avoir fait une incision (fig. 97) dans une direction qui corresponde au 3ord de la cornée, on dissèque la paupière jusqu'à ce qu'on l'ait séparée du globe

Fig. 97.

Symblépliaron.

de l'œil dans touie l'étendue de l'adhérence morbide. Le second temps de l'opcration consiste à tailler deux lambeaux dans la conjonctive, un, b, dans la partie interne de la conjonclivc bulbaire, et l'antre dans sa moitié externe c (fig. 98). Ces lambeaux, une fois bien dissé([ués et séparés du bulbe, sont iilacés de façon à pouvoir se placer l'un à côté de l'autre et à combler la plaie occupée précédemment par le symblépharon. La figure 99 représente la position nouvelle de ces deux lambeaux b et c, qui sont unis l'un à l'autre, ainsi qu'aux parties saines de la conjonclivc par des points de suture. Quatre autres points de suture rapprochent les bords des plaies qui résultent de la dissection des lambeaux b etc.

La réunion une fois faite, la paupière reste libre et le petit lambeau cutané, a, qui a été abandonné sur le bord de la cornée, s'atrophie à la longue tout seul.

(1) Teale, Opht. llosp. Rt^p. October, 1861.

B. ANKYLOîîLfiPHARON. — Les bords libres des paupières peuvent être coinpl(';tfi. ment soudés dès la naissance, et constituer un ankyl()i)l6pl)aron congénital. Ces cas sont excessivement rares, et la désunion des bords libres n'oiïre aucune difficulié.

L'ankyloblépliaron acquis est beaucoup plus fréquent, et il est le plus souvent accompagné de symblépbaron plus ou moins étendu.

Fig. 98. — Autoplastie conjonctivale de Fig. 99. — Suture des lambeaux conjoncli-

Teale dans un symblépliaron (*). vaux dans le même procédé (**J.

Ordinairement cette adhérence morbide n'est pas complète, et l'on trouve, soi à l'angle externe, soit au grand angle, une partie des bords libres des paupière intacte. C'est par là que suintent les sécrétions conjonctivales et les larmes ; c'es par là aussi qu'on pourra explorer la cavité conjonctivale pour mesurer l'étendu de l'adhérence.

Ftioiogie. — Les causes les plus constantes de l'ankyloblépbaron acquis son les bridures par les gaz explosibles, par les acides et par les fulminates ; quelque fois cet état est dû à un érisypèle pblegmoneux des paupières, etc.

Traitement. — On doit avant tout reconnaître si l'ankyloblépbaron est accompagné ou non de symblépbaron, et jusqu'à quel degré l'œil conserve les mouve ments, ce dont on peut s'assurer au moyen d'un stylet très-fin.

Il faut, en outre, s'enquérir de l'état de la cornée, ce qui devient quelquefo' très-difficile. On peut pourtant tenter de détacher la paupière de la cornée e disséquant soigneusement les tissus autour de la cornée, pour enlever ensuit couche par couche tout ce qui recouvre cette tunique.

Pour prévenir de nouvelles adhérences entre les parties qui ont été détaché

par la dissection, Haynes Walton conseille d'enduire les deux surfaces anl

rieurement soudées avec une couche de collodion.

Bibliographie. — Arlt, Prnger Viertdjahrschrift, t. XI, p. 161. — Pridgin Teale, 0 the relief of Sijmhlephnron hy Transplantation of Conjonctiva (Op/iiJi. Hospital Reports October 1861). — Wordswortli, noy. London Ophth. Hosp. Reports, vol. III, p. 216.

(*) a, bord palpébral laissù ailliùrcnt ii la cornée ; b, c, lambeaux de la conjonctive disséqués; d, pai'lie pclérotique dénudées que l'on doit recouvrir. (**) a, lambeau cutané qui a été abandonné sur la cornée ; b, c, deux lambeaux transplantés.

PTÉRYGION.

I ARTICLE XVII

I PTÉKYGION.

I Le piérygion est une sorle d'hypertrophie de la conjonctive bulbaire affectant la llbrme triangulaire, dont la base plus ou moins large est tournée vers le grand langle et se perd au-dessous de la caroncule, et dont le sommet louche le bord J interne de la cornée ou s'avance même sur cette membrane, i Cette sorle d'hypertrophie triangulaire de la conjonclive se présente le plussou- Ivent dans l'angle interne; mais il n'est pas rare non plus de voir le piérygion loccuper le côlé externo d'un oeil ou de deux yeux simultanément. J s^niptouiatoiogie. — Les ptérvgions affectent des formes et des variétés ■ diverses, ce qui les a fait diviser en ptérygions sarcomateux-, vasculaires, celluleux jet graisseux. Mais ces divisions ne nous paraissent présenter aucune importance I pratique ; nous préférons les étudier au point de vue de leur état stationnaire ou I rudimeniaire et de l'état enflammé.

Le piérygion débute lentement et sans que le malade s'aperçoive de l'époque de son apparition.

. Au voisinage de la cornée et à l'angle interne se montre une légère pellicule pâle, blanchâtre, un peu saillante et ressemblant beaucoup h une phlyctène. De l'intérieur de celte pellicule partent quelques vaisseaux en plus ou moins grand nombre ; en s'écarlant vers la caroncule, l'ensemble de ces vaisseaux forme une sorte de triangle (fig. 100).

Fig. 100. — Piérygion à base très-large et ayant son sommet au centre de la cornée.

Lorsqu'on examine attentivement les côtés de ce triangle en haut et en bas, ou trouve des rebords saillants qui limitent le piérygion ; il semblerait que dans cet endroit la conjonclive a été soulevée. C'est cette membrane et le tissu cellulaire sous-conjonctival qui y sont hypertrophiés qui constituent le piérygion.

Le piérygion n'est pas très- fortement adhérent à la sclérotique, et lorsqu'on essaye de le déplacer par l'intermédiaire de la paupière inférieure, on le fait glisser assez facilement.

MALAMIKS DU lA CONJONCTiVK.

Ces pU'i-ygions rcstoiU pcnd.'int longtemps slalioiinaires sans aucune inflnmrnalion. Mais, sous riiiflucnce do causes irnlanlcs, il s'y maiiifesie une injection liôsprononcéc; son épaisseur augmente, il devient bientôt charnu et (Mivaliit la coriK-r. Le sommet du plérygion conserve toujours la forme d'une lance; sa hase s'élargit au fur et à mesure qu'il s'avance vers la caroncule. j

Sur la cornée, le ptérygion semhie se développer sous la couche épilhéliale, qu'il soulève sensiblement; une membrane aponévrolique gagne de plus en |)liis vers le centre et amène une opacification dans la partie correspondante de la cornée. Son accroissement ne tarde pas à troubler notablement la vue. Jamais pourlanl le plérygion n'ira au delà du centre de la cornée.

En se développant, le ptérygion cause au malade une gène de plus en plus considérable ; au bout de quelque temps, cette gène peut se compli(iuer d'une irritation et d'une inflammation de la conjonctive.

On trouve quelquefois au sommet du plérygion une ulcération manifeste. Dan d'autres cas, on y reniar(iue un petit kyste transparent, séreux, et qui peut sinm- 1er une phlyctène. Sichel (1) a rapporté un fait de ce genre, avec celle particularil que la base du plérygion regardait le centre de la cornée, et que le sommet touchai à la caroncule lacrymale.

Le plus ordinairement le plérygion se rencontre dans l'angle interne de l'un ou des deux yeux ; du côlé externe, celle hypertrophie est beaucoup plus rare ; quant au ptérygion supérieur ou inférieur, on ne peut noter que des faits rares et isolés rapportés par Travers, Schmidt et autres. Dans un cas, Beer a rencontré trois ptérygions sur le même œil ; Velpeau en a vu cinq.

Les ptérygions sont toujours situés dans la direction des muscles droits de l'œil. Pourtant, dans un c.is, je l'ai vu se développer dans la direction du muscle grand oblique; il était très-étroit, et avait pour cause une blessure ancienne de la cornée.

Diagnoiitic diiTércntici. — Le plérygion se reconnaît d'ordinaire facilement par les signes très-caractéristiques décrits plus haut. Dans quelques cas exceptionnels, l'hésilation est cependant possible.

Les kystes, transparents, situés sur les bords de la cornée, provoquent eux aussi un développement des vaisseaux qui partent de la caroncule; mais il n'y a pas là, comme dans le ptérygion, de pli conjonctival. ni de rebords saillants.

Les plilyctcnes et les ulcères cornéens, lorsque leur cicatrisation tarde longtemps, peuvent faire croire à l'existence d'un ptérygion. L'absence du pli, sur la conjonctive, permettra d'éviter une erreur.

La pinguécula, située au bord de la cornée, vasculaire et enflammée, peut simuler un plérygion, surtout lorsqu'elle subit une hyperlrophic et même une dégénérescence cancéreuse, comme Brown l'a observé. Mais, dans ces cas, le gonflement est limité à la tumeur ; les douleurs sont vives, et la forme triangulaire n'existe point.

Il serait difficile aussi de confondre le ptérygion avec le symblcpharon : l'histoire de la maladie, l'aspect de l'œil et des paupières adhérentes fera cesser le doute à cet égard.

(1) Sichel, Iconographie opJifhnbnoIngiqtœ, pl. XXVI, fig. 3.

PTÉRYGION. 237

Anatouiie pathologique. — Le ptérygioii est conslilu6, d'après ch. Robin (1), .ar une hYperlrophic parlielle cellulo-vasculairo et libro-plasliquc de la coiijoncive oculaire. Warloinont et Teslelin (2), dans leurs recherclies sur les différentes jriiies de celte alîection, n'ont pas trouvé d'auire élément que celui qui constitue i conjonctive normale, sins la moindre trace de graisse.

Si l'on se fondait sur l'observation des plérygions développés à l'angle iniernc n devrait penser qu'ils sont constitués par un développement et un allongement arliculierde la membrane semi-lunaire. En effet, ce pli s'efface toujours et se onfond totalement avec le ptérygion. Mais les ptérygions, situés dans la direction autres muscles, ne peuvent être expliqués que par un développement du tissu ous-conjonciival. Souvent ils ont, pour point de départ, un abcès de la cornée u une blessure.

Deux causes peuvent donc présider à l'évolution de la maladie. Dans la plupart es cas de ptérygion interne, la cause est une prédisposition individuelle à l'iiyperrophie et à l'allongement du pli semi-lunaire; dans d'autres cas, il est la consé- [uence d'une ulcération ou d'une blessure du bord de la cornée. Une inflammation ente mais prolongée qui persiste dans une région correspondante amène l'iiypcrrophic des tissus, comme Arit et Stelhvag von Carion l'ont clairement établi.

Le ptérygion se rencontre fréquemment dans les pays chauds. Heinekein l'a u si souvent à Madère, qu'il considère cette inaladie comme endémique dans ce ays. Macnnmaia l'a souvent constaté chez les indigènes des Indes anglaises. Pronostic. — Le plérygiou ne disparaît pas spontanément, mais il peut être adicalemcnt guéri par une opération. Deux conditions défavorables peuvent se •résenter : la première, quand le mal a envahi le centre de la cornée, on est alors bligé de faire une pupille artificielle. Une autre condition défavorable est la réciive, en partie ou en totalité; mais cet accident est bien souvent la suite d'une pération mal faite.

Traitement. — Le traitement chirurgical est le seul moyen curatif du ptérylion. Trois méthodes différentes peuvent èlre employées avec avantage. . 1. Déviation. Méthode de Desmarres {ù^. 101). — A])rès avoir écarté les pau- »ières,soit avec les doux élévateurs, soit avec un b'épharostat, le ptérygion est saisi son sommet au moyen d'une pince à griffe très-fine, et disséqué dans son point l'attache à la cornée avec un couteau à calaracte. Le chirurgien glisse ensuite une tranche des ciseaux de Gooper sous la conjonctive, successivement le long du bord supérieur, puis inférieur du ptérygion, et pratique une incision jusqu'à la ;aroncule. Le ptérygion reste ainsi séparé et ne tient au globe que par sa base ; à ce nomcnt, une incision parallèle à la circonférence de la cornée est pratiquée dans a conjonctive sur une étendue de 6 à 8 millimètres. La plaie ainsi faite s'écarte issez pour laisser un espace triangulaire dans lequel doit être logé le ptérygion et )ù il est fixé au moyen d'un point de suture, comme on le voit sur la fig. 101. L'espace laissé dénudé se couvre promptement d'un produit d'exsudation et se cicatrise au bout de huit ou dix jours. Cette opération présente des avantages incontestables : le ptérygion dévié s'alro-

(1) Cil. Uobin, Dictionnaire de médecine, art. Ptérygion, 12<= édi'ion. Paris, 18G5, p. 1243.

(2) Warlomont cl Teslelin, in Mackcnzie, t. 1. p. 352.

pilie progressivement par le seul frolleinent des paupières; la rougeur et rinflammaiiou se dissipent bientôt complètement, et les malades sont exempts de récidive.

Fig. 101. — Opération de ptérygion p;ir la mélliode de Desmarres.

Dans les cas où le ptérygion est large et ircs-volumineux, Oesmarres fils (1), après l'avoir disséqué, le divise en deux moitiés, du sommet à la base, et transplante ensuite une moitié en haut et l'autre eu bas de la cornée. Dn procédé analogue a été mis en pratique par Knapp, avec cette différence qne la partie de la plaie qui se trouve dénudée, près de la cornée, est recouverte par deux lambeaux de la conjonctive, comme dans le procédé suivant.

2. Excision et autoplastie. — Après avoir disséqué le ptérygion, Wells (2) conseille de l'exciser à sa base, près de la caroncule, puis de réunir les bords opposés de la plaie conjonctivale au moyen de deux ou trois points de suture. Cette méthode est fort simple et peut être appliquée dans tous les cas où la base du ptérygion est très-large, et surtout lorsqu'il est très-volumineux et charnu.

Fig. 102. — Opération de ptérygion par la méthode de Szokiilski, d'après Wells.

Au lieu d'exciser, Pagenstecher, après l'avoir détaché, connue Wells, réunit les bords de la plaie conjonctivale et laisse le ptérygion s'atrophier dans l'angle de

(1) Miroudot, Quelques considériiiions sur plcnjf/wn, thèse de Paris, 1862, p. 25.

(2) Wells, A Treatisc on thc Diseuses of the Eye. London, 1869, p. 75.

PINGUÉCULA. 239

l'œil. Pour les larges plérygions, la inélhode de Wells nous paraît préférable à cette dernière.

3. Ligature. Méthode de Szokalski (1). — Deux aiguilles courbes sont enfilées sur les deux bouls du même fil de soie (fig. 102); l'une d'elles est passée au-dessous du ptérygion, à son sommet, tout près de la cornée, pendant que l'autre le traverse près de sa base, comme le montre la figure. On coupe ensuite le fil près des deux aiguilles, que l'on enlève ; la ligature se trouve par cela même divisée en trois portions : celles du sommet et de la base du ptérygion, que l'on lient fortement pour l'étrangler complètement, et celle du milieu, formant une anse en haut, laquelle, une fois liée, sert à détacher le ptérygion de la sclérotique. Les bouts de ligature sont ou coupés, ou collés sur la joue. Quatre jours après, le ptérygion est détaché avec une paire de ciseaux.

Bibliographie. — Sclimidt, Ophthalmologische Bibliotek von Himly et Schniidt, vol. II, p. 57. lena, 1803. — Eeer, Lchre von den Augenkrmikheiten. Wien, 4817, vol. II, p. 638. — Cunier, Bulletinméd. belge, 1836, p. 105. — Brown, Dublin Quarterly Journal of Médical Science. February 1851, p. 226. — Pétrequin, Recherches d'anaiomie pathologique sur la nature du ptérygion [Ann, d'oculist., t. I, p. 467). — DesmarreSj Traité des maladies desyeux, t. II, p. 160. — Arlt, Krankheiten des Auges. Wien, 1851, Bd. I, p. 162. — Sichel, Iconographie ophthalmoloyique . Paris, 1852-1859, pl. XXVI, fig. 1 et 3. ■ — Knapp, Pterygium Operationen durch doppelicn Transplantation [Arc/du Ophth., Bd. XIV, Abth. i, 1868, p. 267).

Page 1