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Tumeur gommeuse de l’iris

MALADIES DE L’iRIS.

3. Traumatisme. — Les blessures et surtout les contusions de la cornée et de l’iris, les corps étrangers implantés dans l’une ou dans l’autre de ces membranes occasionnent très -fréquemment des iritis. C’est ainsi qu’on la voit survenir dans les opérations de la cataracte, après la contusion que subit la surface postérieure de l’iris au moment du passage du cristallin. L’iritis traumatique peut même être considérée comme une des formes graves de la phlogose de cette membrane.

4. Causes accidentelles. — Des causes accidentelles, telles que la petite vérole', l’érysipèle, la scarlatine et diverses autres affections générales aiguës, peuvent donner lieu à une iritis d’un ou des deux yeux. J’ai remarqué que cette phlegmasie se déclare habituellement dans la période de convalescence. Ainsi, en 1869, j’ai donné des soins à un malade que le docteur Rémond, de Paris, m’avait adressé.

Ce malade fut atteint d’une iritis double très- violente au moment où il se relevait de la petite vérole, dont il avait souffert pendant quatre semaines ; il n’avait jamais eu la syphilis. Le traitement antiphlogistique amena la guérison. Une femme convalescente de la petite vérole, que j’ai eu l’occasion d’observer avec le docteur Korabiewicz à Batignolles, a offert un cas tout à fait analogue.

E. Vidal (1) a rapporté le fait très-intéressant d’un érysipèle de la face développé chez une femme de trente ans, et qui s’était compliqué dans la période de convalescence d’une iritis double avec déformation notable des deux pupilles.

En 1869, nous avons vu dans le service de notre excellent maître le professeur Lasègue, un malade atteint de rétrécissement des bronches, qui pendant la convalescence d’une pneumonie fut pris d’un herpès de la face et de phlyctènes ' I cornéennes avec une iritis double excessivement violente, laquelle ne céda qu’à un I traitement antiphlogistique énergique. Stellwag vonCarion (2) parle d’iritis dans la pyohémie.

5. L’iritis apparaît souvent comme une complication dans les maladies d’autres membranes de l’œil. C’est une iritis secondaire, moins grave que les autres, et qui est souvent accompagnée de kératites primitives ou suppuratives, de choroïdites et de décollements de la rétine.

6. Les causes spécifiques provenant des différentes crases du sang ont été considérées depuis longtemps comme les causes les plus fréquentes de l’iritis. Il faut avouer que, malgré les différences peu sensibles et en général mal connues, qui distinguent les diverses variétés d’iritis, leur existence ne peut cependant être mise en doute.

Au point de vue des causes spécifiques , nous devons étudier les variétés suivantes d’iritis, qui nous semblent présenter quelques particularités dignes d’attention toute particulière.

I. Iritis syphylitique. — Parmi les inflammations de l’iris, l’iritis syphilitique est l’une des plus fréquentes; et d’après la statistique que j’ai pu établir, elle se rencontre soixante-deux fois sur cent.

Symptômes particuliers. — Parmi les signes qui sont particulièrement propres à l’iritis. syphilitique, nous signalerons le cercle cuivré, ou jaune brunâtre, occupant tout le bord pupillaire, qui reste boursouflé et infiltré outre mesure. Des

(1) E. Vidal, Mémoires de la Société de biologie. Paris, 1863, p. 49.

(2) Stellwag v. Carion, Die Ophihalmologie, Bd. Il, Abth. I, 1856, S. 262.

de l’iritis en général. 345

filaments brunâtres se portent dans tontes les directions sur la surface de l’iris, et souvent même toute cette membrane prend une teinte jaune brunâtre et se trouble.

Un second signe de la diathèse syphilitique plus important que tous les autres, est sans contredit la présence des condylomes de l'iris; ce symptôme peut être considéré comme pathognomonique. On voit à la surface de cette membrane, et non loin du bord pupillaire, une petite élevure ou tumeur arrondie, d'une couleur brun rougeâtre, et quelquefois blanc grisâtre, recouverte à la surface d’une sorte de voile grisâtre ainsi que de nombreuses stries rouges qu’on prend habituellement pour des vaisseaux. Le plus souvent on ne rencontre à la surface de l’iris qu’une seule de ces tumeurs; quelquefois pourtant elles sont multiples. Elles peuvent exister en l’absence de toutes douleurs et de tous les autres signes d’iritis. Cette circonstance s’est présentée chez une jeune malade du service du professeur Richet, à la Pitié, atteinte d’une iritis gommeuse, qui guérit facilement après un traitement mercuriel. La tumeur se dissipa, bien que la malade eût nié la cause syphilitique.

Ces petites tumeurs ne diffèrent en rien des tumeurs gommeuses syphilitiques, que l’on retrouve dans d’autres organes, et l’examen microscopique fait par Colberg sur une de ces tumeurs enlevées, a constaté la présence des cellules fusiformes, des cellules de nouvelle formation et des noyaux libres. Pour Ricord ces taches ou tumeurs de l’iris ne sont souvent autre chose que des pustules ou des abcès.

Des élevures analogues aux condylomes syphilitiques peuvent dépendre, il est vrai, des abcès de l’iris; mais Ges cas sont rares. Velpeau et Mackenzie en ont rapporté des exemples ; j’en ai rencontré aussi chez les enfants scrofuleux.

L’existence simultanée de l’inflammation dans plusieurs membranes de l’œil de structure différente, constitue le troisième signe de l’affection syphilitique. Ainsi une iritis qui se complique de kératite interstitielle,- de |clérite, de choroïdite.et surtout d’une rétinile ou d’une névrfte optique, est pou^moi une iritis syphilitique non douteuse. . *

C’est ainsi que j’ai soigné, en 1868, un homme âgé dè soixante ans, atteint d’une iritis grave. Le malade nia la cause syphilitique; mais, eû présence des signes de choroïdite, de rétinite apoplectique, d’une névrite qui existaient simultanément, je n’ai pas hésité à diagnostiquer une affection syphilitique, ce que confirmèrent du reste plus tard les docteurs Ricord et Clerc.

Pour Rollet (1), les douleurs nocturnes intenses constituent un des symptômes propres à l’iritis syphilitique. Ces douleurs apparaissent quelquefois avant les autres signes d’iritis, puis elles augmentent avec les progrès de la maladie et deviennent quelquefois intolérables. Il faut pourtant avouer que les névralgies ciliaires sont généralement moins fréquentes dans l’iritis syphilitique que dans les autres, et il arrive bien souvent que les malades sont atteints d’une inflammation très-violente sans éprouver de souffrances.

Quant au signe dont parle Beer : que dans une iritis syphilitique la pupille est entraînée par les synéchies en haut et en dedans, il n’a aucune valeur ; on le rencontre indistinctement dans toutes les inflammations de celte membrane.

(i) Rollet, Traité des maladies vénériennes. Paris, 1S67, p. 873.

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Les a u 1res signes d’iritis syphilitique ne diffèrent en rien de l’iritis simple, et pour faire un diagnostic exact, il est nécessaire de prendre en considération les antécédents du malade, l’existence du chancre, des syphilides, des plaques muqueuses, des angines chroniques, etc.

Selon Rollet, cette affection constitue le plus souvent un symptôme franchement secondaire, et quelquefois le symptôme de transition. Le docteur Clerc pense que l’iritis peut, dès le début, accuser une forme grave et ressembler à une affection tardive et tertiaire ; dans d’autres cas, elle appartient à la forme secondaire.

Ricord admet trois formes d’iritis : érythémateuse, caractérisée par une exsudation séreuse; forme papuleuse avec exsudation plastique analogue aux syphilides papuleuses et qui ressemble à un condylome, et l’iritis pustuleuse, lorsqu’on voit à la surface de l’iris des tumeurs semblables aux condylomes, mais qui ne sont en réalité que des pustules, se transformant quelquefois en abcès et pouvant, donner lieu à un hvpopyon et à un travail ulcératif dans l’iris, comme Ricord l’a observé plusieurs fois.

L’iritis se montre habituellement dans la période des syphilides secondaires, c’est-à-dire six semaines après l’apparition du chancre, et quelquefois quatre, six, huit et dix mois après. Je l’ai même vue se manifester quatre à six ans après l’accident primitif. Il arrive aussi, d’après Ricord, que l’iritis n’est que le seul et le premier symptôme de l’affection secondaire de la syphilis.

Chez les enfants, i’iritis est le plus souvent consécutive à la syphilis héréditaire et congénitale. La maladie est ordinairement indolente et quelquefois accompagnée de dépôts centraux blanchâtres sur la capsule. J’ai observé une iritis très-grave avec un condylome chez un enfant atteint d’une kératite interstitielle; l’affection disparut sous l’influence dUm traitement antiphlogistique et de l’iodure de potassium administré à l’intérieur. Dixon (1) et Hutchinson ont rencontré des cas d’iritis syphilitique chez les enfants dès l’âge de quatre mois.

L’iritis syphilitique ^feut se présenter sous une des trois formes que nous avons décrites précédemment. Lorsqu’elle est de nature séreuse, l’augmentation de l'humeur aqueuse devient considérable, la cornée se trouble; il y a une kératite ponctuée, et l’oeil semble même jusqu’à un certain point atteint de choroïdite séreuse, ce que nous avons pu constater cette année avec le professeur Richet sur une jèune malade de sa clinique.

L’iritis syphilitique-plastique est la plus fréquente ; il se forme quelquefois des exsudations plastiques fibrineuses blanchâtres, tellement nombreuses dans la chambre antérieure qu’elles simulent même la présence du pus. J’ai vu une fois la chambre antérieure tout entière remplie par cette exsudation, ce qui n’empêcha pas le malade de guérir complètement au moyen du traitement mixte le plus énergique.

II. Iritis blennorrhàgique. — L’inflammation des articulations et de l’iris pendant le cours d’une blennorrhagie a été observée depuis longtemps ; mais on hésitait à attribuer ces altérations à la cause blennorrhàgique. Pourtant les faits recueillis par tous les syphiiographes ne permettaient pas de nier son existence.

Mais quant à l’iritis blennorrhàgique, elle n'a été réellement démontrée que par

(:t) Dixon, Guide of thePractical Study of Diseuses ofthe Eye. London, 1855, p. 145.

de l’iritis en général. 347

Mackenzie (1), Vetche (2), Ricord (3), Rollet (4), Alfred Fournier (5) et Galezowski (6).

Symptômes particuliers. — Dès le début, l’inflammation de l’œil est très-vive ; la conjonctive et la sclérotique sont très-fortement injectées, sans qu’il y ait la moindre trace de suppuration.

Bientôt la face postérieure de la cornée se trouble; des dépôts blanchâtres ou pigmentaires se forment par places, l’humeur aqueuse perd sa limpidité; la pupille se déforme, et les synéchies postérieures de peu de consistance envahissent la pupille. Pendant ce temps, la surface de l’iris ne change pas beaucoup d’aspect; sa couleur est un peu plus foncée, mais 6n ne voit pas ia teinte cuivrée de l’iritis syphilitique ou des condylomes. C’est, en un mot, une iritis séreuse.

La photophobie, lé larmoiement et les douleurs périorbitaires sont excessivement violentes; mais, au lieu de s’aggraver la nuit, elles prennent plus d’intensité le matin et après les repas.

Il existe une autre forme d’iritis blennorrhagique; c’est l’iritis plastique ou fibrineuse* que j’ai observée surtout à la seconde ou à la troisième rechute de la maladie.

Dans le champ pupillaire apparaît une exsudation blanchâtre, formée par la lymphe coagulable, et qui se précipite quelquefois dans la chambre antérieure sous forme de nombreux flocons blanchâtres. Ces exsudations sont quelquefois très-abondantes et pourraient remplir toute la chambre antérieure si la maladie n’est pas soignée énergiquement dès le début.

Cette affection a une marche rapide; elle produit des adhérences très-nombreuses, adhérences qui cèdent pourtant facilement à l’action de l’atropine. J’ai même vu des dépôts de la capsule disparaître complètement sous l’influence du traitement. .

Mais, de même que les arthrites blennorrhagiques* la maladie laisse une prédisposition aux récidives; et, chaque fois que le malade contracte une nouvelle blennorrhagie, il est pris d’arthrite et d’iritis. Il arrive aussi que les attaques d’iritis reviennent, pendant les saisons froides et humides, sans qu’il y ait eu de nouvelles inoculations de blennorrhagie. Ricord dit même avoir observé des iritis blennorrhagiques chez des malades qui n’avaient point d’arthrite.

III. Iritis goutteuse ou arthritique. — La diathèse goutteuse est trèsvariée dans son évolution, et, selon qu’elle se traduit par une inflammation des articulations, ou qu’elle frappe soit les viscères, soit tout autre organe interne, elle est désignée par Trousseau par les noms de goutte régulière ou goutte irrégulière.

La goutte régulière offre des symptômes prémonitoires du côté de l’appareil digestif, de l’ appareil urinaire et de l’appareil nerveux; quelquefois il y a de la

(1) Mackenzie, Traité, etc., t. II, p. 35.

(2) Yetche, Practical Treatise on thé Diseuses of the Eye. London, 182Ô, p. 195.

(3) Ricord, Lettres sur la syphilis. 3e édition. Paris, 1863, p. 30.

(à) Rollet, Traité des malaxl. vénériennes. Paris, 1866, p. 351.

(5) A. Fournier, Union médicale, 1867. — Voy. A. Fournier, Nouveau Dictionnaire de médecine et de chirurgie pratiques. Paris, 1866, 1. Y, p. 239, article Blennorrhagie.

(6) Galezowski, Gazette des hôpitaux, 1867.

MALADIES DE L’iRIS.

blennorrhagie et une prédisposition catarrhale du côLé des yeux. Scudamore. d’après Trousseau, avait parlé de l’ophthalmie, qui précède quelquefois d’un ou de deux jours l’accès goutteux. Dans quelques cas, comme l’a fait remarquer le docteur Galtier Boissière, elle présente une gravité considérable, et elle constitue alors une iritis ou irido-sclérite goutteuse.

Mais c’est surtout dans la goutte larvée ou irrégulière que les symptômes inflammatoires peuvent se déclarer du côté des yeux. Les malades sujets aux migraines goutteuses, à l’angine goutteuse, aux coliques néphrétiques, aux affections cutanées, etc. , sont pris tout d’un coup de troubles visuels dus à une goutte irrégulière ou larvée nommée par les anciens métastase goutteuse. Trousseau (1) disait avec raison que les goutteux se plaignent souvent d’accidents du côté de la vue; les yeux leur semblent couverts de flocons; mais ces symptômes disparais* sent aussitôt que la goutte gagne le pied.

Dans d’autres cas, cette sorte de métastase se traduit d’abord par une sclérite, puis par l’iritis. L’inflammation de l’iris se manifeste aussi quelquefois d’emblée.

V iritis goutteuse ne présente pas de symptômes particuliers qui permettent de la distinguer des autres formes. Voici pourtant quelques particularités qu’il est utile de signaler.

L’iritis arthritique commence souvent par une sorte de rougeur scléroticale, localisée le plus souvent dans le segment externe du globe et loin de la cornée. Celte rougeur est accompagnée d’une boursouflure, et simule une phlyctène; mais, dès le début, des douleurs périorbitaires très-violentes se manifestent, douleurs qui ne cèdent à aucun moyen et persistent pendant huit ou dix jours. Petit à petit, elles s’apaisent et le malade se croit guéri; mais une imprudence, un excès de table ou toute autre cause occasionne une rechute des plus violentes.

Quant à l’iris lui-même; sa couleur reste la même; la pupille est en apparence peu modifiée, et les instillations d’atropine font seules découvrir des synéchies postérieures.

Mais cet état de l’iris peut s’aggraver d’une manière sensible si l’on n’intervient pas à temps par le traitement convenable. La pupille prend alors des adhérences, très-solides avec la capsule ; quelquefois même elle est oblitérée par les exsudations : il y a une atrésie complète.

Le larmoiement est excessif chez ces malades et reparaît à chaque crise. La photophobie est aussi intense ; quant aux autres symptômes, ils sont les mêmes que dans les autres formes d’iritis.

IV. Iritis rhumatismale. — On observe une forme particulière d’inflammation de l’iris pour laquelle aucune cause ne peut être invoquée, et on la rapporte habituellement à une cause rhumatismale, surtout si l’individu est sujet aux douleurs articulaires ou musculaires plus ou moins prononcées.

Malheureusement aucun signe caractéristique de l’iritis rhumatismale ne peut être retrouvé, et l’embarras augmente encore lorsque cette iritis idiopathique apparaît chez une personne qui n’est jamais sujette aux douleurs rhumatismales. D’autre part, on sait, d’une manière positive, que le rhumatisme articulaire aigu

(!) Trousseau, Clinique médicale de l' Hôtel-Dieu., Paris. 1868, t. lit, 3e édit., p. 339.

DE L’iRITIS EN GÉNÉRAL. 349

ne donne jamais lieu à des symptômes d’iritis. Pour moi i’exislence d’une iritis rhumatismale simple n’est pas encore démontrée.

Il existe encore des iritis sympathiques, consécutives à une altération traumatique de l’autre œil. Nous nous en occuperons en parlant des ophthalmies sympathiques en général.

Marche de l’iritis en général. — La marche d'une iritis est excessivement variée; elle dépend de la cause d’inflammation et des prédispositions individuelles.

L’iritis traumatique a une marche plus aiguë et parcourt ses différentes phases plus rapidement que les autres.

L’iritis syphilitique diffère beaucoup de forme et de durée; sa marche est ordinairement lente ; rarement elle guérit avant trois semaines; le plus souvent, elle ne cède qu’après six semaines à deux mois.

Les formes aiguës d’iritis syphilitique présentent souvent des exacerbations, et les changements en mieux ou en pire sont d’autant plus fréquents que des altérations se manifestent du côté de la cornée ou de la choroïde.

L 'iritis blennorrhagique a une marche régulière, n’offre pas de complications, et guérit facilement. Quant à l’iritis goutteuse , sa marche est lente, avec des rémittences marquées; sa durée est d’autant plus longue qu’elle atteint le malade pour la deuxième ou la troisième fois.

Toutes les iritis, à part l’iritis traumatique, laissent une prédisposition à des récidives. J’ai vu ces rechutes se produire à chaque saison froide et humide, et après que les yeux avaient été pendant longtemps fatigués par un travail assidu et par des veilles de nuit.

La marche ultérieure de l’iritis dépendra en grande partie des altérations qui se seront déclarées dans la pupille et la chambre postérieure. C’est ainsi que la formation de nombreuses synéchies postérieures gênera beaucoup les mouvements de cette membrane et contribuera aux stases sanguines. D’autre part, si les synéchies postérieures occupent une grande partie de la pupille, l’humeur aqueuse sécrétée par le cercle ciliaire ne pourra que difficilement passer dans la chambre antérieure; elle s’accumulera derrière l’iris et le repoussera en avant Consécutivement à la pression continuelle exercée sur cette membrane, de nouvelles attaques inflammatoires seront imminentes.

Diagnostic différentiel de l’iritis en général. — Il est facile d’établir le diagnostic entre une iritis et les autres maladies de l’œil.

On ne pourra confondre cette affection avec celles de la conjonctive, même si la conjonctivite phivcténulaire occupe le bord de la cornée. Le soulèvement du limbe conjonctival et la présence des phlvctènes périkératiques rendront le doute impossible, surtout si l’on ne trouve ni la décoloration de l’iris, ni de synéchies .postérieures, ni de trouble dans l’humeur aqueuse, et lorsque la pupille conserve son volume et sa contraction normale.

Une iritis peut être associée à une kératite, et d’après le degré d’inflammation de l’une ou de l’autre de ces membranes, on saura laquelle des deux a été primitivement affectée.

En parlant des maladies de la choroïde, nous donnerons des indications pour distinguer l’iritis des affections de cette membrane.

Mais il n’est pas toujours facile de reconnaître la nature de la maladie inflammatoire de l’iris; au point de vue pratique, il importe surtout de diagnostiquer la cause syphilitique. Les signes suivants pourront aider ‘efficacement 'a porter ce diagnostic : 1° L’iritis syphilitique est la plus fréquente de toutes les iritis; 2° plus souvent que les autres elle est exempte de douleurs, même lorsque la rougeur est très-prononcée; 3° le cercle cuivré au bord dé la pupille, les condylomes, et les douleurs nocturnes se montrent de préférence dans l’iritis syphilitique; 4° les complications du côté du corps vitré, de la rétine et de la choroïde et même dans la cornée doivent faire pencher le diagnostic vers la syphilis; 5° l’iritis syphilitique coexiste le plus souvent avec l’éruption cutanée caractéristique, le mal de gorge chronique, etc.

pronostic de Firitjs en général. — Il n’est pas toujours facile de prévoir au début quelles seront les conséquences d’une iritis. Pourtant, en se rapportant aux symptômes de la maladie, et aux complications qui existent du côté des autres membranes de l’œil, on peut jusqu’à un certain point préjuger de son issue prochaine.

Lorsqu’une iritis n’est point accompagnée d’inflammation d’autres membranes, et que le corps vitré, la choroïde et la rétine conservent leur intégrité parfaite, le pronostic de l’iritis ne présente aucune gravité, et la guérison aura lieu au bout d’un temps qui varie entre quatre semaines et quatre mois.

Il n’en est pas de même quand nous avons affaire à une iritis compliquée de ces diverses altérations; là, le danger est sérieux, et la maladie peut entraîner au bout d’un temps plus ou moins long une iridochoroïdite grave et une perte de la vue.

C’est pourquoi il importe beaucoup d’examiner soigneusement à l’opththaimoscope les yeux atteints d’iritis, pour constater dès ie début l’état des membranes internes de l’œil.

Les affections de la cornée qui accompagnent l’iritis n’offrent pas le même danger que les complications dont nous venons de parler.

La kératite interstitielle rend la marche de la maladie plus lente, les douleurs plus vives, et prolonge quelquefois sa durée d’une manière excessive. En .1869, j’ai été à même de constater un fait de ce genre, avec le docteur Magne, chez un de .ses malades que nous avons vu en consultation.

Par elles-mêmes les kératites ponctuées ne modifient pas beaucoup le pronostic ; mais il est indispensable d’examiner le fond de l’œil, afin de reconnaître l’état des procès ciliaires.

Les iritis secondaires, accompagnant les kératites, ne présentent pas ordinairement de gravité, et les exsudations pupillaires atteignent rarement de grandes proportions.

L’iritis syphilitique doit toujours être considérée comme une affection trèssérieuse, à cause des complications qu’elle peut entraîner du côté de la choroïde et de la rétine, soit à la première crise, soit dans des atteintes ultérieures.

Mais la gravité augmente lorsque les gommes syphilitiques se développent dans l’épaisseur de l’iris, et surtout près du grand cercle. Certaines variétés des condylomes diffus se résorbent sans laisser de traces ; d’autres, au contraire, prennent une extension considérable et ne cèdent à aucun traitement; c’est pourquoi

D£ L’iRlTlS EN GÉNÉRAI.

le docteur Clerc- classe celte variété d’irilis parmi les svphilides graves. Elles peuvent, en effet, occasionner la perte de l’œil, par suite du développement ultérieur soit de l’irido-choroïdite, soit de la rétino-choroïdite ou de décollement de la rétine.

Traitement de l’iritis en général. — Il est nécessaire de rechercher, avant tout, avec la plus scrupuleuse attention, la cause de i’iritis, afin de diriger le traitement contre la constitution morbide de l’individu.

Mais il existe des indications communes à toutes les formes de cette affection, et ces indications doivent être remplies dès le début. La congestion inflammatoire est, en effet, combattue par les mydriatiques et les moyens antiphlogistiques.

1. L’usage de l’atropine joue un rôle important dans le traitement d’une iritis, à quelque variété qu’elle appartienne et quelle que soit sa nature. On le prescrit et ou l’emploie de la manière suivante :

% Eau distillée . . 10 grammes. ! 7f Eau distillée. . . 10 grammes.

Sulfate neutre d’atropine 5 centigr. j Sulfate neutre d’atropine. 2 centigr.

Instiller dans l’ œil une goutte de ce collyre toutes les deux ou trois heures, et, dans les cas rebelles, toutes les 10 ou 15 minutes.

L’usage de ce collyre devra être continué en plus ou moins grande quantité pendant tout le temps que durera la maladie, et même on ne le suspendra complètement que plusieurs semaines après la guérison complète. Autrement, on court le risque de voir survenir des récidives.

L’action de l’atropine est très-complexe : par la dilatation de la pupille, on éloigne le bord pupillaire du contact de la capsule antérieure et on prévient la formation des adhérences. Lorsque les. synéchies sont déj'a constituées et quelles ne sont pas très-anciennes, on arrive à les rompre, en partie ou en totalité. L’atropine possède aussi une influence antiphlogistique, en ce sens que l’iris une fois dilaté, le volume des vaisseaux est diminué ainsi que la quantité de sang qu’ils peuvent contenir. D’autre part, en paralysant l’action du muscle accommodateur, ce médicament entrave la tension intra-oculaire et contribue d’une manière puissante a dissiper l’hypérétnie. Nous ne partageons pas l’opinion de ceux qui conseillent l’atropine à fortes doses, telles que 10 à 25 centigr. pour 10 grammes d’eau distillée, pour en instiller une goutte toutes les cinq minutes. J’ai vu ce procédé amener chez certains malades une véritable intoxication, sans pour cela enrayer la marche de l’iritis.

On rencontre des idiosyncrasies contre l’atropine, et le docteur Seeley, de Cincinnati, propose de combiner alors le sulfate de zinc avec l’atropine. Pour ma part, je préfère l’usage alternatif d’atropine et d’ésérine. Eu faisant instiller une goutte du collyre d’ésérine le matin et trois ou quatre gouttes d’atropine dans .l’après-midi, j’ai pu obtenir les résultats les plus satisfaisants. Un de mes élèves, le docteur Theveny, de Plancy (Aube), a employé ce même moyen avec beaucoup de succès.

2. L’application des sangsues, au nombre de 8 à 10 à la région temporale, mais tout près de l’oreille pour un adulte, et de 4 à 6 pour les sujets jeunes, sera indiquée toutes les fois que la maladie fera du progrès, que les douleurs ne seront

pas calmées par l’atropine, et que l’action de ce médicament restera sans efficacité.

Cette déplétion sanguine locale pourra être renouvelée au bout de sept à huit jours, si l’état du malade l’exige.

Quand ces moyens sont insuffisants, on pratiquera la saignée générale -du bras (de 300 à 400 grammes). Velpeau en a montré l’efficacité. J’ai vu le professeur Richet employer la saignée générale avec grand succès contre les iritis simples ou syphilitiques.

3. La paracentèse a été recommandée par Sperino pour les iritis graves, aiguës ou chroniques. On y aura recours lorsque les moyens indiqués ci-dessus resteront sans résultat. On la fera au bord de la cornée elle-même avec une aiguille à paracentèse très-fine, ou bien avec le couteau de Critchett. Mais nous ne sommes pas de l’avis de ceux qui veulent faire la paracentèse pour vider l’hyphéma accompagnant quelquefois les iritis. Ce sang se résorbe tout seul sous l’influence d’un traitement convenable.

h. La photophobie et la sensibilité de l’œil doivent être combattues par les fomentations tièdes avec la solution suivante :

% Extrait de jusquiame . » 10 grammes. I ^ Eau distillée . 150 grammes.

Eau distillée . 100 — I Laudanum de Rousseau . 10 —

5. Pour combattre les douleurs circumorbitaires, on emploiera avec succès les frictions sur les paupières avec la pommade suivante, dont j’ai pu expérimenter l’efficacité :

"if- Axonge fraîche . . . 10 grammes.

Hydrochlorate de morphine . . 25 à 50 centigr.

6. Si cette pommade ne soulageait pas les douleurs, on ferait, avec la solution , suivante, une injection hypodermique de morphine dans la région temporale i

"if Eau distillée. . . . . 10 grammes. | .Hydrochlorate de morphine. . . 50 centigr.

Injecter de 8 à 10 gouttes.

7. Les frictions avec la pommade mercurielle belladouée dans la proportion d’un tiers ou d’un quart d’extrait de belladone, réussissent souvent à calmer les douleurs. On fera des onctions tous les soirs et tous les matins, sur lè front et derrière l’oreille, avec la pommade mercurielle double ou l’onguent gris.

8. Dans ces derniers temps, j’ai réussi à appliquer avec succès l’éthérisation localisée pour calmer les douleurs périorbitaires les plus rebelles, au moyen d’un appareil* de Richardson, modifié par Robert et Collin d’après mes indications, et qui a pour but de localiser un jet d’éther sur un point douloureux. La figure 155 représente cet appareil.

9. Le traitement interne doit être dirigé contre la cause probable constitutionnelle de,la maladie, et, aussitôt que cette cause, syphilitique, rhumatismale ou arthritique, sera reconnue, on agira contre ces différentes diathèses.

de l’iritis en général. 353

1. Dans une iritis syphilitique , qui se rapporte le plus souvent à la période secondaire, on aura recours à l’usage des pilules de proto-iodure de mercure ou de sublimé dans les proportions et sous les formes suivantes :

• % Protoiodure de mercure

Thridace . . .

Extrait thébaïque .

Conserves de roses. . . .

F. s. a. 60 pilules .

7f Bichlorure d’hydrargyre. . . j .. . if Bichlorure de mercure. ... 1 partie.

Chlorhydrate d’ammoniaque j aa Sramin- Eau pure. . . 900 —

Eau. distillée, q. s. pour dis- Alcool rectifié . . 100 —

' soudre. Prendre de 2 cuillerées à

F, s. a. 100 pilules. .. . là 4 par jour. café à 2 cuillerées à bou- '

(Clerc.) che par jour dans du lait.

(Liqueur Van Swieten.)

L’usage prolongé du mercure amène la salivation, que l’on combattra par des frictions des gencives avec la poudre suivante :

'if Craie préparée. . 6 grammes. 1 Poudre de quinquina. . . . 4 grammes.

Chlorate de potasse . 10 — | Essence de menthe . quelques gouttes.

Les préparations mercurielles doivent être employées pendant plusieurs mois, si l’on veut prévenir les récidives. Voici à ce sujet l’opinion de Ricord (1) : « Six mois de traitement mercuriel, et puis trois mois de traitement ioduré destiné à prévenir les accidents éloignés de la diathèse, telle est la médication qui donne les cures les plus soutenues. »

Si les malades ne peuvent pas supporter les préparations mercurielles, et s’ils sont atteints de gastralgie, on doit faire administrer ces préparations pendant les repas et les associer aux préparations toniques.

2. Dans certaines formes d’iritis plastique, les préparations mercurielles, administrées seules, sont insuffisantes pour combattre la maladie ; on doit, dans ces cas, avoir recours au traitement mixte, soit sous forme de sirop ou de pilules contenant ces deux préparations combinées, soit en faisant prendre les deux médicaments dans des préparations séparées. Voici quelques formules :

(1) Ricord, Leçons sur le chancre , etc. , p. 221.

GALEZOWSKl.

• 1 ââ 3 er ^ Su^mé . 40 centigr.

• i ~ Extrait gommeux d’opium. . 50

• • • 1 gr. Extrait de gaïac. ......... 6 grammes.

6 — F. s. a. 40 pilules. .... 1 à 4 par jour,

là 4 par jour (Dupuytren.)

(Ricord.)

MALADIES DE L’iRIS.

if Biiodure de mercure . . ) Iodure de potassium. . )

Amidon .

Gomme arabique .

Eau .

F. s. a. 50 pilules, de 2

ââ 50 centigr.

6 grammes.

à 5 par jour.

(Puelie.)

'if Biiodure de mercure ... 20 centigr.

Iodure de potassium ... 10 grammes.

Eau . 10 —

Sirop . . 500 —

De 1 à 2 cuillerées.

(Sirop de Gibert ou de Boutigny.)

3. L’absorption du mercure peut être obtenue aussi par les frictions avec l’onguent mercuriel double ou l’onguent napolitain. Les frictions à l’onguent mercuriel double sont faites avec 4 grammes de pommade par jour sur les jambes et continuées pendant trente jours. Cette méthode est remise actuellement en pratique par Panas, à Paris, et en Angleterre par Pridgin Teale (1).

4. L’injection de mercure sous la peau donne aussi des résultats favorables, ainsi que l’ont montré les expériences de Liégeois. Ed. Cruveilhier a appliqué celte thérapeutique dans un cas d’iritis grave avec condylome, et il a obtenu un succès rapide. Le malade était atteint d’abord d’une méningite spinale, puis d’iritis gommeuse. La solution de sublimé a été combinée avec une petite dose de morphine, comme le conseillent Lenoir et Liégeois ; dans l’espace de trois semaines l’iritis a été complètement guérie.

if Eau distillée . . . . . 90 gramm.

Sublimé corrosif. .... - 20 centigr.

Hydrochlorate de morphine 10 —

(Liégeois.)

if. Chlorydrate de morphine. . 1/2 centigr.

Biiodure de mercure et de

potasse . 2 —

(Lewin, Liguori et Martin.)

Par l’emploi de ce procédé Martin est parvenu à guérir les syphilides secondaires datant de trois à six mois en injectant, à six fois différentes, 2 centigr. de biiodure de mercure et de potassium combinés (2). Liégeois fait deux injections par jour à la dose de 6 à 10 gouttes de sa solution.

5. Dans les cas d’iritis, dont il est difficile de préciser la nature et dans lesquels la cause syphilitique est probable, on doit prescrire les préparations mercurielles, soit sous les formes indiquées plus haut, soit sous la forme de calomel :

if Calomel . 25 centigr.

Opium . 12 —

Extrait de réglisse . 4 gramm.

F. s. a. 60 pilules. . . de 2 à 8 par jour.

(Vidal.)

Calomel . . . 50 centigr.

Extrait de belladone. . .... 10 —

Extrait de gaïae . 2 gramm.

F. s. a. 50 pilules. . . de 2 à 5 par jour.

(Galezowski.)

Le même traitement pourra être employé avec efficacité dans les autres formes d’iritis, surtout si cette affection se complique des altérations de la cornée.

6. Dans des irilis blennorrhagique, ou rhumatismale, le traitement interne se composera des dérivatifs sur les intestins au moyen des purgatifs salins renouvelés tous les deux ou trois jours et de l’emploi de sulfate de quinine h la dose de 30 50 centigr. deux fois par jour. Par ces moyens, je suis parvenu très-souvent a amener rapidement la guérison.

(1) Teale, On the relative Vaiue of Atropine and of Mercury in the treatment of acute iritis ( Ophth . Hospit. Reports, t. V, p. 156).

(2) Broehin, Gazette des hôpitaux, 1869, 25 sept.

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