‹ Traité des maladies des yeux (volume 3)Chapitre 123 sur 245 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

Historique. — L’ophthalinologie moderne a fait de grands progrès, une ère nouvelle a commencé avec la découverte de l’ophihalmoscope qui a permis d’examiner les membranes profondes de l’œil pendant la vie.

L’invention de cet instrument ingénieux est due à Helmhôltz, qui en a indiqué la construction en 1851. Il a été conduit, il est vrai, à cette découverte par les travaux des différents auteurs qui avaient fait des recherches sur les causes de miroitement des yeux de certains animaux, et surtout par les expériences de Brücke et de Cumming.

Méry (1) et de la Hire (2) expliquèrent les premiers ce phénomène par les lois de la réfraction des rayons lumineux, et démontrèrent qu’en changeant la direction de rayons sortant de l’œil, on voyait miroiter les vaisseaux de la rétine d’un chat plongé dans l’eaü. Pourtant leurs expériences restèrent sans application pratique.

Au commencement de notre siècle, Prévost, de Genève (1811), et plus tard Hassenstein (1838) et Kussmaul ont cherché à leur tour à expliquer le phénomène de miroitement des yeux.

Mais les premières tentatives pour éclairer le fond de l’œil appartiennent à Carron du Villards (1838), qui indiqua le moyen pour examiner les membranes profondes de l’œil à Y aide de miroirs creux , qu’il appelle ophthalmoscopes.. « La lumière artificielle, disait-il, n’est préférable à la naturelle que dans les cas où il est nécessaire d’étudier l’état de l’humeur vitrée et de la rétine, en faisant brusquement refléter le corps lumineux dans les différents points de l’anfractuosité oculaire. » . ,

On voit combien cet auteur était près de la découverte ; mais, ignorant les lois optiques, il conseilla de se placer derrière le malade, pendant que celui-ci regardait dans un miroir oculaire creux. Il est évident que par ce moyen il ne pouvait pas mieux voir qu’à l’œil nu, et sa méthode d’examen devait rester sans résultat.

(1) Méry, Histoire de l' Académie royale des sciences , 1704, p. 107. *

(2) De la Hire, ibidem, 1709, p. 119.

s Carron du Vülards, Guide pratique des maladies des yeux. Paris, 1838, t. I, p. 192,

C’est en 1846 que Cumming (1) à Londres et Brücke (2) à Vienne réussirent à éclairer le fond de l’œil par des procédés tout à fait analogues. Le malade se plaçait devant une bougie, posée à une petite distance de l’œil et à son niveau ; on lui recommandait de fixer un objet au delà du point lumineux. L’observateur, se plaçant alors de l’autre côté de la bougie et regardant dans la pupille au-dessus d’un écran élevé au niveau de la flamme, voyait la pupille briller d’un éclat rougeâtre.

La question en était là, lorsque Helmholtz (3) vint la résoudre d’une manière tout à fait satisfaisante. En 1851, après avoir expliqué pourquoi la pupille paraît noire dans l’état ordinaire, il démontra que, pour voir la rétine, il fallait se placer sur le trajet des rayons lumineux qui, après l’avoir éclairée, sont réfléchis vers le foyer d’où ils sont émanés. En se basant sur ces données, il a fait construire un appareil à l’aide duquel on pouvait voir le fond de l’œil et éclairer la pupille. C’est ainsi que l’ophthalmoscope était inventé et la merveilleuse méthode d’examen trouvée. Il restait à perfectionner l’instrument et à l’adapter aux diverses applications.

Depuis la découverte de Helmholtz, le nombre des ophthalmoscopes est devenu tellement considérable qu’il n’y a aucun intérêt pratique aies énumérer. Nous nous contenterons de décrire ceux d’entre eux qui offrent des avantages réels.

Différents modèles d’ophthaimoseopes. — Pour éclairer le fond de l’œil, Helmholtz s’cst servi d’un autre principe que celui qui fut mis en pratique par Brücke et Cumming, et, au lieu de se placer derrière la flamme d’une bougie et d’un écran, il a fait construire un appareil réflecteur, qui projetait la lumière réfléchie et permettait en même temps de regarder dans l’œil à travers le réflecteur lui-même.

Son ophthalmoscope se compose d’un petit tube, coupé obliquement à une de ses extrémités ; il est muni d’un réflecteur composé de trois plaques de verre poli superposées l’une à l’autre. L’instrument, pourvu d’un manche, se lient devant l’œil du malade, et la lumière de la lampe, réfléchie par les plaques de verre, est portée dans l’œil du malade et éclaire la rétine et la choroïde. A l’aide de cet instrument, on voit l’image droite de la rétine, mais comme il donne un éclairage insuffisant, il n’est plus aujourd’hui employé.

Nous verrons bientôt qu’il y a deux méthodes pour examiner la rétine à l’ophthalmoscope : l’une consiste à la voir dans son image droite, et l’autre à l’image renversée. Certains ophthalmoscopes ne donnent que l’une ou l’autre de ces images; d’autres peuvent remplir les deux conditions.

A . Ophthalmoscope simple. — Exploration à V image renversée. — 1. Description de l’instrument. — Les meilleurs réflecteurs pour l’éclairage du fond de l’œil sont des miroirs concaves, employés pour la première fois par Ruete, dans un instrument fixe, et par Anagnostakis sous la forme d’un ophthalmoscope à main. Mais ces réflecteurs sont bons ou mauvais et l’emportent sur les autres par la quantité de lumière réfléchie et la netteté de l’image, selon que le miroir est de verre étamé ou de métal, et que son foyer est plus ou moins long.

(1) Cumming; Médico-Chirurgical Transactions, t. XXIX, p. 284.

(2) Brücke, Müller’s Ârchiv für Anatom., 1847, p. 225.

(3) Helmholtz, Beschreibung aines Augenspiegels zur Untermchung der Neiihaut im lebenden Auge. Berlin, 1851.

GALEZOWSKI. 30

^gg OPHTHALMOSCOPE.

je donne ordinairement la préférence aux miroirs concaves de 23 à 25 centimètres de foyer, faits de verre très-mince et étamé (fig. 229). Au centre de ce miroir, l’étamage est enlevé sur une étendue de 5 millimètres de diamètre. Le miroir est enchâssé dans un encadrement’ métallique auquel est fixé un manche pliant, pouvant s’abattre sur le miroir, ce qui le rend plus portatif. Une fourche, fixée derrière le miroir et munie à volonté d’une lentille convexe, n° 12, pour faciliter l’examen d’hypermétrope ou presbyte, ou bien d’une lentille concave n° 10,

Fig. 229. — Ophthalmoscope à main de Galezowski,

pour l’examen de l’image directe de la rétine, peut se placer vis-à-vis du trou central du miroir. Cet ophthalmoscope est porté dans une petite boîte, qui contient aussi une loupe C de 2 1/4 pouces de foyer, enchâssée dans un cercle métallique, et un petit compte-gouttes B, pour la solution d’atropine.

Cet instrument, tel que nous venons de le décrire, est le plus portatif de tous : il a été construit d’après mes indications par Aubry, fabricant d’instruments de chirurgie à Paris.

Quoique plus compliqué, l’ophthalmoscope à main de Follin a un bon foyer et donne un très-bon éclairage.

Desmarres père a fait faire le réflecteur d’acier fondu qui a l’avantage de conserver la même force d’éclairage pendant très-longtemps. Les Allemands emploient pour cet usage d’autres métaux, argent, maillechort, etc. En-général, nous pouvons dire que les miroirs de verre étamé ont l’inconvénient de donner un double reflet au centre de la pupille, mais ils éclairent mieux. Tout au contraire, les miroirs métalliques ne procurent pas assez de lumière, ou bien ils se ternissent et se dépolissent facilement.

2. Usage de V ophthalmoscope simple. — On saisit de la main droite le miroir par son manche, et, en l’approchant de son œil droit, on l’applique au rebord orbitaire et à la racine du nez ; puis on dirige obliquement sa surface miroitante vers la lampe, placée à côté et un peu en arrière du malade (fig. 228).

Par quelques mouvements latéraux du miroir, on parvient à projeter la lumière réfléchie sur l’œil que l’on examine. On voit alors à travers le trou central la pupille éclairée et colorée en rouge. A ce moment on s’éloigne de l’œil observé à une distance de 20 ou 25 centimètres, et l’on porte de la main gauche la lentille 21/4

devant la pupille, où on la maintient dans une position verticale à la distancé de son foyer (2 1/4 pouces). Pour pins de fixité, la main qui tient cette lentille s’appuie avec le petit doigt sur le bord orbitaire externe pour l’œil droit, et sur la racine du nez lorsqu’on explore l’œil gauche. Cette fois la lumière réfléchie n’arrivera à la pupille qu’en passant par la lentille ; quelques mouvements latéraux du miroir, accompagnés d’une légère inclinaison de la lentille, de son rapprochement ou de son éloignement de l’œil, permettront de voir le fond de l’œil rouge ainsi que l’image de la rétine, du nerf optique et de la choroïde.

La figure 230 montre exactement les détails de la manœuvre opératoire, de la position du malade, de la lampe, et de la manière dont il faut tenir l’instrument. Pour obtenir une plus grande netteté de l’image, un écran pourra être placé entre la lampe et la tête du malade, ainsi que l’indique la figure.

3. Explication du procédé par V image renversée. — Au moyen de cet ophthalmoscope on obtient une image renversée de la rétine, et ce renversement n’est pas dû à la lentille biconvexe que l’on tient devant l’œil, comme on serait tenté de le croire, mais à celte circonstance, qu’en examinant le fond de l’œil à une distance de 25 centimètres, on voit l’image aérienne de la rétine qui est par elle-même renversée. La lentille biconvexe placée devant l’œil du malade ne sert qu’à rapprocher cette image et à la rendre plus nette et plus facile à distinguer.

La figure 231 donnera une idée exacte de la marche des rayons lumineux et fera bien comprendre la formation de l’image rétinienne.

Supposons que l’œil A soit éclairé au moyen d’un miroir concave M, sur lequel est concentrée la lumière de la lampe placée à côté. En admettant que la largeur de la pupille est assez grande, le faisceau lumineux qui arrivera dans le fond de l’œil n’éclairera qu’une surface L B de la rétine. Ces mêmes rayons, réfléchis en sortant de l’œil, auraient leur foyer en b' a! et formeraient l’image renversée de la rétine, si la lentille biconvexe L n’était pas placée sur -leur trajet. Mais cette der-

OPHTHALMOSCOPE.

plus convergents et plus rapprochés de l’œil observé, de *4 en b " et a 1 en a". L’image ainsi obtenue est plus , mais elle est plus rapprochée de l’œil et par conséquent l’œil B de l’observateur.

nière rend ces rayons sorte que le point b' est porté^ petite que la première, plus distincte pour l cc:î

Fig. 23 i. — Théorie de l’ophthalmoscope, image renversée (*).

Le même ophthalmoscope peut servir aussi pour l’examen à l’imagé droite; il suffit, en effet, de placer une lentille concave noS 5, 8 ou 10, derrière le miroir et de s’approcher de l’œil du malade à une distance de 3 ou U centimètres, pour qu’on puisse voir l’image droite fortement grossie.

B. Ophthalmoscope de Coccius (fig. 232). —Il se compose d’un miroir plan A

Ophthalmoscope de Coccius. Fig. 233. — Ophthalmoscope de Zehender.

associé à une lentille B convexe n° 5, qui se place obliquement tout près du miroir et sert à concentrer les rayons lumineux sur celui-ci (1). Lorsqu’on veut examiner

(1) Coccius, Veher die Anwendung des Augen-Spiegels. Leipzig, 1853.

(*) A, œil observé ; B, l’obse milieux réfringents de l’œil, et •vision distincte de l’œil observ<

rateur ; M , miroir ophthalmoscopique ; les rayo ront former une image aérienne renversée et < Si l’on applique une lentille biconvexe contre 1 e sera plus petite, plus rapprochée de l’œil obs

■aversent les

point de la n' h' se for¬

ons partent dé a b, tra agrandie en u! b', au l’œil observé, l’image serve et plus distincte.

l’œil à une distance très-rapprochée et à l’image droite, on place successivement derrière le trou central un des verres concaves qui se trouvent ajustés dans la coulisse c. Par sa forme, il ressemble à celui de Zehender.

Pour l’examen à l’image renversée, on enlève habituellement la lentille n° 5 convexe, et l’on examine le fond de l’œil comme avec l’instrument précédent. Si l’image de la rétine n’est pas nette, on place alors derrière le miroir une des lentilles concaves ou convexes qui se trouvent dans la trousse, et l’on recommence l’examen.

C. Ophthalmoscope de Zehender (fig. 233). — Exploration à l'image droite. — Cet ophthalmoscope est spécialement destiné pour l’examen à l’image droite, et il présente une des combinaisons les plus heureuses pour ce but spécial ; on en obtient une image très-grande et très-nette (1).

1. Description cle l'instrument. — L’instrument se compose d’un. miroir métallique convexe de 6 pouces de foyer, fixé sur un manche, et d’une lentille biconvexe de 2 pouces de foyer, enchâssée dans un anneau métallique qui s’articule avec le miroir, comme le représente la figure .23 3. Une lentille concave n° 10 est placée derrière le trou central.

2. Mode d’application. — Après avoir dilaté préalablement la pupille de l’œil qu’on doit examiner, on approche la lampe tout près de ce dernier, puis ou dispose l’ophthalmoscope de façon que la lentille convexe de 2 pouces et le miroir forment un angle aigu l’un par rapport à l’autre.

Par quelques mouvements latéraux de la lentille on cherche ensuite à concentrer la lumière de la lampe sur le miroir. Tant que la lumière qu’il réfléchit ne formera pas un disque rond, régulier, bien clair avec une petite ombre au centre, l’instrument ne donnera pas un bon éclairage. Alors seulement, en l’approchant de l’œil du malade, à la distance de 5 à 6 centimètres, et en regardant fixement dans la pupille à travers le petit trou central, on apercevra une petite surface rouge, sur laquelle on pourra distinguer les vaisseaux et les moindres altérations de la rétine et de la choroïde sensiblement amplifiées.

En inclinant légèrement le miroir à droite ou à gauche, en haut ou en bas, on pourra explorer successivement différentes parties de la rétine. Pourtant cet examen est beaucoup plus difficile que le premier, et il demande beaucoup de patience de la part du malade et du chirurgien.

3. Avantages de V ophthalmoscope de Zehender. — La rétine est éclairée au moyen du miroir, convexe par le foyer même des rayons lumineux, et par conséquent l’image est plus claire et plus nette. Dans cet ophthalmoscope, le reflet de la cornée est sensiblement atténué et même complètement effacé, ce qui est trèsimportant dans l’examen à l’image droite.

4. Explication du procédé de l'image droite. — L’examen des yeux par le procédé de l’image droite se fait, soit au moyen des ophthalmoscopes composés, tels que ceux de Coccius ou de Zehender, soit avec un ophthalmoscope simple qui sert pour l’examen à l’image renversée. Dans ce cas la loupe convexe est inutile, mais on se rapproche avec le réflecteur très-près de l’œil à examiner et l’on regarde à travers le trou central, préalablement muni d’une lentille concave n° 10 ou 8.

(1) Zehender, Archiv f. Ophthalm. von Graefe. Bd. I, Abth. 1, S. 121. Berlin, 1853,

OPHTHALMOSCOPE.

Chez les personnes hypermétropes, de même que dans les yeux atteints de névrites optiques, on peut voir la papille du nerf optique par un simple éclairage réflecteur non muni de la lentille concave derrière le trou central.

Cet examen donne une image virtuelle, mais droite, ce qui est dû à la direction des rayons lumineux, dont on peut étudier la marche sur la figure 234. Soit A l’œil du malade et B celui de l’observateur, qui regarde à travers le trou central du miroir M, muni d’une lentille biconcave L. Le cône lumineux venant de la lampe F, réfléchi par le miroir, éclaire une partie a b de la rétine A.

Les rayons de cette image sortant de l’œil seraient réunis en a! b ' s’ils n’étaient pas interceptés par la lentille concave L.

Cette dernière, par sa propriété dispersive, imprime une autre direction à ces mêmes rayons en les faisant converger vers les points a" b",, de sorte que l’observateur B semble voir l’image directe de la rétine a b en a" b" plus grande et plus éloignée qu’elle n’est en réalité.

D. Ophthalmoscope de Gillet de Grandmont (fig. 235).

■ — Pour faciliter l’usage de l’ophthalmoscope aux commençants , cet auteur a introduit une modification ingénieuse.

La plus grande difficulté pour se servir de l’ophthalmoscope provient de la position qu’il convient de donner à la lentille; cette difficulté est sensiblement diminuée par l’appareil de Gillet de Grandmont (fig. 235). Il consiste en une sorte de monture de lunette, au milieu de laquelle est vissée une douille de cuivre ; dans l’intérieur de celle-ci se trouve un écrou qui permet de rapprocher ou d eloigner de l’œil une lentille à la distance focale convenable.

- Théorie dé l’ophthalmoscope.

Image droite.

Après avoir fixé cet appareil sur la tête du malade et placé la lentille devant l’œil

Fig. 236. — Ophthalmoscope de Jaeger (*)-.

dirigé vers l’œil observé, est muni de deux rainures destinées à supporter des réflecteurs de diverses formes contenus dans l’anneau représenté figure 237. De plus, on peut faire glisser dans ce tube un deuxième tube court contenant deux lentilles pour l’éclairage oblique ; l’opbthalmoscope se transforme alors en loupe de Brücke. Enfin, dans l’intérieur du tube, on peut encore placer une plaque divisée en carrés numérotés que l’œil examiné pourra fixer successivement (fig. 239).

Au lieu de cette monture compliquée, j’ai fait fixer la lentille la longueur est égale à celle du foyer. Les commençants peuvent ainsi arriver facilement à trouver la papille.

E. Ophthalmoscope de Ed. Jaeger. — Cet auteur a fait construire un ophthalmoscope susceptible de remplir diverses indications, et qui se compose d’un tube court aa monté sur un manche (fig. 236). Le tube, coupé à pan oblique du côté

Fie, 240. — Ophthalmoscope binoculaire de Giraud-Teulon (**).

L’appareil de Giraud-Teulon (fig. 240) se compose d’un grand miroir concave mobile, derrière lequel se trouvent deux prismes rhomboïdiens de crown-glass

(*) Fig. 237. Coupe du tube court qui entre dans la composition de l’ophthalmoseope de Ed. Jaeger — Fig. 238. Anneau renfermant un réflecteur. — * Fig. 239. Plaque divisée en carrés numérotés.

(**) prisme rhomboïdien : B, C, même prisme coupé en deux moitiés; I I* les deux imaqes du point lumineux ; Y, pas de vis.

OPHTHALMOSCOPE.

Des lentilles concaves ou convexes peuvent être adaptées à l’extrémité antérieure du tube dans les cas de myopie ou d’hypermétropie.

F. Ophthalmoscope binoculaire de Giraud-Teulon. — Get instrument est destiné à rendre possible l’examen du fond de l’œil, non plus avec un seul œil, comme cela se pratique dans tous les autres ophthalmoscopes, mais avec les deux yeux à la fois; il procure donc les avantages des appareils stéréoscopiques.

A et B, qui se touchent par un (le leurs sommets et partagent symétriquement la circonférence du miroir. Un foyer lumineux quelconque ë e envoie un cône de rayons sur le miroir, et ceux des rayons qui passent par le trou central s’v divisent en deux faisceaux, dont l’un ira à l’œil droit et l’autre à l’œil gauche. Ces deux images sont vues simples, comme dans les stéréoscopes, au moyen de deux prismes à bases externes, placés, comme l’indique la figure, derrière les rhomboèdres.

Mode d’emploi.— La rétine est examinée, comme avec l’ophthalmoscope simple, à l’image renversée, à travers une lentille biconvexe L de 2 ou 2 1/4 pouces de foyer qu’on tient devant l’œil.

Fig. 241. — Coupe et explication de l’ophthalmoscope binoculaire

Avant d’examiner le malade avec cet ophthalmoscope, on devra préalablement rajuster convenablement; pour cela, en l’approchant de ses yeux, on fixera un

OPHTHALMOSCOPE.

objet quelconque et l’on s’assurera si cet objet est vu simple et net. Il arrive alors qu’on ne voit qu’un seul objet, mais en fermant alternativement tantôt un oeil, tantôt l’autre, on s’aperçoit qu’il n’y a qu’un œil qui voit, l’autre ne se trouvant pas sur la direction des rayons lumineux passant parle rhomboèdre. Pour obvier à cet inconvénient, on tourne le pas de vis situé en V, et à l’aide de ce mécanisme on sépare la partie C de B du rhomboèdre; on met ainsi le rhomboèdre et le prisme en rapport avec l’œil qui était porté trop en dedans ou écarté trop en dehors. A ce moment, l’observateur verra deux objets au lieu d’un, mais quelques tours de vis suffiront pour ramener les deux images en un point.

On place la lampe en arrière du malade et un peu au-dessus de sa tête, afin que les rayons lumineux tombent directement d’en haut; on peut cependant la placer aussi sur le côté droit ou gauche du malade. On s’assurera d’abord si l’on voit bien le fond rouge de l’œil, puis on procédera à l’examen de l’image renversée de la rétine. Pour avoir une image, plus nette, on devra dilater préalablement la pupille.

Laurence et Heisch (de Londres) ont modifié l’ophthalmoscope de Giraud- Teulon d’une manière très-avantageuse, en laissant les deux prismes centraux fixes, pendant que les deux prismes latéraux peuvent s’écarter et en même temps subir une inclinaison plus ou moins grande, ce qui rend inutile les prismes décentrés dont on se sert pour fusionner les images.

G. Ophthalmoscope de Laurence. — John Laurence (de Londres) a construit un ophthalmoscope qui permet à deux observateurs de voir simultanément le fond de l’œil. A cet effet, il place devant le miroir de l’ophthalmoscope, à une certaine distance, une lame de verre à face plane bien polie et parallèle, sous une inclinaison de 45°. Les rayons lumineux qui viennent de l’œil observé sont dédoublés par la lame de verre ; une partie les traverse non déviée et arrive jusqu’au trou du réflecteur, et est perçue par l’observateur ; une autre partie de ces mêmes rayons est réfléchie par la surface du verre plan et peut être vue par un second observateur placé dans la direction de ces rayons.

H. Ophthalmoscope de Galezowski. — Il se compose de tubes rentrants l’un dans l’autre comme ceux d’une lunette d’approche (fig. 24.2) ; sa longueur est

Fig. 242. — Ophthalmoscope de Galezowski.

de 25 centimètres. Une de ses extrémités est taillée obliquement et garnie d’un bourrelet élastique pour qu’il s’adapte exactement au pourtour de l’orbite et de l’œil examiné. Le tube moyen, qui rentre dans le précédent, supporte une lentille biconvexe de 2 1/4 pouces de foyer ; cette lentille est placée à la distance de 2 1/4 pouces de l’extrémité munie du bourrelet. Le troisième tube estle plus mince, il rentre dans les deux précédents, et à son extrémité est percé d’une échancrure ovale dans laquelle est fixé un miroir concave de 15 centimètres de foyer; au

moyen d’un mouvement double, ce miroir peut être, tourné du côté de la lampe, et réfléchir la lumière dans l’intérieur du tube. Pour rendre l’image plus nette et l’agrandir, une lentille convexe n° 12 est placée derrière le miroir.

D’après l’avis du professeur Broca, nous avons fait ajouter à l’instrument une tige articulée, terminée par une boule luisante, que l’on dirige vers le point que le malade doit fixer. Cet instrument a été construit, d’après les modèles que j’ai donnés, par Robert et Collin.

Mode d'emploi. • — Le malade peut être placé de deux manières : assis ou couché.

1. Pour examiner l’œil du malade assis, il faut que sa tête soit appuyée contre un mur ou le dos d’un fauteuil (voyez la figure 243), et en même temps, autant que possible, renversée en arrière.

La lampe doit être posée à 25 centimètres du réflecteur.

’ig. 243. — Mode d’emploi de l’ophthalmoscope de Galezowski (*).

Ces dispositions prises, on saisit de la main droite l’extrémité bourrelée du tube, lorsqu’on veut examiner l’œil gauche, et de la main gauche s’il s’agit de l’œil droit, puis on approche cette extrémité de l’œil, en l’appuvant légèrement sur le pourtour orbitaire, de façon que l’échancrure carrée soit appliquée contre le nez du malade. Ace moment, on tourne le miroir du côté de la lampe et l’on s’assure si la lumière réfléchie éclaire la cornée. Quelques mouvements imprimés au miroir de bas en haut et de droite à gauche amènent cette lumière au point voulu ; en maintenant alors l’instrument d’une manière fixe sur place, l’observateur regarde par le trou

(*) A, lampe ; B, réflecteur; C, lentille fixée à l’e point de mire.

: ; n, boule métallique servant de

OPHTHALMOSCOPE.

central dans le tube, et pourvu que la paupière supérieure ne cache pas la pupille, il verra distinctement le fond de l’œil et les vaisseaux de la rétine.

2. L’application de l’ophthalmoscope au lit du malade est encore plus facile : étendu horizontalement sur le dos, la tête rie reposant que sur un oreiller, le malade ouvre largement les yeux ; l’observateur se place au bord du lit et du côté droit, lorsqu’il veut examiner l’œil gauche et vice versa. Appuyant ensuite l’instrument sur le bord orbitaire, comme dans la position assise, il tourne le miroir du côté de la lampe qui se trouve posée tout près de l’œil examiné. Les autres temps de l’opération sont identiques avec ceux que nous avons décrits plus haut.

3. Il est indispensable que les pupilles du malade soient préalablement dilatées avec une solution d’atropine.

4. Au début des recherches ophthalmoscopiques, il est utile que, pendant que l’examinateur regarde à travers le trou du miroir dans l’œil, un aide tienne l’instrument et veille à ce que la cornée reste constamment éclairée et qu’elle se trouve au milieu du disque lumineux.

5. Pour que l’observateur puisse trouver facilement la papille du nerf optique, il faut que le malade regarde du côté de son nez, vers un point imaginaire situé à 8 ou 10 centimètres en dedans de l’extrémité inférieure du tube, et où l’on place la petite boule.

Avantages et inconvénients de l'instrument. — L’emploi de cet instrument remplit deux conditions très-favorables : d’abord l’extrémité objective du tube porte une sorte de chambre noire, qui emboîte l’œil examiné et empêche la lumière du jour d’y arriver; ensuite la distance entre l’œil examiné et la lentille qui se trouve à l’intérieur du tube étant fixe et invariable, on n’a pas besoin de chercher cette distance comme dans tous les autres ophthalmoscopes. Il suffit de le fixer sur le pourtour de l’œil, pour que cette condition soit remplie. Ces modifications ont rendu possible l’examen des yeux en plein jour, dans les salles des hôpitaux, et au lit des malades, sans qu’il soit nécessaire de les transporter dans une chambre noire, ce qui est très-important pour l’examen des malades atteints d’affections cérébrales ou autres affections aiguës.

L’usage de cet ophthalmoscope n’est pas exempt de difficultés, qui dépendent en partie d’une très-grande mobilité de l’instrument; de là le déplacement facile de la lumière projetée sur l’œil. Mais un peu d’exercice et d’habitude permet de vaincre celte difficulté, surtout lorsque une personne maintient l’instrument sur l’œil du malade et surveille s’il est bien éclairé, pendant que l’autre regarde dans le trou du miroir.

L’image de la rétine est souvent masquée par un reflet lumineux : rien n’est plus facile que d’écarter ce reflet de la partie de la rétine qu’on examine, en imprimant au miroir de petits mouvements latéraux.

Le professeur Laugier a introduit une modification dans mon ophthalmoscope, en adaptant au tube une bougie dont le foyer se trouve à une distance fixe du réflecteur.

I. Ophthalmoscope fixe de Follln. — Il se compose de deux tubes de cuivre A qui se meuvent l’un sur l’autre à l’aide d’une crémaillère /‘mise en mouvement au moyen d’un piton à engrenage c ; à l’une des extrémités de ce tube est placé un miroir concave a de 25 centimètres de foyer, étamé, excepté à son centre,

et mobile autour d’un de ses diamètres ; à l’autre extrémité du tube se trouve une lentille biconvexe 6, qui peut être rapprochée ou éloignée du miroir au moyeu du piton e, lequel sert encore à allonger ou raccourcir le tube.

Le corps de l’appareil est supporté par une tige gg, pouvant être élevée ou abaissée à l’aide d’une crémaillère verticale h, et fixée par un écrou y à une table i. De la partie inférieure de cette tige part une tige li n p n coudée à angle droit, terminée.par une petite plaque concave sur laquelle le malade appuie son menton. Une boule luisante e, fixée sur une tige mobile, sert à diriger L'œil du malade.

Mode d'emploi. ■ — Après avoir fixé l’instrument à la table et placé le malade ainsi que la lampe à la distance convenable et à la hauteur voulue, on cherche à

Fig. 2 44. — Ophthalmoscope fixe de Follin (*).

concentrer avec le miroir la lumière de la lampe d’abord sur le front et ensuite sur la cornée du malade. Si la lumière n’est pas assez intense et si elle n’éclaire pas une surface assez large, on fait tourner le pilon c jusqu’à qu’on obtienne un bel éclairage. C’est alors seulement qu’on remonte ou qu’on abaisse le tube au

OPHTHALMOSCOPIE.

moyen du piton h pour projeter la lumière sur la cornée et la pupille du malade, dont la paupière supérieure doit être suffisamment relevée. Si, malgré cela, l’observateur placé en o ne voit pas encore la rétine ni les vaisseaux, il est indispensable alors de rapprocher ou d’éloigner la tige nn qui maintient la tête du malade, ce qu’on obtient en faisant jouer la crémaillère m.

Cet instrument donne une image très-nette et considérablement agrandie, et il est pour la démonstration clinique un des meilleurs ophthalmoscopes.

L’ophthalmoscope de Liebreich diffère très-peu de celui que nous venons de décrire ; il donne aussi une image grande et nette, mais on l’ajuste plus difficilement, c’est pourquoi il est moins usité en France que celui de Follin.

Les ophthalmoscopes fixes de Ruete, de Cusco et de Desmarres fils se composent aussi d’un miroir concave et d’une ou de deux (Ruete) lentilles convexes ; mais, au lieu d’être placés dans un tube, ils sont montés sur des tiges isolées qui peuvent se rapprocher ou s’éloigner à volonté. Leur grande mobilité rend difficile leur application.

Le docteur Bürck (1) a fait subir une heureuse modification aux instruments qui servent à la démonstration clinique. Il place le malade devant un miroir concave de grand diamètre, sur lequel est projetée la lumière réfléchie par un autre réflecteur placé à 1 mètre de distance du premier et à 10 centimètres d’une lampe. L’observateur se place derrière ce dernier miroir et voit à travers le trou central l’image de la rétine sur le premier miroir.

Ulrich, Meyerstein et Frœbelius se sont servi de prismes pour éclairer le fond de l’œil. La lumière, en traversant une des faces du prisme, était réfléchie par l’hvpoténuse pour arriver à l'œil de l’observateur par un troisième côté du prisme. Mais ces ophthalmoscopes ne présentent pas d’avantage sur les autres, et, étant plus difficiles à employer, ont été depuis longtemps abandonnés. Il en est de même des ophthalmoscopes faits en lentilles étamées de Klaunig, de.Burow et de Hasner, qui ne sont aujourd’hui employées par personne.

K. Ophthalmo-micromètres. — Il est très-facile d’établir dans l’intérieur d’un ophthalmoscope de Follin, de Liebreich ou de Galezowski, une plaque de verre transparent portant des divisions linéaires ou carrées, tracées à l’aide d’un diamant. La papille ou une tache exsudative quelconque se trouvant en face de ces divisions, correspondra à un nombre défini d’entre elles et permettra déjuger de sa grandeur relative.

Je me suis servi pour mon ophthalmoscope à tubes, de même que pour le petit ophthalmoscope à main, de la lentille biconvexe 2 1/4 pouces ainsi disposée : deux lentilles piano-convexes, dont une surface plane portait des divisions en millimètres et centimètres, avaient été collées par leurs surfaces planes et fixées dans un cercle. En examinant le fond de l’œil au moyen de cette lentille placée à la distance de 2 1/4 pouces par rapport à l’œil, on peut se faire une idée de la grandeur des différentes parties de la rétine vues à l’image renversée.

Nous ne prétendons pas indiquer là un moyen à l’aide duquel il soit possible de mesurer exactement les dimensions réelles des différentes parties du fond de l’œil : ce serait difficile et superflue; ce qui nous semble utile et pratique, c’est

(1) Bürck, Bull, de F Acad, de méd., Paris, i870, t. XXXV.

EXAMEN DES YEDX AVEC L’OPBTHALMOSCOPE.

que l’on puisse juger de l’augmentation ou de la diminution de l’étendue d’une exsudation, d’un épanchement, etc.

L. Ophthalmomicroscope. — Coccius a cherché à grossir l’image ophthalmoscopique au moyen d’un appareil grossissant spécial, adapté derrière le trou central d’un ophthalmoscope fixe. Mais il est difficile de se servir de pareils instruments, et les avantages de ces investigations sont encore trop problématiques, pour que nous nous en occupions.

M. Photographie ophthalmoscopique. — Le docteur Rosebrugh (1) (de Toronto) a fait des tentatives très-louables dans le but de photographier le fond de l’œil de certains animaux, au moyen d’un appareil spécial construit d’après ses indications. L’œil est éclairé par la lumière solaire que réfléchit une lame de verre placée dans uti tube, et l’image de la rétine est recueillie par une lentille biconvexe placée derrière la lame; cette image est amenée dans une petite chambre photographique, sur le plan d’épreuve placé en un point défini.

Le docteur Noyés, de New-York, et Cusco, à Paris, ont fait des tentatives semblables sur les yeux des hommes. Les photographies obtenues par le docteur Cusco sont assez distinctes, et montrent qu’avec le temps on obtiendra peut-être des résultats plus satisfaisants, surtout quand il s’agira d’avoir les dessins schématiques des altérations du fond de l’œil.

N. Auto-ophthalmoscope. — Coccius a, le premier, réussi à construire un

instrument qui permet à une personne de voir l’intérieur de son propre œil. Giraud- Teulon, Heyman et Zehender ont fait construire d’autres instruments du même genre.

L’instrument de Coccius, appelé autoophthalmoscope , se compose d’un petit tube métallique (fig. 243), long de 5 pouces, muni, à l’une de ses extrémités, d’une lentille biconvexe de 4 pouces de foyer, et fermé à l’autre par un miroir plan, percé d’un trou au centre et dont la face polie est tournée du côté de l’œil. La lentille biconvexe est obscurcie sur toute son étendue, excepté dans un coin.

Pour se servir de cet instrument, l’observateur doit regarder par le trou du miroir o ; à ce moment, les rayons lumineux de la lampe placée en L arrivent par la partie transparente de la lentille

Fig. 243. — Auto-ophthalmoscope de Coccius.

à l’ouverture du miroir, et de là jusqu’à

la rétine en p. Réfléchis par cette membrane et la choroïde, les rayons traversent les milieux de l’œil et rencontrent le miroir en p', qui les réfléchit de nouveau

'ers le point m. C’est ainsi que le point de la rétine m verra une partie voisine de

^ (C Rosebrugh, The Ophthalmic Repiew, n°

2, 1864; et Annales d’ oculistique, t. LUI,

OPHTHALMOSCOPIE.

sa propre rétine placée en p. Ce point lui apparaîtra dans un point quelconque p". En faisant varier la position de l’instrument, on peut éclairer successivement différentes portions de cette membrane.

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