‹ Traité des maladies des yeux (volume 3)Chapitre 149 sur 245 · ATROPHIE DE LA PAPILLE DD NERF OPTIQUE · texte numérisé non relu

ATROPHIE DE LA PAPILLE DD NERF OPTIQUE

dans une solution de chlorure d’or et de carmin, a pu constater que les fibres nerveuses étaient souvent conservées au centre du nerf, tandis qu’à la périphérie, elles étaient atrophiées. Dans une coupe transversale, le nerf ne présentait point de disposition normale qui soit très-caractéristique, mais on voyait certains groupes épais et larges, d’autres amincis et dont les parois étaient notablement épaissies. Le tissu conjonctif était sensiblement hypertrophié, et les cellules augmentées. Les faisceaux des fibres nerveuses atrophiées présentaient une apparence fibrillaire qui se colorait à peine en carmin. La section transversale était finement ponctuée. Dans la section longitudinale, les fibres paraissent amincies et les cellules du tissu conjonctif augmentées en nombre. Pourtant ce fait n’est pas constant, puisque, dans un cas d’atrophie de la papille, A. Voisin n’a pu découvrir la présence de noyaux du tissu conjonctif. Lorsqu’on traite le nerf optique avec la potasse, on n’aperçoit alors, comme dit Meunier, qu’un tissu filamenteux à fibres parallèles très-fines, qui paraissent être les débris des tubes nerveux; elles sont ordinairement rares et espacées, comme l’a démontré A. Voisin.

Les bandelettes optiques et les corps genouillés subissent ordinairement la même dégénérescence; dans les premières on trouve plus souvent des tubes nerveux encore conservés. Quelquefois Charcot et Vulpian ont trouvé des scléroses en plaques sur le trajet des bandelettes optiques.

Souvent la périphérie du nerf optique est ramollie, et les fibres atrophiées, tandis que le centre est encore mieux conservé, comme le dit très-justement Topinard (1).

La dégénérescence se propage ordinairement, selon les remarques de Luys, dans une direction centripète jusqu’aux corps genouillés d’abord, et ensuite jusqu’aux tubercules quadrijumeaux. Il arrive pourtant qu’à la vue simple ces organes ne paraissent pas atrophiés; mais de là il ne faut pas conclure que leurs éléments histologiques sont sains. Le docteur Luys (2) a rencontré en effet, dans deux cas de ce genre, une apparence à peu près normale, pendant que l’on constatait une dégénérescence profonde de cellules nerveuses qui étaient toutes plus ou moins en période régressive.

Laborde (3) a présenté à la Société anatomique un lobe cérébral atrophié, avec atrophie des bandelettes optiques, du corps genouillé et des tubercules quadrijumeaux du même côté.

Étiologie. — 1. Sexe. ■ — L’atrophie de la papille se rencontre beaucoup plus souvent chez l’homme que chez la femme. D’après nos relevés statistiques, sur 100 atrophies, les hommes figurent pour 70 et les femmes pour 25. Cette proportion se rapproche beaucoup de celle qu’on a établie pour les affections cérébrales chroniques telles que ramollissement, sclérose, etc.

2. Age. — C’est de 30 à 50 ans que l’amaurose et l’atrophie de la papille s’observent le plus fréquemment. Quelquefois elle est congénitale et même héréditaire.

3. Tabac et alcool. — On a voulu expliquer la fréquence des atrophies papillaires chez l’homme par l’usage funeste du tabac et des boissons alcooliques. Autant la dernière.cause semble exercer l’influence funeste sur la vue et amener

(1) Topinard, De Vataxie locomotrice. Paris, 1864, p. 163.

(2) Luys, Recherches sur le système net'veux cérébro-spinal. Paris, 1865, p. 498.

(3) Laborde, Bulletin delà Société anatomique, 1860, p. 22.

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incontestablement des amblyopies graves et quelquefois même des atrophies, autant la première nous paraît peu admissible.

Dans son voyage en Orient, Carter (1) a demandé aux chirurgiens qui habitent Constantinople et Alexandrie leur avis à ce sujet. Farquhar, d’Alexandrie, Dickson et Hübsch, de Constantinople, n’ont pu constater aucune influence fâcheuse du tabac sur la vue. Voici, du reste, l’opinion textuelle du docteur Hübsch :

« Si l’on désire savoir s’il y a beaucoup d’aveugles à Constantinople, en exceptant les cataractes, je suis à même de répondre que Constantinople, comparé aux autres centres de population, présente un chiffre d’aveugles de beaucoup inférieur à celui des autres capitales. — Quant à l’action du tabac sur les yeux, elle est très-problématique ; ici tout le monde fume du soir jusqu’au matin, et du matin jusqu’au soir ; les hommes fument beaucoup, les femmes un peu moins que les hommes, et les enfants fument dès l’âge de sept à huit ans. Je n’ai jamais pu attribuer l’amaurose à l’abus du tabac. Le nombre des fumeurs est immense, le nombre des amauroses limité. »

Nous partageons entièrement l’opinion de Carter et Hübsch, et nous n’admettons point l’influence directe du tabac sur l’atrophie du nerf optique que dans' des cas tout à fait exceptionnels. Nous avons constamment remarqué que parmi les amaurotiques, le nombre de ceux qui fument peu ou point était plus considérable que celui des grands fumeurs.

U. Affections du cerveau. — L’atrophie de la papille est le plus souvent -liée aux affections du cerveau, de ses enveloppes ou de la substance nerveuse ellemême. Parmi ces affections, nous devons signaler les principales :

a. Ramollissement des corps genouillés, des pédoncules cérébraux (Meunier et Vulpian) périencêphalite diffuse plus rarement (Calmeil), et scléroses en plaques des bandelettes optiques (Charcot et Vulpian).— Toutes ces affections peuvent amener à une certaine période une atrophie de la papille. Très-souvent c’est par le ramollissement des nerfs optiques que débute l’affection cérébrale elle-même. Dans un cas d’atrophie des papilles que nous avons examiné à la Salpétrière, A. Voisin a constaté à l’autopsie une méningo-encéphalite chronique des hémisphères, ainsi que de la partie qui couvrait l’espace interpédonculaire, le chiasma et les bandelettes optiques.

b. Apoplexie cérébrale. — Elle ne donne lieu à une atrophie de la papille que lorsqu’elle se déclare dans les corps genouillés ou les tubercules quadrijumeaux. Les apoplexies du corps strié ou des couches optiques n’amènent d’atrophie des nerfs optiques que dans le cas où le ramollissement qui s’ensuit au pourtour du foyer hémorrhagique, en se propageant, envahit les organes centraux visuels.

e. Tumeurs cérébrales. — Elles donnent lieu d’abord à une névrite optique ; quant a l’atrophie de la papille, elle n’est que la conséquence de cette inflammation.

d. Affection athéromateuse des vaisseaux de la base du crâne et de l'encéphale lui-même. — C’est là incontestablement, selon nous, la cause la plus fréquente de l’atrophie de la papille. Les malades perdent insensiblement la vue, sans la moindre souffrance, et l’examen le plus minutieux ne laisse découvrir aucune

(1) Carter, The Ophthalmoscope, translated from the german of Zander, 1864, p. 220.

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