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TUMEURS MALIGNES OU CANCÉREUSES DES PAUPIÈRES

ARTICLE XVII

TUMEURS MALIGNES OU CANCÉREUSES DES PAUPIÈRES, g I. — Encéphaloïde des paupières.

Les paupières peuvent être le siège de productions carcinomateuses ; mais, parmi ces néoplasmes, les uns apparaissent primitivement, tandis que les autres, après avoir pris naissance dans les régions voisines, n’envahissent les paupières que d’une manière secondaire. À cette dernière catégorie appartiennent l’encéphaloïde et le cancer mélanotique. Ces tumeurs n’atteignent ces voiles membraneux qu’ après qu’elles se sont développées préalablement dans l’œil, dans l’orbite ou dans le maxillaire supérieur. Nous ne nous en occuperons que lorsque nous parlerons des maladies de l’œil et dé l’orbite.

§ II. — Epithélioma ou eancroïde des paupières.

L’épithélioma ou eancroïde est une production hétéromorphe maligne, caractérisée par le développement d’une masse d’éléments épithéliaux infiltrés dans la trame des tissus.

Symptomatologie. — Cette affection débute de quatre manières différentes :

a. Tantôt ce sontdes agglomérations des papilles du derme hypertrophiées, grosses comme des grains de millet, englobées dans une gaine épidermique, qui font à la surface une saillie hémisphérique. — b. Tantôt c’est une petite squame épidermique, légèrement saillante sur la peau et entourée d’une partie indurée, qui apparaît sur un point quelconque des paupières. — c. Dans d’autres cas, il débute aussi sous forme d’un petit tubercule au voisinage du bord des paupières, et le plus souvent dans l’angle interne de l’œil. Cette grosseur est hémisphérique, inégale et lobulée, et légèrement' déprimée à son centre. — d. Enfin il se montre quelquefois à la suite de chalazes indurées, comme Desmarres père en a cité des exemples.

Cette petite excroissance persiste pendant plusieurs mois et même des années sans être accompagnée d’aucune irritation. Puis une fissure s’ouvre à sa surface et se transforme en une ulcération ayant les bords taillés à pic. Les picotements surviennent et portent les malades à se gratter et à arracher de temps en temps la petite croûte qui se trouve au sommet de la tumeur et qui se reforme aussitôt. La tumeur ne tarde pas à se lobuler et à se multiplier ; elle devient rougeâtre, plus saillante, sans augmenter en étendue, et tout en conservant sa mobilité sous la peau qui la recouvre. Toutefois, au bout de quelque temps, la base et le fond de l’ulcère perdent cette mobilité ; les couches sous-jacentes ont subi une modification et l’adhérence avec les aponévroses et le périoste ne tarde pas à s’établir. On constate fréquemment, à l’aide d’un stylet, que le eancroïde a atteint l’os unguis ou le maxillaire inférieur, qui sont plus ou moins dénudés.

Lorsque l’épithélioma occupe le grand angle de l’œil, le sac lacrymal est trèssouvent ouvert.

PAUPIÈRES ET SOURCILS

La conjonctive palpébrale participe d’ordinaire à l’état morbide, car le cancroïde finit par la détruire en s’étendant de proche en proche. Dans d’autres cas, la rougeur conjonctivale n’est qu’un symptôme d’ectropion occasionné par les cicatrices de la joue.

J’ai observé deux cas dans, lesquels l’épithélioma avait envahi l’angle interne, détruit le sac et la caroncule lacrymale, et, se portant vers l’orbite, avait creusé des trous très -profonds. L’œil était pourtant conservé, comme cela arrive dans la plupart des cas : mais cette préservation de l’œil n’est pas un phénomène constant, et chez une malade de Desmarres (1), qui portait depuis plusieurs années une tumeur épithéliale de la paupière inférieure, les progrès de la maladie devinrent tout à coup si rapides, que la joue et la tempe ne tardèrent pas à être envahies ; l’œil lui-même se perfora et se vida. Dans un cas rapporté par Marcazzi (2), le cancroïde avait envahi les deux paupières en totalité et s’étendait jusqu’au sourcil. L’extirpation et l’autoplastie pratiquées par ce chirurgien amenèrent la guérison.

Le cancroïde de la paupière ne présente pas toujours le même aspect : tantôt les bourgeons charnus se forment au centre de l’ulcère, deviennent exubérants et douloureux ; dans d’autres cas, l’ulcère se creuse de plus en plus et se couvre d’un enduit épais séro-sanieux, qui se transforme en croûtes, souvent fortement adhérentes. Quelquefois, au milieu de cette ulcération, on rencontre des espèces de cavernes plus profondes et à bords plus escarpés que de coutume.

Ordinairement les bords de la tumeur sont durs et épais; dans leur voisinage, la peau est très-vasculaire, injectée, et des veines fortement développées rampent à la surface. Des tubercules dus à l’infiltration épithéliale se rencontrent en grand nombre sur la peau, même à une certaine distance de l’ulcère.

Marche. — La marche de cette affection est excessivement lente et n’est presque jamais accompagnée de douleurs. Boyer a vu des boutons épithéliaux ne s’ulcérer qu’au bout de vingt-sept ans.

Quelquefois la tumeur épithéliale de la paupière reste stationnaire pendant des années, et prend tout à coup un développement rapide. Mackenzie (3) l’a vue diminuer et même se cicatriser partiellement ou en totalité, puis apparaître de nouveau, s’étendre pendant quelque temps et disparaître complètement. Mais ces cas rares constituent l’exception.

Il est rare que le cancroïde soit accompagné des symptômes indiquant l’infection générale de l’organisme. La cachexie cancéreuse n’existe que dans des cas tout à fait exceptionnels.

L’engorgement ganglionnaire s’observe dans une période très-avancée delà maladie; c’est alors le ganglion le plus voisin, préauriculaire, qui est engorgé et gonflé. Il faut dire cependant qu’il n’v a rien d’absolu à cet égard.

Étiologie. — 1. S’il faut en croire Hasner (4), le cancroïde ou cancer des paupières est une affection assez fréquente. Sur 155 cas de divers cancers de l’œil, ce praticien l’a observé 86 fois. Selon A. Heurtaux, la paupière inférieure est plus souvent frappée de cette affection que la paupière supérieure.

(1) Desmarres, Traité des maladies des yeux, t. I, p. 612.

(2) Marcazzi, lmparziale, janvier 1865.

(3) Mackenzie, Traité des maladies des yeux. Paris, 1856, t. I, p. 185.

(4) Hasner, Sur le cancer de l'œil et de ses annexes ( the Ophthalmic Review, 1865).

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