‹ Traité des maladies des yeux (volume 3)Chapitre 26 sur 245 · TUMEURS MALIGNES OU GANCÉREUSES DES PAUPIÈRES · texte numérisé non relu

TUMEURS MALIGNES OU GANCÉREUSES DES PAUPIÈRES

2. Age. — L’enfance n’est pas assujettie à cette affection, qui, au contraire, est propre à la seconde moitié delà vie, La prédisposition augmente après cinquante ans dans la proportion de 65 à 70 pour 100.

3. Sexe. — Le sexe masculin paraît être le plus exposé aux cancroïdes.

k. Hérédité. — Elle n’est point démontrée; selon Paget, on l’a constatée dans un vingtième des cas. Heurtaux (1) l’a trouvée dans la proportion de 1 sur 10.

Pour mon compte, l’influence de l’hérédité est dans cette maladie au moins problématique. J’ai vu un grand nombre de cas de cancroïdes des paupières, et je n’ai jamais pu obtenir de renseignements assez précis pour les attribuer à l’hérédité.

Anatomie pathologique. — Le cancer épithélial ou cancroïde présente d’abord une hypertrophie des papilles de la peau Plus tard, dans la masse indurée et ulcé rée , on trouve de petites éminences papilliformes, couvertes de lamelles épithéliales ou parfaitement visibles au microscope. Ce sont des productions nouvelles, hétérogènes, développées à la surface de l’ulcère par la prolifération des cellules.

Nous les représentons (fig. 19) d’après Lebert.

Virchow a démontré l’analogie qui existe entre les cellules de carcinome et certaines cellules épithéliales normales, celles des voies urinaires, par exemple. plG, 19. papille hypertrophiée, grossie Pourtant on ne confondra pas le carcinome 500 fois (*).

avec le cancer, parce que, comme l’ont fait

remarquer Cornil et Ranvier (2), les cellules des épithéliomes sont soudées les unes aux autres et présentent l’évolution épithéliale ; dans les carcinomes, au contraire, les cellules contenues dans les alvéoles ne sont pas soudées et ne montrent jamais d’évolution épithéliale.

diagnostic différentiel. — Il est important d établir le diagnostic dans deux périodes ; au début, lorsque l’épithélioma se présente sous forme d’un ou de plusieurs tubercules , et à la période d’ulcération :

1° Les verrues rugueuses, à base large, se fendillent quelquefois, saignent et se couvrent de croûtes. Si ce n’est que le résultat d’une simple irritation, d’une écorchure accidentelle, une simple expectation de quelques jours ou de quelques semaines suffira pour porter le diagnostic. Si l’ulcération persiste pendant longtemps, accompagnée de desquamations fréquentes, d’épaississement de la peau au voisinage du tubercule, on devra penser à l’existence d’un épithélioma.

2° Les chancres des paupières et les syphilides tuberculo-serpigineuses peuvent

(1) Heurtaux, Nouv. Dictionn. de mèd. et de chirurg. pratiques. Paris, 1867, t. VI, p. 223.

(2) Corail et Ranvier, Journ. de Canot, et dephysiol., 1866.

dermique i de la ee

!s vues de profil, d'apparence illule ; b, noyau.- (Lebert. )

PAUPIÈRES ET SOURCILS

simuler d’une manière frappante les épilhéliomes. Quant au chancre, le diagnostic ne sera pas difficile, si l’on prend en considération la durée de la maladie et les antécédents du malade. « Si la maladie existe, dit Ricord, depuis plus d’un an et qu’il n’y ait pas eu d’accidents secondaires syphilitiques, on peut dire que ce n’est point un chancre induré, mais un cancer. »

Les syphilides tuberculo-serpigineuses ressemblent quelquefois à tel point aux carcinomes, que l’erreur est presque impossible à éviter.

Les signes qui, à mon avis, caractérisent le mieux ces deux maladies sont les suivants : L’ulcère syphilitique est le plus souvent superficiel, et ses bords ne sont ni engorgés ni durcis. Dans l’épithéliome, les bords sont très-gonflés, durs et taillés à pic. D’autre part, celüi-ci gagne plutôt en profondeur, tandis que les syphilides s’étendent plus en surface, envahissent les parties voisines, la joue, le nez, etc.

Cette année, j’ai soigné un malade atteint d’un ectropion inférieur considérable, et d’un ulcère ressemblant tout à fait à un épithéliome. Les bords mêmes de l’ulcération à la paupière supérieure étaient durs et engorgés; toute la surface ulcérée était saignante, et l’ulcère avait pris un tel développement en étendue, qu’il était facile d’hésiter sur la nature du mal. La moitié de la paupière supérieure, tout le côté droit du nez, la moitié de la paupière inférieure, et la joue droite jusqu’à la lèvre supérieure et l’aile du nez, étaient ulcérés, et la maladie durait depuis plusieurs années. La glande préauriculaire était engorgée. Je prescrivis l’iodure de potassium à la dose de 2 à 5 grammes par jour, et je cautérisai l’ulcère, tantôt avec l’acide acétique, tantôt avec la teinture d’iode. Sous l’influence de ce traitement, l’ulcère cicatrisa presque complètement.

ProMostie. — Il n’est pas grave tant que la maladie est à son début. La guérison peut être obtenue d’une manière radicale. Mais, à une période plus avancée, lorsque les paupières sont atteintes sur une grande surface, il est à craindre que la mutilation que subissent les paupières, soit par la tumeur, soit par l’opération, ne laisse l’œil à découvert.

Les récidives ne sont pas rares, et avec chaque récidive le danger augmente.

Traitement — Gomme le cancroïde ressemble beaucoup aux ulcères syphilitiques, il sera prudent de commencer le traitement ioduré à l’intérieur, et les cautérisations, soit avec la teinture d’iode, soit avec des acides.'Ce n’est que lorsque ces moyens auront échoué qu’on aura recours à une opération.

Traitement chirurgical. — 1. Caustiques. — Dans le traitement des épilhéliomes , les avantages des caustiques sont incontestables ; ils doivent être employés quand la maladie s’étend sur une grande surface de la joue, du nez et des paupières, et surtout quand elle envahit la conjonctive bulbaire, quand elle détruit l’angle interne ou externe jusqu’aux os, et se porte profondément dans l’orbite. Parmi les caustiques, le meilleur est incontestablement le chlorure de zinc sous forme de pâte de Canquoin. On peut l’introduire très-profondémeutj sans crainte de détruire le globe de l’œil.

J’ai assisté en 1869 aune opération de ce genre pratiquée à la clinique par Richet; l’épithéliome s’était porté si loin dans l’orbite, que la cautérisation seule était praticable; elle a complètement réussi et le malade a guéri.

Je n’ai recours au nitrate acide de mercure, à l’ackle acétique et à la teinture

ABAISSEMENT Oü SAILLIE EXAGÉRÉE DU SOURCIL.

d’iode concentrée que dans le cas où je crois à l’existence d’une affection syphilitique. Ces caustiques sont alors un adjuvant du traitement interne. J’ai obtenu ainsi des résultats très-heureux.

2. Extirpation. — Le mode opératoire varie suivant le siège et la profondeur du mal. Si la tumeur est superficielle et limitée à la peau, on la dissèque avec beaucoup de précaution, en ayant soin d’exciser une certaine partie des tissus sains pour ne laisser aucun germe. La seule difficulté qui puisse se présenter, c’est lorsque le mal se trouve au niveau du sac lacrymal ou au voisinage du point lacrymal.

Dans le premier cas, la dissection soigneusement faite peut empêcher la perforation de la paroi antérieure du sac. Quant au second cas, il faut préalablement inciser le point lacrymal et procéder ensuite à l’extirpation de la tumeur. Si la perte de substance est trop grande, on cherche à la combler par un lambeau emprunté aux parties voisines. (Voy. Blépharoplastie.)

Si la paupière estenvahie tout entière, on ne doit pas hésiter à enlever cet organe dans sa totalité ; on cherchera ensuite à restaurer la paupière par le procédé de Richet. Non-seulement la difformité est corrigée, mais la récidive elle-même peut être prévenue.

Ed. Cruveilhier a rapporté l’histoire d’un malade auquel Richet enleva la paupière tout entière envahie par le cancroïde, et la restaura ensuite. J’ai vu le malade neuf ans après l’opération, et le mal n’a point reparu. Je ne partage pas, à cet' égard, l’opinion de Mackenzie (1), qui prétend que, pour la paupière inférieure au moins, cette opération est inutile. Non-seulement^eîle est utile, mais encore elle offre an moyen préventif contre les récidives.

Bibliographie. — Boyer, Traité des ' maladies chirurgicales, t. IV, p. 419, 5e édit. — - — Velpeau, Dictionn. de méd. en 30 vol., t. XXIII, p. 294. Jacob, Dublin Hospital Reports , vol. IV, p. 232. Dublin, 1827. — Dalrympl, Pathology of the human Eye, pl. V, fig. 5. London, 1849. .- — • Verneuil, Observations pour servir à l’histoire des tumeurs de la peau {Àrch. gén. de méd., mai, août, décembre 1854). — Graefe, Archiv f. Ophthalm., t. X, lre partie, p. 205. — Sichel , Iconographie ophthalmologique, texte, p. 600. — Hasner, Sur le cancer de l’œil et de ses annexes ( the Ophihalmic Review, 1865. — Thiersch, Der Epithelialkrebs, namentlich der Haut. Leipzig, 1865. — Cornil et Ranvier, Journ. del’anat. et de la physiol., 1864, 1865, 1866. — Heurtaux, Dictionn. de méd. et de chirurg. Paris, 1867, t. VI, p. 223.

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