CORNÉE
Ces cellules se présentent sous un aspect tout à fait différent, suivant que la coupe est faite parallèlement au centre ou parallèlement à la surface. Dans le premier cas, les cellules apparaissent comme dans la figure 106; dans le second, au contraire, elles ressemblent beaucoup à la coupe longitudinale des tendons et laissent voir des éléments fusiformes.
4. Lame élastique postérieure ou membrane de Bescemet- ou de Bemours (fig. 4 04 ,d, et fig. 4 05, D). — C’est une membrane uniforme, homogène et amorphe, comme la lame élastique antérieure, mais plus mince que cette dernière. Elle résiste trèsfacilement à la pression, ce qui fait qne, dans les ulcères qui ont détruit toute la couche propre de la cornée, la lame élastique, pressée par l’humeur aqueuse, s’engage dans l’ulcère et forme pendant quelque temps une vésicule transparente. Cette lame s’épaissit à la périphérie de la cornée, se réüéehit vers l’iris pour constituer le ligament pectine,
5. Couche épithéliale postérieure ou épithélium de l’humeur aqueuse de Bowman (fig. 4 04, e, et fig. 4 06, E). Cette couche est composée d’une simple série de cellules polygonales placées côte à côle et unies à leurs bords.
Vaisseaux sanguins. — On sait aujourd’hui que la cornée dans l’état sain ne contient point de vaisseaux. Mais il n’en n’est pas de même pendant la vie intra-utérine. Selon Robin, jusqu’au sixième ou au septième mois de la vie intra-utérine, la lame élastique antérieure est parcourue par un réseau capillaire en continuité avec ceux de la conjonctive ; ce réseau s’atrophie ensuite, et l’on ne voit plus que des anses capillaires de la conjonctive , qui empiètent sur la cornée de 1 /2 à 4 millimètre. Dans un grand nombre d’affections cornéennes superficielles, les vaisseaux se-régénèrent dans cette couche avec la plus grande facilité; ils proviennent alors de la capsule de Tenon et de la conjonctive.
Vaisseaux lymphatiques. — Les vaisseaux lymphatiques, quoique contestés par plusieurs anatomistes, ont été découverts dans ces derniers temps par Recklinghausen à l’aide de l’imprégnation d’argent. D’après cet observateur, le réseau descanalicules communique avec les espaces lymphatiques de la conjonctive, et serait même le véritable point de départ des lymphatiques du globe de l’œil. Les recherches plus récentes de Th. Leber (4 ) faites au moyen d’injections d’essence de térébenthine colorée de sang-dragon, ont abouti aux mêmes résultats, et il a démontré que la cornée contient un réseau canaliculaire qui communique avec le réseau analogue conjonctival. Selon toute probabilité, c’est le réseau lymphatique.
Nerfs. — Les nerfs de la cornée ont été découverts par Schlemm. Ils sont constitués par des tubes complets; mais, à partir de 2 millimètres du pourtour de celte membrane, ils perdent leurs gaines et ne se prolongent, en se ramifiant,- que sous forme de cylindres-axes.
Au niveau de chaque ramification, ii y a un renflement triangulaire, représenté par la figure ciaPrès, et qui est constitué par une cellule ganglionnaire (fig. 4 07).
Les nerfs de la cornée proviennent soit de la conjonctive, soit des nerfs ciliaires. De' nombreux filets nerveux s’anastomosent et forment un réseau superficiel très-fin, dont les terminaisons ultimes Pénètrent, selon Hoyer, dans l’épaisseur de l’épihélium cornéen. Pour nous, ce réseau existe dans loute l’épaisseur de la cornée, ce qui du reste s’accorde avec les recherches de Ivühne et Kôlliker.
(4) Leber, Ueber die Lymphr , dër Homhaut ( Klinische MonatsbL, janY. et févr. 1866).
Fig. 107. — Nerfs de la cornée (d’après His).
250 MODE D’EXPLORATION DE LA CORNÉE
Physiologie. — La nutrition de la cornée se fait aux dépens des'cellules cornéennes et c’est l’humeur aqueuse qui paraît fournir les éléments nécessaires à cette nutrition’ Les expériences établies par Gosselin ont démontré, en effet, que la cornée a sur le vivant une perméabilité et une propriété endosmotique des plus prononcées. D’autre part, les anses vasculaires, très-nombreuses, qui existent au bord de cette membrane apportent à leur tour des matériaux qui peuvent se transporter par endosmose dans les cellules et y entretenir la vie.
Mais ces conditions étant insuffisantes pour la régénération des parties altérées de la cornée, des vaisseaux de nouvelle formation y apparaissent et pourvoient à la nutrition pendant toute la durée de la maladie.
Le rôle optique de la cornée est très .grand : c’est le premier milieu réfringent danslequel se réfractent les rayons; lumineux qui se rendent à la rétine. Selon Krause et Chossat, la valeur de l’indice de réfraction est de 1 .330 à 1 . 3525; par conséquent, c’est dans cette membrane que les rayons lumineux qui se rendent à la rétine subissent la plus grande réfraction ; et l’on comprend dès lors pourquoi, comme Donders et Knapp l’ont établi, les moindres irrégularités dans la conformation de cette membrane amènent l’astigmatisme.
Comme nous l’avons vu, la cornée reçoit son innervation des branches de la cinquième paire. Magendie a démontré qu’en la détruisant dans le crâne on rend l’œil plus saillant, la cornée plus terne, et, au bout de quelques jours, son opacité se prononce de plus en plus, l’engorgement des vaisseaux conjonctivaux augmenté, la tache se transforme bientôt en ulcère qui se perfore et entraîne la perle de l’œil. Mais ce n’est pas une règle absolue; Claude Bernard (1) et Schiff ont indiqué plusieurs circonstances dans lesquelles la section du nerf occasionnait une altération plus tardive, qui même, dans quelques cas, ne se produit point. L’éminent physiologiste français explique cette circonstance par le siège de la blessure. Plus on s’éloigne du ganglion de Gasser en arrière, pour se rapprocher de l’origine cérébrale, moins on a de lésions de nutrition dans l’œil.