PROTHÈSE OCULAIRE (OEIL ARTIFICIEL
Les affections oculaires amènent bien souvent, comme nous l’avons vu dans les articles précédents, la destruction totale de la cornée. Dans d’autres cas, c’est le chirurgien lui-même qui est forcé [d’enlever, soit l’hémisphère antérieur de l’œil, soit le globe tout entier.
L’enfoncement des paupières ainsique la difformité disgracieuse qui en résulte ont fait naître la nécessité de remplacer la partie détruite de l’œil par une pièce artificielle.
Des tentatives infructueuses ont été faites par Himly, Reisinger, Pluviez et Abatte (2) pour la transplantation de la cornée des animaux sur les yeux de l’homme.
Nussbaum (de Munich) et d’autres chirurgiens n’ont pas été plus heureux lorsqu’ils ont voulu remplacer la cornée par un morceau de verre.
Il est évident que rien ne peut tenir lieu de cette tunique quand elle a été détruite, et lorsqu’on a affaire à ces cas malheureux, il ne faut plus songer au rétablissement de la vue, mais on doit chercher à remédier simplement à la difformité. Ce résultat est obtenu au moyen d’un œil artificiel que l’on adapte entre les paupières.
Ambroise Paré adonné, le premier, la description d’un œil artificiel, dont on se servait de son temps. Fait d’abord d’or ou de cuivre, on le construisit bientôt en émail.
(1) Hermann Berthold, Archiv von Graefe , Bd. XIV, Abth. 3, p. 152.
(2) Abatte, De la néokeratopsie ou de la vision par ccn'née artificielle (Bull, de F Acad, de méd. Paris, 4862, t. XXVIII, p. 86 et Bull, de thérap ., 1862, t. LXIII, p. 474).
Les yeux artificiels sont ordinairement d’une forme demi-elliptique; la partie qui imite la sclérotique est en émail blanc, sur lequel on fait reproduire de petits vaisseaux rouges. Vers le centre, la lamelle postérieure représente l’iris avec sa couleur et ses fibres, avec une tache ronde noire au milieu, qui représente la pupille. Au-devant de cette lamelle se trouve une lame mince de verre transparent qui simule la cornée.
Aujourd’hui la fabrication des yeux artificiels est arrivée à une telle perfection ! qu’elle ne laisse plus rien à désirer. L’imitation de la nature est si parfaite qu’on voit tous les jours les médecins et les gens du monde se méprendre à cet égard. Pour mon compte, j’ai vu plus d’une fois des médecins prendre l’oeil artificiel pour celui dont le malade voyait le mieux. Les meilleurs fabricants, à Paris, sont : Boissonneau père, Boissonneau fils et le docteur Desjardins de Morainville.
Volume et forme. — Il importe beaucoup que la forme et le volume de l’œil soient conformes au volume du moignon et à la forme de la cavité orbitaire. Un moignon plus petit exigera un œil d’un volume plus grand, et vice versa.
Lorsque l’œil a été énucléé par la méthode d’Am. Bonnet (de Lyon) (1), il reste encore un petit moignon formé par les muscles et les sinus de l’orbite, ce qui permet à l’œil artificiel d’exécuter certains mouvements, quoique incomplets. 1 L’œil artificiel devra nécessairement avoir alors un volume plus grand que dans les autres cas.
Fig. 141. — Œil artificiel Fig. 142. — Œil artificiel Fig. 143. — Œil artificiel
disposé pour contourner . d’Hazard-Mirault. disposé pour contourner
des brides cicatricielles , des brides cicatricielles,
vu de profil.
S’il existe des brides cicatricielles qui rattachent le moignon à l’une des paupières, l’œil artificiel présentera des échancrures dans les parties correspondantes aux brides. Nous devons ici rendre justice à l’exécution intelligente avec laquelle le docteur Desjardins de Morainville a su adapter les prothèses oculaires dans les cas les plus difficiles, où les brides permettaient à peine à un œil de se maintenir en place. Une heureuse combinaison de formes et d’échancrures sur le rebord de la pièce d’émail surmonte très-souvent les plus grandes difficultés.
Époque d'application de la prothèse oculaire. — La prothèse oculaire peut être , appliquée aussitôt que l’inflammation consécutive à l’opération aura cessé. Pourtant on aurait tort de croire que ce n’est que lorsque toute la rougeur conjonctivale a disparu qu’il faut placer la pièce d’émail. Tout au contraire, le frottement d’une pièce lisse et polie contre la conjonctive engorgée et couverte de bourgeons charnus fait souvent disparaître ces bourgeons.
(1) Bonnet, Traité dés sections tendineuses et musculaires. Paris, 1841, p, 321.