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CHAPITRE UT

TUMEURS DE L'ORBITE

Les tumeurs de l'orbile doivent être rapportées à trois grandes classes : kystes, tumeurs vasculaires et tumeurs solides. Plusieurs de ces tumeurs prennent leur naissance dans l'intérieur de la cavité elle-même ; d'autres ont leur point de départ dans une des cavités voisines, et n'arrivent dans l'intérieur de l'orbite que par les ouvertures physiologiques ou après avoir détruit une des cloisons osseuses.

En présence des symptômes souvent mal définis, il importe en premier lieu de s'assurer si une tumeur existe, et quel est son point d'insertion. Quant à la nature de la maladie, elle ne peut être établie que par voie d'exclusion et en étudiant successivement tous les symptômes.

; Nous pensons donc qu'il sera utile, au point de vue pratique, de donner la symptomatologie de toutes les tumeurs orbitaires en général, nous réservant d'ajouter, dans des paragraphes spéciaux, tout ce qui se rapporte plus particulièrement à chacune de leurs variétés.

Symptomatologie des tumeurs en général. — 1. E XOphthalmos. — La présence d'une tumeur quelconque dans la cavité orbitaire se traduit habituellement par la projection de l'œil en avant. Plus la tumeur est volumineuse, plus elle repousse le globe oculaire. Elle peut même le faire sortir complètement hors de l'orbite et amener sa luxation.

2. Déviation de Vœil. — Le déplacement de l'œil se fait selon le point d'implantation de la tumeur, soit en dehors (strabisme divergent), soit en dedans (strabisme convergent), et il en résulte de la diplopie. Bientôt ses mouvements deviennent difficiles ou ils cessent complètement, j 3. Ptosis de la paupière supérieure et ectropion de la paupière inférieure. — Sous l'influence de celte même projection de Pœil en avant, les mouvements des paupières sont plus ou moins compromis, et tandis que la supérieure s'abaisse, l'inférieure se renverse, en dehors. D'après la direction de l'œil dévié, on pourra souvent juger du siège d'implantation de la tumeur. La conjonctive devient rouge, engorgée, et un chémosis séreux se déclare de préférence dans l'angle externe de l'œil.

l\. Saillie de la tumeur du côté de la conjonctive ou de la peau. — A mesure que la tumeur gagne en volume, elle tend à se porter en avant en se frayant le .passage entre l'œil et la paroi le plus souvent inférieure de l'orbite. C'est alors j cju'on apercevra, dans le cul-de-sac inférieur, un bourrelet proéminent qui sera j surtout senti par la palpation^ et en écartant la paupière inférieure. Dans quel- ! ques cas on verra un bourrelet chémosique, rouge, épais, se porter en dehors et recouvrir en entier la paupière inférieure.

5. V auscultation est d'un concours puissant dans le diagnostic des tumeurs ■orbitaires, elle nous permet de décider si la tumeur est de nature vasculaire. En appliquant en effet directement l'oreille sur la région orbitaire, on entendra facilement un bruit de souffle particulier qui est propre à cette affection.

ORBITE

6. Hypermétropie ou myopie acquise. — Les tumeurs de l'orbite, en repoussant le globe de l'œil, lui font subir des changements dans la forme. Tavignot (1) a très-justement prouvé que lorsqu'elles sont situées dans les parois orbitaires, elles compriment l'œil dans la direction de son équateur, allongent le diamètre antéropostérieur de l'organe et amènent une myopie. Situées en arrière du globe, elles compriment ce dernier d'avant en arrière, raccourcissent son diamètre antéro-postérieur et y occasionne une hypermétropie.

La myopie et l'hypermétropie acquises permettent, comme on voit, d'établir le siège d'implantation de la tumeur. C'est ainsi que les choses se sont passées chez une malade dont j'ai publié l'observation en 1865 (2). Il s'agissait d'un kyste séreux situé entre la paroi orbitaire et le globe oculaire, et la myopie acquise en était la conséquence. Toutes les fois que le kyste était vidé par une ponction, l'exophthalmie diminuait et la myopie disparaissait, mais les mêmes symptômes revenaient dès que la poche kystique se remplissait.

7. Névrite optique ou névro-rétinite. — L'affaiblissement ou la perte complète de la vue peut être aussi occasionné par la compression qu'exercerait la tumeur sur le nerf optique. L'observation ophthalmoscopique nous démontre qu'il s'agit dans ces cas d'une névrite ou périnévrite optique, que la papille est infiltrée et que les vaisseaux rétiniens sont tortueux et variqueux. Bien souvent on voit de nombreux épanchements sanguins et des exsudations blanchâtres disséminées sur une grande étendue de la rétine. Ces sortes de névrites optiques ressemblent beaucoup à celles qui accompagnent les affections cérébrales; mais, comme nous l'avons démontré ailleurs, l'affaiblissement relativement peu prononcé de la vue, l'exophthalmos et l'existence de la névrite optique dans un seul œil permettent de rapporter la maladie à l'orbite et non point au cerveau. C'est ainsi qu'il nous a été permis de diagnostiquer, avec le docteur Demarquay, à la Maison Dubois, une périostose intra-orbitaire chez une malade qui était atteinte d'une névro-rétinite monoculaire.

Si la tumeur n'est pas guérie et que la compression persiste, il s'ensuit naturellement une dégénérescence graisseuse dans le nerf optique et une atrophie de la papille consécutive.

Dans certaines formes de tumeurs intra-orbitaires, l'atrophie de la papille se déclare d'emblée sans être précédée d'une névrite optique. Je l'ai vu se produire surtout h la suite des tumeurs syphihîiques et des polypes naso-pharyngiens qui arrivent dans l'orbite à travers la fente sphénoïdale.

Les tumeurs sanguines, les anévrysmes de l'orbite sont habituellement accompagnés d'engorgements considérables des vaisseaux rétiniens. Dans un cas récent d'anévrysme artérioso- veineux, j'ai vu se déclarer une névro-rétinite des plus caractéristiques et qui a disparu avec la guérison de l'anévrysme.

8. Par suite de développement exagéré de la tumeur, l'œil peut être complètement refoulé en dehors, ses membranes internes ainsi que la cornée s'enflammer, etc. D'autre part, la cavité orbitaire se dilate, ses parois se détruisent, et la tumeur, en s'étendant dans la cavité crânienne^ amène des accidents cérébraux mortels.

(1) Tavignot, Traité clinique des maladies des yeux, p. 614.

(2) Galezowski, Amiales d'oculistique^ t. LUI, p. 202.

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