HISTOIRE ET DESCRIPTION DE L'OPHTHALMOSCOPE
moyen d'un mouvement double, ce miroir peut être tourné du côté de la lampe, et réfléchir la lumière dans l'intérieur du tube. Pour rendre l'image plus nette et l'agrandir^ une lentille convexe n^ 12 est placée derrière le miroir.
D'après l'avis du professeur Broca, nous avons fait ajouter à l'instrument une tige articulée, terminée par une boule luisante, que l'on dirige vers le point que le malade doit fixer. Cet instrument a été construit, d'après les modèles que j'ai donnés, par Robert et Collin.
Mode d'emploi, — Le malade peut être placé de deux manières : assis ou couché.
1. Pour examiner l'œil du malade assis, il faut que sa tête soit appuyée contre un mur ou le dos d'un fauteuil (voyez la figure 2Z|3), et en même temps, autant que possible, renversée en arrière.
j La lampe doit être posée à 25 centimètres du réflecteur.
F[G. 2^R. — Mode d'emploi de l'ophlbalmoscope de Galezowski (^).
Ces dispositions prises, on saisit de la main droite l'extrémité bourrelée du tube, lorsqu'on veut examiner l'œil gauche, et de la main gauche s'il s'agit de l'œil droit, puis on approche celte extrémité de l'œil, en l'appuyant légèrement sur le pourtour oibitaire, de façon que l'échancrure carrée soit appliquée contre le nez du malade. A ce moment, on tourne le miroir du côté de la lampe et l'on s'assure si la lumière réfléchie éclaire la cornée. Quelques mouvements imprimés au miroir de bas en jhaut et de droite à gauche amènent cette lumière au point voulu ; en maintenant j alors l'instrument d'une manière fixe sur place, l'observateur regarde par le trou
(*) A, lampe ; B, rétlecteur; C, lentille fixée à l'extrémité iaférieure du tube ; I), boule métallique servant de point de mire.
OPHTHALMOSCOPE.
central dans le tube, et pourvu que la paupière supérieure ne cache pas la pupille, il verra distinctement le fond de l'œil et les vaisseaux de la rétine.
2. L'application de l'ophthalmoscopc au lit du malade est encore plus facile : étendu horizonlalement sur le dos, la tête ne reposant que sur un oreiller, le malade ouvre largement les yeux ; l'observateur se place au bord du lit et du côté droit, lorsqu'il veut examiner l'œil gauche et vice versa. Appuyant ensuite l'instrument sur le bord orbitaire, comme dans la position assise, il tourne le miroir du côté de la lampe qui se trouve posée tout près de l'œil examiné. Les autres temps de l'opération sont identiques avec ceux que nous avons décrits plus haut.
3. Il est indispensable que les pupilles du malade soient préalablement dilatées avec une solution d'atropine.
4. Au début des recherches ophthalmoscopiques, il est utile que, pendant que l'oxaniinaleur regarde à travers le trou du miroir dans l'œil, un aide tienne l'instrumint et veille à ce que la cornée reste constamment éclairée et qu'elle se trouve au milieu du disque lumineux.
5. Poui que l'observateur puisse trouver facilement la papille du nerf optique, il faut que le malade regarde du côté de son nez, vers un point imaginaire situé à 8 ou 10 centimètres en dedans de l'extrémité inférieure du tube, et où l'on place la pitile boule.
Avantages et inconvénients de rinstrument. — L'emploi de cet instrument remplit deux conditions très-favorables : d'abord l'extrémité objective du tube porte une sorte de chambre noire, qui emboîte l'œil examiné et empêche la lumière du jour d'y arriver; ensuite la distance entre l'œil examiné et la lentille (|ui se trouve à l'intérieur du tube étant fixe et invariable, on n'a pas besoin de clicrcl'.er cette distance comme dans tous les autres ophthalmoscopes. Il suffit de le fixci- sur le pourtour de l'œil, pour que cette condition soit remplie. Ces modilicaiions ont rendu possible l'examen des yeux en plein jour, dans les salles des bô|)iti!ux, et au lit des malades, sans qu'il soit nécessaire de les transporter dans une cluimbre noire, ce qui est très-important pour l'examen des malades atteints d'affections cérébrales ou autres affections aiguës.
L'usage de cet ophthalmoscope n'est pas exempt de difficultés, qui dépendent en partie d'une très grande mobilité de l'instrument; de là le déplacement facile de la lumière projetée sur l'œil. Mais un peu d'exercice et d'habitude permet de vaincre celte difficulté, surtout lorsque une personne maintient l'instrument sur l'œil du malade et surveille s'il est hhn éclairé, pendant que l'autre regarde dans le iroii du miroir.
L'image de la rétine est souvent masquée par un reflet lumineux : rien n'est plus facile que d'écarter ce reflet de la partie de la rétine qu'on examine, en imprimant au iiîiroir de petils mouvcmenis latéraux.
Le professeur i.augier a introduit une modification dans mon ophthalmoscope, en adaptant au tube une bougie dont le foyer se trouve à une distance fixe du réflecteur.
L Ophthalmoscope fixe de Follin. — Il se compose de deux tubes de cuivre A qui se meuvent l'un sur l'autre à l'aide d'une crémaillère /'mise en mouvement au moyen d'un piton à engrenage c ; à l'une des extrémités de ce tube est placé un miroir concave a de 25 centimètres de foyer, étamé, excepté à son centre,
HISTOIRK ET DESCRIPTION DE l'OPHTHALMOSCOPE. Ml
et mobile autour d'un de ses diamètres ; à l'autre extrémité du tube se trouve une lentille biconvexe b, qui peut être rapprochée ou éloignée du miroir au moyen du piton c, lequel sert encore à allonger ou raccourcir le tube.
Le corps de l'appareil est supporté par une tige gg, pouvant être élevée ou abaissée à l'aide d'une crémaillère verticale h, et fixée par un écrou y à luie table i. De la partie inférieure de cette tige part* une tige Un p n coudée à angle droit, terminée par une petite plaque concave sur laquelle le malade appuie son menton. Une boule luisante c, fixée sur une tige mobile, sert à diriger Toeil du malade.
Mode d'emploi. — Après- avoir fixé l'instrument à la table et placé le malade ainsi que la lampe à la distance convenable et à la hauteur voulue, on cherche à
FiG. Ihh. — ■ Ophthalnioscope fixe de FoUin {*).
concentrer avec le miroir la lumière de la lampe d'abord sur le front et ensuite sur la cornée du malade. Si la lumière n'est pas assez intense et si elle n'éclaire pas une surface assez large, on fait tourner le pilon c jusqu'à qu'on obtienne un bel éclairage. C'est alors seulement qu'on remonte ou qu'on abaisse le tube au
(-■^) A, tube de cuivre muni à une extrémité d'un miroir concave «, et d'une lentille h à l'autre extrémité ; e, boule luisante placée sur une tige articulée d ; /', crémaillère; c, pilon ; o, œil de l'observateur; g,h^y,l,m, tiges articulées supportant l'oplithalmoscope ; n,f^n^ tige servant de point d'appui au menton du malade; F, E, écran ; L, lampe placée sur un pied P.
OPHTHALMOSGOPIE.
moyen du piton h pour projeter la lumière sur la cornée et la pupille du malade, dont la paupière supérieure doit être suffisamment relevée. Si, malgré cela, l'observateur placé en o ne voit pas encore la rétine ni les vaisseaux, il est indispensable alors de rapprocher ou d'éloigner la tige nn qui maintient la tête du malade, ce qu'on obtient en faisant jouer la crémaillère m.
Cet instrument donne une image très-nette et considérablement agrandie, et il est pour la démonstration clinique un des meilleurs ophthalmoscopes.
L'ophthalmoscope de Liebreich diffère très-peu de celui que nous venons de décrire; il donne aussi une image grande et nette, niais on l'ajuste plus difficilement, c'est pourquoi il est moins usité en France que celui de FoUin.
Les ophthalmoscopes fixes de Ruete, de Cusco et de Desmarres fils se composent aussi d'un miroir concave et d'une ou de deux (Ruete) lentilles convexes ; mais, au lieu d'être placés dans un tube, ils sont montés sur des tiges isolées qui peuvent se rapprocher ou s'éloigner à volonté. Leur grande mobilité rend difficile leur application.
Le docteur Biirck (1) a fait subir une heureuse modification aux instruments qui servent à la démonstration clinique. Il place le malade devant un miroir concave de grand diamètre, sur lequel est projetée la lumière réfléchie par un autre réflecteur placé à 1 mètre de distance du premier et à 10 centimètres d'une lampe. L'observateur se place derrière ce dernier miroir et voit à travers le trou central l'image de la rétine sur le premier miroir.
Ulrich, Meyerstein et Frœbelius se sont servi de prismes pour éclairer le fond de l'œil. La lumière, en traversant une des faces du prisme, était réfléchie par l'hypoténuse pour arriver à l'œil de l'observateur par un troisième côté du prisme. Mais ces ophthalmoscopes ne présentent pas d'avantage sur les autres, et, étant plus difficiles à employer, ont été depuis longtemps abandonnés. Il en est de même des ophthalmoscopes faits en lentilles étamées de Klaunig, de Burow et de Hasner, qui ne sont aujourd'hui employées par personne.
K. Ophthalmo -MICROMÈTRES. — Il est très-facile d'établir dans l'intérieur d'un ophihalmoscope de Follin, de Liebreich ou de Galezowski, une plaque de verre transparent portant des divisions linéaires ou carrées, tracées à l'aide d'un diamant. La papille ou une tache exsudative quelconque se trouvant en face de ces divisions, correspondra à un nombre défini d'entre elles et permettra déjuger de sa grandeur relative.
Je me suis servi pour mon ophthalmoscope à tubes, de même que pour le petit ophihalmoscope à main, de la lentille biconvexe 2 \ \tx pouces ainsi disposée : deux lentilles piano-convexes, dont une surface plane portait des divisions en millimètres et centimètres, avaient été collées par leurs surfaces planes et fixées dans un cercle. En examinant le fond de l'œil au moyen de cette lentille placée à la distance de 2 1/4 pouces par rapport à l'œil, on peut se faire une idée de la grandeur des différentes parties de la rétine vues à l'image renversée.
Nous ne prétendons pas indiquer là un moyen à l'aide duquel il soit possible de mesurer exactement les dimensions réelles des différentes parties du fond de l'œil : ce serait difficile et superflue; ce qui nous semble utile et pratique, c'est
(1) Bxirck, BulU de l'Acad. de méd., Paris, 1870, t. XXXV.
EXAMEN DES YEUX AVEC L'OPHTHALMOSCOPE
que l'on puisse juger de l'augmentation ou de la diminution de l'étendue d'une exsudation, d'un épanchement. etc.
L. Ophthalmomicrosgope. — Coccius a cherché à grossir l'image ophthalmoscopiqne au moyen d'un appareil grossissant spécial, adapté derrière le trou central d'un ophthalmoscope fixe. Mais il est difficile de se servir de pareils instruments, et les avantages de ces investigations sont encore trop problématiques, pour que nous nous en occupions.
M. Photographie ophthalmoscopique. — Le docteur Rosebrugh (1) (de Toronto) a fait des tentatives très-louables dans le but de photographier le fond de l'œil de certains animaux, au moyen d'un appareil spécial construit d'après ses indications. L'œil est éclairé par la lumière solaire que réfléchit une lame de verre placée dans un tube^ et l'image de la rétine est recueillie par une lentille biconvexe placée derrière la lame; cette image est amenée dans une petite chambre photographique^ sur le plan d'épreuve placé en un point défini.
Le docteur Noyés, de New-York, et Gusco, à Paris, ont fait des tentatives semblables sur les yeux des hommes. Les photographies obtenues par le docteur Cusco sont assez distinctes, et montrent qu'avec le temps on obtiendra peut-être des résultats plus satisfaisants, surtout quand il s'agira d'avoir les dessins schématiques des altérations du fond de l'œil.
N. AUTO-OPHTHALMOSCOPE. — Coccius a, le premier, réussi à construire un instrument qui permet à une personne de voir l'intérieur de son propre œil. Giraud- Teulon, Heyman et Zehender ont fait construire d'autres instruments du niême genre.
L'instrument de Coccius, appelé autoophthalmoscope, se compose d'un petit tube métallique (fig.243], long de 5 pouces, muni, à l'une de ses extrémités, d'une lentille biconvexe de h pouces de foyer, et fermé à l'autre par un miroir plan, percé d'un trou au centre et dont la face polie est tournée du côté de l'œil. La lentille biconvexe est obscurcie sur toute son étendue, excepté dans un coin.
Pour se servir de cet instrument, l'observateur doit regarder par le trou du miroir o ; à ce moment, les rayons lumineux de la lampe placée en L arrivent Fi^. 243. - Auto-ophthalmoscope
1 ^ T , . .,, de Coccius,
par la partie transparente de la lentille
à l'ouverture du miroir, et de là jusqu'à
la rétine en p. Réfléchis par cette membrane et la choroïde, les rayons traversent les milieux de l'œil et rencontrent le miroir en /)', qui les réfléchit de nouveau vers le point m. C'est ainsi que le point de la rétine m verra une partie voisine de
(1) Rosebrugh, Tlie Ophthalmic Review, 2, 4864; et Annales d' oculis tique, i, LUI, p. 172.
^80 OPHTHALMOSCOPIE.
sa propre rétine placée en p. Ce point lui apparaîtra dans un point quelconque p". En faisant varier la position de l'instrument, on peut éclairer successivement différentes portions de cette membrane.