Anomalies de la rétine
ARTICLE PREMIER
APOPLEXIES DE LA RÉTINE
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athéromateuses des artères rétiniennes, qui surviennent chez les lîommes d'un certain âge, atteints le plus souvent d'altérations analogues des parois de l'aorte et des valvules du cœur. Sous l'influence de processus atrophique propre à la vieillesse, et qui a été si bien étudiée par Charcot, il se développe, à un degré plus avancé, un travail de dégénération graisseuse. Les granulations s'accumulent dans la membrane interne des artères ; bientôt elles se communiquent aux couches voisines. La paroi interne se distend pendant que le feuillet externe résiste encore un certain temps.
La maladie des artères, arrivée à cette période, peut donner lieu, d'un jour à l'autre, à une rupture et à une hémorrhagie, soit que le malade reçoive un coup ou qu'il éprouve une chute, qu'il fasse un effort; soit enfin que cet accident arrive sans aucune cause plausible.
L'hémorrhagie cérébrale se rattache à une altération que Charcot et Bouchard ont décrite sous le nom à' artériosclérose diffuse on périartérïte. Or, cette sclérose des parois vasculaires amène des anévrysmes miliaires qui sont suivis d'hémorrhagies. Les anévrysmes miliaires du cerveau se rencontrent surtout, d'après ces mêmes auteurs^ dans les capillaires de deuxième et de troisième ordre.
Le docteur Liouville (4 ) a démontré que cette lésion anévrysmale, que l'on croyait d'abord spécialement propre au cerveau, se rattachait à une altération du système artériel tout entier, et devait exister dans divers autres organes, particulièrement dans la rétine. Trois faits de ce genre sont connus jusqu'à présent, mais dans aucun de ces cas l'examen ophthalmoscopique n'a été fait pendant la vie. Des recherches ultérieures vont probablement démontrer que l'existence de cette cause est plus fréquente qu'on ne l'a cru jusqu'à présent.
s»jmptomatolo|;ie. — r Signes ophthalmoscopiques. — Il arrive le plus souvent que l'hémorrhagie artérielle s'arrête rapidement sous l'influence de la pression exercée sur le vaisseau par le corps vitré dur et résistant. Un coagulum fibrineux bouche en entier le point déchiré de l'artère, mais l'extrémité périphérique de l'artère, avec toutes ses branches collatérales, peut rester complètement vide de sang; elle s'atrophie à la longue, et apparaît, à l'examen ophthalmoscopique, sous forme d'une arborisation blanchâtre.
Des faits de ce genre ne sont pas très-rares; mais il y a ceci de particulier^ que, pendant que les taches hémorrhagiques existent, souvent les vaisseaux blancs ne sont pas encore visibles. Puis, au bout d'un certain temps seulement, l'artère atrophiée devient accentuée, comme on peut en juger par la figure 282. La malade, dont le fond de l'œil est représenté exactement par cette image, avait tout le champ visuel correspondant à l'altération rétinienne manifestement diminué.
Un fait non moins intéressant se présenta à mon observation sur un de nos confrères, le docteur J. .., que nous avons examiné avec le docteur Peter. Ce confrère est âgé de soixante-cinq ans et il est atteint d'une maladie du cœur. Il avait toujours joui d'une bonne vue, lorsqu'un jour il s'est aperçu que la vue de l'œil gauche se troublait subitement, et que tous les objets lui paraissaient brisés ou courbés. A l'examen ophthalmoscopique, nous avons pu constater
(1) Henri Liouvifle^ De la coexistence des anévrysmes miliaires du cerveau^ ou des altérations vasculaires analogues vascularisées, thèse de Paris, d870.
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des taches hémorrhagiques nombreuses situées le long d'nne branche artérielle passant au-dessus de la macula. Un an après^ le malade revint nous voir; les taches hémorrhagiques étaient résorbées, mais à leur place on voyait un vaisseau oblitéré, blanc. C'était la même artère rompue antérieurement qui paraissait vide et blanchâtre; ces deux branches principales formaient un triangle, et l'examen du champ visuel uous démontra que dans la partie correspondante il était aboli.
FiG. 282. — Rupture de Tarière suivie d'oblitération d'une de ses branches (*).
Les apoplexies artérielles peuvent avoir des conséquences plus fâcheuses pour la vue, surtout si c'est une branche principale supérieure ou inférieure, qui se rompt sur la papille elle-même ou à son voisinage. Si le sang n'est point arrêté, et que les membranes limitante et hyaloïdienne sont déchirées, on voit bientôt le corps vitré se remplir de nombreux coagulum fibrineux ; la vue se trouble de plus en plus; elle se perd même complètement au moment ou un tiers ou la moitié de l'humeur hyaline est remplacée par le sang.
L'examen ophthalmoscopique présente, dans ce cas, tous les signes d'apoplexie générale du corps vitré ; le fond de l'œil est noir et ne peut point être éclairé.
Par suite de ces désordres, l'iris lui-même change de couleur et devient foncé, la pupille reste dilatée, se contracte peu, mais n'est point adhérente à la capsule.
B. Apoplexies veineuses. — Les apoplexies veineuses de la rétine sont beaucoup plus fréquentes que les apoplexies artérielles ; elles varient selon leur forme, leur volume, le siège qu'elles occupent, ainsi que selon la cause générale qui les a produites.
Signes ophthalmoscopiques. — Les apoplexies veineuses peuvent être isolées et occuper un seul point de la rétine ou du nerf optique ; dans d'autres cas, elles sont plus ou moins nombreuses, disséminées surtout dans l'hémisphère postérieur et au voisinage de la papille. Souvent même, elles sont très-petites, presque microscopiques, et constituent ce que Follin (1) avait appelé sablé hémorrhagique.
(1) Follin, Leçons sur rophthalmoscope, p. 122.
(*) A, tache rouge hémorrhagique ; B, artère oblitérée ; C, branche inférieure de l'artère centrale non oblitérée; D, veine centrale. ^
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Des apoplexies albuminuriques présentent des formes très- variées, mais il y a quelques-unes de ces taches qui ne se rencontrent que dans la rétinite albuminurique : ce sont des apoplexies à forme striée, linéaire. La majeure partie de ces taches, en effet, est placée dans le trajet du vaisseau rompu; le sang épanché sMnfiltre dans le tissu périvasculaire atteint de dégénérescence graisseuse, et prend la forme d'une tache ou strie rouge plus ou moins étendue. De pareilles formes d'hémorrhagie ne s'observent point dans d'autres affections.
Il arrive très-souvent que le sang, épanché hors des parois vasculaires, est arrêté par la gaîne lymphatique; c'est pourquoi le vaisseau paraît large, distendu, en forme de fusée et à contours bien limités. Cette forme d'hémorrhagie est propre à la rétinite albuminurique.
Le sang épanché se trouve ordinairement concentré dans la couche des fibres optiques, et là il prend souvent la forme striée en se répandant dans la direction des fibres nerveuses. Mais ces mêmes épanchements peuvent occuper la couche ganglionnaire, comme cela est arrivé dans un cas observé par Heymann (1) ; dans ce dernier cas, les taches hémorrhagiques se présentent à l'ophthalmoscope comme des taches rouges arrondies de différentes grandeurs.
Des épanchements abondants se portent de préférence vers les couches externes de la rétine, et ils ont une tendance marquée à se porter plutôt vers la choroïde que vers le corps vitré. De Graefe et Schweigger expliquent ce phénomène par la résistance plus grande de la membrane limitante interne, ainsi que de la couche fibreuse de la rétine; au contraire, les éléments qui se trouvent à la surface externe de cette membrane sont moins consistants et se déchirent plus facilement.
Les taches hémorrhagiques sont souvent accompagnées d'une infiltration séreuse plus ou moins étendue dans les parties voisines de la rétine; cette infiltration rend la rétine trouble, blanchâtre, surtout au voisinage de la papille. Ce fait, pourtant, n'est pas constant, mais il arrive bien souvent de trouver à côté d'hémorrhagies, des taches blanches, exsudatives, qui sont probablement dues anx coagulnms fibrineux.
Les hémorrhagies rétiniennes ne sont que très-rarement accompagnées des flocons du corps vitré; cela se rencontre surtout chez les personnes qui ont l'humeur hyaloïde ramollie, ou chez lesquelles l'épanchement était occasionné par un coup violent reçu sur l'œil.
C. Apoplexies de la macula. — Habituellement les épanchements sanguins qui occupent la région de la macula, proviennent d'un vaisseau capillaire quelconque rompu au voisinage de cette région. Il se passe alors des phénomènes trèsvariés selon la quantité de sang épanché et les couches de la rétine qu'il va atteindre. Il arrive bien souvent que le sang épanché s'étale entre la membrdïie hyaloïdienne et la limitante interne ; là il se creuse une sorte de loge, et recouvre en entier la fosse centrale de la rétine. Avec les mouvements de l'œil, on /oit, dans ces cas, la tache rouge ou blanc rosé se déplacer légèrement, ce qui prouve d'une manière irréfutable que le sang se trouve au devant de la rétine.
Les épanchements de sang de la macula sont quelquefois très-petits, et n'occu-
(1) Heymann, Archiv f. Ophthalmologie von Graefe, Bd. YIII, Abth. 1, p. 183.
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peut qu'un point très-iimité de la fosse centrale. L'examen ophthalmoscopique est, dans ces cas, bien souvent difficile, et l'on y constate à peine une petite rougeur. Il n'y a que l'examen des signes fonctionnels qui permet d'établir alors un diagnostic certain.
C'est dans des hémorrhagies de !a macula qu'on voit souvent toute la partie qui entoure le point primitivement atteint recouverte d'uue sorte d'infiltration séreuse s'étendant jusqu'à la papille. L'existence de cette infiltration séreuse, dans le cas d'une perte de la vision centrale survenant brusquement, doit nous faire penser à l'existence de l'épanchement sanguin. Le fait rapporté par Boves (1) peut en servir d'exemple. On trouvera un fait analogue reproduit dans notre Atlas ophthalmoscopique.
Signes fonctionnels d' hémorrhagies rétiniennes en général. — 1** Les apoplexies se déclarent ordinairement d'une manière subite, et le trouble de la vue apparaît instantanément. Il n'y a que les apoplexies albuminuriques qui fassent exception à cette règle; elles envahissent successivement les différentes parties de la rétine sans que le malade s'en aperçoive.
T L'acuité de la vision centrale est abolie lorsqu'une apoplexie occupe la macula ou les parties voisines de celte région. Les apoplexies des autres régions ne troublent la vue que partiellement.
3« L'œil voit tous les objets colorés en rouge, en bleu ou en vert. Quelquefois cette coloration change à différentes périodes de la maladie. Pour certains malades, la flamme d'un foyer lumineux quelconque, d'une lampe ou d'un bec de gaz, paraît d'un rouge très-vif, ardent. Quelques-uns de mes malades voyaient tous les objets colorés en rouge, puis en vert ; d'autres en rouge ou en violet ; une de mes malades se plaignait de voir tout en jaune.
k'' La perversion de la faculté chromatique de l'œil n'est pas toujours très-prononcée dans les apoplexies rétiniennes; mais lorsque ce phénomène existe, il indique une altération des couches plus profondes de la rétine, et notamment de la couche des bâtonnets et des cônes.
Le phénomène de la dyschromatopsie se rencontre bien plus rarement dans les apoplexies de la rétine, qui sont provoquées par un effort, une chute, un coup, ou même quand elles sont la conséquence des maladies du cœur.
Dans un cas d'apoplexie occupant la macula et formant une tache rouge quaire fois plus grande que la papille, une de mes malades distinguait les couleurs en tournant son regard un peu sur le côté ; en face et en regardant fixement une feuille de papier blanc, elle y apercevait une tache grisâtre ronde, qui, par moments, lui semblait jaunâtre ou verdâtre.
Mais il n'est pas rare de trouver des malades chez lesquels la vue est très-peu troublée ou même cojnpiétement intacte, malgré des hémorrhagies disséminées sur les différentes parties de la rétine. Cela s'observe surtout dans Tes hémorrhagies veineuses, relativement peu éiendues, qui sont éloignées de la macula. Tout au contraire une hémorrhagie de petit volume se déclarant dans la macula est suivie d'une cécité presque instantanée. Dans ces derniers cas, le champ visuel n'est pas altéré, mais le malade accuse un scoto me central plus ou moins étendu.
(1) Boves, thèse de Paris, 1862.
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Dans des hémorrhagies de la macula de petite dimension, les malades accusent des (roubles visuels propres à toutes les affections de la macula. Tous les objets leur paraissent brisés, cassés, les contours bosselés, les lignes en zigzag.
Les hémorrhagies artérielles amènent habituellement des troubles bien plus marqués que les hémorrhagies veineuses, et leur issue est beaucoup plus fatale; elle entraîne souvent une perte définitive d'une partie du champ visuel.
Diagnostic différentiel. — Les épanchements sanguins de la rétine peuvent être confondus avec les flocons sanguins du corps vitré, principalement quand ils se trouvent tout près de la macula.
Se trouvant, en effet, dans le corps vitré, mais tout près de la rétine, ils masquent ordinairement un vaisseau quelconque de la rétine, et simulent l'apoplexie rétinienne. Une tache hémorrhagique située dans la rétine restera au contraire fixe pendant les mouvements de l'œil; au contraire, elle sera mobile dès qu'elle se trouve dans le corps vitré.
Les apoplexies de la choroïde sont beaucoup plus rares que celles de la rétine ; elles se rencontrent le plus souvent vers Vora serrata; là elles suivent la direction du grand diamètre de l'œil. Les apoplexies choroïdiennes accompagnent le plus souvent les atrophies choroïdiennes, les irido-choroïdites et plusieurs autres affections de la membrane vasculaire.
Étioiogie. — Les causes d'hémorrhagies rétiniennes sont le plus souvent générales, constitutionnelles. L'examen des urines, en effet, nous indiquera souvent la présence de l'albumine ou du sucre dans les urines. La syphilis prédispose aussi aux hémorrhagies de la membrane nerveuse. Cet accident peut avoir lieu sous l'influence des maladies du cœur, de la suppression ou de l'irrégularité des règles, à la suite d'efforts faits pour soulever des fardeaux ou d'une violence extérieure. Dans ces derniers cas, les hémorrhagies sont monoculaires.
Des maladies générales de l'organisme, telles que l'albuminurie, l'hémophilie, l'anémie grave, etc., amènent le plus souvent des apoplexies dans les deux rétines. Un malade du professeur Trousseau atteint d'hémophilie présentait des hémorrhagies multiples dans les deux yeux, comme nous l'avons pu constater avec le docteur Dumontpallier. Un fait analogue se présenta à notre observation dans le service du professeur Tardieu et dont le docteur Rue a publié les détails (1).
Les maladies du cœur prédisposent très-fréquemment aux apoplexies de la rétine, comme il m'a été permis de constater sur un grand nombre de malades de l'Hôtel-Dieu, que nous avons examinés avec le docteur N. Gueneau de Mussy. Ces hémorrhagies sont le plus souvent monoculaires, comme cela résulte d'un fait rapporté par le professeur Dolbeau (2) ; mais il arrive quelquefois qu'un œil est pris d'hémorrhagies rétiniennes, et au bout de quelque temps l'autre œil se perd par suite d'une embohe de l'artère centrale. On trouvera des faits de ce genre dans notre travail lu à la Société d'émulation en 1869 (3).
Un malade que nous avons vu avec le docteur N. Gueneau de Mussy, à l'École normale, a eu une périnévrite optique, avec des épanchements de sang dans la
(1) Rue, Union médicale^ 1870, 48, p. 680.
(2) Dolbeau, Apoplexie de la rétine, suite de maladie du cœur {Clinique chirurgicale^ 1867, p. 17).
(3) Galezowski^ Union méd,, 1869.
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rétine, conséciilivement à une fièvre intermittente, dont il fut guéri rapidement par le sulfate de quinine.
Marche et pronostic. — Les apoplexies de la rétine ont une évolution trèsvariée, selon qu'elles dépendent d'une cause générale ou locale, ou qu'elles sont plus ou moins étendues. J'ai vu, avec le docteur Guéneau de Mussy^ les hémorrhagies rétiniennes se résorber complètement au bout de six semaines après l'usage méthodique de sulfate de quinine. Les hémorrhagies veineuses sont en général moins graves et se résorbent plus facilement; tout au contraire celles qui proviennent de rupture des artères sont très-longues à disparaître et laissent après elles une atrophie partielle de la rétine.
Mais, au point de vue du pronostic de la maladie^ ce n'est pas autant à l'étendue ni au nombre d'épanchements qu'on doit faire attention, qu'à la place qu'ils occupent et au degré de profondeur qu'ils atteignent dans la membrane nerveuse.
« L'épanchement est plus dangereux dans la région de la macula, dit Desmarres père (1); là un petit épanchement peut abolira jamais la vision, tandis qu'ailleurs une collection de sang très-large ne l'affaiblit même pas. »
Une tache apoplectique de la rétine se résorbe facilement, sans laisser de traces, surtout lorsque le sang épanché est resté concentré dans les couches internes, cellulo-vasculaires ou fibreuses. Mais les épanchements de la macula présentent plus de gravité que les autres hémorrhagies, parce que les couches vasculaires et fibreuses n'existent presque pas dans cette région, et toute apoplexie doit porter atteinte aux éléments essentiels de la vision, en altérant les cônes et les cellules, ce qui compromet à jamais la vision centrale.
Mais cette règle n'est pas sans exception, et nous avons rencontré nombre de malades chez lesquels nous avons pu obtenir la guérison complète des apoplexies plus ou moins étendues de la macula.
Les apoplexies de la rétine laissent des prédispositions à des récidives, et l'on doit prendre des précautions nécessaires pour les prévenir si cela est possible.
Traitement. — Dans le traitement d'hémorrhagies rétiniennes, on doit s'inspirer surtout des indications que fournit l'état général des malades. Sans parler des causes syphilitiques, albuminuriques, glycosuriques, etc. , où les moyens généraux seuls seront mis en usage, nous disons que, dans les hémorrhagies provoquées par la suppression des règles, ou d'hémorrhoïdes, on cherchera à attirer le sang vers l'anus ou les parties génitales en y appliquant des sangsues.
Des pnrgatifs légèrement salins, tels que l'eau de Pulna ou Fredrichshaller Bitterwasser, sèront employés avec avantage. Dans les cas d'une cause paludéenne, de fortes doses de sulfate de quinine amèneront promptement la guérison.
On pourra quelquefois obtenir une résolution plus facile par l'instillation alternative des collyres d'atropine et d'ésérine dans l'œil malade.
Quant au traitement local, consistant surtout en applications des sangsues à la tempe, de vésicatoires volants, et l'usage de bandeau compressif, etc., tous ces moyens restent le plus souvent sans efficacité.
Bibliographie. — Ttirck, Ein Fall von Haemorrhagie der Netzhaut beider Augen {Zeitschr. der Gesellsch. der Wien. Aerzte, Jahrg., IX, H. 3, 1853). — Bader, Apoplexy of
(1) Desmarres, Traité des maladies des yeux, t. III, p. 469.
choroid mid retina [Ophlhalm. Hospital Reports, 1859, n° 5, p. 267). — Dixon, Apoplexie symchique de deux rétines {Med. Times and Gaz., 6 et 23 juin 1860). — Heymann, Frische. Netzhaut-Haemorrhagien, Section Microscopie [Archiv f. Ophthalm., Bd. VIII, Abth. 2, p. 173, 1861). —Galezowski, Apoplexie de la rétine et du nerf optique {Gaz. des hôp., 1861, n° 68); Recherches ophthalmoscopiques sur les maladies de la rétine et du nerf optique, Paris, 1863, p. 13 ; et sur les altérations de la rétine dans les maladies du cœur, [Union médicale, 1869). — Bovès, thèse de Paris, 1862.— Hulke, Cas d'hémorrhagies intraoculaires {Med. limes and Gaz., Il octobre 1862). — Danthon, Essai sur les hémorrhagies intra-oculaires, thèse de Paris, 1864, p. 36. — Dolbeau, Apoplexie de la rétine suite de maladie du cœur {Clinique chirurgicale, 1867, p. 17). — Rue, Purpura hemorrhagica avec hémorrhagie rétinienne, observation et autopsie {Union méd., 1870, 48, p. 680).
ARTICLE II
Les inflammations idiopathiques de la rétine sont excessivement rares : tantôt elles se présentent sous forme d'exsudations partielles; tantôt toute la rétine devient œdémateuse et infiltrée d'une sérosité blanchâtre, blanc laiteuse. L'une et l'autre de CCS formes, apparaissant chez les individus qui ne présentent aucune affection générale, peuvent expliquer ces désordres.
A. RÉTINITE PARTIELLE. — Signes ophthalmoscopiques. — On remarque dans les parties centrales de la rétine, soit au voisinage de la papille, soit à une certaine distance d'elle, une ou plusieurs taches exsudatives blanchâtres, qui se trouvent, soit au devant des vaisseaux et les recouvrent complètement, soit au-dessous de la couche vasculaire de la rétine. Quelquefois même les exsudations bordent les contours des vaisseaux sans les masquer en aucune façon. Cette dernière variété a été observée par le docteur Iwanoff, qui lui donne le nom de rétinife périvasculaire.
Ordinairement, dans ces rétinites partielles, la papille est rouge et injectée, ses. contours sont légèrement infiltrés par une exsudation séreuse. Ailleurs la rétine paraît saine et transparente, tandis que dans un point quelconque de cette membrane, on trouve une tache blanche exsudative plus ou moins étendue. Cette tache est d'un blanc laiteux ou blanc grisâtre ; ses contours sont troubles et se perdent insensiblement sur le fond rouge de l'œil. Quelquefois ces exsudations sont accompagnées de taches hémorrhagiques; dans d'autres cas, les altérations de la choroïde s'ajoutent visiblement à l'affection rétinienne, et l'on remarque des taches noires et des plaques d'atropine choroïdienne au voisinage de l'exsudation.
B. RÉTINITE IDIOPATHIQUE GÉNÉRALISÉE. — Cette variété est caractérisée par une transsudation séreuse, qui rend toute la rétine trouble, blanchâtre, au point qu'on a souvent de la peine à reconnaître ses vaisseaux. A mesure qu'on se rapproche de Vora serrata, on constate que la teinte grisâtre diminue, et la choroïde devient plus apparente.
Il arrive quelquefois que la rétine devient trouble au pourtour de la papille et tout le long des vaisseaux centraux, et qu'en même temps ces vaisseaux sont rétrécis, et par places même interrompus complètement. Cela s'observe notamment dans certains cas d'héméralopie endémique apparaissant dans quelques pays de préférence, et surtout dans les régions tropicales, au printemps ou en
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automne. On la voit aussi se produire parmi les soldats qui séjournent dans des casernes peu aérées et malsaines, ou lorsqu'ils couchent sous les tentes et sur un sol humide. Le même phénomène s'observe aussi chez les marins.
Le docteur Coquerel, chirurgien de marine, a été témoin, en iSkl, d'une épidémie d'héméralopie à bord de la frégate la Belle-Poule, dans les parages de Madagascar. Fonssagrives , Baizeau , Despont et le docteur Ghaussonnet ont réuni à des époques différentes de nombreuses observations personnelles à ce sujet.
Dans tous ces cas d'héméralopie endémique, les altérations existent dans la membrane nerveuse visuelle. Qualigno en Italie, et Martialis en France, ont trouvé une sorte de suffusion séreuse, soit périvasculaire, soit sur toute l'étendue de la rétine.
De mon côté j'ai eu l'occasion d'examiner, avec le docteur Perréon, médecin-major au de ligne, les yeux de plusieurs soldats atteints d'héméralopie endémique, et j'ai pu constater, chez le plus grand nombre d'entre eux, des altérations ophthalmoscopiques caractéristiques, qui se traduisaient par des contractions spasmodiques des artères centrales de la rétine. Quelquefois môme les vaisseaux paraissaient être interrompus par places, et la rétine présentait un léger voile blanchâtre qui s'étendait au pourtour de la papille.
Toutes ces variétés des rétinites héméralopiques sont relativement bénignes et ne présentent point de gravité. Quelquefois pourtant l'alîection se présente dans des conditions plus sérieuses, et entraîne des désordres plus graves dans la vue, comme cela résulte de deux observations rapportées par Becker et Nagel. Iwanofî a décrit des altérations microscopiques très- intéressantes, qu'il a trouvées dans un œil extirpé; mais les désordres qu'on y observait ne peuvent être rapportés à une forme de rétinite idiopathique. Il s'agissait, en effet, d'un œil dont la choroïde était enflammée, le cristallin disparu, et l'iris était confondu avec la cornée au niveau de la plaie.
Pour conclure, nous dirons que ces faits sont encore trop isolés et exceptionnels pour que nous puissions en donner une description comine d'une maladie à part.
Étioiogie. — On ne peut dire rien de précis et de certain sur l'étiologie de cette affection. L'anémie, la diarrhée, le scorbut, le mauvais air et la nourriture peu substantielle prédisposent à son développement.
Traitement. -— Les rétinites idiopathiques dépendent souvent d'un état général de santé délabrée par les diarrhées chroniques, l'anémie aiguë ou chronique, etc.; c'est pourquoi on doit surtout s'attacher à établir les forces et les fonctions digestives par les toniques, les ferrugineux, etc.
Les rétinites franches, prises au début, devront être combattues par des moyens antiphlogistiques : c*est ainsi qu'on appliquera des sangsues près de l'oreille, on fera des frictions mercurielles sur le front et la tempe, et l'on passera ensuite à l'application des vésicatoires volants que l'on promènera au pourtour de l'orbite pendant quelque temps.
Dans le cas d'héméralopie endémique, j'ai obtenu des succès remarquables par l'usage du collyre d'ésérine (calabarine), à la dose de 0,02 centigrammes pour 10 grammes d'eau, dont on instille une goutte deux fois par jour. Le docteur
Perréon, qui a expérimenté à son tour ce même moyen, dit avoir obtenu d'excellents et rapides résultats.
I Ponr combatire l'héméralopie endémique, Despont a recommandé l'usage de I l'huile de foie de morue, qui donne souvent d'excellents résultats. Fonssagrives, I Baizeau, Kreuner et autres, ont vanté beaucoup les fumigations de foie de bœuf i avec ou sans ingestion de foie morue dans l'héméralopie endémique. I Enfin Neller, de Strasbourg, traite ses malades par le séjour dans un cabinet noir pendant plusieurs jours.
I Bibliographie. — Fonssagrives^ Traité d'hygiène navale. Paris, 1856. — Gosselin, Rapport sur un Mémoire de M. le docteur Desponts [de Fleurance) intitulé : Traitement de l'héméralopie {Bull, de l'Acad. de méd,., 15 juillet 1862, t. XXVI). — Bitot. Mémoire sw une lésion conjonctivale non encore décrite coïncidant avec l'héméralopie {Bull, de l'Acad. de méd. , 28 avril 1863, t. XXVIII). — Nagel, Klinische Monatsblatter, sept, et décemb. 1864.
I — Iwanoff, Archiv f. Ophlhalmologie v. Graefe^ 1865, Bd. XI, Abih. i, p. 136. — Qualigno, {Des conditions pathologiques de Chéméralopie) Giornale d'oftalmologia Italiana, 1865. — Martialis, De Vhéméralopie {Archives de médecvie navale^ 1868, t. IX, p. 38). — Galezowski, De Vhéméralopie endémique et de son traitement par Vésérine {calaharine) {Gaz. des hôp, , Paris, 1809). — Chaussonnet, Hémcralopie aiguë, thèse de Paris, 1870.
La néphrite albuaiiiieuse est très-souvent accompagnée d'un trouble de la vision plus ou moins prononcé , qui se traduit par des altérations marquées de la ré line.
Bright (1), le premier, signala l'apparition de l'amaurose dans l'albuminurie. Addison (2), Rayer (3) et Simpson [h] rapportent, dans leurs travaux, des faits analogues. Mais ces faits n'étaient considérés que comme des phénomènes accidentels et rares, et on ne leur atti ibuait point de signification particulière.
C'est à Landouzy (5), de Reims, que revient le mérite d'avoir attiré l'attention des médecins sur l'amaurose qu'il appelait albuminuriqiœ. Selon lui, cette amaurose était très-fi équente et elle présentait des signes qui lui étaient propres; l'ophthalmoscope est venu, en effet, confirmer cette opinion. Aujourd'hui, on arrive non-seulement à expliquer l'amblyopie, mais on trouve encore la possibilité, d'après la nature des désordres rétiniens, de reconnaître l'affection générale de l'organisme, et de mesurer, pour ainsi dire, l'intensité de son développement.
Le trouble de la vue que l'on rencontre dans l'albuminurie est ordinairement occasionné par les désordres dans le nerf optique et la rétine ; le cristallin s'altère quelquefois et devient cataracté; mais ces faits sont rares. Quant à la choroïde et au corps vitré, ils restent le plus souvent intacts.
(1) Bright, Guy' s Hospital Reports, 1836, p. 356.
(2) Addison, Guy's Hospital Reports, nP 8, April 1839, p. 1.
(3) Rayer, Traité des maladies des reins, 1840, obs. 10 et 25.
(4) Simpson, Irans. ofMed., 1848.
(5) Landouzy, De l'affaiblissement de la vue, considéré comme symptôme initial de la néphrite alhumineuse {Bull, de l'Acad. de méd. y 9 octobre 1849, t. XV, p. 74).
ARTICLE IIL
nÉTllNITl- ALBUMIINURIQUE.
RÉTINE
Les altérations que l'on constate dans la rétine sont de nature toute particulière. Elles constituent une espèce morbide à part, que nous appelons rétinite albuminurique. L'ensemble des signes qui la caractérisent permet toujours de reconnaître la nature de l'affection générale.
iSympiomatoiogie. — La rétinite albuminurique est ordinairement caractérisée par des épanchements de sang plus ou moins nombreux, linéaires, striés, ainsi que par des taches blanches , luisantes , arrondies , disséminées sur une grande étendue de la partie centrale de la rétine. La papille se présente voilée; ses contours sont masqués par une infiltration séreuse.
Souvent les vaisseaux rétiniens se couvrent d'exsuJalions, ou bien ils sont accompagnés de traînées blanches presque transparentes.
Les taches blanches de la réline sont ordinairement arrondies ou ovales, comme on peut s'en assurer par la figure 283, où elles se trouvent adossées aux taches apoplectiques ou aux vaisseaux; dans d'autres cas, elles sont petites (comme une tête d'épingle), mais si nombreuses, que la partie centrale de la rétine se présente, à l'examen de l'image droite, comme criblée, ainsi que le montre cette même figure. Ce sont des granulations graisseuses qui donnent cet aspect à la réline, granulations semblables à celles que l'on rencontre dans les reins, le cœur, etc. Peu à peu les taches blanches augmentent d'étendue, s'élargissent dans tous les sens, et présentent, à un moment donné, de grandes plaques blanches, dépassant même le volume de la papille et entourant cette dernière de tous côtés.
La papille, à son tour, se modifie sous l'influence de la dégénérescence graisseuse, perd complètement tous les signes qui la caractérisent, et peut même disparaître sous l'exsudation. On ne pourra alors juger de son siège que par le point de sortie des vaisseaux centraux, qui subissent eux-mêmes la transformation pathologique. Les artères deviennent quelquefois minces, tandis que les veines sont engorgées.
Chez une malade albuminurique du service du docteur Delpech, à l'hôpital Necker, nous avons pu constater une atrophie de la papille, avec la dégénérescence graisseuse générale des deux rétines.
La maladie existe ordinairement dans les deux yeux simultanément, phénomène * très-important pour le diagnostic.
Elle se déclare d'habitude très-lentement, et amène souvent si peu de trouble dans la vue, que les malades, pendant longtemps, ne s'en aperçoivent même pas.
Tels sont les signes caractéristiques de la rétinite albuminurique que nous avons formulés en six propositions suivantes :
1° Apoplexies de la rétine à forme linéaire*
Plaques blanches graisseuses plus ou moins nombreuses, occupant le segment postérieur de l'œil.
3*" Infiltration séreuse du nerf optique.
Existence simultanée de l'affection dans les deux yeux.
5° Développement lent de la maladie. Souvent le malade ne se plaint pas du trouble de la vue, tandis que les désordres ci-dessus mentionnés existent dans la rétine.
60 L'affaiblissement de la vue n'est pas en proportion de l'altération de la rétine.
A ces six signes pathognomoniques de la rétinite albuminurique, il faut ajouter aussi la dyschromatopsie^ qui manque, il est vrai, dans des formes bénignes des rétinites, mais qui existe pourtant dans les périodes plus avancées de la maladie.
FiG. 283. — Rétinite albuminurique (*).
A mesure que l'affection rétinienne se développe, Tinfiltration séreuse s'accentue davantage, et des plaques blanchâtres isolées se multiplient au pourtour de la papille. Ces plaques ont une teinte blanc grisâtre, et elles sont entremêlées de foyers hémorrhagiques, dont les uns sont striés et les autres irréguliers ou arrondis.
Les hémorrhagies rétiniennes que l'on constate dans la rétinite albuminurique sont le plus souvent d'une forme allongée, striée, ce qui tient en grande partie de ce que le sang transsude à travers les parois malades, et ne reste plus retenu que parlesgaînes lymphatiques des vaisseaux. C'est ainsi que les veines paraissent par places doubles et triples de volume, comme on peut en juger par la figure 28^, x.
Dans certains endroits, les vaisseaux sont entourés d'une infiltration séreuse qui constitue, d'après Iwanoff, Une forme particulière de rétinite périvasculaire. Cette infiltration indique en effet une modification plus profonde de tout le tissu du stroma rétinien au voisinage des vaisseaux ainsi que des parois vasculaires ellesmêmes. Ces tissus sont épaissis et les éléments rétiniens ne sont que dissociés par cette exsudation.
Les altérations de la macula que l'on observe dans la rétinite albuminurique
(*) a, a, infiltration séreuse péripapillaire ; 6, 6, 6, taches blanches exsudatives ; c, exsudation caractéristique de la macula; d, hémorrhagies de la rétine.
RÉTINE
sont très-importantes à noter; elles sont caractéristiques et dénotent une modification toute spéciale propre à cette région.
On y remarque des taciies blanchâtres, d'une forme allongée, isolées les unes des autres et s'irradiant du centre, qu'occupe la fossette centrale, vers la périphérie de la tache jaune. Ces taches sont groupées d'une manière très-caracléri.stiquc,
^IG. 284. — Rétinite albuminurique (deuxième période) (*),
et semblent converger vers un point ou une ligne courbe, ce qui, du reste, se voit très-bien sur la figure 283, c, que nous avons dessinée d'après une malade du service du professeur Trousseau à l'Hôtel-Dieu.
Selon Schweigger (l), la direction que prenneni ces taches ainsi que leur disposition générale, est due à la direction des fibres radiaires elles-mêmes dans cette région. Ces taches subsistent quelquefois pendant toute la vie du malade, même lorsque les autres symptômes de la rétinite albuminurique auront complètement disparu. Cela se voit surtout chez les femmes, après la grossesse, et quoique la rétinite ait disparu, on trouve quelquefois, plusieurs années après, des lâches blanchâtres rayonnantes an pourtour de la macula.
A mesure que la maladie fait des progrès, les altérations deviennent de plus en plus prononcées; l'infiltration rétinienne devient plus épaisse ; les taches isolées se réunissent les unes aux autres pour former une sorte d'exsudation étendue qui occupe la région postérieure de la réline et s'étend au pourtour de la papille jusqu'à une certaine distance. Ce qui est digne de remarque, c'est que même dans
;• (1) Schweigger, Leçons d'ophthalmoscopie, trad. franç. Paris, 1865, p. 103.
(*) a, papille; b, b, 6, taches hémorrhagiques ; x, tache apoplectique à contours bien tranchés : le sang se trouve contenu dans la gaîne lymphatique; 6, c, c, taches blanches exsudatives de la rétine; d, artères centrales ; e, e, veines Tétiniennes. , '
celle période, les parties périphériques de la réline voisine de Vora serrata ne sont poinl atteintes et se conservent toujours dans leur intégrité parfaite.
La séparation entre la partie saine et la partie malade de la rétine dans cette période est bien franchement accusée par une ligne de démarcation. C'est à la limite de cette masse exsudative qu'on trouve des taches blanches, luisantes, nacrées et qui proviennent de la dégénérescence graisseuse que subissent à la longue les éléments rétiniens.
Au début de la maladie, les éléments rétiniens sont très-peu altérés, et toute ' l'affection semble se concentrer dans le tissu conjonctif et le tissu vasculaire. C'est pour cette raison que la vision reste longtemps intacte. Mais à mesure que les désordres s'accentuent, le trouble visuel augmente et les malades ne peuvent d'abord lire, puis ils ont même de la peine à se conduire tout seuls.
A ce moment, on voit apparaître dans la macula des taches exsudatives indiquées plus haut, ou des foyers hémorrhagiques plus ou moins étendus. 11 est digne de remarque que, tandis que les apoplexies et les taches plus ou moins larges peuvent occuper différentes parties de la rétine sans amener des troubles notables de la vue, les altérations de la macula, même les plus petites, sont suivies presque instantanément d'une perte de la vision centrale. J'ai vu bien des fois des malades atteints de rétinite albuminuriquc, et qui ne soupçonnaient même pas avoir une altération oculaire quelconque ; ils ne s'en apercevaient que lorsqu'on attirait leur attention de ce côté ou quand une altération se déclarait tout d'un coup dans la macula. C'est ainsi que, en 1869, à ma clinique, j'ai donné des soins à un employé de l'administration des postes, qui vint me consulter pour son œil gauche, dont la vue s'était éteinte, disait-il, très-brusquement; la vue de l'œil droit, au contraire, était bien nette, et il pouvait lire les caractères du n" 1. L'examen ophthalmoscopique fait en présence des docteurs Paul (de Deauville)et Morel, médecin-major de la garde de Paris, m'a permis de diagnostiquer une rétinite albuminuriquc double aussi avancée dans un œil que dans l'autre ; mais l'œil gauche présentait une hémorrhagie récente dans la macula, qui lui amena ce trouble instantané ; la macula de l'autre œil étant au contraire saine, le malade n'avait aucun soupçon d'une altération quelconque de cet œil.
Dans une période ultérieure de la rétinite albuminuriquc, on voit apparaître des désordres bien plus graves que ceux que nous avons décrits. On voit le nerf optique se gonfler d'une manière sensible; ses couleurs se perdent insensiblement au milieu de l'exsudaiion rétinienne; par places, les vaisseaux rétiniens sont aussi voilés. Pourvu que cet état se prolonge, le nerf optique subira une transformation atropliique.
La rétine peut quelquefois se détacher sur une étendue plus ou moins grande de sa périphérie, et constituer un décollement plus ou moins prononcé. Tels sont les fails rapportés par les auteurs allemands; tel est aussi un fait que nous avons observé à l'Hôtel -Dieu dans le service du docteur Gueneau de Mussy, en présence de son interne Ch. Fernet, et dont nous rapportons les détails dans notre Atlas ophtkalmoscopique . La réline ainsi décollée ne reprend plus ses fonctions.
Parmi les complications que nous avons rencontrées dans le courant de la maladie, il faut aussi signaler une forme particulière de choroïdite atrophique et pigmentaire, qui ressemble beaucoup, d'après les signes ophthalmoscopiques, à la
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ÎIÊTINE.
rétinitepigmentaire. Trois faits de ce genre se sont déjà présentés à notre observation. Le premier est celui que nous avons vu avec le docteur Prince, et dont nous avons déjà publié les détails (1). Un second cas a été recueilli par nous dans le service du professeur Béhier à l'Hôtel-Dieu, et enfin le troisième se rapporte à un malade de notre clinique, chez lequel nous avons pu suivre les différentes phases de la choroïdite.
Diagnostic différentiel. — Lcs symptômes que nous avons résumés plus haut au nombre de six sont, selon nous, pathognomoniques et caractéristiques de la rétinite albuminurique. On pourrait pourtant retrouver des symptômes analogues dans certaines affections cérébrales et dans quelques cas de dyscrasie du sang.
En général, la rétinite qui n'occupe qu'un seul œil n'est pas de nature albuminurique. Dans certaines formes d'affections cérébrales et de dyscrasies du sang, telles que anémie aiguë^ hémoptysie, etc. , une rétinite binoculaire peut ressembler à une rétinite albuminurique. Mais les hémorrhagies dans ces cas ne ressemblent pas à celles de la rétinite albuminurique, et au lieu d'être allongées et striées, elles sont larges^ irrégulières, formant de larges taches ecchymotiques. C'est ainsi que les choses se sont passées chez deux malades que j'ai eu l'occasion d'observer en 1870 avec le professeur Béhier, l'un à sa clinique, et l'autre dans sa clientèle particulière. Dans le premier cas, il s'agissait d'un homme atteint d'une anémie aiguë occasionnée par la diarrhée et qui fut pris de troubles marqués de la vue. Nous avons constaté avec le professeur Béhier des apoplexies nombreuses de la rétine et des taches exsudatives; les hémorrhagies étaient larges et abondantes, pendant que les lâches exsudatives étaient relativement peu nombreuses, contrairement à ce qu'on trouve dans l'albuminurie. Chez un malade de la ville que j'ai vu en consultation avec le professeur Béhier, il y avait des signes qui ressemblaient davantage à l'albuminurie, et il ne manquait que l'infiltration papillaire. L'examen des urines, fait à plusieurs reprises, n'a pourtant pas révélé la moindre trace d'albumine. Il s'agissait d'une affection cérébrale.
La rétinite syphilitique est le plus souvent monoculaire, et elle est accompagnée de flocons dans le corps vitré, souvent aussi d'une iritis. La rétinite glycosurique est rare, et la papille dans ces cas est atrophiée et non point infiltrée.
Anatomie pathologique. ■ — On doit distinguer deux sortes de désordres dans la rétinite albuminur-ique : les uns sont purement inflammatoires; d'autres au contraire sont consécutifs à la transformation graisseuse. La rétine est tuméfiée d'une manière très-notable, et celte tuméfaction est accompagnée, selon Schweigger ("2), d'une infiltration produite en partie par des matières séreuses et en partie par des matières coagulables; ce qui rend nécessairement cette membrane blanche et opaline. Des hémorrhagies apparaissent par places. Mais à mesure que la maladie fait des progrès, on voit apparaître une hypertrophie du tissu conjonctif rétinien, principalement de la couche des fibres nerveuses. Dans les couches granulaires, une hypertrophie des fibres radiaires devient aussi très-marquée.
H. Millier a constaté la sclérose des fibres nerveuses. Ces fibres sclérosées se
(1) Galezowski^ Du diagnostic des maladies des yeux par la chromatoscopie réinuënne, Paris, 1868.
(2) Schweigger, Leçons sur l'ophiludmosutpe , p. 98^
RÉTIINITE ALBUMINURlQUE. 5Ô5
distingueiil par un éclat opalescent particulier ; elles augmentent de volume par places, tandis qu'ailleurs elles paraissent conserver leur vokune normal. La dégénérescence graisseuse s'observe dans la couche granulée externe, qui paraît être parsemée en certains endroits de cellules graisseuses: cette dégénérescence se produit aussi dans d'autres couches de la rétine.
Les vaisseaux qui sont situés dans les parties sclérosées subissent eux-mêmes celte dégénérescence graisseuse, ce qui explique facilement la prédisposition à des ruptures et aux hémorrliagies. Cornil a trouvé quelquefois du sang Iranssudé à travers les parois vasculaires, mais n'ayant pas dépassé la gaine lymphatique.
Le pigment choroïdien se détruit par places, d'af>rès Schweigger. Les choriocapillaires de la choroïde subissent, d'après Millier, une dégénérescence et un épaississement scléreux, par suite duquel leur canal se rétrécit et se bouche même complètement. C'est ainsi qu'on peut s'expliquer l'apparition d'épanchements séreux considérables sous-rétiniens amenant consécutivement un décollement de la rétine.
Étioiogle et patho^énie. — Nous ne savons pas encore dans quelle forme de néphrite albumineuse les altérations rétiniennes peuvent avoir lieu, il faut pourtant supposer que cette aiïection de la rétine doit plutôt coïncider avec les formes de néphrites dans lesquelles il existe des altérations profondes des vaisseaux du rein.
La statistique établie par le docteur Lecorché (1) démonire que, sur 286 malades atteints de néphrite albumineuse, 62 eurent des manifestations oculaires. Mes propres recherches établissent que, sur 150 albuminuriques, il y en a 50 de rétinite, par conséquent un tiers.
La grossesse favorise l'évolution et même l'apparition de l'albuminurie et de la rétiniie. Litzman cite une femme qui, pendant neuf grossesses consécutives, eut de l'urémie et des troubles de la vue (Mackenzie). Nous avons observé un cas de rétiniie albuminurique dans la grossesse, et qui guérit après les couches. Le docteur Bousseau (2) cite un cas analogue, et, ce qui est digne de remarque, c'est que, chez ma malade et chez celle de Bousseau, il n'y a pas eu d'épanchements de sang.
11 en est de même à la suite de suppression brusque des règles pendant le refroidissement, et après des blessures et des coups violents portés dans la région rénale.
Ces rétinites accidentelles n'ont pas pourtant la même gravité que celles qui s'observent dans l'albuminurie spontanée, et nous avons pu observer jusqu'à présent trois cas de guérison complète.
Selon le docteur Henri Roger (3), la réiinite albuminurique s'observe aussi après la scarlatine ; mais ces faits ne sont pas fréquents, et nous avons examiné avec le docteur Bartzer un bon nombre d'enfants atteints de scarlatine, et dont les rétines n'avaient présenté aucune altération.
Comment peut-on comprendre l'évolution de la rétinite albuminurique? quelle " est la palhogénie de cette maladie ? Les auteurs ne sont point d'accord à ce sujet*
(1) Lécorché, thèses de Paris, 1858.
(2) Bousseau, Des rétinites secondaires^ thèse de Paris, 1868, p» àS.
(3) Henri Roger, Séméiotique des maladies de Vmfance. Paris, 1864.
RÉTINE
Les uns veulent attribuer ces désordres aux maladies du cœur qui accompagnent souvent la néphrite albumincuse. L'excès de tension, disent-ils, déterminé dans le système aortique par hypertrophie du cœur, favorise les suiïusions séreuses et les apoplexies. Mais combien de fois n'avons-nous pas vu la rétinite albuminurique se déclarer chez les personnes qui n'avaient rien du côté du cœur. Dans l'albuminurie accidentelle, nous trouvons aussi la rétinite sans maladie du cœur.
Peut-être la rétention de l'urée dans le sang est-elle la cause de la rétinite albuminurique. Cette altération du sang peut en effet agir d'une manière puissante sur sa fluidité, la rendre plus facile à transsuder, et même à altérer et à modifier la structure même des parois vasculaires.
Nous croyons que la rétinite albuminurique reconnaît deux causes différentes : la composition vicieuse du sang et la modification morbide des parois des vaisseaux. Lorsqu'il n'y a que la composition du sang qui est altérée, celui ci, étant plus fluide, transsude à travers les parois vasculaires et produit des infiltrations séreuses qui donnent lieu à leur tour à des processus inllammatoires. L'altération rétinienne qui en résulte est relativement plus bénigne, les exsudations se résorbent et la vue revient. Tels sont les cas de rétinite albuminurique des femmes en couche.
Dans la seconde variété de rétinite albuminurique, les parois vasculaires souffrent aussi ; elles ont subi des modifications athéromateuses ou graisseuses, et en même temps le sang lui-même, non-seulement est hydrémique, mais contient de l'urée. Les ruptures vasculaires sont alors plus nombreuses, elle sang lui-même, qui contient des éléments morbides et irritants, une fois épanché, constitue une cause nouvelle d'irriialion et de dégénérescence consécutive. C'est la forme grave de rétinite albuminurique.
La modification des parois vasculaires n'est pas constante; lorsqu'elle existe, et que le sang est épanché au dedans de la gaine lymphatique, on doit considérer la maladie comme plus sérieuse dans son évolution.
Marche. — La rétinite albuminurique a une marche qui lui est propre; elle débute le plus souvent par de petites hémorrhagies isolées et des taches exsudatives disséminées çà et là sur la réline ; ces désordres existent sans aucun trouble de la vue, à peine les malades se })laignent-ils de fatigue ou de presbytie (Trousseau). L'altération rétinienne s'étend lentement, le trouble s'accentue de plus en plus, mais rarement jusqu'à la cécité complète. Très-souvent la vue s'améliore pour quelque temps, et la rétinite entre dans la voie de résolution ; puis arrive une nouvelle i'echule et aggravation aussi bien dans la santé générale que dans l'état de la vue. En général, nous pouvons dire que la rétinite albuminurique suit la marche de la santé générale.
Pronostic — La rétinite albuminurique, de même que la maladie néphrétique elle-même, est excessivement grave. Il est vrai que, d'après les belles recherches de Jaccoud (1), l'albuminurie présente des variétés très-nombreuses, dont les unes ne sont que passagères et sans gravité, tandis que les autres, au contraire, sont le symptôme d'un mal trop souvent incurable.
(1) Jaccoud^ Nouveau Dictionnaire de médedac^ de chiraryie pratique^ art. Albuminurie, t. I, 1864, p. 583.
La même chose peut être dite au sujet de la rétinite albuminurique. Elles sont guérissables lorsque la maladie générale n'est qu'accidentelle et passagère, et nous avons, pour notre part, observé plusieurs cas d'amélioration notable qui s'est soutenue pendant longtemps, et trois cas de guérison complète. Ainsi, une malade du professeur Grisolle, à l'Uôtel-Dieu, fut prise, pendant la grossesse, d'une albuaiinurie des plus graves accompagnée d'une rétinite double. Après i'accoucheiuenl, l'albuminurie et la rétinite ont complètement disparu.
Une malade de N. Gueneau de Mussy est devenue albuminurique par suite de suppression des règles, et les deux yeux furent atteints de réliniie. Le irailement institué par cet émiaent praticien rétablit la santé générale, et fit résorber toutes les exsudations et hémorrhagies rétiniennes.
Un troisième fait se rapporte à un malade de ma clinique, employé de poste, qui, à la suite d'un accident (un lourd fardeau tombé sur les reins), fut pris d'une albuminurie. Bientôt la vue se trouble, et la rétinite albuminurique double devint tellement grave, que le malade avait déjà de la peine à se conduire. Sous l'influence du traitement que nous avons institué de concert avec le docteur Peter, il a recouvré sa santé, et la vue se rétablit au point qu'il a pu reprendre ses occupations. La papille est devenue un peu blanche, mais toutes les exsudations rétiniennes se résorbèrent. Pendant la période de convalescence et au mouîent où la rétine reprenait transparence, nous avons pu voir une atrophie choroïdienne périphérique se déclarer, mais elle s'arrêta assez facilement et n'a pas empêché le rétablissement de la vue.
Malheureusement les terminaisons favorables sont rares, et, dans la majorité des cas, l'affection générale et l'affection oculaire sont l'une et l'autre funestes dans leur issue.
Traitement. — Le traitement local n'a aucune valeur pratique, et ni les déplétions sanguines, ni les vésicatoires volants ne peuvent avoir aucune utilité. C'est contre la cause générale, et surtout comre l'affection des reins, qu'on doit diriger la médication.
Lorsque l'albuminurie est aiguë, le traitement doit être, d'après Béhier, actif et énergique, aussi longtemps que durent les accidents d'acuité : les émissions sanguines au moyen de ventouses scarifiées sur la' région lombaire, plusieurs fois renouvelées, sont particulièrement utiles. Des boissons adoucissantes, tièdes, un régime tonique, repos absolu des yeux, aideront efficacement le traitement.
On devra en outre avoir recours aux: bains de vapeur et aux bains sulfureux, que j'ai vus agir d'une manière très-efficace dans cette maladie. Le docteur Gueneau de Mussy administre en outre, avec succès, la teinture d'iode à l'intérieur à des doses successivement croissantes. Peter recommande des doses élevées d'iodure de potassium.
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