‹ Traité des maladies des yeux (volume 4)Chapitre 79 sur 122 · MYOPIE · texte numérisé non relu

MYOPIE

La myopie est une anomalie de réfraction dans laquelle les rayons parallèles venant des objets éloignés se réunissent en avant de la rétine, en (llg. 340). L'œil ne peut donc voir au loin que d'une manière confuse, la rétine ne recevant que des cercles de diffusion. Mais à mesure que l'objet se rapproche de l'œil, le foyer tend à s'éloigner de l'autre côté du cristallin, et au moment où l'objet va se trouver très-rapproché, le foyer, en reculant de plus en plus, trouvera la réline, et l'œil verra distinctement l'objet.

l'ic. UO. — OEil myope. •

En général, l'œil myope voit distinctement les objets rapprochés, tandis qu'il ,| les voit d'une manière confuse à une grande distance. C'est état est, comme on voit, diamétralement opposé à l'hypermétropie. ,

s^mptomatoiogie. — 1. Aspect extérieur de Vœil. — L'œil myope présente un aspect tout particulier, qui le fait distinguer de l'emmétrope; la chambre anté- ; rieure est généralement plus grande, et la pupille est fortement dilatée et peu : mobile. L'œil est dur au toucher, et, dans un degré plus prononcé de myopie, i il paraît volumineux et très-saillan( ; au dehors, ses mouvements latéraux sont limités. \

2. Insuffisance des muscles droits internes. — La position de l'axe visuel chez le myope en dedans de l'axe optique le prédispose forcément au strabisme divergent et au relâchement du muscle droit interne. Pour ramener en effet les axes optiques à la convergence, il s'opère un grand travail musculaire dans le droit interne. D'autre part, les distances de la vision nette étant ici plus rapprochées que dans Temmétropie, la convergence ne peut pas se maintenir longtemps, et le muscle interne se relâche.

On reconnaît l'insuffisance du droit interne par les signes suivants : On fait regar-. 1 der au malade un doigt que l'on tient à 15 ou 20 centimètres, puis on cache un de

TROUBLES DE RÉFRACTlOiN.

ses yeux avec la main ; dans le cas d'insuffisance du droit interne, l'œil masqué restera dévié en dehors et fera un mouvement brusque en dedans au moment où on le découvrira. Ce mouvement de l'œil, pour ainsi dire instinctif, indique l'insuffisance du droit interne, observée chez tous les myopes. Il peut constituer un symptôme morbide lorsqu'il sera plus prononcé.

3. Troubles de la vue au loin. — Comme nous l'avons exposé plus haut, les myopes ne voient les objets éloignés que d'une manière vague et confuse. Plus la myopie est faible, moins le malade s'aperçoit de cette inlirmité, qui est le plus souvent congénitale. Mais en revanche la vision pour les objets rapprochés est trèsnette et s'exerce sans aucun effort d'accommodation. Ayant en outre nécessité de rapprocher les objets pour les voir, les myopes acquièrent un avantage de voir les objets fuis avec facilité et sans aucune fatigue. Ils lisent volontiers les très-fines impressions; leur écriture est souvent tellement fine qu'on a de la peine à la déchiffrer.

L'acuité visuelle ne diffère nullement de celle d'autres yeux, mais comme les myopes sont prédisposés à des altérations des membranes internes, il s'ensuit un affaiblissement de la vision avec l'âge, surtout dans une myopie forte. Les myopes distinguent facilement dans un demi-jour, qu'ils préfèrent même à I une trop grande lumière. Cela dépend évidemment de la largeur de la pupille, qui j laisse passer une grande quantité de rayons lumineux, et le rapprochement des ! objets qui sont par cela même mieux distincts.

I h. Amélioration de la vue avec des verres concaves. — L'usage des verres con- I caves nous donne le moyen le plus sûr de reconnaître la myopie. Et, en effet, à \ Faide de l'un de ces verres la vision à distance devient plus nette. Mais, comme I dit justement Donders, tous les verres concaves ne produisent pas le même effet; et tandis que dans une myopie faible les numéros élevés rendent la vue plus trouble, dans la myopie forte des verres concaves très-faibles n'éclaircissent nullement la vision.

Nous dirons bientôt de quelle façon on devra procéder pour choisir les lunettes qui conviennent le mieux; ici nous nous contenterons de déclarer que plus le malade rapproche le livre pour lirCj plus le verre concave qu'on essaye doit être fort.

5. Vexamen ophthalmoscopique donne des renseignements très-positils de la myopie. Par le simple éclairage du réflecteur on voit l'image renversée du fond d'un œil fortement myope. Dans toutes les myopies en général on constate que pendant le mouvement de l'œil les vaisseaux et toute l'image rétinienne suivent la même direction, ce qui est tout à fait opposé à ce qu'on observe dans l'œil emmétrope ou hypermétrope.

En examinant l'image renversée, on constate un staphylôme postérieur sur le côté interne de la papille, qui, comme on sait, est le signe caractéristique et le plus important de la myopie.

6. Clignement et rapprochement des paupières, — Les myopes ont l'habitude 1 de rapprocher les. paupières en regardant au loin, ce qui rend leur vue plus

distincte. Cela tient évidemment à ce que tout œil peut distinguer avec plus de facilité les objets situés au delà du punntum rcmotum à travers une petite ouverture. Les paupières rapprochées ne laissent passer qu'une petite partie

GALEZOWSKI. A 7

RÉFRACTION ET ACCOMMOMTIOPJ.

des rayons lumineux qui arrivent à la rétine sans produire des cercles de diffusion. i |

7. La force d'accommodation est normale. — L'œil myope conserve toute la force normale d'accommodation, mais comme le punctum remotum est souvent très-rapproché (8 à 10 centimètres), il s'ensuit que le parcours d'accommodation est irès-restreint, même si le punctum proximum se rapproche jusqu'à une distance de 5 centimètres.

8. La myopie est progressive. — Le plus souvent la myopie a une marche 1 1 progressivement croissante, et cette progression est d'autant plus marquée et rapide, que la myopie est plus forte ; on la remarque surtout entre quinze et vingt-cinq ans; ce n'est qu'exceptionnellement qu'elle reste slationnaire. (

Le préjugé ancien, que la myopie diminue avec l'âge, est complètement erroné, \k il provenait de ce qu'on avait vu les yeux très-faiblement myopes devenir près- I bytes avec l'âge, sans que pour cela leur myopie ait été tant soit peu diminuée. I Leuv punctum proximum s'était éloigné pendant que le punctum remotum restait 11 toujours à la même distance.

Différents degrés de myopie. — Au point de vue pratique, nous avons cru utile de faire distinguer quatre degrés de myopie : A, myopie à distance, B, myopie moyenne, G, myopie forte^ et D, myopie extrêmement forte ou hypermyopie.

A. Myopie a distance. — On appelle de ce nom une variété de myopie légère, dans laquelle la distance moyenne de la vision distincte est celle de l'œil emmétrope, de 25 à 26 centimètres, et dont le punctum remotum se trouve à une ; distance de 10, 15 ou 20 mètres. C'est un degré tellement faible de myopie, qu'il

y a un grand nombre d'individus qui ne s'en doutent point, et on ne la reconnaît qu'avec Tophlbalmoscope ou en essayant des lunettes concaves.

Dans cette myopie, l'amplitude d'accommodation est relativement très-grande, et les individus peuvent lire en tenant le livre très-rapproché aussi bien qu'éloigné ; à 25, 30 ou 35 centimètres. Avec l'âge l'accommodation faiblit, le cristallin perd 5 beaucoup de son élasticité, et le punctum proximum s'éloigne^ ce qui donne lieu 1 à la presbytie. C'est ainsi qu'on a à la fois myopie à distance qui est corrigée par i des verres concaves, et presbytie pour les objets fms et rapprochés, qui n'est amé- I liorée qu'au moyen de verres convexes. La myopie à dislance est, le plus souvent, stationnaire. \ ,

B. Myopie moyenne. — Ce degré de myopie est le plus fréquent de tous, on | le reconnaît par la distance du punctum remotum^ égale à 15 ou 16 centimètres. J| Les objets les plus fins, placés à cette distance, peuvent être reconnus avec facilité, , mais à 2 ou 3 millimètres au delà ils ne peuvent plus être vus que d'une manière . confuse. Ces yeux ont rarement besoin des lunettes pour le travail, la lecture^ | l'écriture, etc., mais ils sont forcés de les porter pour regarder au loin. I

C. Myopie forte. -— Toutes les fois qu'un individu est forcé pour lire de i rapprocher le livre à 10 centimètres et même plus, on peut conclure que sa myo- , pie est forte, et qu'elle ne peut être neutralisée qu'à l'aide des verres concaves au-dessus de — 1/5. i ^

D. Myopie extrême. -— Si le punctum remotum se rapproche de l'œil à ou j | 5 centimètres, et que le malade est forcé presque de toucher le livre avec le bout ! di] nez pour pouvoir le lire, on a alors un degré extrême de myopie. C'est dans [1

Troubles de réfraction.

CCS foiTs degrés que l'acuité diminue, d'après Donders, bien plus rapidement avec l'âge que dans l'emmélropie. Cela lient, dit-il, à ce que l'œil ayant été distendu ainsi que la rétine, cette dernière comprend dans un espace déterminé moins d'éléments de perception que dans d'autres yeux. La myopie extrême rend les individus impropres à toute occupation sérieuse^ c'est pourquoi les conseils de révision les exemptent du service militaire.

Complications. — Une myopie ne constitue pas à elle seule de maladie, mais ces yeux sont prédisposés plus que les autres à des complications de différentes nature, pour lesquelles les malades viennent nous consulter. Ces symptômes morbides sont les suivants :

1. Fatigue des yeux (asthénopie). — Elle est caractérisée par les symptômes suivants : le soir, en travaillant, les yeux deviennent rouges^ fatigués, sensibles au toucher; les paupières s'alourdissent, les malades se plaignent d'une sensation de tension dans les yeux, la grande clarté devient insupportable. Tantôt ils éprou vent des élancements et des picotements dans les coins des yeux, se terminant par un larmoiement.

Ce symptôme morbide peut être dû à plusieurs causes qu'il est utile de signaler. Voici ces causes :

a. V insuffisance des muscles droits internes^ à la suite de laquelle la convergence nécessaire à la vision binoculaire devient impossible, et il y a tendance à la déviation d^un œil en dehors et à la diplopie. Nous avons vu plus haut que cette insuffisance existe chez tous les myopes, mais elle devient morbide dès qu'elle est plus prononcée et qu'il en résulte une fatigue.

Pour préciser avec certitude s'il y a réellement de l'asthénopie musculaire, on peut se servir du moyen suivant ; on place devant l'un des yeux, par exemple le droit du malade, le prisme de 15 degrés, la base tournée en haut, et on lui fait fixer des deux yeux une ligne verticale ayant un point noir au milieu et qui se trouve à une distance de 15 centimètres (fig. 343). Le malade verra deux points, et si l'un et l'autre se trouvent sur la même ligne, nous pouvons conclure que les fonctions des muscles sont régulières ; lorsqu'au contraire les deux points ne sont point superposés, mais écartés l'un de l'autre, on peut conclure qu'il s'agit d'une insuffisance musculaire; le point inférieur sera "dans ce cas à gauche, et les images croisées»

b. Assymétrie dans les deux méridiens principaux de l'œil qui constitue lin vice de réfraction appelé astigmatisme. Nous dirons plus tard comment il faudra la reconnaître ; pour le moment, il suffît de dire que bon nombre des myopes qui accusent une fatigue des yeux ont ce défaut de réfraction.

c. Rétrécissem'^nt ou obstruction des voies lacrymales. — Ces altérations peu nt produire les mêmes phénomènes de fatigue des yeux que : :ux de l'asténopie musculaire, comme nous l'avons démenti é en parlant de la conjonctivite lacrymale.

2 . Mouches volantes. — Elles peuvent être physiologiques ou pathologiques

FiG. 3^3. — Figure pour reconnaître l'asthénopie.

lŒFRACTION LT ACCOMMODATION.

Les premières sont souvent très-pénibles, et peuvent même être pour les malades la cause d'hypocliondrie, comme j'ai eu l'occasion de l'observer sur un individu avec le docteur Martin Damourette. Les mouches volantes pathologiques se rencontrent très-souvent chez les myopes, et elles sont le plus souvent consécutives aux hémorrhagies se faisant jour dans le corps vitré, comme cela avait été indiqué par de Graefe. On les apercevra sous forme de taches noires qui flottent dans le corps vitré.

3. Affaiblissement progressif de la vision centrale, — 11 se présente chez les myopes sous une forme toute particulière, les objets leur paraissent troubles et ses contours déformés, les lettres sont brisées, les lignes droites forment des zigzags. La vision centrale diminue progressivement et rend tout travail d'application impossible malgré la conservation intégrale du champ périphérique. Ces symptômes indiquent d'une manière certaine l'existence d'une atrophie choroïdienne située dans la région de la macula, et on la rencontre plus particulièrement chez les myopes.

L'atrophie choroïdienne peut se déclarer d'une manière spontanée dans la macula, mais il arrive bien souvent qu'elle se déclare d'abord au voisinage de la papille, ou une autre partie quelconque de h choroïde; pour se porter ensuite à latache jaune.

'a. La myopie devient progressive. — On l'observe surtout entre quinze et trente ans, et elle est due au développement de l'œil ainsi qu'aux atrophies choroidiennes qui se déclarent dans l'hémisphère postérieur du globe.

Cette progression peut devenir très-rapide, de sorte que dans l'espace de quelques mois ou de quelques semaines le malade changera successivement plusieurs numéros de verres. Si cela avait heu^ on devra chercher s'il n'y a pas des signes propres à l'affection glaucomateuse.

5. Perte subite de la me dans un œil. — Elle survient spontanément, sans aucun signe précurseur, et dépend d'un décollement de la rétine.

Étioiogie et pathogénic. — Il est pour moi uu fait avéré, que la myopie est dans l'immense majorité des cas congénitale et héréditaire. La prédisposition congénitale se rapporte à un plus ou moins grand amincissement de la coque oculaire, qui peut céder sous la pression des muscles externes de l'œil et donner lieu à un allongement du diamètre antéro-postérieur du globe oculaire. Nous pensons avec le docteur Miard (1), que la myopie-type ne s'acquiert pas isolément et de toutes pièces, dès que l'œil est physiologiquement construit comme œil emmétrope. Mais l'amincissement de la sclérotique et les contractions exagérées des muscles droits^ surtout dans les myopies fortes, peuvent prédisposer d'une manière puissante à son développement et à sa progression plus ou moins rapide.

Traitement. — Les indications pour le traitement de la myopie sont variées, selon que l'on a affaire à une myopie sitnple ou compliquée des altérations que nous avons développées plus haut.

1. Dans la myopie simple, on doit s'occuper du choix des lunettes concaves qui allongent le foyer et le portent sur la réline, comme on pc ;t en juger par cette figure (fig. Mais tous les myopes n'ont pas besoin de lunettes pour le tra-

''4^1) Miard, Origùie de la myopie^ thèse de Paris, 1870, p. 32c

ÏIIOUBLES DE RÉFRACTION. lUi

vail; d'autre part, les malades eux-mêmes, redoutant l'usage des verres concaves, refusent de les porter, par celte simple raison ([u'ils voient aussi bien et même

FiG. ^lià, — Correction de la myopie au moyen d'un verre concave.

mieux sans lunettes. Il reste donc à nous prononcer s'il y a réellement avantage à travailler sans lunettes et quel est le numéro de verre qui doit être prescrit. Nous examinerons successivement les quatre degrés de myopie.

A. Myopie à distance, choix des limettes. — Ici la myopie n'existe point pour les objets rapprochés, les malades tiennent le livre en lisant comme les emmétropes à 25 centimètres et au delà. Les lunettes pour le travail ne sont donc point nécessaires. Avec l'âge la presbytie se déclare, et quoiqu'elle n'atteigne pas le même degré que dans l'emmétropie, on a pourtant besoin des verres convexes n°^ ZiS, 30 ou 20 pour le travail (ce qui est représenté par + l/^-i8, + 1/30,

Pour la vision à distance, on peut se servir depuis le n° 36 concave jusqu'au n° 15, mais l'expérience m'a démontré que le plus grand nombre des myopies distance ont besoin de l'un de ces trois numéros: 16, 18, 20, qui peuvent être représentés ainsi : — 1/16, — 1/18, —1/20.

Cette myopie n'est généralement pas progressive, et les lunettes une fois choisies peuvent servir pendant des années.

B. Myopie moyenne, choix des lentilles, — La vision de près se faisant dans ce degré de myopie à la distance de 16 centimètres, rarement on a besoin de lunettes pour la lecture ou l'écriture. Pour la vision au loin, le plus souvent un de ces trois numéros suiTit : 8^ 10 ou 12 concaves, soit — 1/8, — 1/10, — 1/12. Un des numéros au-dessous ou au-dessus peut convenir aussi; c'est ce qu'on doit vérifier.

Dans certaines occupations pourtant, les myopes de ce degré ont besoin de lunettes concaves; c'est ainsi que les personnes qui font de la musique, les contrôleurs qui sont obligés de regarder successivement et vérifier les chiflVes dans difierents livres, les mécaniciens ajusteurs, etc. , etc., se servent tous des lunettes dont les verres sont deux fois plus faibles que ceux qui leur font voir au loin. C'est ainsi que dans la myopie — 1/8, on prescrirait le verre — 1/16 pour le travail. Donders conseille de choisir un verre à l'aide duquel le pimct?jm 7'emotum soit porté à ^5 ou 50 centimètres.

Avec l'âge, la myopie augmente et l'on est obligé de prendre des numéros de plus en plus forts.

C. Myopie forte., choix des lunettes. — Lorsque le point le plus éloigné de la vision distincte r est à 10 centimètres, nous avons une myopie forte. Dans ces

RÉFRACTION ET ACCOMMODATION

conditions, il est difficile de neutraliser complètement le défaut de réfraction, mais on essayera un des trois verres suivants, ^i, 5 ou 6, ou les verres intermédiaires, et il suffit que r soit reporté à 30 ou 35 centimètres pour que les lunettes suffisent à la netteté de la vue.

Pour le travail, l'usage des lunettes est indispensable à ce degré, et c'est même un des moyens de prévenir le progrès rapide de la myopie. On doit essayer d'abord les verres deux fois plus faibles que ceux dont le malade se sert pour la vue au loin ; ainsi pour la myopie — 1/5, on essayera le verre n° 10 ou 8 concave; pour la myopie — 1/6, on prendra le n° 12 ou 10 et ainsi de suite. Il faut savoir cependant que plus la myopie est forte, moins il y a de différence entre les lunettes qui servent pour la distance et celles pour le travail.

En choisissant ces lunettes, on doit prendre beaucoup de précautions; il faut que les objets ne soient pas diminués et que la convergence des deux yeux puisse être aussi complète que possible. Ce résultat ne peut être obtenu que lorsque le malade distingue l'objet à une plus grande distance. En général on doit défendre à ces myopes les travaux minutieux.

D. Choix des lunettes dans la myopie extrême. — Ce degré de myopie qui se traduit par la nécessité de tenir le livre à la distance de 4 à 5 centimètres, exige les numéros les plus forts de la série des verres concaves; ce sont notamment les lunettes comprises entre 1 et 3. Dans ce degré de myopie, les deux yeux ne peuvent converger simultanément, et il y a toujours une insuffisance du droit interne amenant un strabisme divergent absolu. Pourtant, malgré l'insuffisance musculaire, il n'y a point d'asthénopie, puisqu'il n'y a jamais qu'un seul œil qui travaille.

Ici l'usage des lunettes est indispensable pour le travail, et ordinairement on se sert d'un numéro ou d'un demi-numéro au-dessous de celui qui est employé pour la vision de loin. Mais pour éviter la fatigue musculaire qui pourrait se déclarer pendant le travail avec ces lunettes, on pourrait remplacer les verres concaves ordinaires par des concaves prismatiques avec la base du prisme tournée en dedans. D'après l'avis de Giraud-Teulon, au lieu d'un prisme, on peut décerdrer les verres concaves en les écartant fortement en dehors. Les rayons lumineux passeront forcément par la partie latérale du verre, agissant par cela même comme un prisme.

2. La seconde indication à remplir chez un myope, c'est celle de combattre les complications qui surviennent à différentes périodes de l'affection. Nous avons parlé, dans Tarticle du staphylôme postérieur, comment il fallait combattre la majeure partie des symptômes morbides; il ne nous reste qu'à ajouter quelques mots sur le traitement de l'insuffisance musculaire.

Nous venons d'examiner comment les verres prismatiques peuvent aider à la correction d'asthénopie. Supposons qu'il s'agisse de la myopie 1 /6 dont l'insuffisance à 5 pouces est de 10 degrés, et à 10 pouces de 5 degrés. La myopie pourra être corrigée pour 10 pouces avec un verre concave résultant de la combinaison suivante : 1/5 — 1/10 = 1/10. Donc, c'est avec le verre i /lO concave qu'on corrigera la myopie; mais comme le verre est trop faible pour neutraliser l'asthénopie, on ajoutera à un œil le verre prismatique de 2 degrés, et à l'autre de 3 degrés la base en dedans. Si ce moyen ne réussit pas, on devra alors avoir recours à la ténotomie du droit externe, antagoniste du muscle droit interne affaibli.

Cette opération ne peut être pratiquée avec succès qu'après qu'on aura examiné

TKOUBLES DE RÉFlUGllON.

avec grand soin la force du muscle droit externe. On s'en assure de la manière suivante : Les yeux étant armés de lunettes, on fait fixer au malade une bougie placée à huit ou dix pieds, et pendant ce temps on essaye des prismes très-forts, la base tournée en dedans, jusqu'à ce qu'on trouve celui qui permet la vision simple. La correction de la diplopie sera due à la contraction du muscle droit externe. Le plus fort prisme avec lequel on puisse voir simple, donne la mesure de la divergence qu'on pourra faire disparaître par la ténotomie du droit externe» Cette opération peut aussi ralentir ou arrêter même la marche progressive de la myopie, comme cela avait été démontré en premier lieu par Bonnet (de Lyon) et J. Guérin (1), et dont j'ai pu vérifier à plusieurs reprises l'exactitude.

ARTICLE IIL ASTIGMATISME.

On sait qu'un faisceau de rayons partant d'un point luniineux quelconque se réunissent après avoir traversé une lentille sphérique en un seul et unique point, qui est appelé homocentrique. Dans un œil schématique, œil normal type, le foyer des rayons lumineux est aussi homocentrique.

Mais tous les systèmes sphériques n'ont pas la même faculté de concentrer les rayons en un seul foyer, et cette déviation de l'homocentricité est connue en physique sous le nom d'aberration de lumière.

Il y a trois sortes d'aberrations de lumière : aberration chromatique^ aberration de sphéricité et aberration des méridiens.

L'aberration chromatique tient à une réfrangibilité différente des couleurs qui composent la lumière solaire. Ses rayons, en effet, en se décomposant dans une lèntille en sept couleurs principales, forment leurs foyers à des distances différentes. Le foyer des rayons violets est plus court, tandis que celui des rayons rouges est relativement plus distant et plus éloigné de la lentille.

L'aberration de sphéricité dépend de la différence de réfraction des rayons passant par le centre et par la périphérie de la lentille. Les premiers forment leur foyer en un point défini, pendant que les rayons marginaux se réunissent plus près de la lentille, et la lumière forme ainsi un foyer diffus, ce qui constitue Vaberration de sphéricité.

Vaberration de lumière par rapport aux méridiens aura lieu lorsqu'il y aura une inégale puissance réfringente dans les méridiens principaux d'un même système sphérique. Ce vice de conformation se rencontre dans les yeux amétropes, et il porte le nom d'astigmatisme.

Il a été découvert en J800 par Th. Young sur un de ses propres yeux. Airy indiqua le premier l'usage des verres cylindriques pour corriger le défaut de vision. D'autres savants de différents pays définissaient à leur tour le degré d'assymétrie de leurs yeux ; mais ces faits restèrent isolés jusqu'à ce que Donders publiât, en 1862, son remarquable travail : Astigmatism en cylindrische Glazen, qui fut traduit immédiament en allemand et en français, et vulgarisa la connaissance sur celte anomalie. Ce qui est digne de remarque, c'est qu'en 1852 Goulier, professeur

(1) J. Guérin, Ann, d'oculist,^ t. V, p. 31,

RÉFRACTION ET ACCOMMODATION

à l'École d'application de Metz, envoya à l'Académie des sciences un pli cacheté, ouvert et publié en 1865, d'où il résulte qu'il a pu au moyen des verres cylin-; driques rendre la netteté de la vue à un grand nombre de personnes. Les remarques ' faites par Goulier en 1852 sur cette anomalie sont parfaitement justes.

La réfraction de l'œil peut être en général représentée exactement par deux méridiens principaux qui se croisent à angle droit, et lorsque la réfraction de ces deux méridiens n'est pas d'égale force, les rayons lumineux ne pourront faire foyer qu'à des distances différentes, ce qui constituera V astigmatisme régulier. Mais il peut arriver que la courbure varie dans les différents secteurs d'un même méridien, et alors Vastigmatisyne^xmà le nom à'irrégulier.

A. Astigmatisme régulier. — Lorsque la différence entre la réfraction de deux méridiens est niinime^ la vue n'en est point troublée, et nous considérons cet état comme astigmatisme normal; il existe dans l'immense majorité des yeux emmétropes. L'astigmatisme est au contraire pathologique lorsque la vue devient plus ou moins troublée. On s'aperçoit facilement de ce défaut de la vue en cherchant à définir les distances exactes auxquelles on distingue nettement les lignes verticales et horizontales reproduites sur le tableau ci-co!itre (fig. 3Zi6). La plupart des yeux voient nettement les lignes horizontales à une distance plus rapprochée que les lignes verticales, ce qui dépend de ce qu'un méridien est légèrement myope et l'autre emmétrope.

On peut comprendre mieux cette anomalie en examinant attentivement la figure ci-jointe :

Représentons-nous les milieux réfringents d'un œil sous la forme d'un ellipsoïde (fig. 345), dont le grand diamètre est la ligne AB, et le petit CD. Si la lumière

Fig. 3^5. — Schéma représentant la direction des rayons lumineux dans un ellipsoïde. - (Polaillon.)

n'arrive sur cet ellipsoïde que le long de la hgne AB, l'image de celte lumière se fera à une grande distance^ par exemple en o'. En faisant passer de la même | façon les rayons dans la ligne horizontale CD, nous aurons un foyer pins court EF en o. En supposant que la rétine se trouve en o et qu'une partie des rayons se réunissent derrière l'œil en o', nous aurons alors astigmatisme simple hypermélropique. Le contraire aura lieu si la rétine passe par o', une partie des rayons se réunissant en 0, au devant delà rétine, formera un astigmatisme simple myopique. La rétine peut se trouver entre les deux foyers en ee\ et une partie des rayons se réunira au devant et l'autre en arrière d'elle ; cela constituera, d'après Donders, un astig- | motisme mixte. Enfin, la rétine peut se trouver entre l'ellipsoïde et le premier foyer EF, ou plus loin que le second foyer / dans le premier cas, il y aura

TROUBLlîS DE RÉFRACTION.

FiG. 3/i6. — Échelle pour reconnaître Fastigmatisme.

RÉFRACnON ET ACCOMMODATION.

hypermétropie avec astigmatisme; dans le second, myopie avec astigmatisme, efc ces deux formes sont rangées par Donders dans la catégorie d'astigmatismes mixtes.

S;^mptomatologie. — 1 . Trouble de la vue. — Comme tous les objets qui nous entourent, de même que les caractères d'imprimerie et tout ce que nous fixons de près ou de loin, se composent des lignes verticales et horizontales diversement combinées, on comprend que nous ne pourrons distinguer aucun de ces objets que d'une manière confuse, puisqu'une partie des lignes qui les composent, horizontales ou verticales, projettent sur la rétine des images diffuses. Dans un léger degré d'astigmatisme le trouble est à peine marqué, tandis qu'il est excessif vement accusé dans le degré plus prononcé et peut constituer une amblyopie.

Ce trouble de la vue est ordinairement amélioré au moyen des verres sphériques convexes ou concaves, mais jamais complètement, de sorte qu'avec aucun de ces verres ils n'arrivent pas à lire les caractères n*' 1 de l'échelle typographique, à moins de cas d'astigmatisme normal.

2. Les astigmates clignent comme les myopes, et cherchent à lire en tenant les paupières rapprochées. On ne confondra pas pourtant la myopie avec l'astigmatisme, par cette seule raison que les myopes ne clignent que lorsqu'ils veulent voir au loin, pendant que les astigmates clignent en regardant plutôt de près. Cette habitude de rapprocher les paupières s'explique facilement, l'œil astigmatique ne peut voir distinctement que les rayons pénétrant dans la direction d'un méridien, et en rapprochant les paupières on écarte tous les autres qui pourraient se rendre dans la direction d'un autre méridien. La fente sténopéique de Donders remplit k merveille ce rôle; elle permet, en outre, de préciser la direction du méridien astigmatique que l'on doit corriger.

3. Pour reconnaître les objets très-fins, les astigmates les rapprochent très-près des yeux, et sont pris ainsi pour des myopes. En même temps ils penchent souvent la tête d'un côté, et si cette habitude date depuis l'enfance, ils peuvent avoir un défaut de développement d'une moitié de la face, comme il m'a ^té permis J de l'observer dans deux cas.

l\. Dans un degré plus prononcé d'astigmatisme, Giraud-Teulon et Hasner ont signalé des phénomènes d'achromatisme et des cercles ou des bordures colorées autour des objets fixés par les malades.

5. Lorsqu'on place à contre-jour un carton dans lequel on aura fait une ouverture ronde^ on voit ce trou changer de forme selon qu'on l'approche ou l'éloigné de l'œil, et prendre successivement les différentes formes ci -dessus indiquées (fig. Zlil] ; les lignes verticales et horizontales indiquent les rapports entre les deux diamètres de ce trou.

6. Avec l'ophthalmoscope on peut quelquefois constater la présence de l'astigmatisme. La papille ronde paraîtra ovale et son grand diamètre sera placé horizontalement. Quelquefois la papille paraît à l'image renversée allongée dans un sens, tandis qu'à l'image droite elle s'allonge en sens contraire. Lorsqu'on examine la rétine à l'image droite, on n'aperçoit nettement, d'après Donders, que les vaisseaux qui suivent une direction déterminée, et il faut se rapprocher ou s'éloigner de l'œil pour disthiguer d'autres vaisseaux qui ont la direction opposée.

7. Ajoutons à ces signes encore une information très-importante, c'est que

Page 1