CHAPITRE PREMIER
ânâtomie et physiologie
Anatomii*. — Le cristallin est un corps de forme leaticulaire, transparent, placé entre l'humeur aqueuse et l'humeur vitrée, à l'union du tiers antérieur de l'œil avec ses deux tiers postérieurs.
U se compose d'une enveloppe ou capsule cri^talloïde et d'une substance propre, transparente comme le cristal.
1. L.d.capsule crislallovle forme un sac complètement clos, dans lequel le cristallin 88 trouve logé. Elle est diaphane, très mince, mais en même temps très élastique. Examinée au microscope, elle reste partout homogène et transparente, et on ne peut
l'apercevoir que là oii elle forme des plis; elle ressemble alors à des fragments de lamelle de verre, comme Ch. Robin l'a montré (fig. 202).
La substance de la capsule ne fournit pas les réactions spéciales du tissu élastique; elle ne se transforme pas non plus en gélatine ; elle est analogue à celle des membranes basales sous-épithéliales, glandulaires.
On y distingue deux parties :
la capsule antérieure, dont une des surraces baigne dans l'humeur aqueuse, et la capsule postérieure, qui adhère d'une manière très intime à l'enveloppe du corps vitré.
Au niveau de la grande circonférence du cristallin, la capsule est doublée par une autre membrane vitrée très mince, qui, avant de quitter les procès ciliaires, se sépare en deux feuillets, dont le feuillet antérieur se confond avec la capsule antérieure, et le feuillet postérieur avec la capsule postérieure. Ces deux feuillets, réunis, se prolongent jusqu'à une certaine distance en arrière sur la membrane hyaloidienne. et ne forment dans ce dernier point qu'une seule membrane, pigmentée par places. L'ensemble de ces deux feuillets vitrés adhérents à la capsule porte le nom do ligament suspenseur du cristallin, ou zomile de Zinn. L'espace compris entre les deux feuillets s'appelle canal >ie Petit; il est rempli d'un liquide transparent et fait le tour delà grande circonférence du cristallin.
Ce canal a été mis eu doute par divers anatomistes, mais on peut, k l'aide d'injections colorées, en démontrer positivement l'existence.
La surface interne de la capsule antérieure est recouverte, d'après Ch. Robin, d'une
Fig. 202. — Capsule du cristallin.
ANATOMIE ET PHYSIOLOGIE
couche de cellules épithéliales polygonales. Elles sont très régulièrement disposées, comme on peut en juger par la figure 203. La capsule postérieure ne contient point d'épithélium.
2. Substance propre du cristallin. — La masse contenue dans la capsule constitue la substance propre du cristallin. Elle est d'une transparence parfaite chez les jeunes sujets, légèrement ambrée chez les individus âgés.
Sa consistance n'est pas partout la môme ; elle va en augmentant de la périphérie vers le centre, à tel point que la partie centrale constitue une sorte de noyau plus dense et plus compacte, auquel on donae le nom de noyau a^istallinien.
Tout autour du noyau on trouve des couches superposées qui s'emboîtent d'une
Fig. 20.3. — Cellules épithéliales Fig. 204. — Fibres pristnatiques du cristallin, intercapsulaires (Polaillon). d'après Becker (*).
manière assez régulière (fig. 205 et 206). Chaque couche est, de son côté, constituée par des fibres crislalliuieunes ou tubes, qui sont adossées régulièrement les unes aux autres (fig. 209).
Ces fibres sont des tubes prismatiques, hexagonaux, remplis d'un liquide transparent et munis de noyaux; ils sont disposés à la sutface antérieure de façon à former une figure éloilée à trois branches (voy. fig. 208); à la partie postérieure, on distingue le
Fig. 20a. - Coupe ver icale du cristallin V\g. 206. - Cristallin déhiscent, offrant humam, vu de profil et gross. de trois trois fragments triangulaires à W fois et un quart. (Fr. Arnold.) courbe, et montrant des feuillets ^ui
s'emboîtent les uns dans les autres (Fr, Arnold.)
plus souvent plus de trois rayons, surtout dans les cristallins des adultes Tous r^s rayons indiquent les limites des segments qui composent le cristallin : chaque secrment e.t constitué par des fibres cristalliniennes qui s'irradient du centre rrr^nén phene et contournent cette dernière en se portant en arrière
D'après Robin les rapports des fibres cristalliniennes peuvent être le mieux étudiés lorsqu on les fait macérer dans une solution de nitrate d'argent concentré.
(•) a, fibres superficielles du cristallin, à contours réguliers laissant vnir i-. cristalliniennes superficielles, avec leurs 'er.inaisons, 'qui Te^p'iîïeÏÏJ"^^^^^^^^^^^^
CRISTALLIN
Leurs arôtes présentent de fines dentelures, qui se mettent en contact par leurs sommets avec celles des fibres voisines, à la manière dos dentelures en brosse des cellules épilhéliales. Ces détails s'étudient avec avantage surdescrislallins de poisson.
Chaque fibre qui part du milieu de la surface antérieure se recourbe autour de l'équateur (fig. 207), et se termine au centre de la surface postérieure. Si l'on examine la fibre voisine, on verra qu'elle part un peu plus bas, et se termine de l'autre côté un peu plus loin. Toutes les fibres coutiguës se placent de façon que leurs extrémités sont situées suivant une ligne droite, qui forme un des rayons de la figure 208.
La figure 207 représente, d'après Becker, les dispositions des fibres cristalliniennes, ainsi que leur terminaison indiquant la coupe des prismes.
Selon ce même auteur, le cristallin possède tout un système de canaux interfibrillaires.
3. Le noynu du cristallin ne paraît pas avoir une structure difl'érente de celle des
Fig. 207. — Fibres prismatiques du cristallin, Fig. 208. — Disposition des d'après Becker (*). fibres cristalliniennes à sa
surface antérieure.
couches corticales. Pourtant, d'après Bowman, ses fibres sont plus étroites, plus denses et plus intimement unies les unes aux autres ; d'où il résulte naturellement une impossibilité absolue de pouvoir distinguer des couches spéciales dans le noyau. Pour Ch. Robin, le noyau est constitué par les fibres dentelées ou fibres propres du noyau.
4. Les cellules du cristallin, ou globules de Morgagni, se trouvent à la surface du cristallin et ne sont d'après Ch. Robin, que les cellules de la couche épithéliale qui tapisse la face interne de la capsule antérieure. Elles sont très pâles, incolores, sans granulations. Plusieurs de ces cellules ne contiennent pas de noyaux; mais plus on s'approche du centre du cristallin, plus ces mêmes cellules deviennent granuleuses, apparentes, à contours limités; on y distingue alors des noyaux ronds ou ovales. Tout près du centre, elles deviennent allongées, comprimées les unes contre les autres, et finissent par former de véritables fibres. On pourrait donc supposer que les cellules de Morgagni sont des cellules mères, d'où naissent les fibres du crislalhn. On les appelle cellules de Morgagni, parce que ce sont elles qui, se décomposant après la mort, se réduisent en un liquide que l'on a appelé Vhumeur de Morgagni.
La forme du cristallin est celle d'une lentille biconvexe, dont la face postérieure est beaucoup plus bombée que la face antérieure.
Les courbures de ces surfaces ont été mesurées avec beaucoup de précision par Vallée, Krause, llelmholtz. Listing, etc.
n f a, périphérie du cristallin et de la région dMacurvatioa des fibres; les fibres superficielles sont placées perpendiculairement aux couches internes concentriques prises au point d incurvation et a 1,. surface .
ANATOMIE ET PHYSIOLOGIE
La section du cristallin, faite dans la direction de l'axe optique, représente une ellipse dout Chaussât et Brewster out déterminé les premiers l'indice de réfraction.
Krause et Vallée ont trouvé que les coordonnées des surfaces antérieure et postérieure du cristallin conviennent à des courbes elliptiques, et le rayon de courbure de la surface antérieure est, d'après Vallée, de 10'"™,2401, tandis qu'il est de 5nim^l971 pour la surface postérieure.
D'après Helmholtz, l'indice de réfraction du cristallin est de ini",4I89.
D'après Krause, l'épaisseur du cristallin dans la direction de l'axe optique varie, selon les individus, entre 7™m,1759 et 4'n">,G296.
Un peu rougeàtre chez le fœtus, complètement transparent chez l'adulte, le cristallin est légèrement jaunâtre chez le vieillard, ce qui ne diminue pourtant pas sa diaphauéité. Mais, avec l'âge, sa densité augmente notalement; il perd peu à peu son élasticité. Le muscle accommodateur ne peut plus modifier sa courbure, et l'œil est alors atteint de ce défaut d'accommodation que l'on appelle presbyti<f.
Rég^énératioii. — Depuis longtemps les auteurs ont étudié la question de la régénération du cristallin, entre autres Leroy (d'ÉtioUes), Midlemore et Philipeaux, mais leurs recherches restèrent inachevées et sans résultat pratique.
B. Milliot (d'Hyères) est arrivé aux conclusions les plus positives suivantes :
l" La régénération du cristallin s'observe. chez certains mammifères;
2° Elle se fdit dans la cavité capsulaire, et en raison directe de l'épaisseur des couches corticales laissées dans la capsule ;
3" La régénération a lieu dans la portion èquatoriale et à la cristalloïde antérieure seule;
4» La structure microscopique des éléments du cristallin régénéré ne diffère pas de ceux du cristallin normal.
Prenant en considératiou ces expériences, nous pouvons faire les déductions pratiques suivantes en ce qui concerne l'œil de l'homme : c'est qu'il faut faire une très large et très grande ouverture dans la capsule pendant l'opération de la cataracte, si l'on veut éviter la formation de la cataracte secondaire.
Fouclions et nutrition. — Le mode de nutrition du cristallin n'est pas bien connu ; pourtant, on peut dire avec une grande vraisemblance que celle-ci dépend du liquide avec lequel la capsule est en contact, c'est-à-dire de l'humeur aqueuse. Ce liquide possède très probablement tous les matériaux nécessaires à sa nutrition, et passe par endosmose à travers la capsule. Nous savons, en effet, avec quelle rapidité l'eau distillée traverse cette membrane et augmente le volume d'un cristallin qui a été desséché.
Les maladies des procès ciliaires, en altérant la composition de l'humeur aqueuse, peuvent par cela seul compromettre la nutrition du cristallin et le rendre opaque.
Selon Ch. Robin (1), les cellules intra-capsulaires, que d'autres appellent cellules de Morgagni, concourent au développement des fibres du cristallin.
Le rôle du cristallin est purement optique ; il sert à concentrer les rayons lumineux venant du dehors sur la rétine. Grâce à sa résistance élastique, il peut s'aplatir ou s'arrondir sous l'influence du muscle accommodateur, et concourt par conséquent avec le muscle ciliaire à l'accommodation.
Nous pensons, en outre, que la densité et la réfrangibilité différentes des couches corticales du cristallin et de son noyau produisent une correction complète de l'aberration chromatique de l'œil, qui existerait sans cette disposition.
Bibliographie. — Fred. Arnold, Tabulas anatomics, fasc. II, Icônes organorum sensuum. Turici, 1839. — Milliot, Reproduclion du cristallin; De la régénération du crisl'dliu chez quelques mammifères {Journ. de l'anat. et de la physioL, Paris, janv.-févr.
(1) Ch. Robin, Notes sur In structure du cristallin [Traité des maladies des yeux, de Desmarres, 2« édit., t. I, p. 35 et Mcm. de l'Acad. de méd.). .
CRISTALLIN
iSé.";tioa'';^;rf3" mt''"'o''tt' --^Oe et régénération, thèse