TRAITEMENT DES CATARACTES
Les opacités du cristallin incomplètes, de même que les cataractes complètes, constituent une altération de telle nature que rien ne peut les faire disparaître, si ce n'est une opération. Il est souvent utile d'avoir préalablement recours à un traitement palliatif. II importe donc de savoir par quels moyens et par quels conseils hygiéniques on arrivera à agir sur la marche de l'affeclion cristallinienne, et surtout à diminuer les symptômes dont souffre le malade.
C'est ici que la connaissance exacte de la nature de la cataracte et des troubles fonctionnels qu'elle apporte dans la vue est indispensable. En se conformant aux différentes indications qui peuvent en découler, le chirurgien pourra donner les conseils suivants :
1. Des conserves d'une teinte bleu-clair seront ordonnées aux malades toutes les fois qu'ils sortent au grand jour ou qu'ils se trouvent dans un endroit vivement éclairé. Les conserves préviennent l'éblouissement ainsi que l'irritation des membranes internes de l'œil, qui pourrait s'ensuivre. C'est dans ce même but qu'on recommande au malade de se mettre à l'abri d'une lumière vive artificielle dans les appartements, en ayant soin do la tamiser par des abat-jour.
2. Dans les cataractes centrales, dures ou lamellaires, ainsi que dans les opacités centrales capsulaires étendues, on prescrira l'instillation de collyre d'atropine à la dose de 1 centigramme pour 15 grammes; on instillera une goutte de celte préparation tous les jours ou tous les deux jours. La pupille une fois dilatée, les malades voient relativement beaucoup mieux parles couches périphériques du cristallin non encore opacifiées.
L'usage de l'atropine dans les cataractes corticales périphériques, même lorsque les opacités atteignent le centre, n'est point avantageux. 3. Les cataractes capsulaires exsudalives, celles qui sont consécutives aux mflammations et aux adhérences contractées par l'iris, doivent être combattues par le traitement anlipblogistique de l'atropine. Desmarres et Mirault (d'An gers) ont démontré que des cataracles capsulaires récentes, et surtout exsu dat.ves, formées après l'extraction du cristallin, peuvent céder rapidement a lapplicalion énergique des moyens anliphlogistiques.
4. Les cataractes traumaliques peuvent guérir, la plaie capsulaire se refer mer et le cristallin reprendre sa transparence. J'ai rapporté plusieurs curieuses observations de ce genre dans mon hvre des cataractes. C'est aux anliphlo^ïis tiques qu on doit avoir recours, et notamment à l'application des sangsues à 1 immobilisation des yeux, aux frictions mercurielles sur le pourtour de Ste et aux purgatifs. ^ ^ i orniie
b. Dans les cataractes lenticulaires spontanées, aucun traitement médical np pourra amener d'amélioration. Toutes les tentatives faites ence senTen tahe en France et en Allemagne, sont restées sans résultat
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nettes », et ïavignot essaya de démoiitrei' que l'usage d'huile de phosphore en frictions et en instillations dans l'œii pouvait amener une amélioration et une guérison.
Toutes ces médications sont restées sans résultats et ne pouvaient avoir d'autre but que de faire illusion au malade et au médecin.
Les tentatives de Sperino sont de tout aulre nature : pensant que l'augmentation de sécrétion de l'humeur aqueuse occasionnait la formation des cataractes, il a cherché à diminuer par des évacuations fréquentes la quantité de cette humeur (1). L'expérience n'a pourtant pas confirmé cette hypothèse, et la méthode elle-même est tombée dans l'oubli.
6. On rencontre des cas de guérison spontanée de cataracte, sans aucune intervention chirurgicale. Ce phénomène peut se produire de dilférentes manières : dans un œil dont le corps viti'é est liquéfié, la cataracte se luxe, soit pendant une chute, soit pendant un mouvement brusque de la tête, et le malade recouvre hi vue. Dans d'autres cas, la cataracte est réduite, par le travail régressif, à un volume tellement petit, que le malade peut voir à travers les parties transparentes de la pupille.
C'est ainsi qu'on peut s'expliquer les cas de guérison spontanée observés chez les personnes atteintes de cataractes liquides. Bouisson (2) a rapporté l'observation de trois frères affectés d'une cataracte boursale et chez lesquels la guérison spontanée eut lieu.
Dans certains cas, le ramollissement et le gonflement excessif des couches corticales peuvent amenei" la rupture de la capsule et la sortie de couches ramollies dans l'humeur aqueuse où elles se résorberont au bout d'un certain temps.
On connaît aujourd'hui 3 cas de cataractes glycosuriques (1) résorbées, sans traitement opératoire. Becker, Berlin, Dufour, à la Société d'ophthalraologie d'Heidelberg (2), Brettauer (3) ont signalé une douzaine de cas de cataractes séniles guéries sans extraction.
Néanmoins, ce sont là des faits exceptionnels et, pour guérir une cataracte, il est indispensable de recourir tôt ou tard à une opération chirurgicale. Cett opération doit avoir pour but, soit d'exlraire la lentille opaque, soit de la fragmenter sur place, afin de laisser ses débris se résorber complètement, ou de faciliter son extraction plus ou moins ultérieure; soit, enfin, de déplacer la cataracte en la rejetant vers la périphérie de l'œil et derrière firis.
On a employé un grand nombre de méthodes et de procédés qui répondent à l'une ou à l'autre de ces indications. Avant de les décrire, disons quelques mots des soins préliminaires à donner aux malades avant fopération.
SOUNS PRÉLIMINAIRES.
Toute opération de cataracte doit être précédée de quelques soins et quelq précautions qui auront pour objet de prévenir les accidents, soit pendant, £ après l'action chirurgicale.
(1) Tannahil, Brit. med. journal, 53 mai 1885.
<2) Becker, Berlin, Dufour, Société d'opht/iahnologie d'Heidelbevg, 15 septembre If (3) Brettauer, AimaLi d'ottalmologia, 188G.