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CORPS ÉTRANGERS, CRISTALLIN LUXÉ ET CYSTICERQUES

dans l'œil pendanl seize ans, et après des symptômes inflammatoires plus ou moins violents, s'échapper au dehors à travers la cornée.

Pronostic. — L'existence d'un corps étranger dans l'œil présente des dangers sérieux, non seulement au point de vue des complications qui peuvent se manifester dans l'œil blessé, mais aussi à cause d'une ophthalmie sympathique qui peut se déclarer dans l'autre œil.

Traitement. — Rien n'est plus difficile que de remédier à cet état de choses, et de prévenir des conséquences désastreuses pour l'œil blessé. Entreprendre l'extraction d'un corps étranger est chose grave pour le malade et déUcate pour le chirurgien ; laisser le corps étranger dans l'œil, c'est livrer celui-ci sans défense aux chances les plus fâcheuses.

La méthode expectante nous paraît devoir être suivie tout le temps que le corps étranger reste enkysté et suspendu dans le corps vitré. Mais, dès qu'on s'apercevra qu'il est descendu dans les parties déclives, et dès que les symptômes inflammatoires commenceront à prendre les caractères d'iridocyclile, on ne devra pas hésiter à intervenir.

Il importe donc, après la pénétration d'un corps étranger dans l'hinneur vitrée, de bien examiner l'œil atteint, de rechercher si l'extraction n'est pas possible. On peut être assez heureux pour trouver le corps du délit entre les lèvres de la plaie qu'on agrandira au besoin pour l'enlever.

Si, en raison de la nature du corps étranger et des dangers imminents dont il est cause, on se décide à l'opération, tous les moyens doivent être mis en œuvre pour reconnaître son siège : examen ophthalmoscopique, exploration de la sclérotique à l'aide d'un stylet boutonné, et peut-être môme un sondage prudent de la plaie; au point où l'on espère atteindre le corps du déht, on fait une incision de 1 centimètre à i centimètre et demi jusqu'au corps vitré, puis on cherche à saisir ce corps étranger à l'aide d'une pince ou d'un crochet. S'il s'agit d'un éclat de fer, l'extraction est plus facile, et doit toujours être pratiquée à l'aide de l'électro-aimant. Avec cet instrument, on a grandes chances de réussir, même lorsqu'on n'a aucun renseignement sur la place occupée par la parcelle de métal.

Le nombre des succès obtenus par ce procédé, déjà si grand aujourd'hui, en impose l'emploi au chirurgien. L'extraction terminée, la plaie sera fermée par des sutures et recouverte d'un pansement compressif antiseptique.

Je me sers, habituellement, de plusieurs instruments aimantés pour l'extraction des corps étrangers de l'œil. Je les ai fait construire par M. Collin, et on trouve dans une boîte à part réunis tous les instruments que voici ; ils sont représentés par les figures 286 à 294 .

i" Une aiguille cà corps étrangers, un peu forte au bout (fig. 286) ;

2° Une petite renetle, instrument ressemblant à celui dont se servent les vétérinaires pour évidement du sabot (fig. 287) ;

3° Une pince droite fine avec de petits mors au bout (fig. 288) ;

4" Cylindre terminé obliquement (fig. 289).

3° Une curette en acier aimantée (lîg. 290).

6° Un bâton aimanté (fig. 291).

Il existe aussi une sonde avec un bout fin olivaire, pour l'extraction des corps étrangers de la chambre antérieure et du corps vitré. Ces quelques instruments doivent être tenus dans une boite spéciale, soit en

bois, soiL en verre, afin que la force aimantée ne se perde pas. 11 est bien entendu que de temps en temps, par exemple tous les cinq ou six mois, il sera prudent

Fig. 286. Fig. 287. Fig. 288. Fig. 289. Fig. 290. Fig. 291. Fig. 286 à 291. — Instruments aimantés pour rextraction des corps étrangers de l'œil.

de s'assurer si ces instruments n'ont pas perdu leur pouvoir d'attraction et au besoin on les fera aimanter à nouveau.

B. Cristallin flottant ou abaissé. — Un cristallin luxé par un accident ou une cataracte abaissée par le chirurgien peuvent rester très longtemps dans le corps vitré, soit fixes, soit mobiles, sans subir la résorption. Beer et Velpeau ont constaté ce fait par de nombreuses autopsies. Le professeur Riche t a eu l'occasion de disséquer l'œil d'un malade opéré six mois auparavant par abaissement, et il a trouvé le cristallin dur et sans capsule à la partie inférieure du corps vitré, sans aucune trace de résorption.

En examinant à l'ophthalmoscope les malades chez lesquels la luxation s"esl produite par accident, on voit, dans la partie inférieure de l'œil et derrière l'iris, flotter un corps opaque, blanchâtre, plus ou moins rond, ayant des contours bien limités. Si le reste du corps vitré est transparent et si l'iris est tremblotant, le diagnostic n'est pas difficile.

11 n'en est pas de même lorsque le cristallin, flottant, se trouve au milieu des masses floconneuses, et Ton confondrait facilement cet état avec un décollement de la rétine, si l'on n'examinait pas la vue avec des verres n°* 2 4/2 et 5 bicon- . vexes, et surtout si l'on n'avait pas exploré les phosphènes.

Traitement. — Tant que le malade ne souffre pas, on s'abstiendra de toute intervention; mais, si les douleurs devenaient très fortes par suite d'une iridochoroïdite, on les combattra par des antiphlogistiques. Si ces moyens étaient insuffisants, on aurait recours à l'excision de l'iris et à l'extraction du cristallin, à l'aide d'une curette ou d'un crochet plongé dans le corps vitré à travers l'ouverture cornéenne et la pupille artificielle.

C. Cysticerques. — La présence des cysticerques dans le corps vilré a élé

CORPS ÉTRANGERS, CRISTALLIN LUXÉ ET CYSTICERQUES. SOa

démontrée pour la première fois par de Graefe. Cet animalcule était suspendu entre le pôle postérieur du cristallin et une partie de la rétine voisine de la pupille.

Depuis cette époque, le nombre d'observations a augmenté en Allemagne, où la présence de cet entozoaire dans l'œil paraît être assez fréquente, puisque, d'après de Graefe, sur quatre-vingt mille malades, il a pu le constater quatrevingts fois dans différentes parties de l'œil. En Angleterre, de même qu'en France, les cysticerques sont plus rares.

Symptomatologie. — Les symptômes fonctionnels sont au début peu prononcés ; mais, à mesure que l'entozoaire augmente de volume, l'œil ressent une gêne et une pesanteur marquées. La vue sertrouble petit à petit, soit que des mouches fixes ou mobiles apparaissent dans le champ visuel, soit qu'il s'interpose un nuage ou voile épais entre l'œil et l'objet que l'on veut fixer. Ce nuage se dissipe quelquefois pour un certain temps, et réapparaît ensuite d'une manière assez brusque. A mesure que la maladie se développe, la vision centrale se trouble et le malade a de la peine à distinguer les objets avec l'œil atteint.

A l'éclairage ophthalmoscopique direct, on constate une opacité dans le corps vitré, opacité qui s'avance quelquefois jusqu'à la face postérieure du cristallin, au point qu'elle peut simuler une cataracte polaire postérieure.

Cette opacité s'unit avec une masse blanchâtre ou blanc bleuâtre, d'une forme ovoïde ou sphérique, et qui se déplace légèrement pendant les mouvements de l'œil. Les contours de cette vésicule sont chatoyants. Dans le cas décrit par de Graefe, une vésicule bleuâtre tout à fait transparente enveloppait ce corps. Une partie du cysticerque formait, en se rétrécissant, le cou et la tète, qui se contractait et se dilatait d'une manière très visible.

Dans les deux cas que j'ai observés, l'un avec le docteur Desmarres, et l'autre avec mon ami le docteur Cuignet, il n'y avait point d'enveloppe autour de l'ani" malcule; mais, dans le second, nous avons constaté un grand nombre d'opacités disséminées dans le corps vitré, ce qui du reste a déjà été observé par d'autres auteurs.

Le cysticerque ne peut rester longtemps dans l'œil sans occasionner des symptômes inflammatoires du côté de la rétine et de la choroïde. Le décollement partiel ou total de la réthie ou une irido-choroidite sera la conséquence de la maladie.

Oiag^uostic différentiel. — Quand le cysticerque est mobile, les milieux de l'œil étant restés transparents, il suffira de constater le déplacement de la vésicule avec les mouvements de la tête du malade pour ne pas confondre le cysticerque avec un décollement de la rétine, mais celte confusion est plus facile lorsque l'animalcule est fixé et que les milieux sont troubles; on se rappellera alors que le décollement survient brusquement, que les vaisseaux sillonnent toujours sa surface, et que ses contours ne sont point réguliers et ressemblent plutôt à des plis qu'à un corps sphéroïde ou ovoïde ; quand on trouve en outre une partie de cette masse allongée et terminée par une autre petite masse arrondie, le doute ne sera plus permis. Il s'agira bien là d'un cysticerque du corps vitré ou de la rétine.

Traitement. — De Graefe et Siebel ont pratiqué l'extraction des cysticerques. Mais c'est Alfred Graefe, le professeur de Halle, qui a tracé les règles de l'ex- Iraction de ces vers en 1882. Grâce à un ophthalmoscope spécial il en précise

le siège, puis il procède à l'opération. De janvier 1877 à août 188oil a pratiqué 45 fois cette extraction et a pu obtenir 30 succès. Les insuccès se rapportent surtout aux cas où le parasite est mobile dans le corps vitré; circonstance fàcheu^.. qui ne permet pas d'obtenir des données certaines sur la localisation des anim;jlcules et sur le point précis de l'incision. Landsberg avec 4 nouveaux succès h Leber avec 13 opérations nouvelles sont venus confirmer les résultats obtenu^ par Alfred Graefe.

En présence de ces faits et de la certitude des désastres inévitables que produira la présence des cysticerques dans le corps vitré, l'indication de l'intr-iventionnenous semble pas douteuse. C'est à cette indication formelle que nous avons obéi dans une tentative d'extraction que nous avons faite en 1883. Il est toujours temps, en cas d'insuccès, ou de tenter de détruire le ver par le galvanocautère, ou de finir par Texentération ou l'énucléation.

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Cysticerques : Albrecht De Graefe, Fâlle von Cysticercus im I?i7ieren des Auges {Archiv f. Ophth., Bd. I, Abth. II, 1855, p. 259; Bd. III, Abth. II, p. 312; Bd. IV, Abth. II, p. 171; et Bd. VII, Abth. I, p. 48); Notice sur le cysticerque, in Clinique ophthabnologique. édit. française. Paris, 1866, p. 343. — Galezowski, Annales d'ocu listique, 1862. — A. Sichel,, Note sur un cas de cysticerque cardiaque intra-oculaire {G' zette hebdomadaire, 11 janvier 1872, 2). — Hirschberg, Uber Cysticercus intraocularis {Berliner Klin. Wochenschrift, 1872, et Archiv f. Ophthalm., 1876). — Berger. Cysticercus ivi Auge Kli)i. Monastb.jlSlI. — Alf. Graeîc, Re7narques sur les opérations de cysticerques et description d'un ophthalmoscope localisateur {Ar. f. ophth., 1882). — Sainclair, Cysticerques du corps vitré {Bril. med. Journ., juillet t883). — Commimications nouvelles sur V extraction des cysticerques, bi'ochure n° 6, 1885. — Galezowski. Cysticei'ques sous-rétiniens {Recueil d'ophthal., avril 1883). — Landsberg, Extraction de cysticerques sous-rétiniens {Centralb. f. p. Aug., mai 1885). — VonDuyse, Cysticerque du corps vitré {Annales d'oculist., 1885, p. 268). — Leber, Z)e l'extraction des cysticerques {Archiv f. Ophth., t. XXXI, 188G).

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