AMBLYOPIE DE L'HYSTÉRIE
forme d'hémiopie latérale interne, ou latérale externe, ce qui est plus fréquent, et alors elle s'observe aussi à un faible degré sur l'autre œil, comme nous avons pu le constater sur une malade de Guéneau de Mussy, en 1870.
L'acuité visuelle est ordinairement affaiblie au point que les malades peuvent il peine compter les doigts, et elles perdent en outre la faculté de distinguer avec l'œil malade les couleurs. Ainsi, le jaune et le rose leur paraissent blancs, tandis que le vert, le cramoisi et le bleu sont noirs. Selon le docteur Svynos, les douleurs oculaires peuvent précéder ou accompagner ces troubles visuels, ce qui dépend, selon lui, de l'hypereslhésie.
3° Amblyopie binoculaire. — Cette forme est plus rare; elle survient quelquefois simultanément dans les deux yeux; habituellement un seul œil se trouble d'abord, et puis l'affection passe insensiblement à l'autre œil. L'hémiopie interne apparaît d'abord avec diminution de l'acuité visuelle. La faculté chromatique se perd, et la vue s'éteint petit à petit complètement, après quoi l'autre œil subit le même sort.
Nous avons observé, dans le service de Gharcot, à la Salpêtrière, une malade qui présentait des phénomènes hystériques des plus bizarres. En l'examinant à plusieurs reprises dans le courant de l'année, nous n'avons trouvé dans l'œil aucune lésion. Voici d'après le Hélot le résumé de cette observation : Antécédents hystériques bien marqués; hémiplégie gauche survenue brusquement sans cause appréciable ; perte de connaissance au début ; paralysie complète de la sensibilité et du mouvement du côté affecté ; troubles de la vue centrale marqués avec hémiopie interne et dyschromatopsie ; trouble de l'ouïe, de l'odorat, du goûl; abolition du toucher et du sens musculaire à gauche; toux fréquente; hémoptysies et hématémèses; pertes utérines alternant avec l'aménorrhée; paralysie complète de la vessie; douleurs hypogastriques très intenses; plusieurs attaques, dont une avec perte de connaissance, la paralysie s'étendant au côté droit, où la sensibilité et la motilité reviennent peu à peu; contractures dans l'extension du membre inférieur. Ajoutons que la papille, dans les deux yeux, ne présentait aucune altération.
Tels sont les signes qui caractérisent ordinairement les troubles visuels chez les femmes hystériques.
Diagnostic. — Avant de se prononcer sur la nature des amblyopies, qui ne sont liées à aucune lésion visible du fond de l'œil, il faut examiner les malades • au point de vue du défaut de réfraction, savoir, si l'œil n'est pas hypermétrope, astigmatique ou même presbyte. Eu faisant essayer des lunettes convexes, sphériques ou cylindriques convenables, on résoudra facilement la question. '
Étiologie. — Le mécanisme de l'amblyopie hystérique ne peut pas être expliqué autrement que par une sorte de spasme des parois vasculaires, à la suite duquel les centres optiques restent pendant quelque temps complètement exsangues
Gharcot (1) établit qu'il existe une région dans le cerveau embrassant une porlion de la couche optique et du corps strié, dont la lésion amène cette affection Peut-être l'amblyopie hystérique provient-elle de la même lésion, c'est ce que les recherches ultérieures vont nous démontrer.
Marche, durée, terminaison. - La maladie suit une marche très variable gu est en rapport avec la nature de ses causes. Dans la forme subite, hystérique,
(I) Gharcot, Leçons sur l'hémianesthcde hxjsiérique.
:;h(> maladies du neuf optique.
elle est tout fait irrégulière, comme l'est celle de toutes les névroses; elle peut cesser après une durée très courte, ou se prolonger indélinimenl ; souvent elle apparaît et disparaît à des intervalles plus ou moins rapprochés. Quelquefois la vue revient subitement et l'on cite des cas où les malades se sont couchés aveugles, dans un état d'horrible anxiété, et se sont réveillés le lendemain guéries. Quelquefois on a vu l'amblyopie de cette nature durer toute kl vie.
Traitement. — Dans ces diiïérenles formes d'amblyopie, le traitement doit cLre dirigé contre les causes qui l'ont occasionnée. Ainsi, dans la suppression des règles, nous avons obtenu des succès instantanés par une application de sangsues aux parties génitales. Dans la forme hystérique, on prescrira les antispasmodiques, la valériane, l'oxyde de zinc, et les narcotiques, tels que le dutura stramonium et la belladone. Les applications métalliques réussissent quelquefois.
Les douches 'froides, administrées avec une certaine méthode, agissent très favorablement dans les amblyopies hystériques. C'est ainsi que nous avons obtenu d'excellents résultats chez une malade, la comtesse de C..., atteinte d'une amblyopie gauche hystérique, et que nous avons envoyée dans l'établissement hydrothérapique d'Auleuil ; sous l'influence du traitement tous les symptômes nerveux ont complètement disparu et la vue est revenue.
Les injections de strychnine dans la région temporale peuvent être employées avec avantage. On les fera tous les deux ou trois jours de 1 à" 2 milli-
grammes.
Bibliographie. — Dujardiu-Beaumetz et Abadie, Cécité hystérique {Progrès médical, 1S79). — Mauz, Ein fait von hy. erblindung [Berliner Klinis. Wockenscliriff , 1880). — Richer, Études cliniques sur l'hystéro-épilepsie, Paris, 1881. — Derby, Case of anesthesy of the retina [Med. News, 1882). — Luiig, Un cas d'amaurose hystérique {Société des médecins russses de Moscou, 1883). — Harlau, Cécité hystérique monoculaire [New-York med. Journal, 26 juillet 1884). — Beruheim, Amaurose hystérique {Annales d'aculis tique, 188G, p. 74).
§ VIII. — Amaurose simulée.
Il n'est pas rare de rencontrer des malades qui, pour une raison ou pour une autre, simulent la cécité. L'ophthalmoscope ne révèle naturellement aucune altération, et si l'on a lieu de supposer une simulation, on doit soumettre le malade à des contre-épreuves pour reconnaître s'il y a réellement de la simulation. Dans un article spécial, nous donnerons des détails sur la manière dont on doit procéder pour reconnaître cette amaurose (1).
Les tumeurs du nerf optique ne sont pas fréquentes. A peine en connaissonsiîous une trentaine d'observations, publiées jusqu'à ce jour.
(I) Voyez, plus loin, la partie Médecine i.koauî.
Le développement de ces lumeurs est plus ou moins lent ; mais, dès le début, on aperçoit des altérations assez marquées, qu'on reconnaît à l'aide de l'oplilhalnioscope.
Symptomatologie. — Au début de lamaladie, qui affecte toujoursdes sujets peu avancés en âge, l'œil, peu douloureux, ne présente aucun changement de forme ou d'aspect, mais la vue se trouble graduellement.
A l'examen ophthalmoscopique, on constate le plus souvent les signes de névro-rétinite, accompagnés d'épancliements multiples de sang dans le nerf optique et la rétine. Cette névro-rétinite est monoculaire, les artères sont atrophiées et les veines variqueuses. Plus rarement, on peut observer une atrophie simple de la papille sans trace d'inflammation.
A mesure que la tumeur se développe, elle gagne le tissu cellulaire environ-
Fig. 319. — Tumeur du uerf optique, d'après Golzieher.
nant, repousse le globe de l'œil en avant, et donne lieu à une exophthalmie peut-être plus précoce que celle qui s'observe à la suite des tumeurs de l'orbite. Bientôt les mouvements de cet organe sont compromis, elles signes de la tumeur orbitaire deviennent évidents.
Les tumeurs fibro-plasliques peuvent se déclarer dans la substance du nerf optique. Il arrive, dans ces cas, que des tumeurs analogues se rencontrent simultanément dans d'autres parties du cerveau, comme cela est arrivé dans un cas que nous avons observé avec le docteur Lancereaux à l'Hôtel-Dieu.
En comparant tous les faits connus jusqu'à présent, nous pouvons déduire une règle d'après laquelle on reconnaîtra l'existence d'une tumeur quelconque dans le nerf optique :
1" Il n'y a habituellement qu'un seul œil affecté de névrite optique ou d'atrophie simple de la papille;
2° La névrite optique présente, dans certains cas, des inégalités et des saillies sur les" différentes parties de la papille, avec reflets de nuances très variées, comme cela résulte de l'observation recueillie par Jacobson ;
3° Dès que la tumeur atteint un certain volume, il y a constamment une exophthalniie;
4° Les mouvements du globe de l'œil sont en grande partie conservés si la tumeur est bénigne, et si elle n'atteint pas les muscles. L'œil est, au contraire, immobile lorsque c'est une tumeur qui envahit l'orbite et les muscles.
f)82 MALADIES DU NERF OPTIQUE.
Anatomie pathologique. — Dans l'immense majorité des cas, les tumeurs du nerf optique sont constituées par des myxomes et toutes les variétés de néoplasmes myxomaLeux : myxosarcome, myxofibrome, ainsi que {^liome, gliosarcome. Le névrome est d'une excessive rareté. La forme de ces tumeurs esL ordinairement lobée, de consistance molle, {^élatiniforme. Leur mollesse, leur dépressibililé a pu faire croire souvent à la présence d'un kysle. Le néoplasme est comme embroché par le nerf dont les différentes parties s'éparpillent audessus du produit myxomateux pour se reconstituer à son extrémité.
Notons cependant que tout dernièrement les D" Parisotti et Despagnet ont publié l'observation d'un fibrome pur développé chez une femme de (rente ans. La bénignité de la lésion avait été reconnue grâce à la lenteur particulière de sa marche (vingt ans).
Traitement. — Tant que l'œil n'est pas projeté en avant, on doit faire subir au malade un traitement antisyphililique en raison de la très grande fréquence de ces altérations dans la syphilis constitutionnelle, et qui guérissent par le traitement mixte.
A mesure que la maladie fait des progrès, l'œil se porte en avant, etl'exophthalmie se déclare ; on devra alors avoir recours à l'extirpation du globe de l'œil avec la partie du nerf optique qui contient la tumeur. Souvent on est forcé de faire vider toute la cavité orbitaire avec ses muscles et le tissu cellulaire, pour prévenir les récidives. Dans un cas, Knapp a pratiqué l'ablation d'un fibro-sarcome en conservant le globe oculaire.
Bibliographie. — Gosselin, Tumeurs des nerfs optiques [Bulletins de la Société de chirurgie, t. YIII, p. 112). — Dixon, Tumeurs des nerfs optiques chez les personnes atteintes de syphilis [Med. Times and Gazette, 23 octobre 1858). — Lidcll, Névrome du nerf optique [New-York Jour7ml, mars 1860). — Szokalski, Tumeur squirrho-cancéreuse du nerf optique [Annales d'oculist., 1861, t. XLVI, p. 43). — Rotlimund, Névrome, dégénérescence cystoïde du nerf optique [Klin. Monatsbl., t. I ; et Annales d'oculistique, 1863, t. LI, p. 108). — De Graefe, GeschwUlste des Sehnerven [Archiv f. Ophth., 1864, Bd. X, A.bth. I). — JacobsoD, Tumorenbildung in Nervus opticus und in Fettzellgewebes des Orbita [Arch. f. Ophthalm., Bd. X. Abth. II). — Galezowski, thèse de Paris, 18G5, p. 175. — Goldzieher, Die GeschwUlste des Sehnerven [Archiv fur Ophthalmologie, Bd. XIX, Abth. III, 1873, p. 119). — Kuapp, Extirpation Sehnerven geschwulst mit erhaltung des augapfels [Sitzungsber. ophth. Gesellschaft, 1874). — Poucet, Archives d' ophthalmologie, 1881, p. 620. — Véron, Myxo-fibrome du nerf optique [Recueil d'ophth.,
1883, p. 32). — Parisotti et Despagnet, Fibrome du nerf optique [Recueil d'ojjhth.,