BLESSURES ET CONTUSIONS DU NERF OPTIQUE
Des contusions plus ou moins graves de l'œil et de la tête peuvent amener des lésions directes dans la substance du nerf optique.
Ces altérations amènent des troubles notables de la vue et même la cécité, sans qu'on trouve la moindre altération apparente dans la papille du nerf optique. Des faits de ce genre se sont présentés à mon observation déjà à plusieurs reprises, entre autres chez un homme d'une cinquantaine d'années eniré au service de Nonat, à la Charité, en 186,^. 11 avait reçu une contusion à la tête, qui le laissa pendant deux ou trois jours sans connaissance. En se réveillant, il
BLESSURES ET CONTUSIONS DU NERF OPTIQUE. oSà s'était aperçu qu'un œil était perdu et je n'y ai pas trouvé la moindre altéralion appréciable à l'oplithalmoscope.
Testelin rapporta en 1869 un cas identique et il pensa que la perle de la vue est due à une déchirure dans la substance propre du nerf optique. Dans un cas plus récent observé par Govers, la cécité de l'œil droit était survenue à la suite d'une chute sur le côté droit de la tête.
Les blessures du nerf optique peuvent êlre occasionnées par le corps vulnérant lui-même, qui aura pénétré dans le nerf optique en passant par la partie postérieure de l'orbite en arrière du globe de l'œil.
Dans un duel, une épée peut déchirer le nerf optique en s'introduisant le long de la paroi orbitaire interne.
Les projectiles, tels que les grains de plomb, peuvent se loger dans le nerf oblique comme cela avait été signalé par de Graefe.
Pagenstecher rapporte un fait des plus intéressants, où la blessure a été produite par un outil en acier qui est entré au-dessus du bord orbitaire et a blessé le nerf optique et l'artère centrale. Il en est résulté une infiltration générale de la rétine comme dans une embolie, et dans le cours de la maladie, tantôt les vaisseaux étaient exsangues, tantôt ils se remplissaient. Finalement ils ont disparu et la cécité est restée absolue.
J'ai vu dans la dernière guerre des cas des plus intéressants de déchirure du nerf optique. Chez un militaire, la balle de fusil prussien était entrée par la tempe gauche et ressortie à la tempe droite après avoir déchiré les deux nerfs optiques. La vue était complètement abolie. Appelé à Versailles par le docteur Froppo, médecin principal de l'hôpital militaire, pour examiner ce malade, J'ai pu constater de larges plaques blanches à l'endroit de la papille, c'étaient des taches cicatricielles provenant de la déchirure de la sclérotique. La papille, la choroïde et la rétine du voisinage étaient détruites. Le malade distinguait un peu le jour, probablement par quelques fibres optiques qui sont restées intactes.
L'introduction du corps étranger dans l'orbite peut occasionner une fracture de l'apophyse clinoïdedu sphénoïde et celle-ci léser le nerf optique. Trois faits, aujourd'hui connus (coup de baïonnette, coup de ciseaux à tondre les moutons, coup de fleuret démoucheté), ont déterminé desamauroses par fracture de cette apophyse.
Tous ces traumatismes peuvent donner lieu à la névrite optique, à de la méningite, etc.
Traitement. — Dès le début de l'accident, il faut avoir recours aux dérivatifs et aux déplétions sanguines. Localement la glace pilée appliquée dans de petits sacs de peau de baudruche sur l'œil peut diminuer le travail inflammatoire.
Dans les cas de contusions sans lésions apparentes, on fera des injections hypodermiques de nitrate de strychnine dans la tempe et l'électricité à courantscontinus. Ajoutons que Benjamin Pell a pu remettre en place un œil avulsé par la pénétration d'un morceau de fer dans l'orbite. Ce fait est à mettre à côté de l'opération de Knapp citée dans l'article précédent.
Bibliographie. — TesteVm, A maurose traumalique sans sym/Aumes objectifs [Annales d'oculist., t. LVII, p. 108). — Gomez Proto (de Colombie), Des blessures de L'œil, thèse de Paris, 1872, p. 32. — Pagenstecher, Un cas de blessure du nerfo2}tique, avec dffchirure des vaisseaux centraux et changements consécutifs du fond de l'œil {Annales.
d'oculist., t. LXIII, p. 57, et Archiv f. Ophlh., Bd. XV, Abtii. I, p. 22:j, 18G9). — ScJiweigcr, Verlctzung des Sehnerven {Ze/iender A/o?t., vol. XI, 1874). - J.cbcr, Ve.rlelzimr, des sefmerven, handbuch der (jem.nL uufjcn/ieilkunde, vol. V, 1877. — Ik-iiiii, Traumalisme du nerf optique par fracliire du canal optique {SociétC ophthal. de lleidellK-rg, 15 sept. 1881). — Aschinann, Etude sur /es lilessnres du nerf optique (Disserl. inuun., Zurich, 1885). i i i \ ./ '
Sous ce nom, on désigne une anomalie congénitale caractérisée à l'examen ophthalmoscopique par une augmentation de diamètre et une excavation du disque optique.
Longtemps cette malformation a été confondue avec la scléro-choroïdite postérieure des myopes. Mais Jœger, Schœbel, en 1870, distinguèrent les deux lésions. Après les travaux de Nieden, j'ai publié deux observations sur ce sujet en 1880, puis vinrent les recherches de Fuchs de Liège, et de Van Duyse qui élablirenl distinctement que cette anomalie porte, à l'état de simplicité, sur la gaine du nerf optique.
L'e.Kcavation peut entourer le nerf optique, mais, dansla grande majorité des cas, son siège est inférieur, ce qui la distingue du siaphylome externe des myopes. Le plus souvent aussi les limites de la dépression sont très neltes, enchâssant environ la moitié inférieure, quelquefois le quart de la papille. La teinte est en général uniformément blanchâtre et se distingue assez bien de la choroïde dont l'aspect est rougeâtre, souvent il existe un rebord pigmentaire noir qui permet de ne pas la confondre avec l'atrophie choroïdienne péri-papillaire des vieillards. La largeur varie du quart à la moitié de la papille dont elle dépasse quelquefois le diamètre en étendue.
Ces colobomes ne sont quelquefois, comme dans ma première observation, accompagnés d'aucun trouble fonctionnel, le plus souvent ils sont cause d'une diminution notable de l'acuité visuelle avec vices de réfraction, hypermétropie, myopie, astigmatisme, etc.
Le siège et l'aspect du colobome, la direction bizarre des vaisseaux portés en dedans de la rétine, ainsi que la coexistence fréquente d'autres anomalies, empêcheront de le confondre avec le staphylome postérieur choroïdien.
Bibliographie. — Galczowski, Coloboma du nerf optique {Recueil d'Opltthalmologie, 1880, p. 30 et 121). —Fuchs, Anojnalies congénitales du nerf optique) Albrecht von Graefe Archiv, 1882, p. 885). — Szili, Der conus nach unten {Centralblatt f. p. augenheilk. décemb. 1883). — Rcmak, Coloboma du nerf optique (Centralblatt f p. augenheilk., 1884). — Von Duyse, Société de médecine de Gand, A mars 1884. — Picqué, T/ièse d'agrégation. Paris, 188fi.
DOUZIÈME PARTIE
RÉTINE