CHAPITRE PREMIER
ANATOMIE ET PHYSIOLOGIE
Anatomie. — La rétine est uue membrane nerveuse, transparente, très ténue, et qui par sa structure se rapproche beaucoup, d'après Ch. Robin, de la structure du cerveau.
Le nerf optique, en arrivant dans l'intérieur du globe oculaire, s'étale a sa surface interne pour y constituer la couche interne qui regarde le corps vitré. A cette couche s'ajoutent successivement une série de couches superposées, -très intimement adhérentes les unes aux autres, et dont la partie la plus externe est la couche des bâtonnets et des cônes.
L'épaisseur de la rétine n'est pas partout uniforme : de 0'nm,3 au pourtour de la papille, elle s'amincit progressivement vers Vora serrata. Dans la pai'tic centrale et postérieure qui correspond à l'axe optique, elle ne mesure pas plus deO«i'=,l.
Fig. 320. — Coupe de la rétine, d'après Kôlliker {").
Fig. 321. — Coupe des éléments de la rétine de l'homme ('*).
A. Structure. — L'étude histologique de la rétine a acquis un très grand degré de précision depuis les travaux de H. MuUer, Schw.albe, Schultze et Ranvier. C'est à la
(*) 1, couche des bfitonnets et cônes nerveux; 2, 4, couches granuleuses de cellules- 3 pm,r-liP« mlntTatfofs.^'""' """'^^ ^' ^' filaments dTnerf'opriquê. -1 GrossS:!
2 fl*\l'/rv'.ZÎtr°!*^n'^"^' *'P.'',<?l''ngq"'ent antérieur; d. cellule nerveuse; e, fibres de Millier. er**; et Xfd^s^MÎo^nTets'l^irin -e^i T^^L^J-^^- " ^' «' """'^ ^ ^^^^^
RÉTINE
description de ce dernier auteur que nous empruntons le résumé suivant, tout en maintenant certaines dénominations rlassiqucs. Sur uno roupe perpendiculaire, on verra successivement les couches suivantes, dont la superposition est étudiée favorablement sur des animaux à sang froid (triton, grenouille, etc.).
a. Couche des cônes et bâtonnets. — Cette couche, ou membrane de Jacob, contient: l» les bâtonnets, longs prismes polyédriques beaucoup plus nombreux que les cônes, du moins chez l'homme, et dont la hauteur occupe toute la membrane de Jacob. Par suite, ces bâtonnets s'appuient d'une part sur l'épithélium pigmenté sous-rétinieu, d'autre part sur la membrane limitante interne. Ces éléments sont formés de deux segments, l'externe strié transversalement, l'interne plus renflé et clair.
2° Les cônes, qui ont la forme d'une bouteille dont la base reposerait sur la membrane limitante. Ils ont aussi deux segments, analogues à ceux des bâtonnets, et dont l'interne semble formé de fibrilles, ta distribution de ces deux éléments varie dans les différentes régions de cette
membrane, et tandis que dans la macula il n'existe que des cônes, leurnombre diminue progressivement à mesure qu'on se rapproche del'om serrata ; au contraire, les bâtonnets n'existant point dans la macula,
ils deviennent de plus en plus nombreux à mesure qu'on s'éloigne de cette dernière. Vers l'extrême périphérie, au voisinage du cercle ciliaire, les bâtonnets et les cônes disparaissent totalement avec les autres
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Fig. 322, 323. — Schéma représentant les dix couches de la l'étine (*).
Fig. 32 i n-
éléments nerveux, et il n'y a que les couches cellulaires ou connectives qui s'y retrouvent.
b. Me77ibmne limitante externe. — Feuillet mince, sur lequel semblent s appuyer
(*) 1 limitante intcrae; 2, couche des fibres du nerf optique ; 3, couche ganglionnaire ; couche molécu airé- 5 coucke granuleuse interne; 6, couche intermédiaire ; 7, couclie granuleuse externe; 8, limitante externe ; n, couche dos cônes et des bâtonnets; 10, couche pigmentaire (cotte ^«"^''«^"Y"^^;^ prolongements entre les segments superficiels des cônes et des bâtonnets). Dans la «gure 3 l c t.ssu névroglique intermédiaire aux deux memliraues limitantes est supprime, mais il est représente dans la figure -m, ou au contraire pour }Mi^ de clarté les éléments nerveux ont ete supprimes.
(") A, cônes et bâtonnets; L, limitante externe ; B, couche granuleuse externe; C, ^'lf;"f"*^,<=77"". ; fuseau se tc- minant d'une part dans la couche intermédiaire, de l'autre entre les cellules de la coud' Xleuse exTeZ; D couche intermédiaire (d'après Vassaux). Les figures nt 323 et 32 i ont été en^runtées à la thèse d'agrégation de M. L. Picqué et obligeamment mises à notre disposition par 1 auteur,.
ANATOMIE ET PHYSIOLOGIE
cônes et bâtonnets et qui est perforé pour livrer passage à leurs prolongements.
c. Couche grayiuleuse externe (grains externes). — Cette couche, justement appelée par Ranvier corps des cellules visuelles^ est en effet formée par les prolongements nucléaires des cônes et des bâtonnets. La continuité de ces cellules avec les éléments décrits plus haut est manifeste, comme on peut le voir sur la figure 322.
d. Couche intergraniileuse. — C'est une couche mince, formée d'un lacis très ténu, fibrillaire, qui limite en dedans le plan des cellules visuelles, et qui serait pour Ranvier un plexus basai.
e. Couche granuleuse interne ou des grains internes^ formée par une épaisse rangée de noyaux très nets, dans lesquels il faut distinguer les grains qui appartiennent à la fibre nerveuse, des noyaux qui font partie de la fibre de soutènement de MûUer.
f. Couche moléculaire (plexus cérébral de Ranvier), qui présente l'aspect d'un sablé très fin, traversé par des fibrilles nerveuses obliques, et par des fibres perpendiculaires dénature conjonctive.
g. Couche ganglionnaire. — Grandes cellules nerveuses, en deux o,u trois rangées, ordinairement bipolaires, quelquefois multipolaires comme celles figurées ci-dessous (fig. 325). Ces cellules ont des noyaux très précis; elles s'anastomosent entre elles et fournissent en outre des prolongements au cylinder axis, les uns pour les couches précédentes, les autres pour la couche des fibres nerveuses.
h. La couche des fibi^es nerveuses est constituée par l'épanouissement du nerf optique.
Elle est partout très vasculaire ; son épaisseur varie selon les différentes régions de la rétine. Près de la papille du nerf optique, elle est très épaisse et mesure jusqu'à 0™'",2; au voisinage de la macula, elle disparait presque complètement. A mesure qu'on se rapproche de Vora serratn, on la voit diminuer et disparaître complètement.
© i 0 0 Fig. 326. — Noyaux de la rétine (*).
D'après Math. Duval, les cylinder axis du nerf optique traversent les cellules nerveuses de la rétine pour se rendre aux couches sous-jacentes. Les prolongements externes de ces cellules, d'après lui plus nombreux, plus petits et plus ramifiés, se rendent dans la couche granuleuse interne.
1. Limitante interne. — Mince lamelle anhyste qui tapisse toute la rétine et la sépare de l'hyaloïde à laquelle elle n'adhère pas.
Telles sont les couches vues dans leur ordre de superposition. Quant aux connexions de ces éléments complexes, elles sont aujourd'hui connues. La rétine représente une membrane sensorielle constituée essentiellement par la couche des cellule i uiyMeZ/es ; celles-ci sont formées parles grains externes munis de leurs prolongements épithéliaux (cônes et bâtonnets). D'autre part, ces cellules sont mises en rapport par des cylindres d'axe qui partent des grains ou noyaux sur leur parcours, avec les cellules multipolaires de la couche ganglionnaire, cellules auxquelles aboutissent les fibres du nerf optique.
Tel est le système nerveux dans la rétine. Quant au système de soutènement, il est constitué par une sorte de fibre-cellule, décrite par Muller, qui s'appuie sur la
(*) a, 6, noyaux de la rétine, sans ou avec stries transversales.
HÉTINE.
inoiubnuie liiiiiluute internn par un pied élargi, eu forme de pied de chandeliei' ; puis la lige s'amincit, atteint la granuleuse inteiiie, et sert de point de départ à lines membrauules qui forment des loges à tous les grains de cette couclif. A .•<■ niveau la fibre de soutènement prôsente un uoyau oblong.
Enfui, fournissant toujours des feuillets de soutien aux divers corps cellulaires dr, deux couches granuleuses, elle atteint la limitante externe, avec laquelle elle h fusionne.
B. Tache jaune et kosse centhale. — Le centre de la rétine, qui correspond à l'ex trémité postérieure de l'axe optique, est occupé par la tache jaune {macula /ulea), nu milieu de laquelle on constate une forte dépression appelée fosse cenlra/e.
La tache jaune présente une forme ovale, dont le grand diamètre est horizontal < \ mesure 2 millimètres. Ici toutes les couches de la rétine ont subi des modifications ; la principale est certainement celle de la membrane de Jacob, qui ne se compose iu que de cônes. Les granulations des cônes et les fd^rilles des cônes y sont conservées, tandis que les couches intermédiaires, granuleuse interne, moléculaire, ganglionnaii ''. et des fibres nerveuses, s'effacent presque complètement, comme on peut s'en convaincre par la figure 327, empruntée à Schultze.
Fig. 327. — Coupe de la fosse centi-ale, d'après Schultze (*). ^
11 importe de connaître exactement la disposition des fibres dans la région de la . macula hilea. Il en est qui arrivent droit à la tache jaune, et se perdent insensible- 1 meut à sa périphérie ; les autres la contournent en décrivant une courbe.
Quant au foramen central de la rétine, dont parle Sœmmering, il est démontré . aujourd'hui qu'il n'existe point sur les yeux très frais, et n'est par conséquent que l'effet de la macération cadavérique. KôUiker a constaté l'intégrité parfaite de cette région en l'examinant sur les yeux des suppliciés. La même chose a été démontrée plus tard par Coecius et Jaeger sur les yeux des animaux.
C. Ora seurata ou portion ciliaire de la rétine. — Les éléments nerveux de la S rétine se raréfient de plus en plus, à mesure qu'on se l'approche de la partie équatoriale de l'œil. Toute la membrane s'amincit très sensiblement, perd successivenieni tous ses éléments, et au niveau du bord festonné de la zone de Zinn, n'csl plus représentée que par son tissu conncctif. Cette partie de la rétine, qui n ;i
(*) \, couche de pigment; 2, couche des cônes ; 3, membrane limitante externe; i, gniiuilatlons dos cônes; «, fibres dos cônes ; 6, couche intermédiaire ; 7, couche granuleuse interne: 8, couche moléculaire; (I, couche ganglionnaire; 10, couches des filjres nerveuses optiques.
ANATOMIE ET PHYSIOLOGIE
du reste que des limites de convention, est généralement appelée ora servata de la rétine.
La membrane nerveuse visuelle se termine en avant d'une manière insensible, en se soudant avec la membrane hyaloïdienne. Dans la région ciliaire, la rétine n'est plus rétine; elle n'existe plus comme membrane nerveuse, mais elle constitue là, avec la hyaloïde, un tissu qui peut faciliter l'endosmose et l'exosmose et entretenir ainsi la nutrition et reproduction du corps vitré.
Vaisseaux de la rétine. — L'artère centrale de la rétine est la source principale de la nutrition de cette membrane. Après avoir franchi le trou optique de la sclérotique, elle se divise à la surface de la papille en deux branches, une supérieure, l'autre inférieure. Ces branches se divisent dichotomiquement, et forment sur toute l'étendue de la rétine une arborisation que nous voyons si bien à l'ophthalmoscope. Les veines suivent partout les artères et aboutissent aussi à la veine centrale sur la papille.
Fig. 328. — Vaisseaux capillaires isolés de la rétine d'un enfant d'un an (Ch. Robin).
Dans la région de la macula, les vaisseaux n'arrivent pas à son centre, mais ils disparaissent insensiblement à une certaine distance d'elle.
Au pourtour de la papille, on trouve quelques ramuscules vasculaires de la gaine du nerf optique, qui se rendent plus spécialement vers la région de la macula
NuUe part il n'y a d'anastomose entre le système vasculaire rétinien et celui do la choroïde.
D'ailleurs les vaisseaux capillaires rétiniens, qui pénètrent d'avant en arrière ne plongent pas au delà de la couche granuleuse interne; toute la portion sensorielle de la rétme, jusqu'à la couche iutergranuleuse, ou plexus ba.^al de Ranvier, n'a point de vaisseaux. A ce niveau il y a comme une séparation théorique en deux membranes : rmterne, vasculaire, et dite par Ranvier portion cérébrale de la rétine • l'externe est pour lui épithéliale et sensorielle. Cette séparation se produit du're«te facilement sous l'influence de certains réactifs. Quant à la nutrition de la portion sensorielle, avasculaire, elle se fait par imbibition, comme pour tout cpithélium
Les lymphatiques et les nervi nervorum n'ont pas été encore découverts dans la rétme, mais il n'y a pas de doute qu'ils y existent.
HÉTINE.
La structure iutiuie des artères de la rétine ne dilfère pas beaucoup de celle du cerveau. Leurs parois sont constituées par trois tuniques superposées : 1° Tunique interne, recouverte d'une couche épithéliale;
2° Tunique moyenne, formée de fibres ruusculaii'es de la vie organique, disposées circulaireuient en anneaux. C'est dans cette même couche musculaire que le docteur Gimbert a trouvé aussi des fibres longitudinales, qui jusqu'à lui avaient été méconnues (fig. 329 et 330) ;
Fig. 329. - Coupe longitudinale Fig. 330. - Coupe transversale de la tuniqui?
de la tunique externe (*).
externe, fibres élastiques (**).
30 La tunique extérieure ou adventice se compose de tissu conjonctif très ténu
muni de noyaux (fig. 329). . i j- <.
40 La gaine lymphatique est mince, transparente, enkystée et mcrustee de distance, en distance de rares noyaux. Cette gaine a été découverte par Ch. Robin dans le» petites artérioles du cerveau, de la moelle et dans la rétine. Les capillaires vrais e,^ sont complètement dépourvus. La surface extérieure de cette enveloppe confine al la substance nerveuse, pendant que leur surface intérieure est recouverte, d apr.s , His et Basthian, d'un épithélium.
Physiologie. - 1. Perception de la lumière et des couleurs. - La rétine est i»^ seule membrine qui puisse recevoir les impulsions lumineuses provenant des ondu-^ lations de l'éther. Parmi tous les éléments qui entrent dans la composi tiuii de cette membrane, il n'y a que les bâtonnets et les cônes qui remplissent f t« f^^^^ «° Pour s'en convaincre, il sufht de rappeler les expériences de Listing et dePmkmje qui nous permettent de voir les vaisseaux de notre propre rétine. Or ces vaisseavU occupent la couche la plus interne de la membrane nerveuse et pour e re vus pa la partie visuelle de la rétine, il faut qu'ils se trouvent au devant d eUe . c est c
' ti^tt^fataSver sur un point quelconque de la sclérotique et à langle ext.rué un faisc^eau lumineux, concentré au moyen d'une loupe. L'œi tou^e peu an ^ temps fortement en dedans, porte son regard sur un champ sombre ou noir^ 11 ue J passe pas ordinairement quelques instants sans qu'il aperçoive <^y«f "^^^^^ réseau vasculaire composé de vaisseaux grisâtres au mi heu dun fond P^^ P'j| clair. Le même phénomène peut être facilement reprodmt d après 1^ "^«-^tbodc dS Purkinje, en faisant regarder un fond noir pendant qu'on remue rapidement un^ bougie tout près de l'œil : on aperçoit un arbre vasculaire, que Ion appelle œbH
vasculaire de Purkinje (fig. 331). . . , , At^^n^t» no roal
Nous avons vu que la macula est complètement privée de bâtonnets et ne coQ
(M Elle x été traitée par l acide acétique, et démontre la direction longitudinale des f.bres élastiques* j on^ioU leur: anSmoLs d'avant en arriére. - Grossissement : ,^,u.r^ entre .
n Le plus grand nombre des fibres élastiques est coupé en travers; les '«^ f "^f ses éléments, groupés en faisceaux, sont comblés par de la substance amorphe et des f.bres lam.ne gonflées par l'acide acétique. - Grossissement : 300 diamètres. (Oimbert.)
ANATOMIE ET PHYSIOLOGIE
tient que des cônes. Ces mômes éléments prédominent d'une manière très notable au pourtour de la macula; mais, à mesure qu'on se rapproche vers Yora serrata, le nombre des cônes diminue, pour être remplacé par des bâtonnets.
' , Nous pensons que les bâtonnets sont des organes de perception lumineuse exclusive, tandis que les cônes sont des organes destinés à percevoir les couleurs.
Voici, en effet, quelle est notre manière de voir à ce sujet :
Théorie de Vauteur sur la perception des couleurs. — Nous savons que les ondes lumineuses blanches et les ondes colorées ne diffèrent que par leur vitesse de vibration, ainsi que par leur degré de réfrangibilité. Un organe qui serait capable d'être ébranlé par des "ondes vibrantes avec des vitesses différentes, et qui serait en même temps en état de saisir le degré de réfx-angibilité, pourrait donner une idée plus ou moins exacte des couleurs. Cette double faculté, selon nous, se trouve concentrée dans un des éléments de la couche la plus externe de la rétine, et notamment dans les cônes. Voici de quelle façon ce mécanisme optique se produit :
Représentons-nous la section d'un cône par la figure 33?, A, et la base de ce môme cône par la figure B.
Fig. 33 J. — Arbre vasculaire de Purkiuje (').
Fig. 333. — Phénomène de dispersion dans les cônes de la rétine.
Le faisceau lumineux qui frappe la surface du cône près du sommet doit nécessairement, en traversant ce cône, se dévier et se décomposer selon les lois des réfractions, pour produire à la base des cercles concentriques du spectre solaire, de sorte qu'on aura à la base B des cercles rouge a, orangé b, jaune c, vert d, bleu c, indigo f, violet g. Les sept cercles concentriques de la base resteront ainsi toujours et constamment sensibles et impressionnables pour ces sept couleurs; de façon que si une seule lumière arrive, par exemple la lumière bleue, elle ne pourra impressionner que la partie bleue e de la base, les autres restant sans excitation, muettes. En supposant maintenant que la lumière blanche arrive sur le cône, elle se décomposera à la base; mais comme à la fois les sept parties seront impressionnées, il y aura la
(*) «> b, vaisseaux ; c, nerf optique ; il, tache jaune.
im RÉTINE.
production de la coulour Ijlaiiche. 11 est vrai que la base du cône n'est pas plane cuniiuo dans notre ligure, mais elle l'orme un second cone renversé. N(?anujoins, les cercles concentriques pourront se disposer d'une manière analogue à la surface de la seconde moitié du cône, et produire le mftme phénomène.
Ainsi, toute couleur simple, primitive, du spectre solaire, traversera le cône sans se décomposer, et ira ensuite impressionner une partie de la base qui correspond à la nature de la couleur. La direction de cette déviation sex'a définie par le degré de réfraction que possède chaque couleur, et pendant que le rouge passera jusqu'à la base presque sans être dévié, les rayons violets subiront l'angle de déviation le plus considérable. Une couleur composée se décomposera dans le cône, pour produire simultanément à la base deux ou trois impressions que le cerveau ensuite transformera eu ■ une impression mixte.
Cette théorie nous parait plus exacte que la suivante, émise par Young :
Théorie de Th. Young. — Au commencement de ce siècle. Th. Young a admis l'existence, dans l'œil, de trois sortes de fibres nerveuses, dont chacune était chargée spécialement de percevoir et de conduire au cerveau trois dilTércntes sensations colorées : le rouge, le vert et le violet.
La lumière objective, homogène, excite les trois espèces de fibres nerveuses avec ' une intensité qui varie avec la longueur de l'onde. Celle qui possède la plus grande longueur d'onde excite le plus fortement les fibres sensibles au rouge, celle de longueur moyenne, les fibres du vert, et celle de la moindre longueur d'onde, les fibres du violet.
Le mélange de ces trois couleurs dans différentes proportions faisait, d'après l'auteur anglais, uaitre la sensation de toutes les autres couleurs du spectre.
L'hypothèse de Th. Young a trouvé un défenseur zélé dans Helmholtz qui l'a développée et commentée par de nouvelles observations et de nouvelles déductions physiologiques (1).
Mais il est difficile d'admettre cette hypothèse, d'abord à cause de l'absence des trois sortes de fibres nerveuses dans la rétine; ensuite parce que le choix des couleurs fait par Young est tout à fait arbitraire. Helmholtz reconnaît qu'on pourrait choisir trois autres couleurs, système qui serait plus compliqué, mais non impos-' sible.
On a voulu trouver la confirmation de cette théorie dans les faits de dyschromatopsie congénitale ; mais nous dirons avec Aubert (2) « que les recherches sur les cécités des couleurs ne peuvent servir de preuve, soit pour, soit contre la théorie de Young ».
Nous reviendrons du reste sur cette question à propos du daltonisme.
On a ajouté peu de chose à ces hypothèses dans ces dernières années. Cependant Nuel (3) ayant décrit dans les cônes de certains oiseaux des globes graisseux qui absorberaient certains rayons lumineux, s'appuie sur cette particularité pour émettre une nouvelle théorie physique de la vision des couleurs. Mais il faut remarquer que le sens, des couleurs, qui peut rester intact dans des altérations profondes de la rétme et de la choroïde, est au contraire souvent perverti dans des affections purement cérébrales. Le rôle des centres nerveux y est donc considérable.
2. Acuité visuelle. — Vacuité de la vision centrale et périphérique dépend du diamètre des cônes et des bâtonnets, de leur rapprochement réciproque.
Nous avons vu plus haut à quel degré d'acuité l'œil peut arriver. Les parties latérales de la rétine ont une sensibilité bien moins grande, et il résulte des expériences (F Aubert et de Fœrster : 1° que l'acuité visuelle diminue progressivement du centre
(1) Helmholtz, Optique physiologique, trad. franc., p. 398.
(2) Aubert, Physiologie der Netzhaut, p. 184.
(3) Nuel, art. Rétine, Dict. encyclopédique des sciences médicales.
ANATOMIE ET PHYSIOLOGIE. o93
vers la périphérie, et 2° que l'affaiblissemeat de l'acuité visuelle n'est pas égal dans tous les méridiens de l'œil ; en effet elle s'émousse plus rapidement en haut et eu bas, tandis que les parties extei-ne et interne sont relativement plus sensibles à des distances égales du centre.
L'étendue périphérique du champ visuel est très grande, comme nous l'avons démontré plus haut ; elle dépend de toute la surface de la rétine, qui se trouve placée au fond de la coque oculaire. Chaque point de cette sphère creuse correspond à un point quelconque de l'espace qui l'entoure, et c'est là ce qui nous donne la possibilité do nous orienter et de nous conduire.
En résumé, la faculté de distinguer les choses les plus fines, de lire et d'écrire, de fixer les objets, etc., appartient à la macula, tandis que pour se conduire et se rendre un compte exact du milieu où nous sommes, nous avons besoin d'avoir les parties périphériques de la rétine dans leur intégrité parfaite. Que la macu/a soit altérée ou détruite par un processus morbide quelconque, et que le reste de la rétine se maintienne sain, l'acuité visuelle sera complètement éteinte, mais le malade pourra se conduire ; lorsque, au contraire, la macula seule est intacte pendant que le reste de la rétine est détruit et atrophié, l'individu pourra lire les caractères les plus fins de l'imprimerie, et il ne pourra se conduire qu'avec peine.
Rouge ou pourpre rétinien. — Le professeur Boll, de l'Université de Rome, fit en 1877 une découverte importante qui transforma toutes les idées jusqu'alors reçues sur la physiologie de la rétine, et nous permet de penser aujourd'hui que la formation des images rétiniennes n'est pas due à un simple phénomène d'ordre physique, mais relève d'une action chimique.
Cette théorie est basée sur la découverte du rouge rétinien entrevu par Krohn eu 1842, mais bien étudié par Boll, et, trois années plus tard, par Kuhne (1879), qui réussit à le dissoudre dans la bile. Cette substance (érythropsine) est chimiquement analogue à la lutéine qui s'extrait du corps jaune des ovaires des mammifères, du jaune d'oeuf des ovipares, du sérum, de la graisse jaune, du lait, etc. L'érythropsine est sécrétée par les cellules pigmentaires qui, l'embryologie le démontre, doivent former une couche rétinienne. Elle baigne les segments externes des bâtonnets - les cônes en paraissent dépourvus. Elle est épuisée par l'action de la lumière et régénérée dans l'obscurité. C'est grâce au pourpre rétinien qu'on peut obtenir des images rétmiennes d'une ou plusieurs lignes lumineuses, et même d'objets différemment éclairés. Ce sont là de véritables clichés photographiques connus sous le nom CCoptogrammes qu'on peut fixer à l'aide de l'alun. En somme, exposée, de par ses fonctions al action de la lumière, la rétine consomme du rouge pendant son activité; la sécrétion du rouge est-elle épuisée, la fatigue visuelle se produit.
On counait l'importance que Pariuaud fait jouer au pourpre rétinien dans l'étioogie de I heméralopie. Dans une communication à ce sujet à l'Académie des sciences 1881) cet auteur cherche à établir que la rétine jouit de deux sortes de sensibilités à la lumière : la première, sous la dépendance des bâtonnets impressionnés par le pourpre, produit une simple sensation de cZa/'^e indépendante de la forme et de la cou leur; la seconde, attribut des cônes, donne des sensations définies. La substance rouge rend donc la rétine plus sensible aux faibles intensités lumineuses diffuses L i macula qui ne renferme que des cônes, ne saurait donc être intéressée parles troubles de sécrétion du pourpre. On conçoit que certains animaux (oiseaux) presque dépourvus de rouge rétinien n'en jouissent pas moins d'une excellente acuit visuel e Mais il est probable qu'ils sont héméralopes. vi^ueuc C'est à la présence de la substance rouge que nous avons rapporté l'érythropsie que Ion observe parfois chez les cataractes après l'extraction du cristallin. ^
Ajoutons que la rétine, par la délicatesse de sa structure, la rapidité avec laanello se décomposent ses éléments, réclame, au point de vue h'istologique de pS spéciaux d examen. " ' ' pioceat s
OALEzowsKi, 30 édit. ■
594 RÉTINK.
Poucet de Cluuy a fait à ce sujet, au cougrès médical de Bruxelles, une importaute communication, où il expose en détail sa méthode d'investigation.