RÉTINITE SIMPLE IDIOPATHIQUE
La rétiiiite qui n'est pas le résultat d'une extension de la phlegmasie du tractus uvéen ou qui ne dépend point d'une altération fonctionnelle générale (albuminurie, diabète, leucémie, etc.) est très rare, elle est dite Télimle simple ou idiopathique.
Elle peut se présenter sous forme d'infiUration d'wie sérosité blanchâtre, ou cVexsudalion plastique, partielle ou générale.
A. Rétinite séreuse. — L'accumulation de la sérosité dans les différente^ couches de la membrane nerveuse est rarement uniforme ; le plus souvent l'épanchement constitue de véritables amas cystoïdes flanquant les anses capillaires; selon IvanolF, la maladie débute par la couche granuleuse externe.
Rarement la rétine infiltrée reste absolument transparente; dans ces cas le diagnostic ophthalmoscopique serait fort difficile. Le plus souvent, la transsudatïon séreuse ayant son maximum d'intensité au point où la membrane nerveuse a le plus d'épaisseur, c'est-à-dire au niveau du disque optique, la papille a perdu sa netteté, ses bords sont coupés, masqués par un voile translucide épais, qui peut prendre des teintes grisâtres et sales. Les vaisseaux sonthyp- rémiés ; la papille, congestionnée, est rouge; les veines rétiniennes, allongée., élar'-ies, flexueuses, semblent plonger dnns la réline épaissie. Les artères au coal°raire ont conservé leur calibre ou sont amincies. Quelquefois, si l'œdèm." est opaque par places, le trajet des vaisseaux peut être coupé de solutions
continuité. , . ,
B. Rétinite parenchymateuse plastique. — Elle est caractérisée p i la production d'un tissu embryo-plastique qui finit par étouffer les élémeni^ principaux de la rétine ; elle peut être diffuse ou circonscrite.
1. Dans ce dernier cas, la lésion peut se limiter autour des vaisseaux et laissa intacts les éléments nerveux. C'est la rétinite péri-vasculaire d'Ivanoff ; la membrane adventice des vaisseaux prolifère et s'entoure de plusieurs couches do noyaux fusiformes. Les artères paraissent à l'ophthalmoscope transformées en un cordon fibreux au milieu duquel on distingue un fil rouge. Les veines sont amincies.
RÉTINITE SIMPLE IDIOPATIIIQUE. 609
2. La circonscription de la rétinite parenchymateuse peut aussi se faire par foyers, c'est à ce groupe d'affections rétiniennes que se rapportent les lésions décrites parMooren, Kuhnt, Hirscliberg (1882), Landesberg (1883), sous les noms de rétinite centrale ponctuée, rétinite ponctuée blanchâtre. Ces foyers blancs ponctués siègent de préférence entre la papille et la macula.
Beaucoup plus rarement l'altération parencbymateuse peut se limiter autour de la papille et affecter la forme circumjmpillaire décrite par Tvanoff.
Les sijmptômes de ces rétiuites sont assez vagues. En général l'aspect extérieur de l'œil est normal, la douleur fait le plus souvent défaut; la pupille est peut-être un peu paresseuse.
Les troubles visuels sont fort variables. Dans la forme séreuse les malades se plaignent d'un voile, d'un brouillard qu'ils ont devant les yeux et qui leur cacbe les objets, le champ visuel peut se rétrécir. Dans les formes parenchymateuses, on observe plus particulièrement des scotomes. Dans les cas plus graves, le jour peut à peine être distingué de la nuit ; rarement les troubles fonctionnels sont en rapport avec les lésions constatées à l'ophthal moscope.
La marche des rétinites idiopathiques est le plus ordinairement lente ou stationnaire. La forme séreuse peut se terminer par la résolution, mais elle <;st souvent le prélude de lésions plus graves de la rétine. Les formes parenchymateuses peuvent aussi disparaître, mais souvent la guérison reste incomplète et les récidives sont fréquentes ; la terminaison par atrophie rétinienne et cécité n'est pas rare.
C'est dire que le pronostic de ces rétinites est sévère. Il s'aggrave avec l'âge des malades, l'augmentation progressive des lacunes visuelles, le nombre des récidives, etc.
Sauf la syphilis, la cause de ces rétinites est inconnue. Quant au traitement, il se borne surtout à l'emploi judicieux des mesures hygiéniques : repos de la vue à l'abri de la lumière, lunettes teintes, aux antiphlogistiques qui doivent céder la place aux altérants lorsque les symptômes d'inflammation ont disparu ou font défaut.
C. Rétinite proliférante. — Il nous faut ajouter ici, pour être complet que Jaeger en 1869, puis Becker, Hirschberg et Manz ont décrit sous le nom de rétinite proliférante une affection inflammatoire de la rétine paraissant liée à la syphilis et se développant en outre sur les yeux blessés qui ont été le siège d'hémorrhagies répétées. Lapapille, dans ces cas rares, est recouverte, en partie ou en totalité, de traînées blanches ou blanc grisâtre ondulées et 'saillantes Le tissu néoplasique formé de travées conjonctives envoie des prolongements filamenteux dans le corps vitré. Ce caractère joint à la vascularité propre du tissu le distmguera d'un décollement de la rétine.
Bibliographie. — Ivanoff, Sur les diverses formes de l'inflmnmnf;^'» nische MonatsO. f. Aug., im);Œdé.n.de li rc^eVrcî^T^^^^^^ neffc, Du srUf. de ,uin,ne contre les rétinites congLves ^r ^ '^A^^S^ 18 < 2). -Drogaat Laudré, De la rétinite séreuse et jmrpnrbumnfpu^^ i Z , 1 ' UjUçue Hirschberg, minUe ce,ZuP::^7^e Sf^Llr,"
Augenheilkunde , uov. 188'2 — Lando'îhpvD- r^/;.,w- t t „ ^^'^'^'-^'^l'Olatt f.
f L. u I. i-duiicsncig, Hetiniiis punctata albescens ICpnfvnihi
f. Auçienh., sept. 188:}). - Manz, Examen anatomique d'un œil aifectfr l }r Hférante (Albrecht v. Graefe's Archiv f. Oph., t. XXVI? Heft 2). " GALEZOWSKI, 3" édit.
MALADIES Dl£ LA RÉTINE.
RÈÏINITE ALBUMINURIQUE.
La néphrite albumineuse est très souvent accompagnée d'un trouble de la vision plus ou moins prononcé, qui se traduit par des altérations marquées de la réline.
Brighl, le premier, signala l'apparition de l'amaurose dans l'albuminurie. Addison, Rayer et Simpson rapportent des faits analogues. Mais ces faits n'étaient considérés que comme des phénomènes accidentels et rares, et on ne leur attribuait point de signification particulière.
C'est à Landouzy, de Reims, que revient le mérite d'avoir attiré l'attention des médecins sur l'amaurose qu'il appelait albuminurique. Selon lui, cette amaurose était très fréquente, et elle présentait des signes qui lui étaient propres; l'ophthalmoscope est venu, en effet, confirmer cette opinion. Aujourd'hui, on arrive non seulement à expliquer l'amblyopie, mais on trouve encore la possibilité, d'après la nature des désordres rétiniens, de reconnaître l'aflection générale de l'organisme, et de mesurer, pour ainsi dire, l'intensité de son développement.
Le trouble de la vue que l'on rencontre dans l'albuminurie est ordinairement occasionné par des désordres dans le nerf optique et la rétine; quelquefois le cristalUn s'altère et devient opaque, mais ces faits sont rares. Quant à la choroïde et au corps vitré, ils restent le plus souvent intacts.
Les altérations que l'on constate dans la rétine sont de nature toute particulière. Elles constituent une espèce morbide à part, appelée retiJiite albuminurique. L'ensemble des signes qui la caractérisent permet toujours de reconnaître la nature de l'affection générale.
Symptomatologie. — La rétinite albuminurique est ordinairement caractérisée par des épanchements de sang plus ou moins nombreux, linéaires, striés ainsi que par des taches blanches, luisantes, arrondies, disséminées sur une grande étendue de la partie centrale de la rétine. Lapapi7iese présente voilée: ses contours sont masqués par une infiltration séreuse.
Souvent les vaisseaux rétiniens se couvrent d'exsudations, ou bien ils sont accompagnés de traînées blanches presque transparentes.
Les taches blanches de la rétine sont ordinairement arrondies ou ovales, comme on peut s'en assurer parla figure 335, ou elles se trouvent adossées aux taches apoplectiques ou aux vaisseaux ; dans d'autres cas, elles sont petites (comme une tête d'épingle), mais si nombreuses que la partie centrale de la rétine se présente, à l'examen de l'image droite, comme criblée, ainsi que le montre cette même figure. Ce sont des granulations graisseuses qui donnent cet aspect à la rétine, granulations semblables à celles que l'on rencontre dans les reins, le cœur, etc. Peu à peu les taches blanches augmentent d'étendue, s'élargissent dans tous les sens, et présentent, à un moment donné, de grandes plaques blanches, tl. passant même le volume de la papille et entourant cette dernière de tous côl- La papille, à son tour, se modifie sous l'influence de la dégénérescence
graisseuse et perd complètement tous ses contours. Elle peut même disparaître
sous l'exsudation, et l'on ne pourra alors juger de son siège que par le point