EMBOLIE DES VAISSEAUX RÉTINIENS
•Cécile subite de l'œil droit par embolie. L'œil gauche, au contraire, fut pris d'une béniorrhagie générale du corps vitré, dont elle est aujourd'hui guérie. La ligure 333 reproduit l'œil d'un malade, âgé de soixante ans, qui me fut adressé par le docteur Rémond. Son œil gauche fut pris soudainement d'une cécité complète par embolie de la branche supérieure et inférieure. Mais ce qui était digne
ri?i'- ■3-'i0. Fig. 351.
l'^ig- 352 Fig. 353.
Fig. 350 à 353. — Différentes variétés d'embolies de l'artère centrale (*).
de remarque, c'est qu'une partie de la branche centrale était intacte dans tout son trajet papillaire ; l'embolie n'apparaissait qu'au delà de ses limites. Au bout de huit jours, la vue est revenue dans la moitié externe du champ visuel correspondant à la partie de la rétine qui recevait sa nutrition par la branche 6, tandis que le reste du champ visuel est resté définitivement aboli.
Signes fonctionnels. — On voit par ces faits que, dans une embolie partielle, la vue n'est pas abolie complètement, mais qu'il n'y a le plus souvent qu'une partie du champ périphérique qui est atteinte. Chez un de mes malades, pendant vingt-quatre heures la cécité a été complète, mais la vue est revenue ensuite dans la moitié du champ visuel. Une fois, j'ai pu constater la conservation de l'acuité visuelle pendant que le champ visuel périphérique était rétréci concen- Inquement. D'autres fois le malade est alfecté d'hémianopsie monoculaire
(♦) Fig. .330. a, artère oblitér.'-e; b, artère dans son volume normal. - Fig. 351. Embolie comolète ,1p l ar ère centrale dont quelques branches sont transformées en cordons blancs; des exsudations bH chu très penvascula.res se voient au pourtour d'autres branches. - Fig. 352. a, a, branches artérieliès obi, tarées: 6, artère non encore oblitérée. F,o. 3o3. a, a, branches artérielles oblitérée 6 ,r.^^^^^^^ collatérales ayant conservé leur volume normal. """itiees , o, inancnes
supérieure, ou inférieure, ou externe, etc. Dans un cas récent de Panas l'héniianopsie élait oblique supéro-externe.
Marche. — L'embolie complète de l'arlére centrale amène dès le début la cécilé complète, et le plus souvent définitive. Pourtant on constate quelquefois une légère amélioration au bout de quelque temps. Ainsi Scbneller et Sleffan ont vu la vision revenir au bout de cinq ou six mois, si bien que le malade pouvait lire le n» 2 de l'échelle typographique. Cette amélioration s'observe plus particulièrement dans une embolie partielle, comme on peut en juger par des fails que nous avons rapportés plus haut.
L'atïection est ordinairement suivie d'une atrophie de la papille, malgré le rétablissement partiel de la circulation dans certains vaisseaux rétiniens. Quant à l'infiltration de la rétine, elle se dissipe habituellement, et il n'y a qu'au pourtour de la papille qu'on voit persister une légèi e infiltration rétinienne, et quelquefois des stries blanchâtres au pourtour des vaisseaux.
Diagnostic différentiel. — Une embolie récente de l'artère centrale est facile à reconnaître ; une infiltration séreuse étendue, avec diminution de volume des vaisseaux et la perte subite de la vue, sont autant de signes caractéristiques de la maladie. Mais à unefpériode plus avancée, on ne trouve plus que les signes d'atrophie de la pupille.
Le diagnostic entre l'atrophie progressive de la papille et l'embolie n'est point difficile : c'est la perte subite delà vue et l'étal stationnaire du mal pendant des années dans l'œil primitivement atteint, sans que l'autre œil s'en ressente, qui font reconnaître une embolie. C'est ainsi que nous avons eu l'occasion de constater une atrophie de la papille survenue subitement chez le comte B... et que nous avons vu eu consultation avec le docteur N. Gueneau de Mussy. L'atrophie papillaire monoculaire ne différait de la progressive que par la petitesse des artères et le début subit du mal.
ÊtioJogie et pathogénie. — Les embolies artérielles reconnaissent ordinairement pour cause une affection cardiaque, telle que l'endocardite, ou une affection des valvules niilrales ou aortiques. Un caillot fibrineux se détachant des parois du cœur malade est transporté par le sang artériel dans la circulation générale et s'arrête dans un point du système artériel. C'est ainsi qu'on voit les embolies cérébrales ou oculaires survenir dans les différentes maladies du cœur. Chez une jeune malade du professeur Charcot, à la Salpêtrièrè, nous avons pu constater une embolie de l'artère centrale de la rétine gauche, avec hémiplégie et aphasie, et ces altérations ont persisté pendant plusieurs années sans changement.
Mais faut-il toujours supposer l'existence de la cause cardiaque dans la production de l'embolie, et n'y a-l-il pas d'autres affections du système circulatoire qui puissent donner heu à l'oblitération de l'artère rétinienne?
Il est incontestable pour moi que ces embolies peuvent se produire sans lésion du cœur, comme cela est arrivé chez une malade qui me fut adressée par le professeur Peter, et qui n'avait rien du côté du cœur, malgré l'embolie rétinienne. Il me semble rationnel d'admettre que, de même que l'affection cardiaque peut donner lieu à la formation d'un coagulum fibrineux, de même il peut se produire une simple endartérite rhumatismale, syphilitique ou autre, qui sera suivie de l'apparition d'un coagulum fibrineux qui obstruera dans un endroit ou dans un autre le calibre d'une artère capillaire.