ACCOMMODATION DE L'CEIL
Historique. - U y a peu de points d'optique physiologique qui aient soulevé plus de contestations que l'accommodation de l'œil. L'opinion qui a prévalu le plus longtemps était basée sur le ciiangoraent de
ACCOMMODATION DE L'LEIl-.
la courbure de la cornée, et l'allongement du diamètre antéro-postérîeur de l'œil se faisant au moyen des contractions des muscles externes. Home et Pappenheim avaient imaginé cette théorie; plusieurs auteurs modernes, et Arlt entre autres, l'avaient soutenue pendant longtemps.
Mais la théorie réelle et exacte de l'accommodation est celle qui a pour hase le changement de la courbure du cristallin; elle a été découverte tout entière par le génie de Descartes, qui, en 1664, a décrit le mécanisme d'adaptation do Tœil aux différentes distances, avec une admirable précision et une justesse d'appréciation telle que tout ce que nous savons aujourd'hui n'est qu'une paraphrase de ce que Descartes avait annoncé il y a plus de deux cents ans. Nous ne pouvons mieux faire que de reproduire textuellement un extrait de son travail, en supprimant, bien entendu, les figures qui se trouvent dans le texte.
' Après avoir décrit la structure du globe de l'œil et la position de l'humeur cristalline représentée sur la figure par L, il ajoute (1) « que E, N (sorte de « ligaments se prolongeant de la choroïde au grand cercle du cristallin) sont « de petits filets noirs qui viennent du dedans de la peau D, E, F (ces letti^es « représentent, sur la figure, la choroïde et l'iris), qui embrassent tout au- « tour cette humeur crystalline, qui sont comme autant de petits tendons, « par le moyen desquels sa figure se peut changer et se rendre un peu plus « plate ou plus voûtée, selon qu'il est de besoin. »
Et plus loin (2), il dit : « Le changement de figure qui se fait en l'humeur « crystalline sert à ce que les objets qui sont à diverses distances puissent « peindre distinctement leurs images au fond de l'œil. Si, par exemple, l'hu- (( meur LN (cristallin) est de telle figure qu'elle fasse que tous les rayons qui « partent du point R (distance moyenne analogue au point h de notre figure <( 408) aillent justement toucher le nerf au point S (macula sur la figure), la « mesme humeur, sans estre changée, ne pourra faire que ceux du point T (jui « est plus proche (ce point, dans Descartes, est analogue à c de notre figure 408), « ou du point X qui est plus éloigné, y aillent aussi ; bien que, pour re- « présenter distinctement le point X, il est besoin que toute la figure de cette « humeur NL (cristallin) se change, et qu'elle devienne un peu plus plate, « comme celle qui est marquée I (autre figure du cristallin aplati) ; et poui* re- « présenter le point ï, il est besoin qu'elle devienne un peu plus voûtée « celle qui est marquée F (ligure du cristallin plus bombé). »
On voit que dans la théorie de Descartes il n'y a rien à changer, et que, sans connaître l'existence du muscle ciliaire, il plaçait la force contractile dans les feiits filets noirs provenant de la choroïde et de l'iris, qui ne sont autres, comme nous le savons aujourd'hui, que les fibres du muscle accommodateur.
Cette même théorie a été plus tard soutenue par Th. Young (3) ; mais ce n'est qu'en 1853 que Cramer (4) vint démontrer par ses expériences l'exacti-
(1) Descartes, L'homme. Paris, 1GC4, p. 39 et 43.
(2) Descartes, ibid., p. 43.
(3) Th. Young, PhilosopUcal Transactions, 1801, vol. XCII, p. 53
1833 ^^^'^ ^'"^■''"""«^^«''^ vermogen d. Oogen physiologisch Taegelicht. llaarlem
HÉFRACTION ET ACCOMMODATION.
ludo de cette théorie, que de son côté Helnilioltz (1) confirma par d(; nouvelles observations. Ces expériences ont été faites au moyen des images réfléchies de deux surfaces du cristallin que Purkinje avait découvertes en 1823, et dont Sanson s'était servi en 1837 j)our le diagnostic des cataractes.
Mécanisme de V accommodation. — La faculté d'accommodation réside dans le cristallin, et elle est démontrée par l'expérience suivante : Lorsqu'on place une bougie allumée auprès d'un œil (jui regarde au loin, on dislingue dans la pupille trois images de la llamnie : une image droite(a) (rig.409),qui est plus grande cl; plus nette que les autres, c'est celle de la cornée; une deuxième (6), aussi droite, mais à contours moins nets, qui est celle de la surface antérieure du cristallin; et enfin la Yi 4oy — Ima'ï'es l-i'ois^^^^ (^) P^^^ profonde et plus petite que les deux ^catoptriques^de précédentes, et elle est en outre renversée; elle se rapporte la cornée et du à la surface postérieure du cristallin. Or, il résulte d'obsercristalliu, dites vations faites avec des appareils spéciaux de Cramer et de Helmholtz, que pendant l'accommodation i)our une petite distance, l'image moyenne se rétrécit légèrement, devient plus nette et se î-approche de l'image cornéenne, tandis que les deux autres ne bougent point.
images de Purkinje,Sanson(*).
Fig. 410. — Mécanismiî do raccoramodation {**). Ce changement de position de la deuxième image nous démontre que ^
(1) Helmholtz, Mojiatsberichte d. Akad. zu Berlin, 1853, p. 137.
,*) a, image droite réfléchie sur la coniée ; b, image droite réfléchie sur la face antérieure du cristallin; c imace renversée produite sur la face postérieure du cristallin. Aini<rnH<! -
r) A œil accommodé pour la vision des-objets rapprochés. - B, œ.l regardant des objets o'o l.subince propre de la cornée ; 2, épithélium antérieur delà ''"^'J^^SX^Z] 4 membrane de Demours ; ligament pectiné ; 6, canal de Fontana ; 7 ^'f^;'^'^^';^'^^^'^^^^^ '^'e partir 10, procès ciliaire ; U, muscle ciliaire: 12, fibres aur.cula.rcs ; '3' i'"'^ ^f' Vhïaloïde antérieure de la rétine se prolongeant sur les procès cU.a.res; 1^, ''^''l*''''/ J f "^^^^^ée aux proc.en deux feuillets; 19, feuillet antérieur de I hyaloïde ou .one de Zn,n, ^'^f P^^^'V^J,^.*^^^^ ciliaircs; 20, le même, dans sa partie libre; 21, feuillet de Thyaloule ; 22 canal de Peht, 23, pendant l'accommodation. (Beaunis et Bouchard.)