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CHAPITRE IV

ARTICLE PREMIER

OPTOMÉTRIE.

Nous avons insisté (pages 476 et suivantes) sur le diagnostic de la myopie, de l'hypermétropie et de l'astigmatisme à l'aide des ophthalmoscopes à ré- • j fraction en général, ceux de Galezowski et Parent en particulier, nous ne reviendrons pas sur ce point. 11 nous reste à indiquer ici quels services peu- A^ent rendre dans ce même cas l'optométrie et la kératoscopie.

Optomètres. — Pour apprécier l'état de la réfraction de l'œil, do Graefe, Javal, etc., ont fait construire des appareils dont le principe est la recherche du punctum remotum. Tous ces instruments sont composés d'une lentille biconvexe fixe, et d'un objet mobile pouvant se placer successivement au delà au niveau, en deçà du foyer de la lentille oculaire. Si l'œil placé derrière cette lentille distingue nettement l'objet lorsqu'il est situé au delà du foyer il est évidemment hypermétrope et cela d'autant plus que la distance au foyor

OPTOMÉTRIE. 815

de la lentille est plus grande. Si l'objet est vu avec maximum de la netteté en deçà du foyer, c'est-à-dire lorsqu'il forme une image virtuelle et envoie à

Fig. 438.

Fig. 426 à 428. — Optoniètre de Perrin et Mascart.

Fig. 426. — Optomètre de Perrin et Mascart, vu de face. — Fig. 427 et 428. - Le môme instrument,

vu en coupe et de haut.

l'œil examiné des rayons divergents, cet œil est myope, tandis qu'un emméii ope verra l'objet très nettement juste au foyer de la lentille. Cependant ces instruments à lentille unique et fixe ont deux inconvénients :

A, support; B, tirage pour élever l'appareil; C, collier avec vis de pression; DD, tuyau métallioue nrmant le corps de l'oplomètre ; E, crémaillicre ; c, e, double règle graduée, donnant l'état de la rcfraclion ; |., glissière munie d'un index et portant une lentille concave située dans le corps de l'instrument •

p.gnon qui commande la crcmaillière et qui fait mouvoir la glissière F; G, œilleton derrière leaueî -t plue. ! oculaire consistant en une lentille convergente ; H, lentille convergente ; I, cadran fixé au T V\'Ï"" porte objet; et à tranche divisée en degrés; K, objet; L, petit tube

i'irtc objet; M, ecrou i charnièro et a tirage. o . . j , , i cm luoe

8i6 DIAGNOSTIC DE LA RÉFRACTION A L'AIDE DES INSTRUMENTS.

la grandeur de l'image de l'objet est variable ; et les divisions pour les hauts • degrés d'amétropie sont trop rapprochées.

Dans les optomètres que nous allons décrire, les autours se sont efforcés de remplir les désidérata que nous venons de spécifier.

A. Optométre de Pervin. — Il se compose d'un tube cylindrique monté sur un pied et dont les deux extrémités sont pourvues, l'une d'un objet dessiné sur un verre noirci, quoique transparent, et l'autre d'une lentille convergente qui sert d'oculaire. Dans l'intérieur du tube se trouve une lentille mobile concave qui se déplace depuis l'objet jusqu'à l'oculaire au moyen d'un pignon et d'une crémaillère. Selon la position qu'elle occupe itur rapporta l'objet, la lentille concave imprime aux rayons lumineux, émanés de ce dernier, des directions telles qu'en sortant de l'oculaire ils présentent successivement tous les degrés de convergence et de divergence qui conviennent aux yeux emmétropes ou amétropes. La glissière qui entraîne la lentille porte h un index qui affleure une règle graduée en pouces, et destinée à donner l'éva- - il » luation de l'état de la réfraction. Cet appareil rend dans la pratique de K'els i services (fig. 426 à 428).

On comprend facilement la manière de procéder pour préciser l'état de la réfraction sphérique ; quant à la réfraction cylindrique, c'est-à-dire à la recherche du degré d'astigmatisme, voici comme on opère : Dans ce cas l'objet est remplacé par un système de lignes claires et parallèles sur fond noir, a étroites, séparées par des interlignes égaux et susceptibles de prendre toutes ^ . i les orientations grâce à un tambour mobile gradué . i Pour la détermination, les deux yeux maintenus dans un même plan hori- - i ^ zontal et les lignes de vision placées en parallélisme à l'aide d'un petit écran ; pourvu d'une fente, le pignon (/") est mis en mouvement vers l'oculaire si l'on ji a affaire à un myope, vers l'objet s'il s'agit d'un hypermétrope ou successi- | vement dans les deux sens si l'on ignore l'état de la réfraction; on cesse dcj tourner au moment où les lignes sont vues le plus distinctement. Alors, parj« des mouvements de rotation du tambour, on détermine exactement le méri-iJ dien sous lequel l'image est la meilleure. L'orientation déterminée par une gra- I duation donne la direction de l'astigmatisme. Il suffit ensuite de compléter la^^j détermination en cherchant le punctum remotum des deux méridiens dissem- : blables. La différence entre les deux résultats représente la forme et le degré de l'astigmatisme. . p

Excellent pour la mesure de la myopie, cet instrument n'est pas aussi^l

avantageux lorsqu'il s'agit l'hypermétropie au delà de^:

6D; on n'a danscecasqu'unc approximation insuffisante.

B. Optométre binoculaire dc^fj Galezowski. — Cet appareil a été construit sur mes indications par l'habile opticien M.

Roulo t. L'instrument se compose de trois tubes rentrants • B, C, D, comme dans une lunette d'approche (fig. 429). A l'extrémité D se trouvent adaptés : 1° une coulisse E; 2° un tambour F composé de quatre disques,

Fig. 429. — Optométre binoculaire de Galezoswki.

KÉRAÏOSGOPIE OU DIOPTROSGOPIE.

et l'appareil binoculaire G. A l'extrémité A de l'appareil, on fixe ù volonté une image photographique microscopique, lorsqu'on veut choisir les lunettes pour la vision rapprochée et pour le travail. Dans ce but on remonte la coulisse E qui contient une lentille convexe 5 et qui se trouve de cette façon à la distance de 5 pouces de la photographie A. Il ne reste alors qu'à tourner successivement un des quatre disques du tambour F et à s'arrêter au moment où l'objet photographique est vu distinctement. Le numéro du verre qui se trouve marqué sur le tambour indique le numéro des lunettes pour le travail.

Lorsqu'on veut trouver les verres pour la vision au loin, on abaisse la coulisse E, on enlève la photographie A et en faisant regarder au loin on tourne successivement les quatre disques du tambour jusqu'au moment où la vision est nette. Le numéro qui se trouve en face du tube indique le numéro du verre nécessaire.

La partie antérieure binoculaire peut être facilement enlevée et remplacée par la lunette de Stocks ou de Snellen pour l'astigmatisme. De cette façon ce même appareil permet de choisir les verres cylindriques.

G. Opiométre de Parent. — L'optomètrc de Parent repose sur le même principe que ceux de Sous, de Badal faits antérieurement. Le tube optométrique contient une première lentille biconvexe fixe de 10 centimètres de foyer servant d'oculaire et une seconde lentille également biconvexe et de même foyer mobile, qui sert d'objectif. L'emploi de cet instrument exige un peu d'espace, 4à 5 mètres, et coûte un peu cher, mais ces inconvénients sont largement rachetés par la graduation décimale (un déplacement d'un centimètre correspondant à une dioptrie), parla netteté des images ducs à l'emploi de lentilles à long foyer, enfin par le relâchement facile de l'accommodation.

KÉRATOSCOPIE OU DIOPTROSCOPIE.

Ku 1874, Guignet de Lille a décrit sous le nom de Kmiioscopie un procédé très ingénieux servant à la détermination de la réfraction oculaire. Les travaux de nos élèves Mengin et Parent contribuèrent à vulgariser cette méthode aujourd'hui fort répandue en Angleterre et en France.

Ce procédé, qui date à peine de quelques années, a déjà reçu un grand nombre de noms. Landoltle nomme pupilloscopie, Viwont rétinoscopi'e, Chibert skiuscnspie (ax-la, ombre), Ziemenski rétinoskiacopie, et moi-même je préfère à toutes ces appellations le terme dioptroscopie, qui me semble bien indiquer le but de la détoi'mi nation.

La kératoscopie est une méthode d'observation basée sur les variations do forme, d'aspect et de situation que présentent à l'éclairage direct, suivant l'état de le réfraction de l'œil examiné, les ombres et les clTcts vus sur le disque pupillaire, quand on imprime au miroir réflecteur dos mouvements déterminés.

On trouvera dans noire Tmitd icono(jraphique d'ophlalmoscopie la description détaillée de la métiiode par lauleur lui-même. Mais le professeur Ghauvel ayant adn.irabloment résumé la question dans

OAI.EZOWSKI, 3° édit.

son Précis de ieœamen de la vision, nous lui empruntons sa description nette et claire :

Etal de la réfraction statique. — Si, placé à 60 centimètres environ de l'œil éclairé et fixant le disque rouge inlra-pupillaire, image du fond de l'œil, l'observateur imprime au miroir de Irgcrs mouvcmeus de rotation autour de son manche maintenu vertical, s'il fait doucement tourner ce manclie entre ses doigts, il déplace nécessairement le cône lumineux rélléchi par le miroir. Ce cône, qui se peint sur le visage du patient par un cercle lumineux de grandeur et d'intensité variables, se déplace latéralement.

Le cercle d'éclairage marche de gauche à droite, ou de droite à gauche, suivant le sens du mouvement de rotation du miroir; ces déplacements, rapportés à l'observateur, peuvent aller de sa gauche à sa droite, ou inversement. Ce sont des mouvements de latéralité dans quelque sens qu'ils s'exécutent. Si, pendant ces mouvements, l'observateur examine le disque rouge intra-pupillaire, il voit à un certain moment une ombre noire apparaître sur un des bords latéraux de ce disque, et progresser jusqu'à ce qu'elle l'ait complètement recouvert. Cette ombre marche de gauche à droite, ou de droite à gauche, elle apparaît d'abord sur le bord gauche du disque, progresse de gauche à droite jusqu'à atteindre son bord droit; ou bien au contraire, l'envahissant par la' droite, elle marche en sens inverse. Il vient un moment où le disque e^t à demi voilé par cette ombre, et par elle divisé en deux moitiés, l'une gauche, l'autre droite; l'une noire ou obscure, l'autre rouge. Si la moitié gauche du disque intra-pupillaire est noire, si elle est recouverte par l'ombre, pendant que la moitié droite reste rouge et éclairée, c'est que l'ombre marche de gauche à droite. Si la moitié droite du disque pupillaire est dans l'ombre, et la moitié gauche rouge et éclairée, l'ombre marche de droite à gauche. En résumé la partie noire ou obscure du disque pupillaire marque le côté d'où vient l'ombre; la partie rouge et éclairée montre le côté où elle va.

Ainsi deux phénomènes à constater : 1" Sens du déplacement du miroir, ou marche du cercle d'éclairage sur le visage et l'œil du patient; 2° Sens du déplacement ou marche de l'ombre sur le disque intra-pupillaire éclairé. Or ces deux phénomènes simultanés ne se présentent que dans deux conditions ; 1" le cercle d'éclairage et l'ombre pupillaire marchent dans le même sens, marche directe, ombre directe; 2° le cercle d'éclairage et l'ombre du disque pupillaire marchent en sens opposé, marche inverse, ombre inverse. Toute la kératoscopie se résume dans la constatation de cette marche inverse ou directe. Cette marche comparative du cône d'éclairage et de l'ombre pupillaire n'est pas seulement influencée par l'état de réfraction de l'œil en examen, elle l'est également par la nature du miroir réflecteur employé, c'est-à-dire par la direction des rayons lumineux constituant le cône d'éclairage. Nous donc successivement les phénomènes kératoscopiques produits par plan et par les miroirs concaves.

Kératoscopie avec le miroir plan. — Le miroir plan projette sur l'œil du patient un cône lumineux formé de rayons divergents. Le cercle d'éclairage est grand et peu intense, suffisant cependant pour qu'à la dislance d'un mètre et même plus, les phénomènes kératoscopiques soient encore nettement perceptibles. L'œil de l'observé doit être obliquement dirigé pour que la lumière tombe sur la rétine en dedans de la papille dont l'éclat est gênant pour l'obser-

»ar la direci étudierons )ar le miroir

l'œil du pa-

KÉRATOSCOPIE OU DIOPTROSCOPIE. 819

vation, en dedans de la tache jaune, dont la sensibilité entraîne un rétrécissement prononcé de l'ouverture pupillaire. Le regard de l'observé est dirigé sur un point éloigné; pour éviter la mise en jeu de l'accommodation l'observateur imprime au miroir de légers et lents mouvements de rotation sur son manche, de façon à obtenir des déplacements de latéralité du cercle d'éclairage.

Emmétropie. — A toute distance l'ombre kératoscopique est directe; elle est d'une intensité moyenne* et très nette.

Hypermétropie. — A toute distance également, l'ombre kératoscopique est directe; elle marche dans le même sens que le cercle d'éclairage ; elle est d'autant plus intense, d'autant plus nette que l'amétropie est plus prononcée.

Myopie. — Dans la myopie les phénomènes varient avec la situation du miroir par rapport au remotum de l'œil observé. De là trois conditions différentes.

a) Le miroir est au delà du remotum du myope ; l'image aérienne réelle et renversée du fond de l'œil éclairé se fait entre cet œil et le miroir; l'ombre kératoscopique est inverse, elle marche dans un sens opposé au déplacement du cercle d'éclairage.

b) Le miroir est au remotum du myope ; il n'y a pas d'ombre kératoscopique nette.

c) Le miroir est en deçà du remotum du myope, l'image renversée du fond de l'œil éclairé se ferait derrière le miroir; l'ombre kératoscopique est directe, mais peu nette et surtout peu intense, elle tranche à peine sur le fond rouge du disque pupillaire.

D'où nous concluons : avec le miroir plan à la distance d'un mètre, l'ombre kératoscopique directe indique l'emraétropie, l'hypermétropie, ou une myopie inférieure à 1 dioptrie : l'ombre kératoscopique inverse, une myopie supérieure à 1 dioptrie. Le diagnostic est posé.

Dt'termination du degré de myopie. — Nous avons vu que la myopie donne une ombre inverse, si le miroir est au delà du remotum; une ombre directe, si le miroir est en deçà du remotum ; pas d'ombre, si le miroir est au remotum même. De là un procédé facile et assez exact pour déterminer le degré de la myopie par la situation du remotum. Placé à 1 mètre de l'œil, l'observateur reconnaît une ombre inverse; lentement, il se rapproche du patient, étudiant toujours la marche de l'ombre, jusqu'au moment où cette ombre s'efface. Plus près de l'observé, elle devient directe; l'observateur recule, il note exactement .la position où l'ombre s'efface de nouveau. Mesurant la distance qui sépare son œil de celui de l'observé, il obtient la distance du remotum et le de^ré de la myopie. ^

Ce procédé, assez exact pour les myopies de 1 à o dioptries, est d'un emploi plus difficile pour les degrés plus élevés, car l'observation devient fort pénible sinon impossible, par suite du trop grand rapprochement de l'observateur et de l'image du fond de l'œil; de plus, les erreurs deviennent rapidement considérables.

Distinction de Vemmétropie. - Si l'on place devant l'œil observé un verre convexe de 1 dioptrie, on le rend myope de 1 dioptrie. L'ombre kératoscopigue est-elle devenue inverse (l'observateur placé à un mètre), l'emmétropie est démontrée : reste-t-elle directe, il s'agit d'une livpermétropie

Mesure de l'hypermétropie. — Faisant passer successivement devant l'œil, dans la lunette d'essai, la série des verres convexes, la lentille qui cliange roml)re Uératoscopique directe en une ombre inverse donne, à une dioptrie près, le degré de l'hypermétropie.

Mesure de la myopie. — Si le sujet est myope, on fait passer dans la lunette d'essai la série des lentilles sphériqucs concaves. Le verre le plus faible qui change l'ombre kératoscopiciuc inverse en une ombre directe donne à i dioptrie près le degré de la myopie.

Astisgmalisme. Diagnostic et mensuration. — On comprend qu'avec une observation attentive, on peut arriver par les procédés indiqués à reconnaîli v et à déterminer le sens et la nature d'un astigmatisme supérieur à 1 dioptrie. L'emploi successif des verres spliériques et cylindriques, placés dans la lunette d'essai, permet même de déterminer approximativement [le degré de l'amétropie. Mais cette détermination est très lente, peu précise, et ne nous a fourni que d'assez médiocres résultats.

■ Explication. — Le disque rouge que voit l'observateur dans l'examen de l'œil à l'éclairage direct est la partie du fond de l'œil éclairée par le miroir. Or, le fond de l'œil n'est vu que de deux manières : en image droite virtuelle, postpupillaire, dans l emmétropie, l'hypermétropie et la myopie faible quand l'observateur est en deçà du remotum ; en image i'enversée, réelle, anté-pupillaire, dans la myopie, quand l'observation se tient au delà du remotum; si l'on observe les déplacements que subit le cercle d'illumination rétinien, dans l'examen kératoscopique avec le miroir plan, en se servant d'un œil artificiel dont un écran translucide figure la rétine, on voit : qu'à toute distance, et quel que soit l'état de réfraction de l'œil, le cercle d'illumination rétinien m' déplace dans le même sens que le cercle d'éclairage sur le visage du patient. On voit également que Fombre qui vient le recouvrir à un moment donné marche dans le même sens que le cône d'éclairage. Si le fond de l'œil est vu en image droite, l'observateur perçoit les mouvements du cercle d'illumination rétinien et de l'ombre qui vient le recouvrir dans le sens où ils se font réellement. Donc dans l'emmétropie, l'hypermétropie, la myopie en deçà du remotum : ombre directe. Si, au contraire, le fond de l'œil est vu en .image renversée, l'observateur perçoit les mouvements de l'ombre qui vient recouvrir le cercle d'illumination rétinien, en sens opposé à leur marche réelle, tels qu'ils se font sur l'image renversée : donc dans la myopie, au delà du remotum, ombre inverse. Le miroir plan imprime aux rayons lumineux qu'il réfléchit la même direction que s'ils provenaient d'un foyer situé derrière lui, à la même distance qui le sépare de la lampe, source de lumière. Le sommet du cône lumineux, qui pénètre dans l'œil, se déplace par conséquent en sens inverse du miroir, et le cercle d'illumination rétinien dans le même sens que le corclc d'éclairage.

Kdratoscopie avec le miroir concave. — Le miroir concave ordinaire (22 a 30 centimètres de longueur focale) projette sur l'œil du patient un cône lumineux formé de rayons convergents, tant que la source de lumière en est plus éloignée que sa distance focale. L'examen kératoscopique devant se faire à l'",20, 1 mètre, ou au moins à 60 centimètres, ces rayons convergents s'entrecroisent avant de pénétrer dans l'œil. Le cercle d'éclairage est assez intense pour que l'observation soit possible jusqu'à l'",20 environ. Même situation

KÉRATOSCOPIE OU DIOPTROSGOPIE. 82J

de l'œil observé qu'avec le miroir plan regard au loin; déplacements de laléralité du cercle d'éclairage.

Emmélropie. — Dans les limites de distance déterminées, l'ombre kératoscopique est inverse; elle marche en sens inverse du cercle d'éclairage, elle est peu intense, très claire.

Hypermétropie. — Dans les mêmes limites de distance, l'ombre kératoscopique est inverse également; elle est d'autant plus intense, d'autant plus nette que l'amétropie est plus forte.

Myopie. — Les phénomènes varient avec la situation du miroir et parconsciquent de l'observateur, par rapport au remotym de l'œil observé. Si le miroir est ail delà du remotum l'ombre kérastocopique est directe; si le miroir est au remotum, pas d'ombre nette ; si le miroir est en deçà du remotum, ombre kératoscopique inverse, mais peu intense, très claire.

D'où nous concluons : avec le miroir concave à la distance d'un mètre, l'ombre kératoscopique inverse indique l'emmétropie, l'hypermétropie, ou une myopie inférieure à une dioptrie; l'ombre kératoscopique directe indique une myopie supérieure à une dioptrie. Si l'observateur se tient à 1™, 20 maximum d'éloignement possible, il peut reconnaître la myopie d'une dioptrie.

Détermination du degré de myopie. — Elle est moins aisée et inoins précise (fu'avec le miroir plan, l'observateur, en effet, ne perçoit nettement l'ombre kératoscopique directe du myope, que si l'image aérienne, réelle et renversée, est dans les limites du parcours de sa vision distincte. Lorsque cette image vient entre son proximum et le miroir, elle cesse d'être nette, et la marche do l'ombre devient plus difficile à préciser; avec de Thabitudo, on parvient cependant k déterminer avec une certaine justesse le moment où l'ombre kéi^atoscopique diminuant d'intensité et do netteté indique que l'image renversée passe en deçà du proximum de l'observateur, mesurant la distance qui sépare les deux yeux et en retranchant la distance de son proximum, le médecin en déduit la situation du remotum du patient et le degré approximatif de son amétropie.

Pour la distinction de l'emmétropie, de l'hypermétropie et de la myopie faible, pour la mesure des amétropios par le passage des verres sphériques ou cylindriques soit dans la lunette d'essai, soit en arrière du miroir, il suffit de se reporter aux explications de la kératoscopie avec le miroir plan.

Explication. — Répétons que le fond de l'œil éclairé ne peut être vu par l'observateur qu'en imagée droite (eramétropie, hypermétropie, myopie en deçà du remotum) ou en image renversée (myopie au delà du remotum). Si l'on observe les changements de situation et d'aspect que subit le cercle d'illumination rétinien dans l'examen kératoscopique avec le miroir concave, aux distances indiquées, on voit : que, quel que soit l'état de réfraction de l'œil, le cercle d'illumination rétinien et l'ombre qui vient le voiler marchent en sens inverse du déplacement du cercle d'éclairage sur le visage du patient. Si le fond de l'œil est vu en image droite, l'observateur perçoit les déplacements, tels qu'ils se font réellement. D'où dans l'emmétropie, l'hypermétropie, la myopie en deçà du remotum, omère inverse.

■ Si au contraire le fond de l'œil est vu en image renversée, l'observateur perçoit les mouvements de l'ombre qui vient cacher le cercle d'illumination rétinien en sens contraire à leur marche réelle, puisqu'il les observe sur

l'image renversée, donc, dans la myopie, au delà du remotum, ombre k&ratos- Gopique directe.

Le miroir concave concentre les rayons lumineux émis par la lampe en un point placé en avant de lui, point qui devient en réalité la source de lumière éclairante. Les rayons partis de ce point vont former le cercle d'illu-

Fig. 430.

mination rétinien. Or, pendant que le cercle d'éclairage se déplace dans un sens, le cercle d'illumination rétinien se déplace en sens oppose.

Nous ajoutons à cette description les explications données par C. Parent.

Quand, nous plaçant à 1 mètre de distance environ, nous éclairons œil avec un miroir concave MN, de 25 centimètres de foyer par exemple (fig. 4JUi, IP^ rayons après s'ôtre entre-croisés aupoint F forment un cercle de diffusion

KÉRÂTOSCOPIE ou DIOPTROSCOPIE. 823

guy; une partie de ces rayons pénètrent dans la pupille de l'œil observé ; ce sont ceux qui appartiennent au cône qui a pour sommet le point F et pour base la pupille de l'œil observé. Des rayons qui composent ce petit cône, considérons seulement le rayon central ou axial Fa. Le point aserale point central de la partie éclairée delà rétine, c'est-à-dire que nous aurons en a l'image de la flamme éclairante plus ou moins nette ou diffuse, selon l'état de réfraction de l'œil examiné. Si maintenant nous faisons pivoter le miroir MN autour de son axe vertical, il prend la position M'N'. Le cercle de diffusion devient x'y', et a' F' est l'axe du petit cône de lumière qui pénètre maintenant dans l'œil. Ce qui revient à dire que le cercle d'illumination (1) a ma,rché en sens inverse du miroir, ou, ce qui est tout un, en sens inverse du disque de lumière projeté w'y'. Alors que ce disque de lumière s'est déplacé de gauche à droite, le cercle

Fig. 431.

d'illumination sur la rétine a marché de droite à gauche. Il en résulte que toutes les fois que nous verrons la rétine en image droite (condition réalisée dans TH., l'E. et même dans la M. faible, quand l'observateur est placé en deçà du punctum remotum), nous verrons ce cercle d'illumination et l'ombra qui l'entoure (due à la partie non éclairée de la rétine) marcher comme ils marchent en réalité, c'est-à-dire en sens inverse du miroir concave.

Le rapport contraire existera avec l'image renversée de la myopie moyenne et forte. Ce cercle d'illumination et l'ombre qui le limite marchent en réalité sur la rétine en sens inverse ; mais par suite du renversement de Vimage réti-

(I) L'expression cercle d' illumina fmi sert ici à désigner la partie éclairée de la rétine; l'expression n'est donc pas rigoureuse, car l'image de la flamme éclairante sur la rétine n'est jamais exactement circulaire, même dans le cas d'amétropie très forte ; mais il suffit que le lecteur sache de quoi il s'agit.

nienne, <lù à la rnyo|ii(% nous los verrons marcher dans le môme sens que le miroir ou que le discjuc de lumière projetée?.

I^s ligures 431 el 432 représentent la marche de l'ombre par rappcjrl au mouvement du disque de lumière projetée; la ligure 431 représente le i)héno. mène dans un œil II; on voit que lorsque le disque de lumière {?e déplace dç gauche iïdroit.eet occupe successivement les positions a; j/, x'y', x"y", l'omhre marche on sens inverse et s'arrête successivement en o o, en o'o', puiseno"o". La figure 432 représente ce qui se passe avec l'œil myope ; lombrc suit i« mouv(>ment du disque de lumière; elle marche dans le mémo sens.

On pont l'aire très simplement Texpérience en prenant un hypermétrope

Fig. 432.

qui donnera d'abord l'ombre marchant en sens inverse du miroir, puis ou rend myope cet œil hypermétrope en le faisant accommoder pour un objet placé à 20 centimètres ; on voit alors l'ombre marcher dans le même sens. On vérifiera également ces faits en plaçant alternativement devant un œil emmétrope des verres concaves et des verres convexes.

Avec le miroir plan qui donne des rayons directs, sans entre-croisement préalable (voy. flg. 433), le cercle d'illumination sur la rétine marche dans 1q même sens que le miroir, ou dans le même sens que le disque de lumière pror jetée. Les phénomènes sont donc inverses; le jeu d'ombre et de lumière que l'on obtient avec un miroir plan chez un myope est par suite identique au jeu d'ombre et de lumière que l'on obtient avec un miroir concave chez un hypermétrope, et vice versa. La figure est trop simple pour avoir besoin i\c commentaires ou d'explications.

En outre, l'ombre est d'autant plus foncée et sa marche d'autant plus lente ({ue l'amélropie est plus prononcée.

De ces deux caractères, le premier lient à Im' (juo le grossissement de

KÉRATOSCOPIE OU DIOPTROSCOPIE. 825

1 image virtuelle de TH. ou de l'image réelle du M. est d'autant plus faible que rhypermétropio ou la myopie atteignent un degré plus élevé. La même quan-

Fig. 433.

lité de lumière et d'ombre étant répartie sur une image de surface moindi e, il en résulte que la partie éclairée est plus éclatante, la partie ombrée plus foncée.

Lo deuxième caractère est dû à ce que l'amplitude du déplacement de l'image est également d'autant plus faible que le degré d'amétropie est luimôme plus élevé. Que l'on ait une image réelle de myopie forte, le phénomène sera le môme. C'est un fait bien connu pour le déplacement des vaisseaux - il est donc vrai aussi pour le cercle d'illumination et l'ombre qui le limite.

Ce jeu d'ombre et de lumière une fois bien compris pour le M. et pour l'H. rien n'est plus aisé que de diagnostiquer avec lui l'As. ' ;

a) Si l'As, estmyopiquc simple, c'est bien facile, car dans le méridien cm- h métrope on a une ombre légère marchant en sens inverse et dans le méridien r * myope une ombre (plus ou moins foncée, selon le degré de myopie) qui mar- 1,5! che dans le même sens que lo miroir.

b) L'As, hypermétropique simple ne présente pas plus de diniculté : dans le méridien emmétrope, l'ombre est légère et marche en sens inverse ; dans le méridien hypermétrope elle marche aussi en sens inverse, mais elle est beaucoup plus foncée et d'autant plus foncée que le degré d'hypermétropie *| ; est plus élevé. L

Si l'on a le moindre doute, on met devant l'œil convexe; le méridien ' | 1 emmétrope est alors myope ; il a son punctum remotum à 1 mètre, et, en nous ^fc^i plaçant à 1"',20, nous verrons l'ombre marcher dans le même sens que le^ 1 miroir, en faisant pivoter celui-ci dans la direction de ce méridien. Quant à l'autre méridien qui était hypermétrope, si son hypermétropie était supé- rieure à 1"^, il est encore hypermétrope et fournit, en conséquence, une ombre plus ou moins foncée marchant en sens inverse. Si, au contraire, son hypermétropie était de 1^ seulement, il est devenu emmétrope et fournit également une ombre légère en marchant en sens inverse. Il y a donc ici un jeu d'ombre contradictoire et preuve absolument certaine de l'As, avec indication nette de «|iè la direction des deux méridiens principaux.

c) Avec l'astigmatisme myopique composé on ferait l'inverse. On met de vunt l'œil le verre concave qui rend emmétrope le méridien le moins myope; :li|o l'ombre marche alors en sens inverse du miroir dans ce méridien, tandis que f fU l'ombre continue à marcher dans le même sens que le miroir dans l'autre méridien. Je prends un exemple ; soit un astigmatisme myopique composé : méridien vertical V V — 12^, méridien horizontal H H' — 8^.

On se met àl'",20: l'ombre marche dans le même sens que le miroir dans les deux méridiens; donc les deux méridiens sont myopes. On place ensuite successivement dans la lunette d'essai des verres concaves de plus en plus forts, jusqu'au moment où l'ombre commence à marcher en sens inverse dans le '|||( méridien horizontal; ce dernier est alors emmétrope ou à peu de chose près; on a donc transformé l'astigmatisme myopique simple. Il ne reste plus qu'à mettre dans la lunette des cylindres concaves à axe horizontal jusqu'au moment où l'ombre apparaît aussi en sens inverse dans le méridien vertical. Les deux méridiens sont alors rendus emmétropes; il n'y a plus d'astigmatisme.

d) Dans l'As, hypermétropique composé, procéder comme il suit. Soit méridien V Y' H- 2^ et H H'-|-4'i. L'ombre marche partout en sens inverse, mais elle est plus intense suivant H H que suivant VV.

Avec -{- 5<i il y a surcorrection et l'ombre marche dans le même sens dans les deux méridiens principaux; avec + 4^, H H' est emmétrope et donne une ombre légère marchant en sens inverse du miroir, tandis que VV devenu

KÉRATOSCOPIE OU DIOPTROSCOPIE. 827

nyopc de 2^ à cause du verre sphérique -f- 4*, donne maintenant une ombre narchant dans le même sens. J'ajoute cyl. — h axe horizontal. Le cyl. est iisuffisant, car l'ombre marche encore dans le même sens que le miroir; il y I encore delà myopie, suivant VV.

Je mets cyl. — 2^ qui me donne, suivant; VV, une ombre légère marchant ■n sens inverse du miroir, ainsi que je l'ai déjà suivant H H' ; l'astigmatisme •st donc corrigé.

e) Soit l'astigmatisme mixte méridien V V — 2'i et méridien HH' + 3^. Je •onstate tout de suite que le jeu d'ombre et de lumière du méridien vertical ■st inverse de celui du méridien horizontal. En effet, suivant VV qui est nyope, l'ombre marche dans le même sens que le miroir, tandis que suivant IH' qui est hypermétrope elle marche en sens inverse. Avec sph. 3^, les deux néridiens sont myopes ; l'ombre marche partout dans le même sens ; il y a lonc surcorrection.

Avec sph. — 2^, elle marche en sens inverse du miroir, suivant H H', qui ^st maintenant corrigé.

J'ajoute cyl. — 3^k axe horizontal. Il est insuffisant ; l'ombre marche encore lans le même sens que le miroir, suivant VV.

Je mets cyl. — i^; alors l'ombre marche aussi en sens inverse, suivant VV, hsolument comme suivant H H'. L'astigmatisme a disparu.

Je recommande, pour cette détermination, de se placera 1™,20 de Vœil observé. )e cette façon, il est mathématiquement impossible de commettre une erreur le 1^, car toute erreur de donnerait, àl mètre de distance, l'image réelle ■I renversée de la rétine, et, en conséquence, le cercle d'illumination et 'ombre qui l'entoure marcheraient dans le même sens que le miroir (carac- ( re de la myopie) .

Avec la kératoscopie, la détermination des méridiens principaux est aisée, ^uand on fait la correction avec les cylindres, en deux tours de miroir on voit ont de suite si la correction est parfaite, si le cylindre est trop fort ou trop iiible, si son inclinaison laisse ou non à désirer.

Quant à juger du degré de l'amétropie par la plus ou moins grande intensité le l'ombre, cela n'est possible que dans de certaines limites; on commet linsi des erreurs de plusieurs dioptries. // faut absolument les verres pour arrier à quelque précision.

On le voit, la méthode dioptroscopique a une grande valeur et peut rendre ic grands services dans la pratique pour distinguer rapidement la variété l'amétropie en cause, ou lorsqu'on opère sur des enfants ou des personnes 'épondant mal aux autres méthodes d'examen. Mais le genre d'amétropie reconnu, la dioptroscopie nous paraît moins précieuse pour en préciser le degré ît, comme nous le déclarions dans notre Traité iconographique d' ophthalmos- ',opie, elle ne remplacera jamais l'examen par les verres et les échelles typoj;iaphiques.

LUNETTES

r.HAPITRE V

LUNETTES

Elles se composent de deux parties, verres et montures.

I. Verres de lunettes et conserves. - Ils ont pour but de modifier la direction des rayons lumineux et de rendre la vision plus nette. On emploie à cet ofTei diflerentes sortes de lentilles, sphériques ou cylindriques, convexes ou concaves et des verres prismatiques.

Les verres sphériques employés pour les lunettes peuvent avoir des formes très variées : biconvexes (1), plan-convexes (II) et concavo-convexes flll fig. 434); biconcaves (I), plan-concavos (II), concavo-convexes (III, «g. 435j. '

Fig. 434. — Formes diverses de lentilles Fig. 435. — Formes diverses de lentilll sphériques convergentes (*). sphériques divergentes (**).

Les verres cylindriques sont : bicylindriques concaves ou convexes et plaiT cylindriques concaves ou convexes. A ces formes on doit ajouter des combinaisons très nombreuses qui résultent de l'usage des verres cylindriques joints aux verres sphériques. C'est ainsi qu'étant donné un verre cylindrique quelconque, on fait tailler sa surface plane pour le rendre sphérique convexe ou concave de la puissance indiquée par chaque cas particulier.

Pour qu'un ophtalmologiste puisse choisir pour son malade les lunettes convenables, il est indispensable qu'il possède une trousse contenant des séries plus ou moins complètes de verres sphériques, cylindriques et prismatiques. Voici à peu près la composition d'une de ces boîtes à lunettes (1) :

1° Série double de verres convexes sphériques :

2° Série double de verres concaves sphériques, comprenant exactement les numéros de la série précédente.

3° Série simple ou double de verres cylindriques convexes et concaves se composant des numéros ci-après :

(1) On trouve ces boîtes à Paris, chez Roulot, 58, quai des Orfèvres.

(*) I, lentille biconvexe; II, lentille plan-convexe ; III, ménisque convergent. (') I, lentille biconcave ; II, lentille plan-concave ; III, ménisque divergent.

LUNETTES. ^"^^ 40 Série simple de verres prismatiques à des degrés différents : 10; 2°; 3°; 4°; 5°; 6°; 7°; 8; 10°; 12°.

50 Une série de verres de différentes teintes pour les conserves, une collecon de verres de couleur, un verre dépoli et un verre demi-dépoli.

6° Une plaque métallique pleine; une autre avec un trou central très fin; Ue lunette sténopéique de Donders; un porte-lunette simple, un divisé et ne pince à tourmaline.

En parlant des différentes anomalies de réfraction et d'accommodation eus avons indiqué les moyens d'après lesquels on arrive à choisir les lunettes onvenables.

Ajoutons que les verres qu'on essaye sont fixés dans un porte-lunettes pour tre placés devant les yeux. Le nouveau porte-lunettes construit, sur mes indiations, par la maison Roulot (flg. 436), présente des avantages incontestables,

Fig. 436. — Porte-lunette pour essayer les verres.

. ant au point de vue de la rapidité que de l'exactitude de l'examen. Chaque 33il de la monture peut recevoir deux verres, l'un sphérique et l'autre cylin- Irique. Le premier se place en arrière dans un cercle demeurant fixe. Le -econd se place en avant dans un cercle muni d'un bouton faisant saillie. Après avoir di^osé le verre cylindrique dans ce cercle, l'examinateur ou le naïade lui-même saisit le petit bouton et imprime au cercle un mouvement le rotation jusqu'à ce que l'axe du verre soit placé dans l'inclinaison voulue, 'est-à-dire que la vision soit rendue la meilleure possible.

On n'a plus alors qu'à exprimer le degré d'inclinaison qui se trouve inliqué en chiffres sur un demi-cercle situé en bas de la monture et diAâsé lie 0° à 180.

Il nous reste encore à ajouter certaines explications importantes sur les onditions que doivent remplir de bonnes lunettes; elles se rapportent à la [ualité du verre, sa forme et son ajustage.

1° Quelle est la matière dont on fait les verrez de lunettes? — Les verres de lunettes doivent être fabriqués avec une matière bien pure, exempte de tous tils ou stries, de graisse ou de bulles. On se sert à cet effet du verre extrablanc ou du cristal de roche.

Le verre le plus pur et le meilleur pour les lunettes est le crown-glass ou

LUNETTES

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verre exlra-blanc, composé de boro-silicate de potasse et de chaux, dont la pesanteur spécifique est entre 2,50 et 2,59.

Le cristal de roche (quartz hyalin, pebbles des Anglais), soit hyalin primitif, soit en prismes hexaèdres de Madagascar et du Brésil, constitue une excellente matière pour les verres de lunettes, mais à la condition absolue que chaque verre soit coupé perpendiculairement à l'axe du prisme. Taillé dans le sens i contraire, il donne une double réfraction qui est excessivement fatigante et J nuisible pour la vue. '

Les lunettes de cristal de roche présentent quelques avantages sur le crown- -m glass. Elles ne se rayent pas aussi facilement que le verre, ne prennent para l'humidité, ce qui est très important pour les personnes portant constamment des lunettes, et qui sont forcées de les essuyer en sortant, en hiver, d'un endroit chaud au dehors, et vice versa. Avec la pince à tourmaline on reconnaît si la lentille est en verre ! ou en cristal de roche, et si ce dernier est bien taillé. Ce pe- ■ tit appareil se compose de deux plaques de tourmaline A, PF; (fig. 437), parallèles à l'axe, enchâssées chacune dans un ; disque métallique. Elles sont fixées aux extrémités d'un ressort contourné en forme de pince, et destiné à appliqueM les plaques l'une contre l'autre. Chacune d'elles peut aus^ tourner autour de son axe. Après avoir croisé les deux plaques de manière à avoir le champ sombre, on place en elles le morceau à éprouver, et l'on dirige l'instrument vers la fenêtre. Si c'est du cristal de roche, la lumière se dép larise et la clarté revient; si c'est du verre, le champ re sombre. Si le morceau est taillé perpendiculairement à 1' du cristal, comme cela doit être, on voit de magnifiques anneaux colorés; si le cristal est mal taillé, on ne voit point ces cercles.

Quant au verre flint-glass, composé de boro-silicate de plomb, il a une force ■ dispersive très grande, et décompose très sensiblement la lumière en produisant le phénomène d'irisation. Il est en outre très tendre, son poli résiste à peine aux frottements. Pour ces raisons on ne s'en sert^ point pour les ■ lunettes.

Pour transformer une plaque en une lentille optique, on use chaque surface du verre avec de l'émeri mouillé, soit dans des bassins en cuivre pour les verres convexes, soit sur des calottes appelées balles pour les lentilles C( caves. Le corps usant ou émeri est de, l'albumine à l'état de corindon, à de l'oxyde de fer, de différents degrés de finesse, depuis 1/2 ramute ou gr® jusqu'au 5, 10, 30 et 60 minutes; ce dernier est extrêmement fin et sert doucir la lentille, après quoi une feuille de papier spécial est collée sur 1 ou) et ce papier recouvert de tripoli est mis en contact avec la lentille et lerniin'

le polissage. vpai^ 2° Comment reconnaître qu'un verre est vlan, convexe ou concave? - Un ''^«pii est sans aucune courbure et plan, si en le remuant devant notre œil nous«r, ne voyons point les objets que nous fixons se déplacer.

(.) A et P, disques métalliques daus lesquels sont oachâssées des tournialiues parallèles à Taxe. pt,,

Fig. 437.

Pince à tourma Unes (*).

IJ

LUNETTES. 831

On reconnaît, au 'contraire, qu'un verre est convexe lorsque, en le remuant devant notre œil, nous voyons les objets se déplacer en sens inverse du mouvement de la lentille : ainsi les objets remontent pendant que le verre descend et vice versa.

Dans le verre concave, le déplacement de l'objet se fait dans le même sens que le mouvement du verre.

3° Comment peut-on reconnaître qu'un verre estsphérique ou cylindrique? — En tournant un verre sphérique autour de son axe pendant qu'on regarde à travers ce verre un objet quelconque, on voit que ce dernier ne change pas de forme ni de netteté. Dans le verre cylindrique, la courbure n'existant que dans un seul diamètre, on comprend qu'en tournant le verre autour de son axe, nous verrons tantôt l'objet naturel et net, tantôt allongé ou élargi et |)I.us trouble.

4° Cojmnent reconnaître le numéro d'une lentille? — Le numéro d'une lentille ndique la longueur de son foyer, et il suffit, pour une lentille forte, de délinir la distance à laquelle se produit l'image d'un objet éloigné, pour qu'on en sache le numéro. Mais dans des lentilles faibles, cette mensuration devient difficile. On obtient, au contraire, ce résultat au moyen de neutralisation complète d'un verre convexe quelconque par une lentille concave de même force. Le numéro du verre qui a servi pour la neutralisation nous indique quel est le degré de réfraction de celui que nous examinons.

Exemple : Un hypermétrope se présente avec des lunettes convexes dont nous voulons connaître exactement le numéro : par expérience on reconnaît a première vue si c'est un verre fort ou faible on prend donc approximativement un verre fort ou faible concave, supposons - 2 Dioptries, que l'on place sur un des verres des lunettes, et on remue les verres ainsi superposés devant l'œil. Si l'on neutralise complètement la réfraction et que les obiets vus a travers les deux verres, ne bougent point, nous disons que le malade porte les lunettes -{-2 D convexe, puisque 2 D concave l'a complètement neutraise. Si l'on n'obtient pas la neutralisation du premier coup, on cherche parmi les verres plus forts ou plus faibles celui qui résout le mieux ce problème

A part les verres bisphériques convexes ou concaves, on peut encore employer, pour les lunettes, les lentilles bicylindriques dont les axes se croi^ sent, plan-sphériqucs et les ménisques.

Les lentilles plan-convexes ou plan-concaves présentent plus d'aberration que les bisphériques c'est pourquoi elles ne sont point employées pour les lunettes Les lentilles bicylindriques, dont les axes se coupent, peuvent être surtout recommandées pour la lecture. L'action dioptrique de ces verres est presque égale, d après Donders, à celle des verres sphériques; mais ils présentent cet avantage qu'étant tournés vèl^s l'œil par la surface à axe vertical, ils donnen un espace très étendu dans le sens horizontal. ^onnem

tablo^rir '''"""^''''^ présentent cet avantage incontes-

table sur les autres, qu'ils altèrent moins les images quand l'œil regarde obliquement et de côté. Wollaston attira le premier l'atLition su cef lune te^^^ qm depuis portent le nom de périscopiques (de ..p..c.eTv, regarder autour ' Le seul inconvénient qu'elles peuvent présenter, c'est qu' 1 eft difficHe d en ^ ndiquer exactement le numéro, et que dans les verres tr s forts elles auraien" un poids beaucoup plus grand que les autres.

832 LUNETTES

Les verres prisinatiqiios servent fjour his lunettes dans 'des cas particuliers de déviation des yeux; grAcc, aux travaux remarquables de Donders et de de Grael'e, on a su profiler de ces verres pour rendre possible la vue binoculaire des yeux déviés. On place habituellement la base du prisme en dedans dans la déviation de l'œil au dehors, et vice versa. En étudiant le strabisme, nous verrons quel service peuvent rendre ces lunettes,

Au lieu de verres prismatiques, Donders et Giraud-Toulon ont conseillé l'usage des lenlilles dixeniréea. Ces lunettes sont construites de manicre que la portion excentrique des deux lentilles soit placée en lace du centre ojjtique de l'œil. Ainsi, dans les verres convexes, le centre du verre se trouvera en dedans de l'axe visuel, tandis que dans les lentilles concaves le contraire aura lieu.

II. Monture des lunettes. — Elle se compose de trois parties : 1° de deux cercles ronds ou ovales à rainures dans lesquels sont enchâssés les verres; 2° d'une arcade réunissant les deux cercles, et qui repose sur le nez; elle a la forme de deX ou d'un demi-cercle ouvert en bas; 3° de deux branchr-s latérales s'articulant avec les cercles et qui fixent les lunettes contre \r< tempes et au-dessus de l'oreille.

On comprend facilement que les mêmes montures ne peuvent pas servir à tout le monde ; il faut qu'elles soient proportionnées à la saillie plus ou moins prononcée du nez, et à l'écartement des yeux; autrement elles pourraient amener une fatigue plus ou moins grande.

Voici quelles sont les conditions d une bonne monturê de lunettes : les i cles doivent être d une grandeur moyenne, plutôt grands que petits, et d'une forme ovale. Pour les enfants les verres ronds conviennent mieux. L'arcade s'ajustera à la courbure du nez, elle sera d'une longueur telle que les verres ne subissent pas de mouvement latéral, et que leurs centres soient en rapport des deux axes visuels. Les branches latérales auront, soit une brisure, suit un crochet pour se tenir derrière l'oreille, sans quoi les lunettes glissent sur le nez, s'éloignent des yeux et rendent le travail fatigant (fîg. 438).

Fig. 438. — Mouture américaine des lunettes.

Toutes ces conditions sont surtout indispensables à ron)i>lir chez les myopt-s, et je pourrais citcîr un fait qui prouve jusqu'à quel point la monture joue un rôle important dans les lunettes. Un malade, M. le comte P..., vint me consulii i en 1868 pour ses yeux; il racontait qu'ayant eu ses lunettes cassées dcj)uis deux mois, il ne pouvait pas trouver celles qui lui convenaient. Cet accident lui arriva en Allemagne, et il i)orla immédiatement les débris do verre chez

LUNETTES

[ opticien de la ville pour qu'il lui fît une nouvelle paire de lunettes. Le malade était myope et portait n° 10 concave depuis plus de quinze ans. Les nouvelles ne lui convenaient point; il alla consulter un ophthalmologiste qui lui prescrivit n" 8 concave, mais ce choix ne fut pas plus heureux. Deux mois > 'étaient écoulés dans des consultations diverses lorsqu'il vint me voir. Je me .uis convaincu facilement que le n° 10 concave lui convenait le mieux; ayant rouvé l'arcade de ses lunettes trop longue et les verres trop écartés, je l'ai recourbée séance tenante, et le malade retrouva sa vue naturelle.

Au lieu de lunettes, on se sert de divers autres genres de montures, et notamment de pince-nez, de binocle ou face droite, et de monocle. Parmi les pince-nez, les meilleurs sont ceux qui remplissent le mieux les conditions de fixité tout en ayant le ressort le plus doux possible. Pour cela il faut que les points d'appui sur l'aile du nez soient pris sur une base très large. En outre les ressorts carrés sont les plus recommandables pour leur douceur et leur Mjlidité.

Fig. 439. — Pince-nez américain.

Enfin, dans certains cas, on se sert de loupes à lire (readding glasses) que l'on promène devant l'imprimé et autres objets fins qu'on veut voir.

Toutes ces montures se font en acier, en or ou en argent, en aluminium, Il écaille; elles doivent être légères et solides en même temps.

B. Conserves. — Les conserves sont aussi un genre de lunettes, dont le l)ut est de protéger les yeux contre une lumière trop vive ou contre les corps (■ trangers.

Pour atténuer l'effet de la lumière trop vive, on se sert de verres-plans différemment colorés. Quatre couleurs différentes sont surtout employées dans ( e but : bleu, vert, neutre ou enfumé et jaune.

La teinte bleu cobalt doit être spécialement employée lorsqu'il s'agit d'atténuer l'effet d'une trop vive et éclatante lumière, ou lorsqu'il faut remédier aux symptômes chromatiques morbides de l'œil, tels que photophobie, pholopsie, chrupsie, etc. Le verre bleu cobalt absorbe en grande partie les rayons nrangés, verts et jaunes de la lumière solaire, qui sont les plus gênants pour la vue délicate. C'est pourquoi nous le recommandons plus spécialement : I " dans les rétinites et les choro'idites accompagnées de photophobie, pholopsies, etc.; 2° lorsqu'il faut associer l'effet salutaire des verres colorés aux vciTcs concaves ou convexes.

Je ne conseille l'usage des conserves vertes ou jaunes que lorsqu'il s'agit d'une atonie ou d'un affaiblissement de la sensibilité rétinienne dans le cas d'atrophie de la papille. Ces conserves, en effet, laissent passer une grande quantité de rayons jaunes et orangés, qui excitent la rétine plus que tous les autres rayons. Or, dans l'atrophie de la membrane nerveuse, la lumière du GALEzowsKi, 3° édit. 53

LUNETTES

soleil est par trop vive pour que l'œil malade puisse la supporter; les lunettes vertes, au contraire, en adoucissant la lumière, deviennent d'autant plus utiles que les rayons jaunes, qui passent en abondance par ces verres, sont ceux qui se voient le mieux par la rétine atrophiée. '

Les yeux congestionnés et rouges atteints d'iritis, de kératite, se trouveront bien, surtout dans les pays chauds, de l'usage des conserves à verre d'urane qui absorbe plus que tout autre verre les rayons caloriques.

Les conserves de teinte neutre ou fumée avec une légère teinte bleuâtre j ont été mises en pratique par l'opticien Chevalier. Quoiqu'on ait beaucoup p de difficulté à obtenir une bonne teinte neutre sans aucune nuance de jaune, on peut dire pourtant que, grâce aux elïorts constants de nos opticiens, nous ■ | possédons aujourd'hui la nuance la plus pure bleu noir, ou ce qu'on appelle tij teinte neutre. H

On prescrira cette teinte lorsqu'il sera indiqué de diminuer la quantité des rayons lumineux sans changer leur couleur, par exemple dans le cas d'opacité -j| du cristallin, et en général dans toutes les formes de photophobie.

Le docteur Fieuzal recommande quelquefois les conserves jaunes.

On se sert, pour les conserves, soit d"un verre plan d'un grand format, soit.t de verres bombés comme les verres de montre. Ces derniers embrassent l'œiM dans les parties latérales, et garantissent mieux que les verres plans contre > l'action irritante de la lumière et de l'air vif.

Pour mieux préserver les yeux de l'effet nuisible de la lumière latérale, on ' ajoute sur les côtés des lunettes des goussets en crêpe ou en taffetas noir et : en toile métallique. Cette dernière forme de conserves porte le nom de lunettes * de chemin de fer. . .

Pour les ouvriers qui travaillent dans les mines, dans les carrières de pierre,?, on recommandera l'usage des lunettes en verre plan non teinté. D'après s le conseil du docteur Cohn, on peut se servir avec avantage dans ce but des s lunettes en mica, qui présentent cet avantage que les éclats de pierre ne les > ' cassent pas et n'entraînent pas d'accidents. .

Les lunettes de Franklin se composent de deux moitiés de verre placées si dans chaque cercle de monture et ayant chacune une réfringence différente, i Franklin, qui avait une myopie de 1/20, les inventa pour son usage, lorsqu'au ' rivé à un certain âge il devint presbyte ; depuis elles portent son nom. On peut i les employer avec un grand avantage chez les personnes fortement myopes qui ! ont besoin de deux sortes de lunettes : un verre plus faible pour lire, et un -| verre plus fort pour voir au loin. aH

Les lunettes sténopéiques de Donders et les lunettes panoptiques de Serr^ (d'Uzès) ne peuvent aujourd'hui avoir qu'une application restreinte. Les f premières sont faites en une coque métallique percée d un trou au milieu; les j secondes sont aussi métalliques avec un trou au centre, mais elles sont planes | au lieu d'être creuses comme les précédentes. Leur usage peut être quelque- |i fois recommandé pour la lecture chez des personnes atteintes d'opacités centrales de la cornée.

QUINZIÈME PARTIE

MUSCLES DE L OEIL

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