PÉRIOSTITE, CARIE ET NÉCROSE DE L'ORBITE
mier une description caractéristique et d'avoir mis en relief un symptôme important de ces lésions : celui d'une tuméfaction circonscrite sur laquelle nous allons revenir.
Au début, qu'on soit en présence d'une carie ou d'une périostite, la maladie se révèle par des douleurs très vives à la pression, par des céphalées à exacerbations nocturnes, par des étourdissements légers mais fréquents. Puis, la paupière gonfle, augmente de volume sans augmenter de sensibilité, en même temps qu'apparaît une tumeur dure, à développement lent, accompagnée de rougeur localisée des téguments et de la muqueuse. Cette tumeur déplace l'œil : elle peut produire du strabisme, de la diplopie et provoquer par compression (le fait est rare) l'évacuation du contenu du globe.
La tumeur adhérente aux os et par conséquent immobile, d'une dureté ligneuse, finit, après un temps plus ou moins long, par présenter en un point une dépression qui se ramollit et donne la sensation de fluctuation. Du pus s'en écoule , mais la tumeur ne s'affaisse que lentement et peut se reproduire après une première ouverture. Enfin s'établit une fistule qui subit des phases diverses.
Le stylet introduit à 2 ou 3 centimètres de profondeur arrive sur un os rugueux, dénudé, sur une surface plus ou moins étendue que recouvre un [lérioste détaché et épaissi.
La suppuration peut être si longue, la lésion si dangereuse pour les cavités voisines, qu'on a proposé l'extirpation de l'œil pour favoriser la guérison. Cette extrémité ne doit, à notre avis, jamais se présenter.
Quand la fistule se ferme, la rétraction des tissus cicatriciels produit trop souvent un renversement delà paupière et un ectropion difficile à combattre.
Pronnstic. — Cette description succincte montre qu'en général la carie ou la périostite de l'orbite est une affection sérieuse en raison de la minceur des lamelles de tissu conjonctif qui séparent cette cavité des voisines. En effet, les lésions cérébrales qui, à la vérité, peuvent ne pas se montrer en cas de perforation, ne sont pas rares alors même qu'aucun orifice ne met le crâne en communication avec l'orbite; des méningites mortelles peuvent enlever les malades alors que la voûte orbitaire est intacte, et ce sont les lésions de cette paroi supérieure qui sont les plus redoutables. Ces périostiles du rebord sont moins dangereuses pour la vie, mais elles laissent trop souvent après elles des déformations fâcheuses des paupières. Enfin la vue elle-même n'est pas toujours conservée; j'ai vu la cornée se nécroser et l'œil se perdre. L'affection est longue, rebelle, tenace, et peut toujours se compliquer d'un phlegmon de l'orbite. Sur les six cas de périostite de Sichel (car un des malades a été perdu de vue) il y eut une mort.
. Nous avons insisté sur la difficulté du diagnostic entre ce phlegmon de l'orbite et les périostites aiguës.
• Dans l'inflammation de la capsule de Tenon, le gonflement moins intense n'intéressant ordinairement pas la paupière, dont la coloration reste mémo normale suivant Vossius, n'atteint pas le rebord orbitaire indolent dont il reste séparé à l'ordinaire par une distance de un à deux centimètres. La marche de l'affection mettra aussi sur la voie du diagnostic.
Enfin la périostite chronique, par la présence d'une tumeur dure, arrondie bien limitée, immobile, à évolution lente, pourrait faire penser à une produc-
tion nôoplasiquc. 11 est évident que la confusion ne pourra être de bien longue durée, et disparaîtra au moment où la tuméfaction commencera à présenter un point de ramollissement. Mais, même dans cette période initiale une ponction exploratrice viendra lever tous les doutes. Cette intervenlion inoffensive est souvent fort utile, pour permettre un diagnostic précis entre une périostite, un phlegmon ou une tumeur. Si Jaeger avait eu recours à cette ponction dans le cas à jamais célèbre du maréciial Hadetzky, il n'aurait pas diagnostiqué une tumeur dont un traitement homéopatique eut facilement raison, car le néoplasme n'était qu'une tuméfaction inflammatoire de lorbile.
Traitement, — Si rostéo-périoslite est aiguë, les antiphlogistiques sont surtout indiqués au début : émissions sanguines, onctions de pommades mercurielles, applications de glace, révulsifs sur l'intestin, etc. Si on ne peut enrayer la marche de rinflaramatiou, il faut de bonne heure songer à pratiquer une ouverture dans la partie déclive, de peur qu'une plus longue expectation ne permette la propagation du processus à la cavité crânienne. 11 est recommandé de suivre naturellement les parois osseuses pour éviter les vaisseaux et les nerfs et de pénétrer couche par couche en incisant largement. Cette large ouverture jusqu'à l'os dénudé facilite en même temps l'écoulement du pus et la cicatrisation de la plaie en évitant l'établissement de ces fistules désespérantes et interminables.
Pour combattre les rétractions cicatricielles, Desmarres conseille d"isoler la fistule en incisant la peau par deux traits de bistouri qui se rejoignent, et il fait glisser la peau par-dessus la fistule, puis il fait à la peau, au niveau de la fistule, une large boutonnière qu'il fixe au pourtour de l'ouverture fistuleuse.
Sichel, dans le même but, conseille de tirailler souvent en tous sens la paupière menacée de difformités et d'ectropion.
Le renversement de la paupière est de toute façon difficile à é\iter, surtout lorsque la fistule doit être maintenue longtemps ouverte et drainée pour faciliter l'élimination des parcelles osseuses mortifiées.
Le traitement interne joue ici un grand rôle. L'iodure de potassium dans If cas de syphilis, l'huile de foie de morue et le régime tonique fortifiant dans les cas de scrofule concourront d'une manière puissante à la guérison.
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