‹ Traité des maladies des yeuxChapitre 207 sur 251 · GOITRE EXOPHTHALMIOUE OU MALADIE DE GRAVES OU DE DEMOURS · texte numérisé non relu

GOITRE EXOPHTHALMIOUE OU MALADIE DE GRAVES OU DE DEMOURS

Le goitre exophthalmique, appelé autrement maladie de Graves ouexophthalmie anémique, est caractérisé par les trois phénomènes morbides suivants : sxophthalmie, hypertrophie du corps thyroïde et battements de cœur.

C'estàDemours(l) qu'appartient le mérite d'avoir décrit le premierl'exophthal-

inos, accompagné d'un engorgement de la thyroïde qu'il a vu se déclarer chez anè jeune fille, dont la mère présentait la même prédisposition s'accusant à chaque grossesse. Mais ce fait était isolé, lorsque Graves, ajoutant un troisième signe, celui des battements de cœur, constitua la triade symptomatique et l'entité morbide qui nous occupe. C'est donc à Demours et Graves qu'on doit en réalité rapporter la découverte de cette maladie, et nous l'appelons mnladie de Grave ou de Demours. Les auteurs d'outre-Rhin lui donnent le nom de maladie de Baseâow, en raison des recherches plus complètes faites par cet auteur.

Depuis que l'attention a été attirée sur cette affection, un nombre considérable d'observations ont été rapportées parles auteurs de tous les pays; celles de Bebgio, Praël, de Graefe, Traube et Michel Peter, Panas ont d'autant plus d'importance que la nécropsie est venue compléter la pathogénie de la maladie.

Symptomatologie. — 1. Exophthalmos. — La première chose qui frappe chez ces malades, c'est la saillie des yeux plus ou moins prononcée. Cet état est accompagné d'une certaine gêne dans les mouvements en bas des globes oculaires, et d'une sorte d'insuffisance d'élévation et d'abaissement de la paupière supérieure, comme l'avait signalé de Graefe. Les malades éprouvent de la peine à fermer les paupières, et, pendant le sommeil, l'œil reste souvent en partie découvert. Quelquefois la propulsion des globes oculaires devient tellement prononcée qu'il y a une vraie luxation de cet organe, il faut alors le replacer avec les doigts dans l'orbite, comme cela arrivait chez une malade de Trousseau (2).

Il faut dire pourtant qu'un degré aussi prononcé d' exophthalmos est très rare, ordinairement il est bien moins marqué. On a signalé des cas dans lesquels la saillie de Tœil était si peu prononcée qu'elle passait inaperçue.

L'exophthalmos seprononce sous l'influence des émotions morales, et surtout aux époques menstruelles. Dans le cas rapporté par Demours, l'affection était congénitale et héréditaire, et s'aggravait après les couches.

2. Trouble de la vue. — Sous l'influence d'une saillie très prononcée et souvent inégale des deux globes oculaires, il peut se produire une déviation en

(1) Deinours, Traité des maladies dex j/em-. Paris, 1818, t. I, p. 485.

(2) Trousseau, Clinique de l'IIôlel-Dieu, 4^ édit., t. II, p. 551. Paris, 1873.

dehors (strabisme divergent) et la diplopie, mais ces faits sont rares. Ordinairement les yeux sont sensibles à la lumière et se fatiguent vite pendant le travail, surtout à certaines périodes de la maladie. Quelquefois lapliotophobie est tellement prononcée, qu'au grand jour ou à la lumière de la lampe leg malades sont complètement éblouis et ne peuvent ni lire ni écrire.

L'examen ophthalmoscopique n'a point dévoilé d'altération particulière dans le fond de l'œil. Withuisen avait observé, il est vrai, une vive injection des vaisseaux de la rétine qui donnait à cette membrane une teinte rouge bien accentuée ; le point d'entrée du nerf optique était de couleur rouge jaunâtre, difl'érant manifestement de l'apparence normale. De chaque côté de la papille du nerf optique il y avait des dépôts de pigment sous forme de taches semi-lunaires et de couleur presque noire. Pourtant ma propre expérience me permet d'affirmer que les signes dont parle Withuisen n'ont aucune signification pathologique, et que le fond de l'œil reste habituellement normal.

L'absence de toute altération du côté de la rétine doit reporter notre attention sur l'appareil accommodateur, qui seul ici peut être endommagé. Souvent on observe, d'après Trousseau, des efforts douloureux d'accommodation (asthénopie), ce qui pourrait s'expliquer par une sorte de parésie du muscle accommodateur. Plusieurs malades voyaient mieux de loin que de près, devenaient presbytes, comme cela avait été observé pour la première fois parle docteur Corlieu (1); j'ai pu le constater aussi chez quelques-uns de mes malades.

La myopie se développant chez des malades primitivement emmétropes, quoique niée par de Graefe, a été rencontrée deux fois par Panas.

3. Altérations de la conjonctive et de la comée. — La projection que subit le globe de l'œil et l'impossibilité pour les paupières de l'abriter suffisamme amènent une irritation constante, qui se traduit par une congestion forte d la conjonctive scléroticale ; bientôt les veines deviennent tortueuses et il s'y forme un lacis vasculaire très accentué.

La cornée conserve le plus souvent sa transparence, mais il arrive quelquefois qu'elle s'altère d'une manière très sensible. Une tache plus ou moins large de nécrose apparaît, soit au milieu, soit à sa périphérie; elle est suivie, au bout de quelque temps, d'une destruction complète de cette membrane et de l'atrophie de l'œil. Ces faits sont excessivement rares et se rencontrent plus' particulièrement chez les hommes.

4. Hypertrophie de la glande thyroïde. — L'augmentation du volume de la thyroïde est un fait à peu près constant. Cette hypertrophie était cependant Sf peu accusée chez une malade de M. Letulle (cité par Panas), que le savant agrégé de la faculté de médecine put reconnaître une faible augmentation du volume de la glande, seulement après un minutieux examen et en faisant boire la patiente. Tantôt les deux lobes acquièrent des proportions considérables ; dans d'autres cas, elle est, au contraire, très peu marquée. Suivant Graves et Trousseau, l'hypertrophie thyroïdienne porte surtout sur le lobe droit. En général, elle se développe lentement et reste inaperçue jusqu'au moment où son volume exagéré amène une gêne de la respiration et une per-

(() Corlieu, Du goitre exophthalmique. Mémoire lu à la Société de médecine pratique. Paris, 1863.

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