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CHAPITRE VII

La description des tumeurs solides de l'orbite est assez délicate ; pour certaines d'entre elles, les auteurs anciens se contredisent ou sont obscurs, le microscope ne venant point étayer le diagnostic clinique. Les lipomes, fibromes, enchondroraes, tenus pour fréquents autrefois, sont aujourd'hui fort contestés. Les carcinomes des anciens ne sont plus actuellement que des sarcomes. Enfin j'ai attiré depuis peu de temps l'attention sur les tumeurs syphilitiques de l'orbite. Nous allons passer rapidement en revue les tumeurs rares ou contestées de l'orbite pour insister plus longuement sur les tumeurs plus fréquentes.

ARTICLE PREMIER

TUMEURS RARES DE l'oRBITE.

A. Tumeurs BÉNIG^^ES. — 1. Lipomes. — Malgré la grande quantité de tissu adipeux contenu dans la cavité orbitaire, les lipomes ne se rencontrent que d'une • manière tout à fait exceptionnelle; et, pour ma part, je ne les ai jamais rencontrés. Mais les observations, à ce sujet, ne manquent point; nous pouvons ■ citer, entre autres, celles de Dupuytren, de Carron du Villards et de Bowman, etc. Ces tumeurs se développeraient lentement, elles seraient mollasses, . simulant la fluctuation, ce qui les ferait prendre pour des kystes, comme cela est arrivé à Dupuytren. Un cas rapporté par Hames prouve qu'elles peuvent être congénitales et se développer lentement avec l'âge. Ce sont, comme dit Virchow, des lipomes capsulaires où la graisse intra-orbitaire paraît être le siège d'une hyperplasie, soit partielle, soit générale. Tous ces faits cependant, suivant Berlin, Chauvel et plusieurs auteurs, manquent d'authenticité et : l'existence du lipome orbitaire est actuellement révoquée en doute.

2. Enchondromes. — Trois observations seulement ont été publiées sous le titre d'enchondrome de l'orbite (Mackensie, Anderson et Fano). Ces cas rares se rapprochent bien plus des ostéomes que des enchondromes puisque les néoplasmes étaient surtout composés de tissus compactes, durs, éburnés. Ils n'ont pas du reste un grand intérêt pratique.

3. Fibromes. — L'existence des fibromes n'est pas mieux prouvée que celle des lipomes. Pour la plupart des cas où l'examen histologique n'a pas été fait, 1 y a eu confusion avec dos sarcomes. Les nomlîrcuscs récidives prouvent du reste la malignité des tumeurs enlevées. Les autres observations publiées après les six cas de Doiiiarquay manquent de netteté. Bref, la science manque encore

Fig. iG7. Éléments d'une tumeur hét«h"adéuique de l 'orbite (*).

d'un exemple authentique, anatomiquement démontré, de iîbi^ome orbitaire.

4. Tubercules. — Demarquay rapporte deux observations de tubercules orbitaircs, l'une de Boudet avec exophthalmie, l'autre ayant trait à un homme atteint de cancroïde des paupières. Comme on le voit, l'histoire de la tuberculose de l'orbite est encore à faire.

o. NÉvROMEs. — Nous en dirons autant au sujet des névromes dont on n'a signalé que deux cas sur des cadavres.

B. Tumeurs malignes. — 1. épithéliomes et tumeurs hétéradéniques. — D'après Berlin les épithéliomes, l'adénome de l'orbite sont toujours secondaires, Demarquay admet, il est vrai, la possibilité de la dégénérescence des kystes dermoïdes en tumeurs malignes. Richet a consacré une leçon au diagnostic

(*) a, b, e, d, e, ua filament épitliélial cylindroïde, se terminant en cul-de-sac ; a', b', épithéliums vus à 500 diamètres ; I, 2, corps oviformes inclus dans les culs-de-sac, vus au grossissement de 200 diamètres. (Robin, Traitr du microscope. Paris, 1871, p. 700.)

(lo l'épithéliuinc orbitaire, et on peut afrinnoi- avec lui que l'épithélioiuo primitif de l'orbite est de la plus grande rareté.

Dans cette catégorie de tumeurs malignes rares d'origine glandulaire nous paraît devoir rentrer la tumeur héléradénique décrite par Hobin et dont n.,us l)résentons la figure page 925.

Cet éminont, inicrograplio a trouvé dos tumeurs hétéradéniques dans les sinus maxillaire et ethmoïdal, dans la parotide, dans le muscle masséter et la cavité orbitaire.

Une femme âgée de cinquante ans entra à l'hôpital de la Clinique, dans le service de Nélaton, lo 29 novembre 1854, pour une tumeur de l'orbito. Elle fut atteinte d'une ophthalmio trois ans auparavant, à la suite de la pénétration d'un épi de blé ; l'œil fut vidé. Depuis l'orbite se remplit d'une Inmeur, et l'œil atrophié est chassé de l'orbite. Nélaton opère en enlevant l'œil avec la tumeur et la périoste. Une hémorrhagio fut arrêtée avec de la charpie et du perchlorure, mais aussitôt après il s'en est suivi un état de stupeur et la mort. A l'autopsie, on constate que la tumeur se prolonge dans la cavité crânienne, à travers la fente sphénoïdale et le trou optique jusqu'au rocher, et comprime le ganglion de Casser; elle entourait le nerf optique et sa gaine jusqu'au chiasma, et adhérait au périoste de l'orbite et à la duremère.

Structure de la tumeur. — A un faible grossissement, la tumeur se compose, d'après Ch. Robin, de filaments allongés cylindriques repliés plusieurs fois sur eux-mêmes, présentant un grand nombre de prolongements en forme de doigt de gant, longs de 1 à 3 dixièmes de millimètre (flg. 467). Il y a, en outre, des corps piriformes. — Chaque corps présente une enveloppe de 4 à 6 millièmes de millimètre, très finement granulée. Les vaisseaux qui se distri-

Fig. 468. — Trame cl cehulcs du carcinome.

buent dans le tissu de la tumeur ne pénètrent jamais dans l'intérieur des filaments. Dans l'intérieur de ces derniers, on trouve des épithéliums nucléaires et des corps oviformes. Dans certains filaments, l'épithélium forme une couche plus ou moins épaisse ; au centre on trouve un canal rempli d'un liquide incolore. Los corps oviformes sont pour la plupart sphériques, d'autres ovoïdes, de 4 à 6 centièmes de millimètre. Ils sont homogènes, sans parois ni cavité, mais présentant quelquefois des stries s'arradiant du centre vers la

TUMEURS RELATIVEMENT FRÉQUENTES DE L'ORBITE. 927 périphérie. Quelques-uns offrent des zones concentriques pâles au norabro de deux ou trois.

2. Lymphangiomes et lymphadénomes. — La science ne possède que des exemples isolés de ces tumeurs, un cas de Portez (lymphangiome) et un d'Otto Becker &xarainé par Arnold (lymphadénome). Dans le dernier cas la tumeur, symétrique, située à la partie supéro-extorne des deux orbites, avait été prise pour une hypertrophie de la glande lacrymale. Dans ce groupe pourrait encore rentrer l'observation publiée par Leber dans VArohiv f. Ophthalmologie de 1878.

3. Carcinomes. — Les carcinomes primitifs de l'orbite, s'ils existent, sont extrêmement rares. La plupart des observations publiées sous ce nom manquant d'examens histologiques ne sont en réalité que des sarcomes. Les néoplasmes portant dans leur tissu la trame et les cellules du carcinome (tîg. 468) sont secondaires. C'est là l'opinion formelle de Berlin qui nie l'existence du carcinome orbitaire. M. Chauvel, dans son remarquable article déjà cité, tout en étant moins affirmatif, n'est pas éloigné de partager l'opinion de l'ophthalmologiste allemand.

TUMEURS RELATIVEMENT FRÉQUENTES DE l'ORBITE.

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