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CHAPITRE II

INFLUENCE DES PROFESSIONS

Il est ilo la plus baiile importance d'étudier exactement la force de la vue de chaque individu qui veut se consacrer à tel ou tel état. Do cette façon seulement on parviendra à tirer le plus grand profit de toutes les variétés de réfraction, sans exposer les yeux à des accidents provenant de la fatigue.

L'eramétropie, l'hypermétropie latente ou la myopie à distance sont autant de variétés de réfraction qui laissent une force visuelle suffisante pour répondre aux besoins que réclament les différentes occupations et professions. La myopie forte au contraire, l'hypermétropie absolue et l'astigmatisme laissent un champ beaucoup plus restreint pour le travail, et il faut alors que ce dernier soit proportionné à la force visuelle de l'individu.

§ I. — Conseils hygiéniques pour les personnes livrées aux travaux

de lecture et d'écriture.

1° Ufaut que V objet soit bien ddairé. — Une des premières conditions à observer pour conserver la vue, c'est l'éclairage suflisantdos objets. Le travail au crépuscule ou sous un éclairage défectueux amène très rapidement la fatigue, et devient par cola môme très dangereux. C'est ainsi qu'il faut veiller avec le plus grand soin à ce que les bureaux dans lesquels les employés travaillent soient largement éclairés par la lumière franche et directe du jour, et non par celle qui est réfléchie par les murs voisins.

Il est regrettable de constater qu'il n'en est pas toujours ainsi, et Userait à désirer que des commissions d'hygiène pussent réglementer les conditions d'éclairage des bureaux comme on l'a fait pour les écoles. C'est par le travail à un éclairage défectueux, que, l'accommodation étant toujours sollicitée, les efforts constants de convergence amènent le dévoloppement el la progression de la myopie.

Dans l'atelier d'un photographe ou d'un peintre, la lumière du jour doit être adoucie par un vitrage bleu ou enfumé ; dans une chamlnY' de travail les tentures ne doivent pas être très claires. En général la lumière doit venir du côté gaucJie, afin d'éviter l'ombre projetée sur le papier pur la main droite qui écrit.

Quanta l'éclairage artificiel, il est incontestable que le meilleur de tous est l'éclairage électrique (lampe à incandescence), qui donne une lumière absolument tixe, très éclatante, ne produisant pas de chaleur, blanche (le charbon se rapprochant le plus de la lumière solaire); dans ces flammes, ne dominent pas les rayonfe jaun(îs comme dans la lumière du gaz. Malheureusement on n'est pas encore arrivé à diviser suflisamment cette lumière; et l'arc de plus petite intensité est encore trop fort pour servir à un éclairage exclusivement individuel; de sorte que la lumière électrique doit être pour le moment réservée aux éclairages des voies publiques, des salles de théâtre, des usines et des salles de certaine dimension, jusqu'à ce que l'industrie soit arrivée à de nouvelles découvertes qui permettent l'application économique et pratique de cet excellent mode d'éclairage aux usages privés et domestiques.

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Le gaz produit une lumière dans laquelle abondent les rayons jaunes, qui sont très irritants pour l'œil et très calorifiques. Hien n'est plus rnauvais, dans les travaux et occupations de précision, iiinsi que dans les travaux de classes, de hureaux et d'imprimerie, que de voir les j)ecs de gaz projeter la lumière d'une certaine hauteur. Une règle loudamentale, c'est d'éclairer de pi'ès, le plus abondamment possible, l'ol)jet du travail et de ne pas noîcessiter des efforts d'accommodation.

Les becs de gaz dits à papillons doivent être absolument proscrits pour tout travail, en raison de leurs vacillations si fatigantes pour la vue. On a perfectionné l'éclairage augaz au moyen de certaines substances(zirconium, lanthane...., qui rendent là flamme blanche et améliorent ses propriétés éclairantes.

Les lampes à pétrole et les lampes Carcel constituent d'excellents modes d'éclairage privé.

Quel que soit le procédé employé, il ne faut jamais que l'œil reçoive l'impression lumineuse directe, aussi est-il bon de faire usage d'abat-jour et de globes de verre dépoli, dans le but de protéger les yeux. Ce sont ces principes que nous avons exposés dans nos communications successives à la Société de Médecine publique et d'Hygiène, et qui ont reçu un appui bienveillant de M. E. Trélat, l'éminent professeur du Conservatoire des Arts et Métiers.

2° Peut-on sans inconvénient jjor ter les lunettes pour le travail? — Il arvive bien souvent qu'on hésite à porter des lunettes, de peur de commencer leur usage trop tôt et de fatiguer les yeux. C'est là un préjugé malheureusement très répandu dans le public et qu'il faut combattre énergiquement. Lorsqu'on est atteint d'un vice de réfraction, il faut s'empresser de le corriger exactement par des verres appropriés, et dans ce but il ne faut pas s'adresser à un opticien, mais bien à un médecin compétent. Les lunettes sont assimilables à un médicament, elles sont le remède des améiropics; et de môme que les pharmaciens n'ont pas qualité pour prescrire des traitements, de même les opticiens n'ont pour rôle que d'exécuter les prescriptions des médecins spécialistes ; le choix des lunettes devrait leur être interdit, à moins qu'ils n'aient fait preuve de connaissances ophtalmoscopiques suffisantes, sans lesquelles ils ne peuvent agir qu'empiriquement et par tâtonnements, comme cela arrive si souvent, sauf chez quelques rares opticiens, au grand détriment des malades.

Dans l'hypermétropie latente, les lunettes ne sont point nécessaires pour la vision éloignée. Il n'en est pas de même avec l'hypermétropie absolue ; lorsque l'individu arrive à un âge avancé, et que la presbytie s'ajoute à l'hypermétropie, il est nécessaire de porter constamment des lunettes, même pour la vision à distance.

Les yeux myopes exigent, plus que tous les autres, l'observation des règles sévères de l'hygiène, sans quoi on verra se développer progressivement des altérations intra-oculaires graves, contre lesquelles nos ressources thérapeutiques seront complètement impuissantes.

Les yeux fortement myopes font des efforts continuels et très grands pour obtenir la vision binoculaire dans le travail. Or l'expérience nous démontre que ce résultat ne peut être nullem^^nt atteint lorsque la distance de la vision distincte est au-dessous de 25 à 30 centimètres. Le travail entrepris dans ces conditions amène très rapidement la fatigue et la gêne considérable (as-

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thénopie musculaire), qui sont suivies bienlôl de désordres intra-oculaires, si l'on n'arrive pas à arrêter le mal.

11 faut donc corriger la myopie sitôt qu'elle existe par le verre concave le moins fort qui p(>rmet une bonne vision. Les myopes recherchent volontiers les verres trop forts, dont ils corrigent l'excès en mettant en jeu l'accommodation et la convergence, ce qu'il faut précisément chercher à éviter. Lorsque la myopie atteint 3,50 ou 4 dioptries, il faut toujours faire usage de verres pour le travail. En général, dans les cas de myopie moyenne, ces verres sont deux fois plus faibles que ceux qui corrigent la vision à distance. Ils doivent être appropriés au genre de travail et aux occupations du malade, qui ne doit s'en servir qu'à la distance de 25 à 30 centimètres, sans quoi ils deviendraient un danger, en sollicitant l'accommodation et la convergence.

Les personnes qui ont les yeux sensibles, fatigués, atteints d'opacités, doivent faire usage de verres fumés, à teinte neutre, c'est-à-dire ne contenant pas de rayons jaunes, et ne faisant qu'atténuer l'intensité de la lumière solaire, sans en modifier la composition.

Dans le choix des professions, il faut qu'on fasse la plus grande attention pour que les conditions exigées par le travail ne soient pas incompatibles avec la force visuelle de l'individu.

Si, en efï'et, on ne peut pas faire un bon soldat dans certaines conditions de myopie (6 dioptries) par exemple, il n'est pas possible non plus de devenir un bon ouvrier ajusteur, graveur, ou typograplie ; on ne doit donc embrasser telle ou telle carrière, et surtout celles qui demandent une application constante de la vue, qu'après s'être assuré qu'on possède une vue suffisante et exempte de tout défaut susceptible de s'aggraver.

3° // est nécessaire de reposer les yeux pendant Je travail. — Cet axiome est tellement important qu'il ne se passe pas de jour sans que nous n'obtenions d'amélioration sensible par ce moyen chez les individus qui ont abusé do leurs yeux en travaillant sans relâche. Qu'on lise, en effet, un livre volumineux sans s'arrêter pendant toute une journée, ou que l'on suspende de temps en temps la lecture pour quelques minutes et qu'on la reprenne ensuite, on verra la différence. Dans le premier cas les yeux seront rouges et sensibles à la lumière, les paupières à demi fermées, tandis que, dans le second cas, on n'éprouvera presque pas de fatigue.

4° On doit choisir une position convenable pendant le travail. — Dans chaque travail, on doit chercher à prendre la position la plus convenable et la plus commode ; on prévient de cette façon la fatigue. Les personnes qui écrivent beaucoup doivent éviter la position courbée, qui fatigue vite, et chercher à varier les positions en se tenant tantôt assises, tantôt debout. On évitera de se pencher trop sur le papier et, à cet effet, les myopes useront de leurs lunettes. Les personnes qui lisent beaucoup devront éviter de se placer en face de la fenêtre; elles se tiendront de telle sorte que le jour leur vienne par derrière la tète et un peu de côté.

La lecture au lit, dans laquelle l'œil prend une fausse position qui l'oblige à des contractions musculaires, présente des inconvénients qui à la longue amènent de la fatigue et des troubles asthénopiques. On ne doit en user que le moins possible, et se l'interdire absolument lorsqu'on on a les yeux sensibles et délicats ou atteints de vices de réfraction.

liYOIRNR niî LA VUE.

îi II. — Conseils hygiéniques pour les écoliers.

Les condilions de l'iiygiènc de la vue sont, le plus souvcuiL, très peu obsu-vées dans les écoles, et pourtant rien n'est plus important et plus essenlifd dans l'organisation de ces établissements que de veillera ce que les enfants qui y travaillent, le jour comme le soir, trouvent toutes les dispositions nécessaires pour bien voir sur leurs livres aussi bien que sur le tableau.

C'est il l'école que les enfants, prédisposés héréditairement à la myopie, trouvent des conditions éminemment favorables à son développement lorsque l'éclairage est défectueux et oblige à des efforts d'accommodation et de convergence.

Une commission a été nommée en 1881 dans le but de formuler des règles pour une installation raLionnello et hygiénique des écoles au point de vue de la conservation de la vue : éclairage, mobilier scolaire, lisibibté des livres et des cartes murales. Toutes ces questiojis sont de la dernière importance (Ij. Il suffit ici de dire que la lumière ne saurait jamais être assez abondante, à la condition de ne pas blesser la vue. La lumière du jour doit venir du côté gauche, par l'intermédiaire d'une vaste baie et de façon à ce que chaque élève reçoive la même quantité de lumière quelque place qu'il occupe dans la salle. Relativement à l'éclairage artificiel, rien n'est plus défectueux encore que son installation dans le plus grand nombre des collèges, oîi l'on voit une grande salle éclairée par un certain nombre de becs de gaz, placés à 2 mètres au-dessus des tables. La salle paraît bien éclairée en apparence, mais la table où le travail doit s'effectuer l'est imparfaitement, et pour lire ou pour écrire les enfants sont obligés de se rapprocher et de faire des efforts d'accommodation. De là des irritations des paupières et des conjonctives chez les enfants anémiques et lymphatiques; de là le développement de la myopie ou son aggravation. Dans le travail que j'ai lu à une des séances de la Société de médecine publique, j'ai formulé les règles suivantes pour un bon éclairage artificiel des salles d'études. Il faut que la source lumineuse soit placée a 40 ou riO centimètres de la table où travaille l'élève, qu'elle soit munie d'un large abat-jour, qui renvoie toute la lumière sur le livre et le cahier, et qui garantisse les yeux de l'enfant. Il faut disposer un foyer lumineux pour chaque groupe de quatre à six élèves, et, pour éviter la chaleur, munir chaque bec de gaz d'un tube à ventilation ou, au besoin, les munir des mèches de Wilsbach, dont nous parlons plus bas.

§ III. — Conseils hygiéniques pôur les employés de bureaux.

Jusqu'à présent la question de l'éclairage avait surtout été traitée au point de vue des écoles; cependant il existe d'autres classes d'individus, dont le sort est aussi fort intéressant : ce sont les employés de bureaux.

J'ai visité un grand nombre de bureaux, dans des banques et des administrations particulières, et j'ai trouvé partout, à quelques exceptions près, la môme installation défectueuse.

D'abord, ces salles sont généralement placées dans des entresols, où le jour

(1) Voyez Galezowski et Koptr, Hygiène de la vue, Paris, 1888, 1 vol. in-IC {Biùliotlièque scientifique contemporaine).

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pénètre à peine et où il est souvent même intercepté par les balcons du pre- .mier étage. Ajoutez à cela la position du bureau lui-même, autour duquel sont assis les employés. Ceux d'entre eux qui sont près des fenêtres sont les privilégiés; mais combien sont à plaindre ceux qui se tiennent au fond de la salle ! Des yeux emmétropes, doués d'une acuité visuelle normale, pourl'ont il la rigueur se tirer partout d'affaire ; mais les hypermétropes, les presbytes, les myopes et les astigmates seront exposés, en travaillant à une faible lumière, à de vrais supplices, et les efforts d'accommodation qu'ils feront constamment pour remplir leurs fonctions visuelles aboutiront tôt ou tard à desasthénopies accommodatives, à des congestions des membranes internes de l'œil, et souvent même à des désordres indélébiles, tels que les atrophies choroïdiennes, myopies progressives, etc. Que de fois n'ai-je pas vu le décollement de la rétine et la cécité définitive être la conséquence directe de ces efforts accommodatifs et des conditions insuffisantes d'éclairage dans les bureaux !

On peut porter remède à cet état de clioses par une bonne organisation de l'éclairage artificiel, bien installé et distril)ué d'une manière hygiénique.

Avec les progrès de l'industrie moderne, nous voyons partout l'éclairage électrique ou l'éclairage au gaz remplacer l'huile, le pétrole et les bougies.

Quelle influence cet éclairage peut-il exercer sur la vue?

Selon moi, ce n'est ni la qualité de l'éclairage ni son intensité qui nuisent à la vue, c'est, incontestablement, le mode d'installation du foyer lumineux. Au lieu dun foyer unique, placé à une grande hauteur, il faudrait qu'il y eût plusieurs foyers lumineux, installés sous forme de lampes, assez rapprochées de l'individu qui écrit, et aune hauteur de 40 ou 60 centimètres de la table. Il est, en outre, indispensable qu'un abat-jour cache la flamme aux regards.

C'est ainsi que l'on devra procéder pour l'installation des bureaux, et chaque employé aura ainsi une quantité suffisante de lumière pour voir bien, et sans aucun effort, les plus petits objets de son travail. 11 est bien entendu qu'on choisira de préférence des becs de petite dimension, n'ayant pas plus de vingt trous, afiii d'éviter la trop grande chaleur produite parla combustion du gaz. Dans les bureaux, comme dans les écoles, il existe le même défaut d'installation du gaz : les foyers lumineux sont très haut placés, ils éclairent l'ensemble de la pièce et non le détail ; là où l'employé doit voir, l'éclairage est plus qu'insuffisant.

Plusieurs objections pourront être faites contre une installation de foyers multiples à gaz dans les écoles et dans les bureaux des employés. On dira que : 1" le prix de cet éclairage est très élevé; 2° il en résulte une trop grande chaleur dans la pièce; 3° l'air est vicié par une combustion incomplète de gaz. Je répondrai que l'industrie moderne a porté remède à tous ces inconvénients, comme on pourra en juger par l'exposé suivant:

D'abord, en ce qui concerne le prix de l'éclairage au gaz, on est arrivé à des réductions surprenantes. Voici ce que nous dit l'ingénieur Lefebvre. Il y a vingt ans, pour une lumière équivalente enintensité à une lampe de Carcel il fallait brûler 126 litres de gaz; en 1883, on n'avait plus besoin que de 75 litres, et aujourd'hui encore moins, ce qui réduit le prix de l'éclairage dans la proportion de 7^)/l26^ C'est ainsi qu'un employé, on travaillant au gaz, avec

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une inlensité d'éclairage égale à une carcel, dépense moins de 2'^«,2o par heure. Il y a vingl, ans, il aurait dépensé S-^^S par heure, ce qui est presque lo double.

On trouvera encore une plus grande diUérence de prix et de force d'éclairage lorsqu'on introduira un nouveau système d'élairage : r/nz à lumière incandescenle, d'après le système du D"- Auer Wilsbach, de Viennr-.

Cet appareil se compose d'une mèche en coton, trempée dans une solution d'oxydes de zm'.onium, de lanthane et d'autres éléments dont la composition constitue encore le secret de M. Wilsbacli. Cette mèche est fixée à l'intérieur d'un verre de lampe, et immédiatement au-dessus du bec de gaz. La flamme passe à l'intérieur de cette mèche, rend cette dernière incandescente et projette une lumière brillante, fixe, absolument blanche, qu'il est difficile de distinguer de la lumière électrique. A l'aide de cet éclairage, on peut distinguer les couleurs les plus fines et les nuances les plus délicates : violettes, bleues, vertes, etc. Elle produit bien moins de chaleur, celle-ci étant toujours proportionnelle à la quantité de gaz brûlé.

Avec les aA^antages de ce système d'éclairage, la blancheur de la lumière et le peu de chaleur qu'elle développe, on peut multiplier les foyers lumineux dans les bureaux et les écoles, et rendre de cette façon le travail facile.

Pour ce qui est de l'électricité, je ne saurais trop recommander l'emploi des systèmes Edison, Swann ou d'autres analogues, qui donnent une lumière également fixe et douce, mais en observant toujours les principes que j'ai indiqués plus haut, pour le gaz, — garantir Fœil contre faction directe de la lumière. Pour me résumer je crois pouvoir émettre les conditions suiA'antes :

1° L'installation des bureaux devra être subordonnée à une autorisation délivrée par un délégué du Conseil d'hygiène ;

2o Ce dernier sera tenu de s'assurer du cubage suffisant d'air, proportionnellement au nombre d'employés, et de la quantité de gaz brûlé;

3° Il veillera à la bonne installation de l'éclairage naturel et artificiel.

§ IV. .— Conseils hygiéniques pour les moissonneurs.

On voit souvent se produire des accidents graves du côté des j eux chez les moissonneurs.

Chez eux, il se développe une kératite ou hypopyon spéciale, que j'ai rapportée à la catégorie des nécroses et qui peut être considérée comme une affection très grave. Malgré le traitement le plus énergique, on ne parvient pas toujours à sauver l'œil d'une perte certaine. Quatre facteurs peuvent intervenir dans le développement de cette affection : 1° production constante du traumatisme sur la cornée par les barbes d'épis de blé qui pénètrent avec plus ou moins de violence dans sa trame. Ces corps étrangers cheminent, à chaque frottement des paupières, dans la membrane de Bowman, d'où il devient impossible de les retirer; 2" les germes infectieux auxquels l'épi sert de véhicule; 3° la chaleur qui règne à l'époque des moissons et qui favorise le développement des accidents, etc. ; 4° l'existence d'un catarrhe de la conjonctive ou du sac lacrymal.

Le seul moyen de se préserver consiste à porter des conserves forme coquille, ou des lunettes entourées d'un grillage métallique, et à réclamer une

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intervention aussi prompte que possible en cas d'accident, toute négligence ou tout retard ayant pour conséquence de favoriser l'infection.

§ V. — Conseils hygiéniques pour les blanchisseurs.

Rien n'est plus fréquent que de rencontrer des granulations conjonctivales chez les ouvriers et les ouvrières qui s'occupent du blanchissage du linge. Aux environs de Paris, les habitants des communes d'Issy, de Vanves, de Vaugirard, etc., exercent cette profession, et il y a parmi eux des familles entières qui sont affligées de granulations conjonctivales. La cause de cette affection réside évidemment dans la facilité avec laquelle les ouvrières peuvent s'inoculer le pus blennorrhagique ou tout autre dont le linge sale est souvent imprégné. Lorsqu'ils ont, en effet, les yeux irrités, sensibles ou enflammés, ils les frottent et les essuient avec le linge infecté ou avec leurs mains souillées au contact de ce linge. Or, le pus blennorrhagique dont souvent les linges sales sont imprégnés est tellement contagieux, que les plus petits germes peuvent engendrer l'alTectiou.

Pour prévenir ces accidents, il serait nécessaire d'informer les ouvriers du danger auquel ils sont exposés s'ils ne prennent pas les précautions nécessaires. On recommandera â chaque ouvrier d'avoir toujours un mouchoir propre sur lui, et de ne s'essuyer jamais les yeux avec les linges qu'il est chargé de laver.

g VI. — Conseils hygiéniques pour les soufreurs de vigne.

Le professeur Bouisson a attiré l'attention de l'Académie des sciences, en 1863 (1), sur une oplitalniie spéciale produite ]);ir lo soufrage de la vigne. La plupart des travailleurs chargés de cette opération, ([ni se renouvelle depuis le mois d'avril jusqu'en août à chaque invasion de l'oïdium, sont atteints d'une irritation oculaire plus ou moins forte; quelques-uns sont obligés de renoncer à ce genre d'occupation. Ces ophtalmies se sont montrées particulièrement dans les départements de l'Hérault, de l'Aude et du Gard.

Le soufre mélangé de chaux, employé quelquefois, a rendu les ophtalmies plus fréquentes; le soufre plâtré, au contraire, osl mieux supporté par les yeux.

Les moyens propres à empêcher le développement de l'ophtalmie des soufreurs consistent souvent dans le choix des soufres, dans l'adoption de bons instruments, dans l'emploi de voiles ou de lunettes, et dans quelques pratiques hygiéniques après le soufrage.

S VII. - Conseils hygiéniques pour les ouvriers qui travaillent

le fer et l'acier.

Parmi les ouvriers qui travaillent dans les manufactures d'acier et de fer il y en a un certain nombre qui sont exposés à des accidents plus ou moins graves du côté des yeux.

'1) Bouisson, OphUdmie des soufreurs de vigne [Comptes rendus de l'Académie de^ ^sciences, 10 août 18G3; et Annales dliyr/., I8G3, t. XX, p. 465)1.

900 UYGIÈNK DE LA VUK.

Villoi nn', qui aéUidié, on IS.'iO, la (|Uf!st.ion de la santé des ouvriers en aiguilles, déclare que leurs yeux soul, riilig-ués de bonne heure, surtout chez ceux qui sont cliurgés d'opérer le brunissage et le niarquag(!. Les individus chargés de ce travail se trouvent dans l'obligation de lixer leur attention de la manière la plus constaiU,e sur les petites aiguilles, ce qui donne lieu à des éblouissements et à une très grand(! l'aligne.

Pour remédier a cet état de choses, il n'y a pas d'autre moyen que de choisir des individus jeunes, doués d'une bonne vue. Ordinairement ce sont, au contraire, les l'emmes et les enlauls faibles et chélifs qui exercent ce métiei-, et l'on ne doit ])as s'étonner si leurs yeux se fatiguent très vite.

Le travail dans les forges et les manufactures d'acier est bien autrement dangereux pour les yeux que le précédent. Ceux qui battent le fer rouge et qui soudent des morceaux sont exposés à recevoir des paillettes de fer rouge et chauffé àblanc dans les yeux. Le docteur Desayvre (1) déclare qu'il n'a jamais vu CCS paillettes rouges pénétrer dans l'œil, mais elles s'arrêtent toujours sur la cornée ou la conjonctive.

Les ouvriers (jui ont les yeux sensibles ne pourront pas longtemps supporter l'action de la lumière et de la chaleur ardente. Ils éprouveront du larmoiement et de la photophobie qui les empêcheront de rien fixer et de rien distinguer. Ces individus devront chercher un autre état. Tous les ouvriers doivent se laver souvent les yeux avec de l'eau fraiche et porter pour ce travail des lunettes de mica. Le docteur Desayvre a vu des lunettes, portées depuis deux ans à peine, toutes criblées et comme marquetées par le choc de ces paillettes.

§ VIII. — Conseils hygiéniques pour les ouvriers imprimeurs.

La vue du compositeur se fatigue : par le travail de la nuit, par la lecture des manuscrits plus ou moins lisibles, par la correction sur la forme, parl'exiguité des caractères, toutes circonstances qui produisent des asthénopies, et de la myopie.

Cette profession exige que ceux qui Tembrassent soient doués d'une excellente acuité visuelle et indemnes de toutes prédispositions à la myopie. Ici, plus que dans toute autre profession, il est nécessaire de placer les ouvriers dans les meilleures conditions possibles d'éclairage naturel et artificiel. Il y aura un foyer lumineux pour chaque individu placé à 20 ou '2o centimètres du travail.

g IX. — Conseils hygiéniques pour les ouvriers qui travaillent dans les manufactures de tabac.

Les diverses opérations qu'on fait subir au tabac sont au nombre de quatre : l'époulardage, consistant à séparer les feuilles collées les unes contre les autres ; le triage ou classement des feuilles ; l'écôtage, qui consiste à enlever les grosses côtes ou nervures, et le mouillage des feuilles. Aucune de ces occupations n'expose les yeux à des souffrances.

(l) Desayvre, Élude sur les maladies des ouvriers de la inanufaclare de Chàl elle raidi {Annales dliyf/., 1850, t. V, p. 60).

liNFLUENCE DES l'HOFESSIONS. 991

•■ .La confoclion des cigares ou du tabac à fumer expose au contraire les yeux à plus d'irritation à cause de la poussière qui se produit pendant le hachage du tabac. Toutel'ois ces occupations sont aujourd'hui faites avec tant de précautions, qu'elles occasionnent très peu d'accidents.

Il n'en est pas de même de la préparation de la poudre à priser. Le tamisage du tabac en poudre est très délicat, et s'il ne se fait pas avec les pi'écautions nécessaires, par la poussière âcre que cette opération répand dans l'atmosplière, elle est susceptible, d'après Millier, de produire des irritations bronchiques et oculaires.

Le transvasement des cases est encore plus pénible. L'ouvrier qui remue avec une pelle la poudre de tabac encore brûlante se trouve dans une atmosplière acre et infecte qui, selon Mèlier, irrite la pituitaire, saisit à la gorge et pique les yeux au point qu'elle amène au Ijout de quelque temps une vraie ophtalmie.

Dès que ces accidents se déclarent du côté des yeux, il y a nécessité de suspendre l'occupation et de subir le traitement indiqué par le degré d'inflammation conjonctivale. Ordinairement cela ne s'observe que chez les individus anémiques ou cliétifs, et ils doivent changer de métier ou passer ciu moins dans les autres salles.

§ X. — Conseils hygiéniques pour les ouvriers qui travaillent le plomb.

Les ouvriers qui sont obligés par leurs uecu[)ations de manier la céruse et le minium, les peintres en bâtiments, les barbouilleurs et les broyeurs de couleurs, les fondeurs de caractères, les fabricants de cartes glacées, sont exposés à subir l'intoxication saturnine.

Les femmes sont sujettes aussi aux mômes accidents, mais moins souvent que les hommes; on les voit aux prises avec les symptômes saturnins dans les fabriques de dentelles. Les ouvrières on dentelles s'occupent à: 1° piquer le dessin tracé sur le papier et le décalquer sur l'étofle; 2° faire pénétrer avec une ponce à travers tous les trous du papier une poudre fine de céruse. C'est surtout les dentelles de Bruxelles dites applkatiou, qui exigent une longue manipulation de la céruse avant d'être livrées à la vente. En eflet, le travail de ces dentelles est très long et très pénible; elles sortent jaunes et sales des mains des ouvrières, et c'est pour cela qu'on doit les blanchir avec de la céruse.

Comme conséquence de cette manipulation, on voit survenir des accidents d'intoxication saturnine. Les paralysies des n(M-fs moteurs oculaires s'observent rarement; je les ai vues pourtant se produire chez trois malades. Le docteur Lancereaux en a vu un cas.

Une de mes malades qui travaillait dans les dentelles a été prise de coli(iues de plomb a plusieurs reprises, et perdit la vue à la suite d'une névrite optique de la môme nature. Je l'ai vue deux ans après les premières attaques, et il n'v avait plus possibilité d'entreprendre aucun traitement. Hutchinson (1) rapl porte cinq cas d'empoisonnement par le plomb, ayant amené une névrite optique avec cécité complète.

Le moyen le plus efficace pour combattre la maladie est de suspendre le traïielI.^^Xn: V^^rLl/^nTZ"' " ''''' '^""'•^^^^ (Ophlhal>nic Hospital

IlYr.IÈNE DE LA VUE.

vail et mémo de changer conijjlèLeineiiL d'état. 11 faut en outre soumettre les ouvriin-s et les ouvrières travaillant dans ces fabriques à un régime tonique fortifiant, les forcer de tenir toujours les mains très propres, de prendre souvent des bains sulfureux, et favoriser l'élimination de l'agent luxique par un traitement à l'iodure de potassium.

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