XI. — Conseils hygiéniques pour les ouvriers qui travaillent
le sulfure de carbone.
A. Delpech (1) a le premier attiré l'attention, en 1856, sur l'intoxication spéciale que détermine le sulfure de carbone employé dans l'industrie du caoutchouc soufflé, des étoiïes imperméables, de lit vulcanisation du caoutchouc, etc.
Les fabriques de caoutchouc soufflé sont celles dans lesquelles, par une forte insufflation faite au moyen d'un soufflet ou de machines spéciales, on distend, pour des usages divers, des vessies de caoutchouc préalablement attaquées par un mélange vulcanisant. Dans des feuilles homogènes de caoutchouc de 2 millimètres d'épaisseur, on découpe des figures diverses dont la soudure constitue des cylindres ou ampoules. Ces dernières sont plongées dans un mélange variable de sulfure de carbone associé à une quantité peu considérable de chlorure ou de bromure de soufre. Sous l'influence de ce mélange, le caoutchouc devient souple et se laisse distendre par les soufflets. Toutes ces opérations s'accompagnent de l'exhalatation d'une vapeur et d'uno odeur caractéristique de sulfure de carbone, qui est toxique au plus haul point.
Sans parler de tous les symptômes généraux d'intoxication qu'a signalés Delpech, insistons seulement sur les symptômes des troubles oculaires.
A la suite de la première période d'excitation, de céphalalgie, d'insomnie, les malades sont pris de troubles sensibles de la vue. Une dame voyait les objets plus volumineux qu'ils ne l'étaient réellement. Un autre malade croyait voira chaque instant un trou ouvert auprès de lui. Un autre encore affirmait avoir été atteint de diplopie. Quelques-uns des malades voyaient des points noirs, des mouches, des anneaux colorés voltiger devant leurs yeux. Un malade se trompait sur la forme des objets ; il voyait se dresser devant lui des obstacles qui n'existaient pas.
Souvent les malades se plaignent d'un voile plus ou moins épais qui les empêche de lire même les gros caractères et de distinguer le nom des rues. Quelquefois la vue était plus nette dans le demi- jour qu'à la lumière vive. Les pupilles sont tantôt dilatées, tantôt normales ou contractées. Plus souvent cependant elles sont dilatées, comme j'ai pu m'en convaincre sur quelques malades de Delpech.
L'examen ophtalmoscopique, fait sur un malade de Delpech par Desmarre père, et sur trois autres malades, par moi, n'a présenté aucune altération du fond de l'œil.
(1) Delpech, Mé^n. sur les accidents que développe chez les ouvriers en caoutchouc t inhalation du sulfure de carbone en vapeur {Bull, de l'Acad. de méd., 1856, t. XXI. p. :J50); et Nouvelles recherches sur l'intoxication spéciale que détermine le sulfure de carbone {Ann. d'hyg., 1863, 21= série, t. XIX, p. 65).
INFLUENCE DES PROFESSIONS
J'ai eu l'occasion de voir à ma clinique plusieurs autres ouvriers en caoutchouc atteints de troubles visuels ; le plus souvent il n'y a qu'une simple paralysie de l'accommodation. Chez un de mes malades j'ai observé une névrite optique. Dans un autre cas, j'ai pu constater une atrophie de deux papilles.
Il est indispensable que la fabrication du caoutchouc se fasse dans de telles conditions que l'ouvrier puisse pratiquer les opérations de son état sans être exposé aux vapeurs et aux poussières toxiques. Selon le témoignage du docteur Huguin, qui a visité un certain nombre de fabriques, ces conditions sont parfaitement coordonnées, et les ouvriers ne subissent plus d'intoxication.
En général, il me semble que tous les symptômes éprouvés par le malade sont dus, soit à la paralysie du muscle accommodateur, soit à une sorte d'anémie par spasme des vaisseaux rétiniens.
Delpech administrait avec succès le phosphore à la dose de 1 milligramme.
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