CHAPITRE PREMIER
ANATOMIE ET PHYSIOLOGIE
Anatoiuie. — «. Strucfure.
Fig. 60. — Les deux portions de la glande lacrymale, d'après Sappey (*).
La glande lacrymale est composée de deux partie-, l'une orbitaire et l'autre palpébrale. Elle est lobulée et appartient à la classe •' glandes en grappes.
La portion orbitaire (flg. 60) a le volume d'une petite amande. Elle est située dans la fossette que l'on trouve à l'angle externe du frontal, dont elle n'est séparée que par le périoste. Son bord antérieur est caché derrière la portion externe de ' l'arcade orbitaire, dont il est distant d ■ 3 à 4 millimètres. Sa face inférieure repose sur l'élévateur de la paupière et sur le muscle droit externe. Les conduitexcréteurs, au nombre de trois à ciuq, d'après Sappey, s'ouvrent dans la partie externe du sinus conjonctival supérieur., La portion palpébrale est d'une forme aplatie, elle est située dans l'épaisseur de la paupière supérieure, et se trouve séparée de la portion orbitaire par le releveur de la paupière inférieure. Sa face inférieure correspond au feuillet de l'aponévrose orbitaire au point où celle-ci se réfléchit vers le globe de l'œil, au voisi
nage du tendon du muscle droit externe. Par son bord postérieur elle se continue en?j
n 1 Muscle élévateur de la paupière supérieure. 2. Muscle élévateur de la pupille. 3. Muscle abducteur de la pupille 4 Muscle abaisseur de la pupille. 5. Muscle petit oblique. 6. Portion orbitaire do la glande lacrvmale 7 Portion palpébrale do cette glande traversée par quatre conduits émanés de la portion orbitaire de ses lobules portant autant de canalicules qui vont s'ouvrir dans ces conduits. 8. Conduits accessoires provenant exclusivement des lobules qui forment lo bord supérieur de cette portion palpébrale. 0. Autre conduit accessoire plus rare que les précédents, naissant de trois lobules situes à la partie mferieure de celte mémo portion (Sappey).
ANATOMIE ET PHYSIOLOGIE
ligne de démarcation avec la portion orbitaire. D'après Sappey, les conduits de la portion palpébrale s'ouvrent constamment dans ceux delà portion orbitaire. Tillaux a cependant démontré que les conduits accessoires ou de la portion palpébrale s'ouvrent tantôt dans les conduits principaux, tantôt directement à la surface même de la conjonctive. La glande lacrymale est renfermée, comme dit justement Tillaux, dans une loge fibreuse spéciale, ce qui permet de faire son extii^pation sans pénétrer dans la loge postérieure de l'orbite.
b. Superposition des plans. — D'après Benj. Anger (1), les couches qui recouvrent la glande sont les suivantes : fia peau ; 2° le tissu cellulaire sous-cutané très lâche et contenant peu de graisse; 3° l'aponévrose de la paupière supérieure qui s'attache à l'os, comme l'a démontré Richet. La glande apparaît ensuite entourée d'une grande quantité de graisse.
c. Vaisseaux. — L'artère ophthalmique envoie une branche considérable à la glande lacrymale.
d. Nerfs. — Les nerfs proviennent : 1» du trijumeau, par le rameau lacrymal de la branche ophthalmique de Willis et par le filet lacrymal du rameau orbitaire du nerf maxillaire supérieur; 2° du grand sympathique, par les filets qui accompagnent l'artère lacrymale. Curie et Swann pensent que le nerf pathétique donne quelques filets moteurs à la glande. J.-B. Béraud (2) a trouvé en outre vm filet nerveux qui part du ganglion ophthalmique, se joint à l'artère lacrymale et la suit jusque dans la glande où il se distribue.
Physiologie. — La glande lacrymale sécrète les larmes, qui sont transportées sur la surface antérieure du globe par le clignement des paupières. Cette sécrétion est influencée par le nerf trijumeau et le grand sympathique.
Longot a constaté la diminution de cette sécrétion, mais non sa suppression complète, après la section du nerf trijumeau. D'autre part, les expériences de Claude Bernard (3) ont démontré qu'à la suite delà section de la cinquième paire, la glande lacrymale sécrète moins, mais en môme temps il y a augmentation de la sécrétion des glandes de Meibomius.
Dans l'état ordinaire la sécrétion est peu abondante; elle est même ralentie pendant le sommeil. Mais, sous rinfluence d'une irritation quelconque, physique ou morale, elle augmente sensiblement.
Les émotions morales, telles que la joie ou la tristesse, de même que les douleurs oculaires très vives et une forte impression de la lumière sur l'œil, augmentent la sécrétion lacrymale.
M. Lerch, à la suite d'expériences faites sur les larmes recueillies par Arlt, chez un jeune homme atteint de fistule, a trouvé la composition suivante sur 100 parties :
Eau 98,223
Chlorure de sodium 1^257
Albumine o,'504
Parties salines 0 016
MaUères grasses des traces.
ToTAi 100,000
Ch. Robin (4) y a constaté la présence de phosphates de chaux et de soude
Mes propres recherches m'ont permis de constater très souvent l'alcalinité des
larmes très prononcée, et il n'y a pas de doute que la composition de ce liquide varie
suivant les mdividus, les constitutions et les dyscrasies.
^}X^,^'^^^\^^^^e<^^^ éléments d'anatomie chirurgicale. Paris, 1869. 2 Béraud, Corn/)/, rend, de la Soc. de bioL, 1858, avril, p. 69.
1858, t II, p. 9^''''''' physiologie et la pathologie du système nerveux,
(4) Ch. Robin, Leçons sur les humeurs nor?nales et morbides, 2e édition. Paris, 1874.
Quant à l'usage uiùuic des larmes, il n'est pas, comme ou l'a cru, de luljrifier le globe oculaire. Celte lubréfaction est un fait iud6peudaut, qui appartient aux glandes muqueuses de la conjonctive. L'extirpation de la glande n'amène pas la sécheresse de l'œil. Mais la nappe de larmes qui passe constamment au-devant de la cornée balaye incessamment tout ce qui pourrait l'irriter ou altérer sa transparence. En outre elle délaye le mucus et l'entraîne incessamment vers les fosses nasales. Vienne un corps étranger de quelque importance, aussitôt les larmes coulent en abondance, et l'entraînent vers l'angle intérieur, qui porte le nom de sac lacri/mal.
En comparant toutes ces notions physiologiques et expérimentales avec Ic^ faits pathologiques, on arrive aux conclusions suivantes :
1° L'activité de la glande lacrymale est intimement liée à la sensibilité de la conjonctive, (le la cornée et de la muqueuse nasale;
20 L'excès ou le défaut de larmes peuvent être causes de certains troubles de réfraction, ou de certaines altérations de surface du globe oculaire;
3° On possède un certain nombre d'agents thérapeutiques qui, en modifiant cette sécrétion, peuvent exercer une influence salutaire sur ces troubles et ces altérations.
BiBLiOGRAriuE. — Hyrtl, Handbuch dertopogr. Anat. Wien, 1847, p. 12:1-130. — Henle, Handbucli der Anatomie, \. T, p. 139; et t. II, p. 705. — Sappey, Traité d'anatomie descriptive. Paris, 1872.