CHAPITRE PREMIER
ANATOMIE ET PHYSIOLOGIE (l)
Anatomie. — a. Descr(ptio?i générale. — La conjonctive est une membrane muqueuse qui tapisse la face interne des paupières et la partie apparente du globe de l'œil.
Partie du bord ciliairo, la conjonctive s'étend sur la face postérieure des cartilages tarses jusque dans un sillon profond qui porte le nom de cul-de-sac.
Selon la structure de cette membrane il y a nécessité de décrire certaines parties de cette membrane comme constituant des régions à part : régions des culs-de-sac, des grands angles, etc..
10 Lq. portion ciliaira (fig. 70) a, 0, qui a son origine au niveau de l'implantatii n des cils, recouvre toute l'épaisseur du bord libre, et contournant la crête formée par la lèvre postérieure du bord libre, se porte sur la surface postérieure des paupières. Elle est mince, d'un blanc rosé, fortement adhérente aux parties sous-jaceutes. Les
sWe^r:iUi^tin;^I^ ^--^-^ - -ibomius
^tl^rZ^^n^it''Z^\ la conjonctive (fig. 76, b, c) est plus mince, plus délicate et trts peu extensible; elle tapisse la face postérieure du fîbro-cartilage tarse qu'elle
(1) Ce chapitre d^Analomie et Physiologie a été rédige par M. le professeur Fontan ailli, ^Si:;ilî^o:r l J:;^''- ^^^^^^^ ^ potion du cu,-de.sac conjonctival
lu^.J^'.Tl^'Sm'SÏ^ ""''"'^^•^^ '-'^ est indiqué par une figno se.i-
(Irpasso l'ii arrière de 1 iiiillimèlro. Elle adhère très intimement à ce cartilage; elle est lissez Iraiisparenle pour laisser voir la couleur blanchâtre du tarse ainsi que les glandes de INleibomius. Elle n'est pas complètement lisse, et présente un certain nonii)rc de papilles qui s'hypertrophionL dans les inilammations chroniques.
30 Li\povl.ion angulaire Tccouvve la dépression qui existe entre les points lacrymaux, l'aiiglo interne des paupières et le globe de l'œil. Cette dépression constitue ce qu'on appelle le lac lacrymal.
Dans cet espace, on remarque luic pclilc saillie arrondie et globuleuse qui remplit le fond et la partie interne du sac lacrymal : c'est la caroncule lacrymale (fig. 82, A; ordinairement de la coloration jaune rouge et sur laquelle on peut distinguer des poils excessivement fins et les orifices de quelques follicules. Apres l'avoir recouvert, la conjonctive se porte sur le globe de l'œil et forme en cet endroit un repli connu sous le nom de pli s^uni-lunaire. C'est le vestige de la membrane clignotante que l'on trouve chez les animaux.
40 En se réfléchissant sur le globe de l'œil, la conjonctive forme un cul-de-sac assez profond, que l'on désigne sous le nom de cul-de-sac ou sillon oculo-pulpt'hr al. D'après Richet (1), le fond de ce sillon est éloigné du bord libre de la paupière supérieure de 22 à 25 millimètres et de 11 à 13 de l'inférieure.
Le cul-de-sac supérieur est donc plus profond que l'inférieur. Dans l'angle interao le sillon est supprimé par suite de la mise ;i jour de l'espace angulaire décrit cidessus. Du côté externe la commissure ne présente point d'hyatus semblable; elle est du reste sensiblement éloignée du rebord orbitaire et elle recouvre ainsi un culde-sac externe qui s'efface dans l'extrême adduction du globe. Dans la région où le cul-de-sac supérieur devient externe, il présente une série d'enfoncements dans lesquels viennent aboutir les canalicules de la glande lacrymale.
Enfin il faut signaler que la muqueuse des culs-de-sac est froncée suivant un certain nombre de plis ou sillons parallèles au bord palpébral, plis mobiles grâce à l'extrême souplesse de la couche sous-muqueuse. Ces plis peuvent contenir des corps étrangers. Ils s'effacent du reste en grande partie par la luxation des cartilages tarses.
50 La jjortion oculaire ou scléroticale de la conjonctive est mince et complètement transparente; elle laisse voir la sclérotique et rend le globe de l'œil très luisant. Elle adhère à la capsule de Tenon, qui recouvre la sclérotique au moyen de mailles larges qui constituent des voies lymphatiques antérieures.
Près du bord externe et interne de la cornée, la conjonctive recouvre une petite élevure blanc jaunâtre qui n'est autre qu'un amas de tissu cellulo-graisseux dense, que l'on appelle pinçjuecula et qui adhère intimement à la sclérotique.
En se rapprochant de la cornée, la conjonctive s'amincit, adhère plus intimement à la sclérotique et empiète légèrement sur la cornée diins une étendue de 2 a 3 millimètres; la couché épithéliale seule se prolonge sur le reste de la cornée.
h. Histolorjie. - Comme toute muqueuse, la conjonctive est formée de trois couches . l'épithelium, le tissu propre et la couche sous-muqueuse (Fontan). ^
10 L^épilhélium est formé detroisou quatre couchesde cellules cuboides, spheroidalo.^ ou polycdriquesparpression réciproque. Les plus superficielles sont plus ucttcmeiii cylindriques, les profondes cubiques. Toutes sont nucléaires. Un certain nombre do ces cellules cylindriques subissent incessamment la transformation muqueuse, ce qm donne à cet épithélium, vu de face, le même aspect qu'à celui de l'intestin. En fait, ces cellules vésiculeuses ne sont pas autre chose que les cellules calciformes. Ce n'est qu'au bord ciliaire qu'on trouve les cellules aplaties signalées par Sappey, oti les granulations pigmentaires ; dans la conjonctive proprement dite, l'épithelium étant muqueux n'est ni corné ni pigmenté.
(1) Richet, Traité d'anat. tnédico-chirurg., p. 357.
ANATOMIE EN PHYSIOLOGIE. 13"^ Dans le fond des plis qui occupent les culs-de-sac, les cellules épilhclialcs sont plus cylindriques et plus allongées qu'ailleurs.
' Dans les portions scléroticale et bulbaire l'épilhéiium se transforme graduellement en cellules pavimenteuses, hautes encore à la face profonde, mais aplaties à la surface.
Au limbe cornéal il prend décidément l'aspect pavimenteux que l'on décrit à propos de la cornée.
La couche épithcliale de la conjonctive repose partout sur un basement-membrane facile à démontrer.
20 En dessous de cette membrane basale on trouve une tunique propre formée essentiellement de tissu réticulé adénoïde. Le stratum en est constitué par un fin tissu fibrilkdre, qui contient dans ses mailles de nombreux corpuscules lymphoïdes. C'est là en quelque sorte une ébauche de follicules clos, un tissu lymphoïde ditfus comme celui qui caractérise la muqueuse de l'intestin grêle. C'est dans la région qui suit le bord postérieur des cartilages tarses que cette disposition est au maximum. Quant aux follicules clos, parfaits que l'on observe chez certains animaux, on ne les rencontre pas dans la conjonctive saine de l'homme, mais ils se développent facilement dans les irritations chroniques, et en particulier dans la conjonctivite granuleuse.
S» Lacouche sous-muqueuse, formée d'un tissu cellulaire lâche, riche en vaisseaux et eu nerfs, est très remarquable dans les culs-de-sac et sur la sclérotique. Elle disparaît au niveau des cartihiges tarses dont le périchondre est directement adhérent au stroma propre de la muqueuse.
On a fort discuté l'existence des papilles de la conjonctive. 11 est facile de comprendre qu'une membrane plissée fournisse à la coupe perpendiculaire l'aspect d'une série de papilles. Les gros plis forment des ondulations qu'on ne peut confondre avec des papilles ordinaires. Mais il existe aussi de petites crêtes dont la coupe fait illusion. Aussi l'opinion de Krause, favorable à l'existence des papilles, est-elle généralement écartée. Toutefois nous acceptons la démoustraction faite par Reich (1), à l'aide de coupes à plat, de papilles peu élevées contenant des anses vasculaires et des terminaisons nerveuses. Ces papilles sont plus plates au niveau du cartilage tarse que dans les culs-de-sac.
4° Glande. — Un autre point litigieux concerne l'existence des di verses espèces de glandes : Les glandes en tube décrites par Hcule ont été niées par la plupart des auteurs. On admettait que Henle avait pris pour des glandes ces gouttières et ces sinus ix prolongements irréguliers qui se trouvent entre les plis des culs-de-sac. Mais Henle et Reich ont montré que ces glandes s'ouvrent au fond des culs-de-sac, et no 86 confondent pas avec eux.
Nous avons répété ces recherches et nous avons trouve des tubes longs et étroits (fig. 78 a) bifurques et munis dhaie seule rangée de cellules cylindriques. Ces cellules tendent souvent à l'état vésiculeux (6).
Ces caractères différencient nettement les tubes glandulaires des simples anfractuosités qui sont tapissées de plusieurs rangées de cellules cuboïdes. Du reste la figure circulaire (c) que donne une coupe eu travers de ces tubes ne permet pas le doute. Ces glandes existent particulièrement vers le grand angle de l'œil, dans le ter-
(1) Reich, Arch. fur ophlabn., vol. XXL
Fig. 78. — Glandes en tube du cul-de-sac inférieur (portion interne).
ritoire lacrymol, et oUcs oui en elï'el la plus griiudc aualuyic avec les glandes tuberculeuses de la ivgion lacrymale d(!a fosses nasales.
Les glandes sous-conjonctivales de Sappey (1}, qu'on appelle, quclquerois glamlus de Krause i^tig. 79), siôgeul particulièrement au bord postérieur du tarse, (!t sont plus nombreuses dans la région interne que partout ailleurs. On en compterait de 40 à 50 eu haut, et une dizaine seulement en bas. ■
Elles plongent profondément sous la conjonctive, et celles qui siègent contre le tarse s'y creusent une loge. Ces glandes sont composées d'un tube excréteur, le long duquel se groupent des cavités tubulaircs courtes, et souvent bifurquées terminées par de petites ampoules. C'est donc là le type d'une glande acino-tubuleuso. L'épithélium qui tapisse ces cavités est cuboïde. Sappey a montré que ces glandes sont munies .'i leur orifice de fibres musculaires lisses qui eu se contractant ou se dilatant facilitant la sortie du liquide sécrété. Sous l'inllucnce de certains agents thérapeutiques tels que l'atropine ou l'ései-nie, les orifices peuvent se rétrécir et les glandes s'engorger : de là des conjonctivites.
ITig, 79. Glandes muqueuses ou sous-conjonc- Fig. £0. — Glandes de Meibomiutivales des paupières (*).
On a décrit sous le nom de glandes de Manz de petits utricules voisins du bor.1 palpébral et remplis de cellules épithéliales et de détritus granuleux. Beaucoup d'auteurs, Henle, Vakleyer (2), etc., n'y voient que des amas fortuits de produits épithéliaux.
Glandes de Meibomiiis. — Dans l'épaisseur du tarse, et au-dessous de la conjonctive, on trouve les glandes de Meibomius, qui sont au nombre de 30 à 40 pour la paupière supérieure, et de 20 à 30 pour la paupière inférieure (fig. 80).
En renversant la paupière saine, ou les aperçoit sous forme de stries blanches, parallèles entre elles et perpendiculaires au bord libre. Ce sont des glandes sébacées débouchant dans des canaux excréteurs communs (fig. 86), qui s'ouvrent par de? ouvertures isolées entre les deux crêtes du bord libre des paupières. Marc Séo et Ed. Cruveilhier n'ont jamais vu plus d'une rangée de ces ouvertures sur le bord libre.
5° Vaisseaux. — Les artères de la conjonctive viennent des branches musculaires, conjonctivales et lacrymale de l'ophthalmique ; celles de la portion palpébrale viennent des anastomoses des temporales, perforent le tarse à son extrémité supérieure et se
(1) Sii^tpcy, Becherc/ies sur les glandes des paupières. Gaz. méd. de Paris, 1853.
(2) Waldeyer, article conjonctioe in Gnefe et Sœmisch.
(*) I, 1, corps de deux glandes sous-conjonctivules, dont l'une est simple et l'autre biboloe; 2, -2, con <luits excréteurs de ces glandes ; 3, 3, cniboucliuros de ceux-ci (Sappey).
ânatomie et physiologie.
.li.fibueiit à la face interue des paupières. Elles communiqué^ avec les arlcres p P br les et la temporale superficielle. Les arlères de la -njoncUve bull.u . s a nalmosent avec les ciliaires antérieures par une série de fines arcades, dont l.s sommets atteignent le limbe conjonclivo-corneal. Les veines se rendent dans les ophthalmiques, faciales, temporales, etc..
Fig. 81. — Glandes de Meibomius (*).
GO Lymphatiques. - L'existence des lymphatiques de la conjonctive est contestée par plusieurs anatomistes. Mais les recherches de Bruch (1), Krause Breschet etc ont démontré que ces vaisseaux s'y rencontrent en grande quantité. D après 'Teichmann Bilbroth (2) et Chrzouszczcwski (3) il semble que ces vaisseaux restent librement ouverts dans les interstices du tissu cellulaire. Près de la cornée ils forment des arcs très peu recourbés que Teichmam appelait cercle lymphatique. Vers les angles externes et internes de l'œil, les lymphatiques gagnent les troncs qui suivent les principales veines du visage et se rendent aux ganglions préauriculaires et sous-maxil-
^^^T^^'Nerfs — Les nerfs proviennent des rameaux nasal, frontal et lacrymal de la branche ophthalmique de Willis. Papenkeim a trouvé quelques rameaux nerveux ciliaires se rendant directement de la sclérotique à la conjonctive. Krause (4) a reconnu en outre des corpuscules clariformcs dans lesquels viennent se terminer des fibres nerveuses. Ils sont placés immédiatement sous la couche épithéliale.
D'autres nerfs viennent aussi certainement du grand sympathique, et Cl. Bernard l'a montré qu'en coupant la portion aphalique du grand sympathique on provoque immédiatement une rougeur excessive de cette membivme.
La question des terminaisons nerveuses de la conjonctive n'est du reste pas si simple qu'on l'a cru d'abord. Krause décrit deux modes de terminaison : des extrémités effilées et des corpuscules presque sphériques (chez l'homme). Poucet (5) a plus récemment repris cette étude et a montré que ces corpuscules sont surtout confiuents dans la région de la conjonctive innervée par le nerf lacrymal ; il décrit en outre une troisiciuc termuiaison par un réseau de fibres pâles, se détachant du plexus des fibres à double contour pcrikératique. Enfiu il admet un quatrième organe de terminaison dans la conjonctive bubaire : ce sont de petits corpuscules étoilés, logés dans la couche épithéliale, destinés à unir entre elles les fibres nerveuse* pâles qui ont pénétré dans cette couche, comme Langcrhans l'avait signalé pour l'épiderme.
8° Caroncule. — Ce petit organe se rapproche de la peau par sa structure. Il est du reste un véritable prolongement de la peau chez certains animaux et en particulier
(1) Bruch, Zeilschrift fûr wisserischaftl. Zoologie, 1853, t. V, p. 223.
(2) Billroth, Beilnige zur Palhologischeen Histologie. Berliu, 1858.
(3) Chrzonszczewski, Ueber dtn Ursprung... [Virc/iow's Archiv, 1868, p.
(4) Krause, Die terminalenKorperchen... Hanovre, 18G0.
(5) Poucet, Rechercites sur la terminaison des nerfs de la conjonctive, laboratoire d'histologie du Collège de France, 1875.
[*) 1, caaal excréteur commun ; 2, lobules (Morel et Villemin).
Travaux du
chez divers ruminants. 11 est forni6 cliez l'iiomino d'un amas de glaiidules acino-luljiilenses, à cellules 6pith6liales cylindriques cl calicilbrmcs ; ces glandes sont analogues, à celles de tout le territoire lacrymo-nasal. En outre, on trouve dans la caroncule des poils plus ou moins avortas, avec des rudiments de glandes si'-hac^^es. Enfin IVipilluîlium, variété d'épiderme, est formé d'un grand nombre de couches de cellules pavimenteuses.
Pliy8ioIu$>^ic. — Le rôle de la conjonctive est multiple. Comme toute membrane lâchement unie aux parties qu'elle recouvre, elle peut glisser aisément et facilite les mouvements des paupières. Elle est très sensible et sert tout comme la cornée de point de départ à un double réflexe : coujonctivo-lacrymal et oculo-palpébral.
Très vasculairc et très riche en éléments lymphatiques, elle offre une surface absorbante très active pour les diverses substances thérapeutiques auxquelles on demande une influence locale sur le globe de l'œil.
La conjonctive sécrète en outre par toute sa surface un liquide huileux ou muqueux qui facilite la lubréfaction du globe de l'œil. Dans les inflammations de cette membrane, cette sécrétion augmente, et avec l'épithélium détaché elle conslitue une sécrétion morbide particulière propre à toutes les conjonctivites. Avec le développement d'inflammation il y a un engorgement des papilles, ce qui constitue des granulations.