CHAPITRE II
MODE D'EXPLORATION
Pour bien connaître les afîections de la conjonctive, il est nécessaire d'explorer successivement les différentes portions de celte membrane. Cet examen doit se faire dans l'ordre suivant :
i" On doit abaisser la paupière inférieure et l'écarter du globe oculaire, pour s'assurer de l'état du cul-de-sac conjonclival ainsi que de la muqueuse palpébrale inférieure. On examinera attentivement si elle est d'une teinte normale et si elle ne diffère pas de la conjonctive de l'autre œ.il. Cette membrane est ordinairement rosée, transparente, et permet de distinguer la couleur blanche du cartilage tarse, ainsi que les glandes de Meibomius. A mesure que l'on s'approche du cul-de-sac, la teinte rouge diminue pour disparaître sur le globe de l'œil. La surface est unie, luisante. Dans l'état pathologique, elle devient inégale, veloutée, granuleuse; des plis se forment dans le cul-de-sac, et le tarse cesse d'être visible.
Les vaisseaux delà conjonctive palpébrale sont très nombreux et foi ment des réseaux très fins. Dans l'état pathologique, en se développant, ils impriment à toute cette surface une coloration rouge orangée.
On aperçoit souvent, dans le cul-de-sac inférieur, de petits globules ou glandules rouges presque transparents, en plus ou moins grand nombre. On les rencontre fréquemment dans les yeux sains, chez les enfants dont les yeux sont sensibles et qui pleurent beaucoup. Ce sont les glandes folliculaires augmentées de volume par suite d'irritation.
On trouve dans ce cul-de-sac des mucosités nageant dans les larmes ou du
MODE D'EXPLORATION. 1*1
pus plus ou moins liquide. Celte partie de la conjonctive peut adhérer au globe de l'œil par des brides cicatricielles.
3° Pour examiner la conjonctive palpébrale supérieure, on doit renverser la paupière, ce qui se pratique de la manière suivante : pendant que le malade regarde en bas, on déprime légèrement, avec l'index de la main gauche, placé au voisinage du bord libre, la paupière supérieure droite, et de la main droite la paupière gauche. Par une très légère pression sur cette paupière, on la fait glisser en haut jusqu'à ce que son bord libre se tourne un peu en avant. A ce moment, le pouce de la même main fait glisser la paupière inférieure sous la supérieure, ce qui permet de saisir celle dernière entre le pouce qui touche la conjonctive et l'index qui se trouve à la surface cutanée de cet organe, de luxer le tarse et de renverser la paupière.
Ici la conjonctive est encore plus pàle que celle de la paupière inférieure ; toute la surface paraît blanchâtre, ce qui est dû au tarse que l'on voit par transparence. Elle est luisante, et à peine y distingue-t-on de petits points papiliaires inégaux de la même couleur que le reste de la conjonctive. C'est dans cette région que l'on trouve le plus ordinairement les corps étrangers, les granulations, etc.
4° La conjonctive oculaire ou scléroticale doit être étudiée avec beaucoup de soin; elle est très peu vasculaire à l'état uormal (voy. fig. 83). La muqueuse est
Flg. 83. — Vascularité physiologique de la coujonctive oculaire^et de la sclérotique.
flasque et se déplace facilement ; quelquefois elle est jaunâtre, boursouflée, surtout chez les personnes âgées. Près de la cornée, dans les angles interne et externe, on voit un petit amas graisseux d'un blanc jaunâtre, sillonné de vaisseaux : c'est le pinguecula physiologique qui est surtout développé chez les vieillards.
On recherchera attentivement s'il n'existe pas dans cet endroit de petites tumeurs, des plaques rouges plus ou moins limitées, des phlyctènes, des ecchymoses, etc.
0° La conjonctive bulbaire est quelquefois boursouflée, et soulevée d'une manière notable par un liquide séreux, oubien elle devienttoute rouge, gonflée, etc.
6° On s'assurera de l'état de la caroncule lacrymale et du pli semi-lunaire, pour reconnaître si ces parlies ne sont pas rouges, enflammées, etc.