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CHAPITRE ÏTI

PATHOLOGIE ET THÉRAPEUTIQUE

LesinHammations de la conjonctive, se rencontrent très souvent isolées clou leur donne le nom de conjonctivite. Mais il existe des phlegmasies complexes qui, nu lieu d'Être circonscrites k une seule membrane, se propagent aux tissus et organes voisins, et notamment à la cornée à l'iris, etc. Cette inflammation comnlexe est désignée généralement sous le nom d'ophthalmie.

Un tableau des différentes variétés de phlegmasies conjonctivales facililera leur étude. Nous distinguons :

/ lacrymale, l catarrhale.

, ConioncUvItes simples non purulentes phlyctéaulaire ou lymphatiqde.

I exanthématique.

( de fièvre de foin.

/ des nouveau-nés.

i purulente des adultes.

2 Conionctivites ou ophthalmies purulentes., croupale et diphthéritique. •* I bleuuorrhagique.

\ granuleuse.

ARTICLE PREMIER

CONJONCTIVITE LACRYMALE

Le séiour prolongé des larmes dans le cul-de-sac conjoncUval peul entraîner une in' ULio, et une inflammation de la conjonctive, dont les caractères d,m-rent ellement des autres conjonctivites que nous avons cru necessa.r de u donner le nom de c^onclmte laœjmalc. Elle peut se présenter sous deux forme.

ai"uë ou chronittue. La seconde est la plus fréquente. . , ., , a.oue ou tmo uq chassieux ; les cils sont

sensibles à la lumière du jour qu'il a beaucoup de peine 7^';une véritable photophobie qui dure cinq, di. ou qmnze minut . A^^^ les yeux sont lavés avec de l'eau fraiche, la sensibdde

le malade se trouve ordinairement très soulagé, et ne se P';^"\^ ^^^Vp^^si é d sortant au grand jour, au soleil, la photophobie reparait. De ^ la ne es^^^^ porter des conserves foncées. De temps en temps H se mamfes e ^^^^^ Se -ravier entre les paupières. Le larmoiement n'est point constant; d appaia surent par des temps f.oids et humides, lorsque les yeux sont exposes au v ou au soleil. Vers le soir, et à la lumière vive de la lampe, les mêmes symptôn reviennent : photophobie, sensibilité des yeux, sensation de gravier entre es

ières, rougeur' conjonctiva.e très prononcée f n-^-^. f^^^ conjonclivite catarrhale. Tout travail le soir devient mipossible. Il } a une

CONJONCTIVITE LACRYMALE.

sibililé telle qu'on ne peut rien fixer; les lettres se doublent, et tous les objets • lue l'on veut examiner apparaissent comme à travers un brouillard. Le phénomène des cercles irisés, colorés, pareils aux cercles d'arcs-en-ciel autour d'une tlamme, peut se manifester; mais il n'est pas constant. Il est dû à l'accumulalion des larmes au bord des paupières, faisant l'effet d'un prisme. La conjonctivite lacrymale, avec tous ses signes, dure des mois et des années; les malades s'habituent même, jusqu'à un certain point, aux phénomènes morbides qu'ils ,'prouvent, ce n'est que par moments que leur état s'aggrave et devient intolérable.

La conjonctivite lacrymale, en se développant chez les sujets âgés, dont les l^aupières sont flasques," occasionne des ectropions. La blépharite ciliaire est aussi très fréquemment la conséquence de cette maladie. Les conjonctives palpébrale el oculaire sont injectées, surtout dans les deux angles de l'œil, et l'on y remarque souvent des traînées vasculaires s'étendant jusqu'au bord de la cornée, re qui fait croire à l'existence de phlyclènes. Les bords des paupières sont ordinairement ronges, surtout du côté de l'angle externe de l'œil. La coloration l ûuge varie d'une manière très sensible : quelquefois elle n'existe que dans les ;ingles de l'œil et sur le bord libre des paupières. La caroncule paraît d'une icinle rouge uniforme ; en même temps, le bord libre et l'angle externe sont très injectés, on y constate souvent de l'éry thème.

Dans d'autres cas, la conjonctive palpébrale est très enflammée; les vaisseaux capillaires sont très développés, et forment un lacis fin et uni. On remarque môme le boursouflement notable de toute l'épaisseur delà conjonctive et du tissu sous-conjonctival, et des plis plus ou moins épais apparaissent dans le cul-desac conjonctival inférieur. Cette même portion de la conjonctive présente un

' ngorgement des glandes folliculaires (fig. 84) et des acini tellement considérables qu'on les prend très facilement pour des granulations. J'ai vu plus d'une lois des ophthalmologistes très renommés prendre ces glandes engorgées pour • les granulations, et aggraver la maladie par des cautérisations répétées.

Ces mêmes glandes se gonflent quelquefois à la suite de l'usage prolongé de l'atropine, ce qui a fait dire à tort à un auteur allemand que l'apparition des granulations est due à l'action de l'atropine. L'atropine provoque quelquefois le larmoiement en suspendant toute aspiration des larmes qui séjournent longtemps

dans le cul-de-sac, et ainène une irritalioii des conjonctives cl des ^ilandes, mais elle n'a aucuncinenL le pouvoir de faire nallre des granulations néoplastiques.

La conjonctivite chronique peut se transformer subitement en une inflammation subaiguë et ressembler beaucoup à une conjonctivite catarrbale. Tous les auteurs ont confondu jusqu'à présent les deux maladies, et ont décrit à tort la conjonctivite calarrhale et la conjonctivite lacrymale comme une seule et iwnna maladie. Dans la forme aiguë, quelquefois les paupières se gonflent d'une manière très sensible; les conjonctives deviennent rouges, boursouflées, et sécrètent une grande quantité de mucosités. La conjonctive oculaire s'injecte fortement et se couvre d'ecchymoses, etc. C'est à cette forme de conjonctivite que nous devons aussi rapporter la conjonctivite angulaire et du cul-de-sac conionctival, dont Gosselin et Lannelongue (t) ont fait une très belle description. L'une et Vautre conjonctivite sont occasionnées par les altérations des voies lacrymales.

Étioloqie et pathogénie. -Le nom que nous avons donné à la maladie prouve que sa cause principale est dans l'appareil lacrymal. En effet, le séjour prolonge des larmes dans le sac conjonclival ne peut exister sans amener des desordres, surtout si les larmes changent de composition; de neutres ou à peu près qu elles devraient être, dans l'état normal, elles deviennent fortement alcahnes; ce qui a Généralement lieu dans une conjonctivite lacrymale. Le séjour d'un liquide neutre entre les paupières ne produirait probablement pas d'altération, tandis crue les larmes alcahnes sont la cause d'une irritation dans la conjonctive, ce c ui arrive d'autant plus facilement que la sécrétion graisseuse des glandes de Meibomius, qui se répand aussi à la surface de l'œil et le garantit contre 1 action irritante des larraes,se transforme par le mélange avec les larmes alcalines en une sorte de savon. La nouvelle quantité de larmes qui s'écoule ensuite, trouvant la cornée et la conjonctivite complètement sèches et non graissées, les irrite d'une manière plus ou moins prononcée. Au bout de quelque temps, cette irritation donne lieu à une conjonctivite suivie de la sensation de sécheresse et de chaleur dans l'œil. L'action de l'air frais et humide sur la conjonctive et la cornée qui est privée de son enduit graisseux est facile à comprendre; les nerfs trophiques de la conjonctive 5ont excités comme dans une kératite ou un iritis ce qui amène une photophobie. , , .

Une sensibilité exagérée pour la lumière s'observe surtout chez les personne qui habitent les grandes villes et les pays sablonneux, oh la réverbération d Tlumière est très forte. Les enfants qui ne peuvent pas travailler le soi au ga. et les personnes qui, par leur état, doivent lire et écrire beaucoup, se fatiguent immédiatement par l'exagération de la sensibilité, souvent sujet aux affections lacrymales.. . Pnn Difi-érentes altérations des voies lacrymales peuvent occasionnel cette conionclivite • les points lacrymaux sont obstrués et déviés, ou bien un rétrécissement occupe l'entrée dans le sac ou le canal nasal. L'injection avec la sermgu^

r Anel et le cathétérisme permettent de reconnaître la cause qui s oppose a l'aspiration des larmes. L'inflammation aiguë ou chronique du sac lacrymal donnent aussi lieu k cette variété de conjonctivite.

il) Gosselin et 0. Lannolongue, Nouveau Didionn. de mU. el de chirurg pmtigues, 1868, t. IX,. p. 52, art. Conjonctive.

CONJONCTIVITE LACRYMALE.

Diagnostic différentiel. — Jusqu'à ce jour cette variété de conjonctivite a été méconnue par tous les auteurs : h peine signale-t-on la possibilité d'une hypérémie conjonctivale dans les affections des voies lacrymales.

Elle peut être confondue, soit avec la conjonctivite calarrliale, soit avec la conjonctivite granuleuse, par une hypertrophie et le gonflement des glandes dans le cul-de-sac conjonctival.

On distinguera une conjonctivite lacrj'male d'une conjonctivite catarrhale, aux signes suivants :

1. Les malades ne se plaignent point par le beau temps, ni dans la journée, mais ils souffrent surtout le malin; à ce moment leurs yeux sont larmoyants et accusent une photophohie.

2. Les Lords des paupières sont légèrement déviés en dehors, ce cfui n'a pas lieu dans la conjonctivite catarrhale. En faisant une injection dans les voies lacrymales on reconnaît une ohhtéralion ou un rétrécissement de ces conduits.

3. La conjonctivite catarrhale a une durée limitée : quelques semaines, un ou deux mois. La conjonctivite lacrymale dure des mois et des années, se dissipe dans les saisons chaudes et revient à chaque saison humide.

. 4. Pour distinguer l'affection dont nous nous occupons de la conjonctivile granuleuse, il faut examiner la paupière supérieure, où les granulations sont ordinairement plus développées, tandis que dans la conjonctivite lacrymale les petites saillies que l'on prend pour des granulations occupent surtout le culde-sac inférieur; la portion palpébrale de la conjonctive n'est que légèrement injectée.

Traitement. — L'affection des voies lacrymales une fois reconnue, il est urgent de rétablir le cours naturel des larmes, en faisant avec la seringue d'Anel des injections d'eau tiède ou de collyres astringents par les points lacrymaux; puis, aussitôt que les circonstances le permettent, il faut recourir à la dilatation des conduits lacrymaux. La suppression du larmoiement amène la guérison de la conjonctivile lacrymale.

Mais en dehors du traitement chirurgical, qui n'est pas toujours accepté par le malade, il faut savoir trouver les moyens capables de calmer les symptômes principaux de la maladie.

Des lotions chaudes des yeux à grande eau, les paupières fermées, faites fréquemment à l'aide d'une grosse éponge, sont généralement salutaires.

La pommade de concombre fraîche ou de vaseline réussit à adoucir les paupières irritées et à prévenir leur agglutination pendant la nuit.

Parmi les collyres qui peuvent être avantageusement employés, je considère celui qui contient du sulfate de zinc comme le plus efficace pour combattre la phlegmasie lacrymale. L'acide borique et le borax en solution sont non moins utiles. Voici les formules dont je me sers habituellement :

:?<ÎEan distillée.. 10 gr.

Sulfate de zinc. 0,55 c.

(Instiller le matin quelques gouttesdans l'œil .)

^ Eau distillée 100 gr.

Borax 1 —

Eau delaurier-cer. 10 — (Pour bassiner les yeux.)

"if Eau distillée..

Acide borique.

(En lotions.)

100 gr.

2 gr.

Dans une conjonctivile lacrymale subaiguë, j'emploie avec beaucoup de succès les cautérisations des paupièrés avec un cristal de sulfate de zinc qu'un jeune chimiste, Tabenski, élève du professeur Fremy, m'a préparé. Je ne cau-

OALEZOWSKI, .3e édit. JQ

térise habituellement que la conjonctive de la paupière inférieure près de l'angle interne de l'œil, tous les malins ou tous les deux ou trois jours, selon l'intensité de l'inflammation.

BiBLioonAPiriE. — Galezowski, Essai sur la conjonclivile lacrijmale et son in/luence sur la vue {Gaz. des Hôpit., 1868, p. 433). — Etchccoin, De la conjonctivite lacrymale, thèse de doctorat do Paris, 18C8. — Intz Gerald, Lacrymal conjonclivitis and ils influence ontheSight {The Dublin Quarterly Journ. ofMed. science, nov. 18G9, p. C75). — Guément, Des affections consécutives aux maladies des voies lacrymales, thèse de Paris, 1873. — Dransart, Des ophthalmies lacrymales, thèse de Paris, 1873. — Alfred Ferrand, Sur les affeciions produites par les altérations des voies lacrymales, thèse de Paris,

CONJONCTIVITE CATARRHALE.

La conjonctivite catarrhale est un véritable catarrhe de la muqueuse de l'œil. Ce catarrhe se développe très souvent en même temps que le rhume de cerveau, le catarrhe bronchique, etc., les précède ou les suit de près, mais il peut se déclarer aussi d'une manière insolite.

Contrairement à l'opinion de quelques auteurs, la conjonctivite catarrhale n'est point une phlegmasie simple; c'est une inflammation sui generis, et la sécrétion morbide qu'elle fournit présente tous les caractères de la spécificité, pouvant se transmettre par contagion, comme l'a démontré Gosselin.

D'après les nouvelles études de l'école pastorienne, les microbes s'infiltrent dans les différentes parties de notre organisme et constituent des infiammations. Les conjonctivites catarrhales sont ainsi, le plus souvent produites par des microbes qui, en s'infiltrant dans la conjonctive, y provoquent des inflammations qui peuvent dans certaines saisons devenir épidémiques. C'est pour cette raison que la conjonctivite catarrhale se manifeste sous l'influence des causes atmosphériques, de l'humidité, des miasmes méphitiques. Ces conditions atmosphériques peuvent varier selon l'époque de l'année et la nature du catarrhe lui-même : c'est pourquoi on voit aussi les conjonctivites catarrhales changer de caractère tant au point de vue de leur marche et de la gravité d'évolution qu'au point de vue du traitement.

Symptômes anatomiques. — L'affection catarrhale des conjonctives se déclare le plus souvent d'emblée; le soir, le malade s'aperçoit d'une lourdeur ou pesanteur des paupières, il ressent quelques légères cuissons, et le lendemain il se réveille avec un œil collé el les paupières gonflées. Un ou deux jours après l'autre œil est pris; toutefois, les deux yeux peuvent être atteints en même temps, et ce n'est qu'exceptionnellement que la maladie se concentre sur un S3ul œil.

Au début, les paupières sont gonflées, les bords libres et le grand angle sont rouges; la paupière supérieure ne peut plus se relever aussi facilement que de coutume; la conjonctive palpébrale est boursouflée, fortement congestionnée et prend une teinte rouge ; ses papilles sont épaissies au point qu'on ne peut plus apercevoir ni le tarse ni les glandes de Meibomius. En examinant altenti-

CONJONCTIVITE CATARRHALE. 147

vement avec un verre grossissant la surface de la conjonctive, on reconnaît des réseaux vasculaires très nombreux, dont les branches principales traversent toute l'étendue de la portion palpébrale et se recourbent dans le cul-de-sac pour se porter sur le bulbe. Ici leur nombre diminue, ils deviennent plus fins et plus ténus, s'arrêtant le plus souvent à une certaine distance du bord de la cornée. Lorsque la maladie prend une plus grande extension, la rougeur se développe sur le globe de l'œil et gagne le bord même de la cornée sur°une étendue de 2 millimètres. La caroncule lacrymale et le pli semi-lunaire sont aussi rouges et enflés.

La muqueuse palpébrale présente une multitude de villosités; épaissie et d'un aspect velouté, elle est parsemée d'inégalités qui ressemblent quelquefois à des granulations. Dans le cul-de-sac supérieur et inférieur, elle est tellement boursouflée qu'on y distingue une série de plis rouges, épais et parallèles entre eux.

On remarque très souvent sur la conjonctive oculaire des ecchymoses plus ou moins étendues sous forme de plaques rouge orangé, à contours très mal accusés. Desmarres père a même vu le sang s'extravaser en telle quantité que le malade semblait avoir reçu un coup.

La conjonctivite catarrhale se complique souvent de l'infiltration séreuse, qui envahit le tissu cellulaire sous-conjonctival sur toute l'étendue du globe de l'œil, ce qui constitue un état particulier de boursouflement que nous appelons chémosis séreux. C'est un bourrelet gélatiniforme, demi-transparent, qui entoure la cornée, et recouvre toute la sclérotique. Les paupières elles-mêmes sont le siège d'un gonflement œdémateux tellement considérable, que le malade a beaucoup de peine à tenir les yeux ouverts. La peau paraît rougeâtre, lisse e.t tendue, tout l'appareil vasculaire des paupières est engorgé, et cette congestion amène une élévation considérable de température, ce dont on peut s'assurer à l'aide d'un petit thermomètre oculaire. Le malade lui-même ressent une chaleur très vive dans l'œil ainsi que dans tout le pourtour de l'orbite.

Il arrive assez souvent d'observer le soulèvement de l'épithéHum cornéen sur la périphérie de cette membrane, et quelquefois des ulcérations herpétiques superficielles. Si ces altérations ne sont pas enrayées au début, elles peuvent donner heu à des ulcères profonds et à des abcès.

Au début, la sécrétion est transparente, et elle contient en suspension des flocons de mucus. Bientôt elle devient abondante et est constituée par un hqmde louche, albumineux, se transformant quelquefois en un liquide mucopurulenl, verdàtre ou jaunâtre, qui s'accumule surtout la nuit entre les paupières et agglutine les cils. Des filaments de ce mucus s'amassent souvent dans le cul-de-sac; on les voit aussi glisser sur la cornée

A mesure que la maladie gagne en intensité, la sécrétion devient plus abondante, trouble, louche, et par son aspect se rapproche beaucoup du'pus, de sorte qu on a qu que fois de la peine à la distinguer d'une ophthalmie purulente. Cette sécrétion s'ecoule par le grand angle et le long du bord libre : le matin

'^ZZ on trouve de L

croûtes jaunâtres, friables, desséchées. Les cils eux-m mes sont collés e réunis sous forme de pinceaux. On reconnaît par l'absence des croû à il

Symptômes pJnjsioloffiqucs. — Le premier |ih(''nomèiie (jne le malade éprouve est la seiisaLion de pesanteur et de lourdeur des paupières qui s'aggrave constamment le soir. En mûme temps, il ressent des picotements et comme la sensation de graviers dans les yeux. Ce phénomène est dû aux lambeaux de l'épithélium conjonctival en partie détachés, qui s'enroulent sur eux-mêmes, et tant qu'ils ne sont pas détachés, frottent contre la cornée comme des corps étrangers. On peut s'en convaincre en renversant la paupière et en l'examinant avec un verre grossissant. Quant à l'explication donnée par quelques auteurs, que ce sont les anses vasculaires gonflées contenues dans les papilles qui frottent contre la conjonctive bulbaire, elle est inadmissible. En etfel, on ne comprend pas comment ces anses ne produiraient cette sensation que de temps en temps, et le plus souvent d'une manière insolite.

Par moments l'œil est sec, surtout au début ; mais bientôt les larmes coulent en abondance; un larmoiement très fort se manifeste; l'œil devient sensible au toucher et à l'action de la lumière. Le malade éprouve une sensation de chaleur dans les paupières et une gêne pour les ouvrir; il ne peut rien fixer; tous les objets paraissent voilés; le soir, la lumière semble entourée de cercles colorés, d'arcs-en-ciel, ce qui tient à la décomposition des rayons lumineux à travers une couche de larmes accumulées sur le bord libre des paupières, et non point à une éhminalion des cellules épithéliales de la cornée, comme le pensent quelques auteurs. Les mouvements des paupières sont gênés à cause de leur roideur; les malades ont de la tendance au sommeil et leurs yeux s'ouvrent difficilement.

Parmi les troubles fonctionnels de la vue, il faut signaler aussi l'apparition des nombreuses mouches volanles, très fines, qui se promènent au devant des yeux, surtout lorsque le malade regarde une vive lumière. Ce dernier phénomène est produit par les corpuscules microscopiques qui glissent avec les larmes à la surface de la cornée.

Tous ces symptômes s'aggravent le soir, le malade souffre davantage, et il survient quelquefois un peu de fièvre et de Finappétence.

mirche, durée, terminaison. — La conjonctivite catarrhale présente des variétés très nombreuses. Tantôt elle a une forme aiguë et se développe avec une rapidité extrême; trois ou quatre jours après le début, les yeux se gonflent au point que le malade ne peut plus les ouvrir. D'autres fois, et c'est le cas le plus fréquent, elle prend une marche chronique. La conjonctivite catarrhale peut prendre une forme chronique en apparence bénigne, mais qui en réalité est très rebelle. Elle se complique d'un développement des vaisseaux sur la conjonctive scléroticale; l'œil devient rouge, sensible au moindre travail, et donne heu a une photophobie très intense. C'est une conjonctivite chronique qui peut durer des mois et des années, et résister à tous les traitements. En général, il faut dire que la gravité de la maladie dépend beaucoup de la nature de l'épidémie catarrhale, qui règne dans certains pays et dans certaines saisons.

Comme toutes les autres phlegmasies, cette affection s'aggrave le soir; elle augmente pendant quelques jours, reste ensuite slalionnaire pour disparaître complètement ou se transformer en une conjonctivite chronique. Celte dernière issue s'observe surtout chez les personnes qui n'ont pu suivre leur traitement jusqu'à la giiérison complète, ou bien chez ceux qui habitent des logements humides et insalubres.

CONJONCTIVITE CATARKllALE.

Diagnostic différentiel. — Rien n'est plus facile que de reconnaître la conjonclivile catarrhale, à la sécrétion transparente mélangée tle filaments de mucus, à ia rougeur de la conjonctive, qui diminue au fur et à mesure qu'on s'approche de la cornée et à l'absence de douleurs circumorbitaires.

Mais dans certaines variétés des conjonctivites catarrhales, les symptômes inflammatoires sont tellement intenses et les complications du côté de l'iris sont si prononcées, qu'on a beaucoup de peine à reconnaître la maladie principale.

La conjonctivite catarrhale peut être confondue avec une conjonctivite lacrymale, mais l'examen des voies lacrymales et la chronicité de la maladie empêcheront toute erreur de ce genre.

Une conjonctivite 'purulente "^Qxxt présenter au début tous les signes d'un simple catarrhe, mais bientôt après on voit survenir une sécrétion purulente, un chémosis phlegmoneux, et la conjonctive du cul-de-sac, de même que celle de la sclérotique, du pli semi-lunaire et de la caroncule deviennent boursouflées et épaissies d'une manière extraordinaire.

La conjonctivite granuleuse subaiguè, consécutive aux granulations très nombreuses, apparaît souvent comme une conjonctivite simple. Ici l'erreur n'est dévoilée qu'avec la marche de la maladie.

Uiritis peut débuter quelquefois par une véritable conjonctivite catarrhale subaiguë. Mais la présence des douleurs circumobitaires, la rougeur périkératique et la difl'éreuce dans la coloration des deux iris mettra le chirurgien sur la voie de la maladie réelle.

Ètiologie. — Cette maladie est un simple catarrhe des conjonctives, qui se transporte très souvent aux yeux des muqueuses voisines, du nez et de la gorge.

L'exposition au froid et à l'humidité est une des causes les plus fréquentes, ce qui explique pourquoi on les rencontre plus souvent en automne et au printemps. Dans ces deux saisons, lorsqu'il y a des épidémies de grippe, les conjonctives catarrhales ne sont pas rares. L'afi'ection que l'on désigne en Angleterre sous le nom de hay-fevcr (fièvre de foin) se complique aussi, d'après Mackensie, d'une conjonctivite catarrhale. N. Guéneau de Mussy a rapporté des faits analogues.

Gosselin a démontré que les conjonctivites catarrhales peuvent être engendrées : i° par d'autres conjonctivites également catarrhales et non purulentes; 2° par des conjonctivites franchement purulentes; 3° par des conjonctivites ou des blépharites granuleuses, succédant ou non h des inflammations suppuratives. Mais il n'est pas non plus douteux, que la conjonctivite catarrhale puisse devenir épidémique et régner pendant un certain temps dans les casernes ou d'autres endroits où il existe un grand encombrement.

Ces sortes d'épidémies ne peuvent s'expliquer que par la nature contagieuse de la sécrétion catarrhale; la contagion peut se faire tout aussi bien par le contact direct que par l'air vicié. Tous les auteurs signalent des faits de transmission du catarrhe conjonclival par la contagion; pour ma part, je connais plusieurs cas de conjonctivite catarrhale subaiguë transmise des enfants aux parents et autres membres de la famille. Évidemment ces épidémies de conjonctivites catarrhales ne peuvent s'expliquer que par la présence des bacilles et de microbes spéciaux qui s'introduisent dans la conjonctive par l'air, par l'eau, et par d autres agents de transmission.

Quelques auteurs allemands, entre autres Stelhvag von Carion (1), considèrent la rougeole, la scarlatine, la variole, comme des causes de la conjonctivite calarrliale. Je ne partage pas cette manière de voir, et je pense que ni la nature de ces maladies éruptives, ni la marche des conjonctivites qui les accompagnent, n'ont rien de commun avec la conjonctivite catarrhale. Nous devons dire la même chose au sujet du traumatisme qui amène une conjonctivite simple et non catarrhale proprement dite.

Les vidangeurs et les égouttiei's étaient autrefois sujets à des conjonctivites catarrhales. Aujourd'hui, avec l'admirable organisation des égouls de Paris, ces conjectivites miasmatiques sont beaucoup plus rares.

Anatomie pathologique. — L'inflammation de la muqueuse oculaire est caractérisée, comme celles des autres muqueuses, par Vhypérémie, le gonflement et les altérations de sécrétion. Pendant la période aiguë, il se manifeste un engorgement considérable des vaisseaux, dont plusieurs sont rompus. L'épithélium est enlevé sur une grande étendue, et par places j'ai trouvé même des ulcérations superficielles qui ont laissé plus tard des cicatrices. Le lissu cellulaire sous-conjonctival, de môme que les papilles de celte dernière membrane, sont boursouflés et œdématiés ; mais les papilles ne tardent pas à revenir à l'état normal.

L'altération de sécrétion n'est point un phénomène essentiel, il n'est que la conséquence de l'inflammation. On voit diminuer la sécrétion normale pendant que la quantité du mucus sécrété augmente. Selon Rindfleisch, la sécrétion de mucus n'appartient pas seulement aux glandes d'acini, mais le protoplasma des cellules épithéhales subit une métamorphose muqueuse.

Dans le liquide sécrété on voit tantôt les cellules épithéliales, tantôt l'élément purulent prédominer. Lorsque c'est l'élément épilhélial qui prédomine, nous avons alors affaire à une conjonctivite catarrhale; ces cellules se produisent et se multiplient d'une manière normale d'après le principe d'une simple hyperplasie. L'existence des cellules purulentes indique que la conjonctivite est de nature purulente.

Examinée au microscope, la sécrétion présente une masse de cellules épithéliales détériorées, nageant dans le liquide louche albumineux ; ces cellules sont agglutinées dans des filaments de mucus ; on y trouve aussi des globules de pus et des nombreux bacilles.

A la suite d'un catarrhe de longue durée, les orifices des glandes de Meibomius se rétrécissent et se bouchent, d'où l'engorgement consécutif de ces glandes.

Pronostic. — La conjonctivite catarrhale est une affection bénigne; soignée énergiquement dès le début, elle guérit au bout de quelques jours. Abandonnée à elle-même ou soignée par de simples émollients, elle peut devenir chronique; alors la guérison radicale est difficile, surtout chez les vieillards.

De fréquentes récidives de catarrhe conjonctival peuvent entraîner des altérations du côté des voies lacrymales, amener leur rétrécissement ou l'obstruction.

Complications. — Des complications peuvent survenir du côté des conjonctives, de la cornée et de l'iris lui-même.

(1) Stellwag von Carion, Lehrhuch der praktischen Aiigenheilkiaide. VVien, 1870, p. 419.

CONJONCTIVITE CATARRHALE.

Sur la conjonctive bulbaire, une ou plusieurs phlyctènes peuvent se montrer. L'apparition de chacun de ces boutons amène une légère recrudescence de la maladie, qui ne dure que quelques jours et n'a aucune gravité.

Quelquefois la cornée est le siège d'abcès de nature phlycténulaire ou herpétique; dans d'autres cas, ces abcès sont profonds et présentent de la gravité s'ils ne sont pas soignés immédiatement.

Les irilis se rencontrent rarement dans cette maladie; je les ai vues se produire chez les individus scrofuleux ou syphilitiques qui avaient été déjà atteints précédemment de cette dernière afîeclion. En général, cette complication n'offre pas de gravité et peut être facilement guérie.

Traitement. — Beaucoup de remèdes et de méthodes curatives ont été préconisés pour la guérison du catarrhe conjonctival, mais le succès n'a pas été souvent aussi satisfaisant qu'on pourrait le désirer. Après les avoir expérimentés les uns après les autres, j'ai adopté une règle de conduite toute particulière qui m'a donné des résultats très favorables.

1. Des lotions fréquentes des paupières avec de l'eau chaude à grande eau, au moyen d'une éponge, plusieurs fois par jour, pendant cinq à six minutes, sont très efficaces ; souvent à lui seul ce moyen amène laguérison. Je ne puis pas comprendre la préférence accordée par quelques auteurs allemands aux compresses imbibées d'eau froide, presque glacée. Cette pratique est peu rationnelle, elle peut engendrer une conjonctivite catarrhale, et aggraver la maladie existante, c'est pourquoi je la condamne d'une manière absolue.

2. Dans une conjonctivite subaiguë, accompagnée ou non dechémosis, on doit recourir dès le début au traitement abortif. La cautérisation des conjonctives avec un cristal de sulfate de cuivre ou avec une solution de nitrate d'argent au 1/40, nous a paru le moyen le plus sûr pour arrêter le mal. On touche la conjonctive palpébrale inférieure dans toute son étendue et l'on calme les douleurs consécutives à la cautérisation en instillant dans l'œil, dix minutes avant la cautérisation, quatre ou cinq gouttes de chlorhydrate de cocaïne.

Chlorhydrate neutre de cocaïne. 50 centigr. | Eau distillée 10 grammes.

Ces cautérisations seront renouvelées une fois tous les jours, pendant quatre ou cinq jours.

3. Dans des conjonctivites calarrhales aiguës, intenses, accompagnées de douleurs périorbitaires et de chémosis séreux, il faut appliquer trois ou quatre sangsues aux tempes et badigeonner l'intérieur des paupières avec les solutions de nitrate d'argent et de sel marin :

^ Nitrate d'argent 25 centigr. | Eau distillée 10 grammes

(Appliquer une ou deux fois par jour ce collyre sur la conjonctive palpébrale à laide d un petit pmceau, et passer ensuite un pinceau trempé dans la solution du

S6i UlcLFlU . )

Après avoir employé ces collyres pendant quelques jours, on verra si le mieux a été obtenu; autrement on devra remplacer ces collyres par d'autres astringents.

4. Pour la nuit, les paupières seront soigneusement enduites avec de la pommade de concombre fraîche, ou avec la vaseline blanche.

5. Il arrive que les malades ne se laissent point caulériser les paupières, ou qu'il leur est impossible tle \ei\ir tous les jours à la consultation ; dans ce cas, je prescris l'instillation du collyre au sulfate de zinc une fois par jour.

0. Dans les conjonctivites chroniques accompagnées de relâchement de la muqueuse avec engorgement des vaisseaux sur la sclérotique, et qui constitue un état congestif difficile à guérii-, on doit avoir recours aux instillations méthodiques et prolongées du collyre au sulfate de zinc.

Voici la composition de ces collyres :

Eau distillée 15 grammes.

Sulfate de ziuc 25 ceutigr.

Chloryd. n. de cocaïne. 25 ccntigr.

(Galezôwski).

Eau distillée 10 grammes.

Eau de laurier-cerise... 5 grammes.

Sulfate de zinc 25 ceutigr.

On emploiera ces collyres de la manière suivante : pendant les premiers dix jours, on fait insliller un de ces collyres deux fois par jour entre les paupières et on fait laver les yeux quatre fois par jour avec de l'eau chaude. Pendant les quinze jours suivants, on emploie ce collyre une fois par jour et pendant le mois suivant une fois tous les deux jours. En suivant ce traitement avec persévérance pendant six à huit semaines, on viendra à bout des conjonctivites calarrhales anciennes les plus rebelles et les plus invétérées.

Mackensie et Velpeau prescrivent de préférence dans toutes les conjonctivites le nitrate d'argent en instillation à la dose de 0,05 à 0,10 centigrammes pour 30 grammes. Nous sommes opposés à un emploi prolongé de ce collyre sous forme de gouttes, que les malades instilleraient eux-mêmes ; on s'expose par ce moyen à prolonger trop longtemps l'usage de ce collyre, ce qui pourrait amener à la longue une imbibition de la conjonctive par le nitrate d'ai-genl et la rendre brunàlre ou noire pour loute la vie.

Rien n'est plus irrationnel que d'employer des collyres antiseptiques en compresses sur les paupières, comme le conseillent aujourd'hui quelques auteurs. Par ce moyen on est loin de guérir la conjonctivite, et on provoque au contraire des eczémas ou des érythèmes, ce qu'ils avouent du reste euxmêmes.

Les conjonctivites chroniques, invétérées, celles qui ont été négligées ou mal soignées et se prolongent au delà de cmq ou six mois, demandent des soins tout spéciaux et qui changent d'un individu à l'autre. Des lotions avec des solutions antiseptiques peuvent avoir ici leur application sous la forme suivante :

2f Acide borique 2 grammes. Acide phénique i gramme.

Eau distillée 100 — Eau distillée 200 grammes.

Des onctions des bords des paupières avec la pommade à l'acide borique porphjrisé àladose de 0,25 centigrammes pour 10 grammes peuvent avoir aussi leur utilité.

7. Le malade sera purgé avec une dose de 25 à 30 grammes d'huile [de ricin, ou une bouteille de limonade purgative (45 à 60 grammes).

Mais si ces moyens, joints aux instillations méthodiques du sulfate de zinc, d'après nos indications exposées plus haut, ne réussissent pas, il faut alors changer complètement le système de traitement.

CONJONCTIVITE PHLYCTÉNULAIRIL ET CONJONCTIVITE HERPÉTIQUE. 153

On supprimera tous les astringents et on emploiera pendant quelque temps alternativement les collyres d'atropine ou de cocaïne. On invitera le malade à quitter la localité qu'il habite pour changer complètement d'air. On lui fera continuer des lotions fréquentes à l'eau chaude, quelquefois on pourra y joindre la solution de tannin à la dose de 1 gramme pour 200 grammes.

8. Chez les enfants sçrofuleux, la conjonctivite catarrhale change souvent de forme, et de bénigne qu'elle était, elle devient grave et résiste aux moyens indiqués plus haut.

On cautérisera alors les paupières tous les jours avec le cristal de sulfate de cuivre et on joindra à cela la pommade suivante :

^ Oxyde jaune 0,^5 à 4 centigr. | Vaseline 5 grammes.

9. Lorsque la cornée et l'iris sont malades, on doit instiller les gouttes d'atropine deux ou trois fois par jour, au besoin on appliquera des sangsues, et l'on agira de préférence contre la complication qui constitue dans ces cas un phénomène plus grave que la conjonctivite elle-même.

BiBLiOGUAPiuE. — Arlt, Ophthnlmia catarr/ialis cpideinica {Wien. med. Wochenschrift, n" 3, 1863). — Bouissou, Ophthahnie produite par le soufrage des vignes {Gaz. des hôpit., 1863, n° 96). — Magui, Lezioni feoric/ie di oftalmatria. Malattie délia congiuntiva e délia cornea. Bologna, 1865, p. 175. — Gosselin, Sur les causes de la conjonctivite catarrhale (Arch. gén. de méd. Paris, avril, 1869) et Clinique chinirgicale de la Charité, 3^ édition, Paris, 1878. — Gosselin et 0. Lannelougue, Nouveau Dictionn. de méd. et de chir. pratiques. Paris, 1868, t. IX, p. 48, art. Conjonctive.

CONJONCTIVITE PHLYCTÉNULAIRE ET CONJONCTIVITE UERPÉTIQUE.

Cette affection est caractérisée par de petites phlyctènes ou des pustules apparaissant sur une partie quelconque de la conjonctive ; elles amènent une inflammation, plus ou moins intense de la conjonctive, inflammation désignée sous le nom de conjonclivite phlycténulaire. Elle est le plus souve^^t partielle et n'occupe qu'un seul point de la conjonctive oculaire ; dans d'autres cas, elle est généralisée sur une grande partie de cette membrane, et se porte surtout sur le limbe conjonctival périkératique. La conjonctive palpébrale est très souvent rouge et injectée ; mais on n'y trouve point des phlyctènes.

Nous distinguons deu.\: variétés d'affections qui ont des aspects tout différents.

La forme de conjonctivite phlyclénulaire ou pustuleuse partielle est celle que l'on rencontre chez les enfants sçrofuleux, et elle est le plus souvent partielle, bien circonscrite, et se complique quelquefois d'une conjonctivite catarrhale.

La seconde variété est la conjonctivite herpétique des adultes, caractérisée par des cupules ou pustules très fines, nombreuses, accumulées par groupes soit sur la conjonctivite bulbaire, soit sur le pourtour de la cornée. La conjonc-

\U CONJOiNCTIVE.

tive souvent dans ces cas se prend loul entière et se complique d'une congestion très vive et générale des paupières (1).

Symptomatologie. — Sjjinptùmes anatomiques. — La maladie débute ordinairement pur une rougeur partielle du globe de l'œil, occupant soit la partie externe, soit la partie interne de la sclérotique (fig. ho).

Celte rougeur est constituée par de nombreux vaisseayx fins, capillaires, communiquant avec le cul-de-sac conjonclival par l'intermédiaire d'une ou deux branches volumineuses. Lorsqu'on examine attentivement cette rougeur, on y remarque facilement deux couches de vaisseaux ; les uns, de la conjonctive, superficiels, foncés , et tortueux, et les autres plus fins, d'une teinte livide, qui appartiennent au tissu sous- conjonclival et à la capsule de Tenon. La

Fig. 85. — Phlyctèue de la conjonctive oculaire.

couche superficielle se déplace avec le doigi ; les vaisseaux profonds sont plus fixes.

A mesure que le mal s'aggrave et que le nombre des phlyctènes augmente, la rougeur se généi'alise et envabit les autres parties de la conjonclive; il y a alors une conjonctivite plus ou moins intense qui ressemble souvent à une conjoncliviLe calarrhale. Quelquefois un lacis vasculaire très fin apparaît au bord de la cornée, pendant que le reste de la conjonctive et de la cornée reste sain. C'est la conjonctivite plilycténulaire périkératique. Au centre de cette rougeur, on trouve habituellement une pustule ou phlyctèue transparente, blanchâtre, opaline, s'élevant au-dessus du niveau de la conjonctive. Cette pustule est remplie d'un liquide séreux qui a soulevé la couche épithéliale.

Le volume en est très varié, depuis celui d'une pointe d'épingle jusqu'à la

(1) Les auteurs allemands, Stemisch entre autres, ont décrit une variété particulière de conjonctivite phlyctéuulaire, qu'ils appellent conjoiiclwilc priniaiiière ou catavvhe printanier. Le caractère dominant de cette afl'ectiou serait sa localisation coustaute sur le limbe coujonctival, qui paraît sensiblement œdématic, parsemé par places do boutons jaunâtres à demi transparents. Ces boutons ne s'ulcèrent pas et restent dans Ir même état pendant plusieurs mois, et reviennent au printemps.

Nous ne pouvons accepter l'existence de cette variété spéciale de maladie; d'abonl elle n'est pas exclusivement printanicre, puisqu'on la retrouve dans toutes les saisons; elle n'est pas non plus catarrhale, car elle ne donne lieu à. aucune sécrétion calarrhale. Selon moi, il ne s'agit que d'un état lymphatique, slrumcux, compliqué souvcuL des granulations palpébralcs latentes ou d'un étal herpétique constitutionnel.

CONJONCTIVITE PHLYCTÉNULAIRE ET CONJONCTIVITE HERPÉTIQUE. 155

grosseur d'un grain de cliènevis ; Jes plus petites sont celles que l'on trouve au bord de la cornée. Là elles sont très nombreuses, et aplaties au point qu'on n'y remarque souvent qu'une légère inégalité, une élevure encadrant la cornée, et d'où partent de très nombreux vaisseaux se rendant sur la conjonctive bulbaire (fig. 85).

Après leur apparition les pbl3'ctènes ne restent à l'état stationnaire que pendant deux ou trois jours, et subissent ensuite une transformation : ou bien la phlyctène qui contenait le liquide transparent se résorbe, la petite vésicule s'affaisse, se dessèche et s'élimine ensuite avec la couche épithéliale; ou bien, i't c'est le cas le plus fréquent, cette vésicule s'ombilique ; le sommet se perfore pour donner issue au liquide contenu dans celte poche. La phlyctène devient alors ulcérée.

Celle-ci présente une légère dépression au centre de la rougeur, dont la surlace est dépolie et les bords frangés et irréguliers. Une fois ulcérée, elle prend l'aspect d'une tache blanc grisâtre qui est d'autant plus facile à remarquer qu'elle se trouve entourée d'un anneau rouge.

Quand un plus grand nombre de phlyctènes se sont développées sur la conlonctive bulbaire, l'injection devient tellement prononcée sur toute l'étendue (le cette membrane, que son tissu tout entier s'enllamme, et il se manifeste une Mkrélion analogue à celle que l'on constate dans une conjonctivite calarrhale. I Ml voit alors l'inflammation gagner de plus en plus en intensité, la sécrétion devient abondante, les paupières se boursouflent en même temps qu'il y a de rinfillralion séreuse sous-conjonclivale et sous-culanée. Si la maladie se prolonge, elle peut prendre les proportions d'une ophthalmie purulente. La cornée s'enflamme aussi, des phlyctènes apparaissent au bord et donnent bientôt lieu a des ulcères et à la formation des vaisseaux.

Dans cette forme grave, la maladie peut être limitée à un seul œil, et se prolonger indéfiniment. On voit alors la conjonctive du cul-de-sac se boursoufler, s'infiltrer au point de constituer des plis ressemblant sous tous les rapports à des granulations néoplasiques.

Symptômes physiologiques. — Une phlyctène isolée, située à une certaine dislance de la cornée, n'entraîne le plus souvent aucune douleur; tout au plus lemalade éprouve-t-il une sensation de gravier entre les paupières et par moments des picotements. Il n'en est pas de même quand il existe des phlyclènes pro- )ndes périkératiques; dans ces cas, les douleurs peuvent être très violentes et igmenter par crises tous les soirs dans la région circumorbitaire. Les conjonctivites phlycténulaires se reconnaissent surtout à une photopliobie- -Ncessive ; les enfants, qui sentie plus souvent atteints de cette aû'ection, sont incapables de supporter la lumière du jour. Cette photophobie s'observe bien- ' ntendu dans les conjonctivites périkératiques et dans les kérato-conjonctivites. I Juant aux phlyctènes conjonctivales isolées, elles n'entraînent ordinairement mcun symptôme analogue.

Nous devons ajouter que la sensibilité excessive n'est pas toujours la mêmel.cz tous les mdividus, et nombre de malades n'éprouvent aucune souf- I ance et n ont point de photophobie. Les enfants atteints depuis un certain, '•mps d une conjonctivite phlycténulaire périkéralique sont tellement sensibles- ■la lumière du jour, qu'on les voit habituellement se coucher sur leur figure l garder cette position pendant des semaines entières. Si cet état se prolonge'

ai

les paupières se conlraclcnt à Lel point que le mf^tlecin éprouve la plus grande dilTicullé II les enlr'ouvrir. Il en résulte un hiépliarospasme.

Conjointement avec la photopliobie, il existe un larmoiement qui provient d'une iri ilation des nerfs ciliaires, par conséquent de ceux qui se rendent à la glande lacrymale.

Complications. — Les conjonctivites pustuleuses sont très souvent accompagnées des phlyctènes du côté de la cornée ; on y remarque, en effet, des plilyctènes centrales ulcérées ou non, ce qui change naturellement le pronostic et le Iraitement.

Une autre complication peut se manifester du côté des paupières, de la peau environnante et des narines. Il n'est pas rare, en effet, de rencontrer concurremment avec la conjonclivite une éruption herpétique sur la joue, les lèvres et les narines, ce qui rend la marche de la maladie plus lente et le traitement plus difficile. C'est pour cette raison que nous croyons utile d'appeler cette variété de conjonctivite conjonctivite herpétique.

Étiologie. — Nous ne connaissons rien de positif sur l'étiologie de cette maladie. Stœber et Sichel ont voulu voir là un des phénomènes de la scrofule: mais quand on considère que ces phlyctènes peuvent apparaître chez les enfants le mieux constitués, on a le droit de n'accepter cette cause que dans des cas particuliers.

L'affection dartreuse, herpétique, coïncide très souvent avec la conjonctivite ou lakérato-conjonctivite phlycténulaire, comme l'a très bien remarqué le docteur E. Barthez.

Quant à l'âge, il n'est pas douteux que la conjonctivite phlycténulaire appartient à l'enfance. On la rencontre à partir de deux ans jusqu'à douze ou quinze. Passé cette époque, elle prend les caractères d'un kératite herpétique généralisée ou d'un herpès fébrile de la conjonctive, accompagnée souvent d'une inflammation intense de toute la muqueuse pouvant simuler une conjonctivite catarrhale. Les accès de fièvre intermittente larvée, les affections gastriques aiguës, l'anhumide et vicié, le froid et l'humidité, prédisposent à cette maladie.

Marche, durée, terminaison. — La conjonctivite phlycténulaire n'a pas de durée bien déterminée. Une simple phlyctène dure huit jours; mais si plusieurs phlyctènes se succèdent, la durée devient d'autant plus longue que le nombre des

pustules est plus grand.

Dans le cas de complication du côté de la cornée ou des paupières, la marche de faffection devient plus incertaine et la durée plus longue. La guérison est la règle générale; mais elle laisse ordinairement dans les yeux une prédisposition a des récidives, qui revient à chaque nouvelle saison, surtout au printemps ou a l'automne.

Diagnostic différentiel. — La conjonctivite herpétique généralisée, celle qui occupe la conjonctive péricornéenne, peut simuler une conjonctive catarrhale: on la reconnaîtra par une injection péricornéenne intense, quand la conjonctive palpébrale est à peine modifiée.

Une sclérite ou périsclérite peut être confondue avec une phlyctène ; mais la rougeur d'une sclérite est plus profonde; elle ne se laisse point effacer par la pression.' Au centre de la rougeur on ne trouve pas de vésicule, et la maladn' dure pendant des mois entiers sans occasionner de douleurs.

Des phlyctènes accompagnent souvent la conjonctivite catarrhale; dans ces

CONJONCTIVITE PIILYCTÉNULAIRE ET CONJONCTIVITE HERPÉTIQUE. 157

cas, la rougeur des conjonctives palpébrales est prédominante, tandis que la rougeur autour des plilyctènes est relativement minime. Le contraire a lieu dans une conjonctivite pustuleuse idiopathique.

Traitement. — Pour combattre d'une manière efficace la conjonctive pustuleuse, il est nécessaire de préciser la forme et la période de l'affection, examiner l'état de la cornée et constater le degré d'inflammation de la conjonctive. Ce n'est qu'en se conformant aux diverses indications que fournira cet examen, qu'il sera possible d'instituer un traitement rationnel.

Voici les indications qui doivent être remplies :

1. Dans les premiers jours de leur évolution, lorsqu'on a affaire à une plilyclène isolée ou à desphlyctènes multipliées, non ulcérées, et si la conjonctive n'est pas très enllammée, on aura recours à la pommade à l'oxyde jaune de mercure que l'on introduira deux ou trois fois par jour dans l'œil.

2. Lorsque la phlyctène conjonctivale existe depuis plusieurs jours, qu'elle est ulcérée, et que la conjonctive est enflammée sur une grande étendue, on devra avoir recours à l'instillation du collyre d'atropine, qui rétrécit les parois des vaisseaux et diminue l'inflammation. On le prescrit à la dose suivante :

'2f Eau distillée 10 grammes. ] Sulfate neutre d'atropine. 1 à 2 centlgr.

(Instiller une goutte daus l'œil trois fois par jour).

3. Pour le traitement de cette affection, Pagenslecher a introduit dans la pratique l'usage delà pommade au précipité jaune, et l'expérience journalière m'a permis de constater l'efQcacité de cette pommade, surtout dans l'état chronique et lorsque la maladie est compliquée des affections cornéennes. Voici la formule dont on doit se servir dans différents cas :

'if Oxyde jaune dhydrar- !^ Coldcream 30 grammes.

gyre 15 ceutigr. Oxyde jaune amorphe

Vaseline 10 grammes. de mercure 1 à 4 —

(Galezowski.) (Pagoustechcr.)

On introduit un peu de cette pommade entre les paupières, et on la laisse se répandre sur toute la surface de l'œil.

4. Les phlyclones récentes, mais très volumineuses, peuvent être scarifiées, soit en enfonçant un bistouri très fin près de la base, et prolongeant l'incision vers le sommet, soit en faisant une incision de la pustule contre la sclérotique (Panas).

5. Les complications du côté de la cornée sont ordinairement plus graves que dans la conjonctivite pustuleuse, et il faut alors agir selon les indications données plus bas (1).

6. Les complications du côté de la joue et des narines doivent être prises en sérieuse considération, d'autant plus que, comme Desmarres père l'a démontré, l'une des deux affections se lie à l'autre.

J'ai pour habitude de saupoudrer les parties ulcérées de la face avec la poudre de calomel porphyrisé. Dès que les croûtes se reforment, on les enlève pour couvrir de nouveau les ulcères avec cette même poudre. Si cela ne suffit pas, on peut badigeonner les parties enflammées de la peau ainsi que la muqueuse

(1) Voy. Cornée.

des narines avec la tciiituie d'iode ou £1 l'aide de crayon de nitrate d'argent pur.

Desmarres conseille l'application, sur les racines du nez, delà pommade suivante :

7. Le traitement interne joue ici un grand rôle, et l'usage d'huile de foie de morue à des doses progressivement augmentées d'une à trois cuillerées par jour est surtout recommandé. Le professeur Hardy la prescrit conjointement avec le sirop d'iodure de fer, surtout chez les enfants faibles et anémiques.

Si les malades ne peuvent pas supporter ces médicaments, on leur fera prendre le sirop de brou de noix, avec l'arséniate de soude; le sirop antiscorbutique, différents autres sirops amers et les préparations phosphatées sous forme de vin de Vial sont également recommandés.

Mais je dois faire ici une remarque importante : c'est qu'aussitôt que les malades sont soumis au traitement iodique interne, sous quelque forme que ce soit, on doit faire suspendre l'insufflation de la poudre de calomel dans les yeux; autrement l'iode éliminé par les conjonctivites décompose le calomel, et le transforme en biiodure de mercure, corps excessivement corrosif, qui occasionnerait une très vive inflammation des yeux. C'est un fait qui a été pour la première fois démontré par Hennequin, et dont nous avons eu l'occasion de vérifier l'exactitude sur plusieurs de nos malades.

8. Les enfants qui sont atteints de cette affection doivent être tenus le plus possible au grand air, à la campagne si cela se peut. S'ils ont les yeux très sensibles à la lumière, on leur fait porter des chapeaux à grands bords, des voiles foncés ou des lunettes entourées de taffetas noir. Lorsqu'un seul œil est affecté, on fait porter un morceau de taffetas noir flottant devant cet œil.

Pour prévenir les récidives, il est très utile d'envoyer ces enfants aux bains de mer, mais, comme l'ont très justement remarqué Barthez et Sanné, ce séjour ne peut avoir d'avantage qus lorsque les yeux sont tout à fait guéris de leur conjonctivite, et qu'il n'existe pas d'éruption aiguë ni d'eczéma sur la figure, autrement l'air vif de la mer serait plutôt nuisible qu'utile.

Chez les adultes, dans les conjonctivites herpétiques généralisées, souvent le changement d'air amène une amélioration et une guérison.

Les conjonctivites herpétiques généralisées, celles qui sont accompagnées d'une injection générale de la muqueuse oculaire, semblable aux conjonctivites catarrhales, exigent souvent une intervention énergique par des cautérisations des paupières avec la solution de nitrate d'argent; mais ces cautérisations ne doivent être employées que pendant sept à huit jours, et remplacées ensuite les préparations boriquées le plus souvent sous forme de pommade que l'on introduira entre les paupières une fois ou deux par jour.

Bibliographie. — Pagenstecher, De l'oxyde jaune amorphe de mercure el de son appUcalion à la conjonctivite et la kératite phlijcténulaires {The Ophfhalmic Review. London, 1865, uo G). — Heuuequin, Gaz. hebd., 1867, p. 99. — Lucas-Cliampionuièrc. Journ. de mcd. et de chir. Paris, 1873, p. 399. — Hardy, Traité des maladies de la peau. Paris, 1886.

Précipité ronge Camphre

') contigr. | Axongc

4 grammes.

(Desmarres père.)

CONJONCTIVITES OU OPIITHALMIES EXANTHÉMATIQUES.

CONJONCTIVITES OU OPHTUALMIES EXANTHÉMATIQUES.

i Les fièvres éruptives se compliquent quelquefois d'affections oculaires, dont les plus fréquentes sont celles qui envahissent la conjonctive ou la cornée. De là la dénomination de conjonctivite ou ophthalmie exanthématique, adoptée par Wardrop.

A. Ophthalmie morbilleuse. — Selon Trousseau, la muqueuse oculaire présente, dès les premiers jours de la rougeole, un certain degré d'injection et d'irritation qui ne tarde pas à amener un larmoiement continuel, ainsi que la photophobie.

D'après Jaccoud (1) souvent la rougeole débute par des frissons irréguliers, de la céphalalgie, tandis que le catarrhe oculo-nasal, plus ou moins intense, ne se montre que le second jour.

Cette conjonctivite ne diffère que très peu de la conjonctivite catarrhale ; elle se produit simultanément avec le catarrhe de la membrane de Schneider; la sécrétion muco-purulente est ordinairement peu abondante. Vers la fin de la période d'éruption, la conjonctivite disparaît. Dans la troisième période de la ougeole, la desquamation cutanée qui se produit le huitième jour est caractéisée par un soulèvement de l'épidémie en petites lamelles furfuracées, que l'on trouve le plus développées sur les paupières, comme l'a signalé Jaccoud.

Il arrive quelquefois que les sujels scrofuleux sont atteints, soit pendant a rougeole, soit dans la période de convalescence, de kérato-conjonctivites phlycténulaires, d'abcès et d'infiltrations de la cornée qui se montrent quel- Efuefois rebelles h tout traitement, et qui peuvent occasionner des accidenis sérieux.

Barthez et Rilliet ont constaté souvent des ophthalmies rubéoliques graves, itdans un cas elle était purulente ; une fois elle a débuté le premier jour d'érupion et a duré jusqu'au neuvième. Dans d'autres cas, elle a débuté du sixième tu dixième jour et a toujours guéri facilement.

Traitement. — Dans la conjonctivite morbilleuse simple, on se contente de bassiner les yeux avec de l'eau boriquée à la dose de i p. 100. Mais si l'affection devient purulente et qu'elle gagne la cornée, s'il existe des abcès ou des infilrations dans la cornée, le danger devient très grand, et il est nécessaire d'em- )loyer le collyre d'atropine en instillations, et de mettre en usage tous les autres moyens propres à guérir les complications et notamment les cautérisaions des paupières avec une solution de nitrate d'argent au 1 /40.

B. Ophthalmie scarlatineuse. — Les yeux sont moins fréquemment Lttemls dans la scarlatine que dans la maladie précédente; mais lorsque cet Lccident arrive, il présente souvent une extrême gravité. Tantôt c'est la cornée [m se détruit; dans d'autres cas, il y a des caries et des nécroses des os ■ivoismant le sac et qui amènent, d'après Trousseau, des fistules lacrymales, ^owman rapporte l'exemple de cinq garçons de la même famille qui furent

(1) Jaccoud, Traité de patholor/ie interne, 3^ édit. Paris, isn,t. II, p. 701.

i6Q CONJONCTIVE.

atteints de la scailatiiie, el donl deux perdirent la vue par mortification delà cornée pendant la semaine qui suivit l'invasion du mal. Selon Henri Rogei' (1), les malades atteints de néplu'ile albumineuse dans le cours de la scarlatine; peuvent avoir des cécités passagères, dues à une rétinite albuniinuri({ue. Des tumeurs lacrymales peuvent se déclarer à la suite de la scarlatine, mais ordinairement dans ce cas les os sous-jacents sont altérés et dénudés de leur périoste, comme j'ai eu occasion de l'observer sur un enfant de sept ans.

Traitement. — Aussitôt que la cornée est menacée, on agit d'après les préceptes que l'on trouvera développés plus loin (voy. Cornkk). On surveillera constamment les voies lacrymales en y faisant, avec de l'eau tiède, des injections par

les points lacrymaux.

C. Ophthalmie varioloïque. — L'éruption varioloïque n'épargne pas les paupières, et très souvent la conjonctive oculaire, et la cornée, sont prises. Les pustules apparaissent sur les bords des paupières, et pendant ce temps la boursouflure de ce voile est telle qu'il n'y a souvent pas possibilité de voir l'œil. A mesure que le gonflement de la face des paupières diminue, on trouve, soit une simple conjonctivite, soit des pustules développées sur la marge palpébrale, sur la conjonctive bulbaire et le bord cornéen. J'ai eu l'occasion d'observer, avec Guéneau de Mussy et Peter, de nombreuses pustules situées au bord des paupières et au bord de la cornée.

La conjonctive prend part aussi très fréquemment à cette affection ; si l'on ne réussit pas à faire avorter les pustules, la conjonctivite devient très intense.

Mais il arrive très souvent que les yeux s'enflamment à une époque avancée de la maladie, lorsque l'éruption est en pleine desquamation. Tantôt ce sont des abcès de la cornée, que Barthez et Rilliet ont vus apparaître du dix-septième au vingt-cinquième jour, tantôt au contraire ce sont des iritis, comme je l'ai observé moi-môme. ,

Traitement. — Le danger de ces pustules est très grand si leur évolution n est pas arrêtée. L'opinion de N. Guéneau de Mussy, à propos de cette affection, nous paraît la plus rationnelle, et son traitement le plus efficace. Cet éminent praticien surveille attentivement l'état des yeux pendant toute la durée de la varioL'. et il cautérise avec le nitrate d'argent cbaque pustule qui apparaît sur le bord palpébral, la conjonctive ou la cornée. Pour lui, le danger est grand lorsqu'on abandonne ces pustules à elles-mêmes ; cautérisées dès le début, elles guérissent ordinairement sans accidents.

u Dès qu'on aperçoit ces pustules, dit Guéneau de Mussy, il faut, une ou deux fois par jour, les réprimer avec le crayon d'azotate d'argent. Si elles sont nombreuses, j'ai quelquefois ajouté à cette médication topique des onctions mercurielles sur la face externe de la paupière et sur le pourtour de 1 orbite. Dans les cas de pustules conjonctivales, j'ai fait faire de fréquentes injections intrapalpébrales avec une solution faible suivante :

Nitrate d'argent 10 cenligr. 1 Eau distillée 100 grammes.

« Depuis que je suis chargé des services hospitaliers, je n'ai jamais vu cette

médication échouer. » ^ , j r '

J'ai pu me convaincre, en examinant un grand «ombre de malades de Gue-

(1) Roger, Séméiotique des maladies de Venfance, 2c édit. Paris, 1870.

OPHTHÂLMIE DES NOUVEAU-NÉS. 161

neau de Mussy, combien ce traitement était efficace; il arrête promptement l'évolution des phlyctènes.

D. Ophthalmie érysipélateuse. — L'érysipèle de la face peut se communiquera la conjonctive palpébrale et occasionner une conjonctivite légère, simulant une phlegmasie catarrhale. Elle est bénigne et guérit facilement.

Dans d'autres cas, l'afTection gagne le globe de l'œil et il se forme au bord de la cornée une ou plusieurs larges bulles qui ne tardent pas à envahir cette tunique. II y a alors un chémosis séreux consécutif à la kératite ou à une kératoiritis. L'œil devient larmoyant, douloureux à chaque mouvement des paupières, et souvent il se manifeste des névralgies périorbitaires.

Les paupières et les voies lacrymales peuvent être atteintes : il n'est pas rare de voir survenir, comme conséquence de tous ces désordres, soit la destruction des bords des paupières, soit l'obstruction des canaux lacrymaux ou bien la perforation de la cornée avec toutes ses suites. Dans uncasd'érysipèle des paupières et de la face, j'ai vu se produire une trombose rétinienne.

Traitement. — Dans les conjonctivites simples, des lotions avec de l'eau de laitue ou de camomille sont suffisantes pour amener la résolution.

Lorsque l'altération porte sur le globe oculaire, on a beaucoup de peine à l'arrêter; quelques scarifications peuvent être utilement faites sur les chémosis et la phlyctène au début ; mais si le mal envahit la cornée elle-même, on ne doit pas hésiter à pratiquer la cautérisation avec une solution de nitrate d'argent (10 cent, pour 10 gr.), cautérisation que l'on exécutera au moyen d'un petit pinceau trempé dans cette solution.

BiBLioGnAPHiE. — Dictionn. de méd. et de chir. pratiques, art. Ophthalmie. Pôiris, 1834, t. Xll, p. 205. — Trousseau, Clinique médicale de i'Hôtel-Dieu, 7* édit., t. 1, Paris, 1885. — Barthez et Rilliet, T^'aite' clinique et pratique des maladies des enfants, '1° édit., Paris, 1861, t. III, p. 60, 182 et 273. —Noël Guéneau de Mussy, Gaz. des hôpit., 1871j p. 53.

AËTIGLE V

OPHTHALMIE DES NOUVEAU-NÉS

Une des affections des plus gravés et dès plus dangereuses dans ses conséquences chez les enfants, est incontestablemet l'ophthalmie purulente, qui apparaît dès le troisième jour après leur naissance : c'est l'ophthalmie des nouveaunés. Giraldès et Stellwag von Carion en distinguent deux formes : la forme catarrhale ou légère et la forme grave ou blennorrhagique. Cette division ne me parait pas rationnelle ni facile à reconnaître; en^général toutes ces ophthalmies purulentes sont le résultat d'une transmission directe des sécrétions morbides d'un individu à un autre.

L'ophthalmie des nouveau-nés est une affection éminemment contagieuse produite par inoculation du gonococcus blennorrhagique ou leucorrhéique de la femme. Des recherches microscopiques de Sakler ont démontré d'une manière incontestable que ces bacilles existent en grande quantité dans cette sécrétion purulente. Elle se développe exclusivement par inoculation, comme le démontre la régularité avec laquelle elle apparaît le troisième jour après la naissance. D'après

GALEZOWSKI, 3^ édit. i j

mes propres recherches, celte ophthahiiie ne se développe que chez les enfants qui naissent d'une mère atteinte de blennorrhagie ou de leucorrhée. Cette sécrétion s'infiltre entre les paupières de l'enfant pendant son passage, souvent prolongé, à travers le vagin, et lui fait contracter ainsi une ophlhaimie. Selon moi, il n'y a pas d'autre origine possible de cette ophthalmie (1).

Quant à l'opinion émise dans un ouvrage récent (2), que les ophthalmies des nouveau-nés peuvent être souvent le résultat d'attouchement avec les mains sales? ou du nettoyage avec des substances irritantes, elle me parait peu sérieuse, et montre combien certains auteurs mettent peu de jugement dans l'interprétation de l'éliologie de la pathogénie des maladies. Nous dirons la môme chose de cette autre interprétation, que de simples catarrhes sont chez les nouveau-nés très fréquents ; catarrhes attribués par les ignorants et les gens du monde à des soi-disant courants d'air. Selon moi, toute intlammation des yeux qui apparaît chez les nouveau-nés dans les trois premiers jours après la naissance est une ophthalmie purulente et doit être soignée comme telle. 11 n'y a d'exception que pour une oblitération congénitale des voies lacrymales, qui peut donner lieu à une suppuration facile à reconnaître.

Symptomatologie. — La maladie apparaît généralement le troisième jour après la naissance; quelquefois elle se déclare dès le premier ou le deuxième jour.

Souvent la maladie n'est caractérisée au début que par un simple larmoiement. Peu après les cils, ainsi que les deux angles de l'œil, sont couverts de mucosités dans un seul œil, pendant que l'autre reste encore sain; mais ce dernier ne tarde pas à être envahi 12 ou 24 heures plus tard, quoiqu'il puisse rester indemne.

Le quatrième et le cinquième jour, la paupière supérieure se gonfle et se boursoufle; une rougeur apparaît aux bords libres, surtout à l'angle interne, et si l'on examine l'état de la conjonctive, on trouve que sa portion palpébrale inférieure est déjà fortement engorgée et qu'elle présente une couleur d'un rouge jaunâtre, si, en entr'ouvrant les paupières, on voit sortir un liquide clair ayant une teinte jaune citrine marquée. L'écoulement de ce liquide citrin est pour Desmarres père un signe pathognomonique de la maladie ; il ne se montre que pendant un ou deux jours et aussitôt il est remplacé par la sécrétion purulente ordinaire, jaunâtre ou verdàtre. . < . i

Le gonflement de la paupière devient de plus en plus prononce, a tel poin qu'on a souvent de la peine à voir la cornée. Lorsque cette difficulté existe, U

Fig. 86* — Élévateur des paupières.

faut écarter les paupières, en éloignant leurs bords libres avec les deux doigts indicateurs, appuyés contre les bords orbitaires, ou bien en se servant d'un ou de deux élévateurs d'argent, de grandeur moyenne (fig. 86).

(1) Galezowski, Moyens de conjurer les dangers de royhlhalmie des nouveaU'7iés (Ann. d'hyq., 1881, t. V, p. 330). Socidté d'/n/giêne.

[2] Wccker, Trailé complet d'ophthalmologie, Pans, 1880, t, I, p.

OPHTHALMIE DES NOUVEAU-NÉS

Pour bien examiner les yeux de l'enfanl, il importe de placer U lêtê sut" ses genoux, et de procéder à cet examen dans la position indiquée par la figure 87. j Ce n'est que de cette manière qu'on aura la possibilité de jiigêr avéc précision ! de l'état de l'œil.

A mesure que l'ophthalmie fàit des progrès, et que la conjonfetive de là paupière inférieure devient bOursouôée, lô mal gagne la paupière supérieure et lâ fàit

I gonfler d'une manière très notable. A ce momeilt là conjonctive est tellement épaissie et engorgée, qu'elle saigné avec la plus grande facilité. 11 suffit d'écarter fortement les paupières pour provoquer une hémorrhagié, qui survient aussi après les cautérisalions des conjonclives.

HAfOUâ

h^. 87. — Mànière tle procéder pour examiner les yeux des enfants.

Chez les nouveau-nés, l'inflamniation de là conjônctive reste très longtemps limitée à la portion palpébrale et au cul-de-sac. La muqueuse du globe de l'œil s mjecte progressivement; niais il est rare d'y voir le cbémosis pblegmoneux ce qui lient probàblemént à la nature du tissu cellulaire lâche et à la densité relaliveniént minime de la capsule de tenon. C'est à cette dernière circonstance que j ai rappôrte aussi la résislànce qde présente la cornée à sé détruire chez r^^"? "^"^f "-"f . l^ien entendu si le traitement convenable est appliqué. En efî , les nerfs et les vaisseaux qui se rendent à la cornée, n'étanf point étranglés au pourldur de cette niembraile pai^ la capsule de Tenori, élasliqué à ce âge a cornée ne subit pas d'étranglement et 'coiiLué à se nour" r r^gSe ment. Le contra.re a heu chez les personnes plus âgées, chez lesquelles cette même capsule est moins élastique et amène par son fntiammation la compre ! ion des ner s et des vaisseaux qui les traversent. L'altération de la corn e en

^^m^joVr '^^''"^"^^^ —^'^ ou

La conjonctive palpébrale présente quelquefois des croûtes blanchâtres, ressemblant beaucoup à des fausses membranes dipbthéritiques; elles se forment après la cautérisation avec le crayon de nitrate d'argent, probablement par l'effet de la coagulation du sang qui s'écoule de la surface conjonctiv.ile irritée. Les exsudats dipbthéritiques spontanés ne se montrent jamais dans l'oplithalmie des nouveau-nés.

A mesure que l'inflammation gagne d'intensité, la sécrétion change de caractère; peu abondante et jaunâtre dans les premiers trois jours, elle devient de plus en plus épaisse, verdâtre, purulente. La quantité de cette sécrétion est tellement abondante qu'on est forcé de faire constamment des injections entre les paupières pour tenir les yeux propres. Quelques minutes après l'injection, la quantité de pus est aussi grande qu'avant.

Abandonnée à elle-même ou mal soignée, cette affection prend un caractère; de gravité tel, que souvent il devient impossible de prévenir la perte des yeux.

La cornée reste transparente pendant les sept premiers jours comme j'ai pu m'en convaincre, puis elle devient louche, opaline, surtout vers le centre. Bientôt cette opacité augmente et gagne les couches profondes : c'est le ramollissement ou le sphacèle de la cornée, qui ne tarde pas à s'éliminer par morceaux, jusqu'au moment où se produisent la perforation et la hernie de l'iris. Sous l'influence donc de la suppuration abondante, et par suite d'une gêne de la circulation dans les parties voisines de la cornée, cette dernière membrane s'altère, se sphacèle et se détruit.

L'ulcération superficielle de la cornée, prise à son début, ne présente pas de gravité, je l'ai vue disparaître d'une manière complète sous l'influence du traitement. Mais si la maladie a pris un développement plus grand, si les couches opaques commencent à s'éUminer, il y a alors danger de la perforation partielle ou totale de cette membrane.

Les altérations de la cornée sont accompagnées de douleurs; l'enfant crie beaucoup et passe de très mauvaises nuits ; quelquefois il a de la fièvre et des tremblements convulsifs, comme Boyer et Desmarres l'ont signalé. Le professeur- Peter et moi, nous avons vu les convulsions se produire après chaque nouvelle cautérisation des paupières. Peter expUque ce symptôme par le spasme de la glotte et la dyspnée qui est provoquée par les cris de l'enfant.

Marche et durée. — L'ophthalmie des nouveau-nés a une marche très incertaine au début ; souvent l'inflammation est tellement faible pendant les quatre ou cinq premiers jours, que les sages-femmes considèrent la maladie comme un coup d'air et ne font rien pour l'arrêter; dans d'autres cas, elle prend des les premiers jours une extension considérable. On remarque fréquemment des périodes d'amélioration et d'aggravation successives.

La durée de f ophthalmie des nouveau-nés est variable, elle peut affecter des formes plus ou moins graves ou plus ou moins bénignes. J'ai pu me convaincre en général que la guérison ne peut être obtenue avant quatre à six semaines.

Pronostic. — L'ophthalmie des nouveau-nés a été jusqu'à présent considérée par tous les auteurs comme excessivement grave, à cause des complications qui surviennent du côté de la cornée. Mes propres recherches m'ont permis d'arriver à des résultats diamétralement opposés. Avec le traitement que j ai mis en usage, cette maladie perd toute sa malignité; elle guérit toujours, si l'on s'y prend à temps. Je suis heureux de me trouver sous ce rapport d accora

OPIITHALMIE DES NOUVEAU-NES

avec Depaul et Tarnier (1), qui ont exprimé à leur tour l'opinion qu'il est très rare qu'un enfant perde les yeux lorsqu'il est soigné d'une manière convenable.

Les conséquences les plus désastreuses s'observent à la suite de l'ophthalmie des nouveau-nés si la maladie n'est soignée et le plus grand nombre d'aveugles qui peuplent les asiles sont ceux qui ont perdu la vue par cette maladie. Des leucomes larges, adhérents, des slaphylomes opaques de la cornée, des cataractes capsulaires pyramidales constituent les complications les plus fréquentes de cette ophtlialmie.

Le pronostic des complications cornéennes dépend du degré d'altération de cette membrane; mais, tant que l'élimination des parties opaques n'a pas commencé, on peut espérer une complète guérison.

Êtiologie. — La cause de l'ophthalmîe des nouveau-nés se rattache incontestablement à la contagion par inoculation. L'enfant contracte l'ophthalmie purulente au moment de son passage par le vagin atteint d'écoulement blennorrhagique ou leucorrhéique. Ricord partage complètement cette manière de voir ; Spérino cite à l'appui plusieurs observations détaillées ; Rollet (de Lyon) est du môme avis. Mes propres recherches me permetlent d'affirmer que, dans la grande majorité des cas, les ophthalmies des nouveau-nés sont occasionnées, soit par la leucorrhée ou blennorrhagie de la mère, soit par les lochies, qui deviennent purulentes et contagieuses surtout pendant une épidémie de fièvre puerpérale. Il n'est pas douteux que le nombre d'ophthalmies des nouveau-nés augmente avec chaque épidémie. Trousseau l'a démontré en 1852, et Lorain a vérifié ce fait à l'hôpital Saint- Antoine. Nous trouvons aussi la confirmation de la transmission de la maladie par l'inoculation dans l'opinion de Mackenzie (2). « Il résulte, dit-il, des recherches faites à la Maternité de Stockholm, que les enfants des femmes n'ayant pas d'écoulements vaginaux étaient atteints d'oph- Ihalmie dans la proportion de 1 sur 18, tandis que la proportion de ceux des mères malades était de l sur 7. On voit, par cette statistique, que l'ophthalmie survient beaucoup plus fréquemment quand il existe l'écoulement vaginal spécifique que lorsqu'il n'y en a pas de traces. Quant aux autres cas, ils peuvent être attribués aux lochies putrides qui, en entrant entre les paupières, causent leur irritation »,

Traitement. — Voici la méthode de traitement que j'ai adoptée suivant les différentes phases et les variétés de la maladie et qui me paraît souveraine, je ne l'ai jamais vu échouer, lorsqu'on a commencé à l'appliquer avant la perforation de la cornée.

Une des conditions les plus essentielles pour la guérison de l'ophlbalmie des nouveau-nés, est la cautérisation des conjonctives deux fois par jour; elles assurent la guérison et préviennent les complications.

Après avoir lavé très soigneusement les yeux avec une éponge douce, trempée dans de l'eau tiède, et examiné l'état des cornées et des conjonctives, je commence par cautériser les conjonctives palpébrales au moyen d'une de ces deux solutions :

^ Eau distillée 10 grammes.

Nitrate d'argent 50 centigr.

S. no 1. ^

Eau distillée 10 grammes.

Nitrate d'argent 25 centigr.

S. no 2.

?1 M ^l"^ ^- '^T''f' ^«''^. t- VII, 2« sér., 1867, p. 16.

(2) Mackomie Traite pratique des maladies des yeux, trad. par de Warlomont de Testohn. Pans, 1856, t. I, p. 708.

On promène un pinceau Ironipiî dans la solution n" \ ou no2(selonrinlensité de la maladie) sur la siuiace des conjonclives renversées, et puis, au moyen d'un autre pinceau imbibé d'eau salée, on, neutralise l'excès de nilrale d'argent. Je renouvelle cette cautérisation une seconde l'ois dans la journée pendant presque toute la duvée {\e la maladie, qui peut se prolonger de un mois à six semaines.

Le docteur Guéniot recommande, de préférence, les cautérisations des conjonctives ^ivec le crt^yon de ni.trale d'argent mitigé. Ce mode de traitement nous paraît, en efTel,, très utile lorsque les conjonclives sont fortement boursouflées et qu'elles forment des plis Iç^rges et épais. A cet effet, nous nous servons des crayons mitigés de Desiiiiarres, qui sont composés d'un tiers de nitrate d'argent fondu avec deux tiers de nitrate de potasse. Ces crayons sont lisses, unis, cautérisent plus superficiellement et permettent d'appuyer davantage sur les parties les plus boursouflées (i).

Il arrive quelquefois que la cautérisation est suivie d'une hémcrrhagie conjontivale plus ou moins abondc^nte. Les parents doivent être prévenus de cet accident, qui ne peut qu'agir favorablement sur l'issue ultérieure de la maladie.

Les cautérisations provoquent par moments des douleurs tellement violentes, que les cris de l'enfant sont suivis de convulsions. Cet accident consécutif aux cautérisations est dû, selon M. Peter, au, spasme de la glotte; il n'offre aucun danger et disparaît aussitôt que l'enfant recommence à crier,

Après chaque cautérisation il est bon de faire appliquer sur les paupières de l'enfant des compresses imbibées d'eau froide, compresses que l'on maintiendra pendant dix minutes, surtout si l'enfant crie beaucoup.

Les injections d'eau phiéniquée entre les paupières sont (dangereuses Iprsqu'on les fait soit avec une seringue, soit avec un irrigateur. La personne chargée de cette opération est exposée à recevoir des éciaboussures. Le lavage doit être fait toutes les heures ou toutes les deux heures. Le faire toutes les demi-heures, et même plus souvent, comme an l'a conseillé, me semble superflu, et, comme le dit très bienDepaul, c'est une torture inutile.

Pour empêcher les yeux de se coller Je me sers habituellement de la pommade de vaseline boriquée ; pour \es nettoyer, on doit se servir de petits morceaux de linge que l'on jettera aussitôt.

Ce traitement devra être continué pendant quatre à six semaines, selon la gravité de la maladie. De temps à autre on aura soin pourtant de cesser les cautérisations un jour entier, et l'on observera si pendant cet intervalle la suppuration ne s'est pas arrêtée. Dans le cas favorable, les cautérisations ue serout continuées qu'une fois par jour ou môme tous les deux jours.

Dans les complications du côté de la cornée, le traitement ne doit pas être modifié; on ajoute seulement l'instillation de deux ou trois gouttes d'atropine par jour,

Au lieu des cautérisations, quelques praticiens préfèrent l'instillation des collyres au nitrate d'argent trois ou quatre fois par jour. Ces moyens peuvent être utiles dans un grand nombre de cas; mais, pour les formes graves, ils restent sans efficacité, et il faut alors avoir recours à la méthode que je viens d'indiquer plus haut."

(1^ On trouvera ces crayons très bien préparés à la pharmacie Caventou (Sounerat), 18, rue Gaillon, à Paris.

CONJONCTIVITE PSEUDO-MEMBRANEUSE OU OPIITHALMIE CROUPALE. 167

11 est tout à fait inutile d'employer les réfrigérants et la glace, comme le conseillent quelques auteurs allemands, cela fatigue les enfants et expose à l'érythème.

Bibliographie. — Trousseau, Des opiithalmies àl'Hôpital des Enfants {Annales d'oculistique, 1856, t. XXXV, p. 288, et Gazette médicale de Paris, 24 janv. 1852). et Clinique médicale de l'Hotel-Dieii, V édition. Paris, 1885. — Berg, Recherches des médecins suédois sur l'ophthalmie des nouveau-nés [Ann. d'ocuL, 1856, t. XXXV, p. 290, et Kliniska Fôrclasningara Barns Juk domarne vid allucanna Barnhuseti Stockholm. Stockholm, 1858).— Tyler Smith, The Lancet, August 20, 1853, p. 158. — Chassaignac, Ann. d'ocul., t. XVIII,"t. XXXIV et XXXV, p. 34. — Gosselin et 0. Lannelongue, Nouveau dictionn. de méd et de chir., t. IX, p. 55. Paris, 18G8, art. Conjonctivite.

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