‹ Traité des maladies des yeuxChapitre 61 sur 251 · CONJONCTIVITE PSEUDO-MEMBRANEUSE OU OPHTHALMIE CROUPALE · texte numérisé non relu

CONJONCTIVITE PSEUDO-MEMBRANEUSE OU OPHTHALMIE CROUPALE

La conjonctivite ou ophthalmie pseudo-membraneuse a été décrite pour la première fois en 1846 par le professeur Bouisson (de Montpellier) (l).'Mais les notions exactes sur celle maladie ne se retrouvent que dans des travaux tous récents, entre autres dans Saemisch , Knapp et Galezowski. Quelques auteurs confondent, à tort, Vophlhalmie croupale avec V ophthalmie diphihéritique ; ces deux maladies diffèrent essenliellement aussi bien par leur nature que par leur marche et leur évolution.

L'ophthalmie croupale ressemble beaucoup à une ophthalmie catari-hale aiguë ou à une ophlbalmie purulente. Généralement elle débute sous forme d'une conjonctivite calarrhale, mais, au bout de quelques jours, souvent après 24 heures, les paupières acquièrent un gonflement excessif, semblable à celui que l'on observe dans une ophthalmie purulente.

En renversant la paupière, on remarque du côté de la conjonctive palpébrale tendance aux hémorrhagies ; le moindre attouchement de cette membrane donne lieu à des saignements plus ou moins abondants, ce qui est propre à l'ophlbalmie croupale. Près du bord palpébral, la conjonctive se trouve recouverte d'un produit fibrineux, à demi transparent, presque laiteux, et qui se détache facilement de la conjonctive. Du côté du cul-de-sac conjonclival, on trouve des dépôts fins comme une toile d'araignée, recouvrant une surface plus ou moins grande, surface elle-même gonflée et boursouflée.

A mesure que la maladie fait des progrès, le gonflement des paupières augmente au point qu'il devient de toute impossibilité d'entr'ouvrir les paupières et d'apercevoir le globe oculaire. En les écartant avec les élévateurs, on se convaincra facilement que les cornées conservent leur aspect normal, et le globe oculaire tout entier reste intact pendant très longtemps.

Le pus arrive en grande partie du cul- de-sac conjonctival, ce qui a autorisé Giraldès à dire que ce sont les glandes folliculaires et en grappes qui sécrètent le liquide purulent et que l'on voit jaillir en véritable flot aussitôt qu'on

(1) Bouisson, Comptes rendus delà clinique chirurgicaU de Montpellier, 1846, et Tr/ôu/ à II chirurgie, 1861, t. Il, p. 305.

écarte les paupières. A la longue, la conjonclive oculaire devient aussi le siège d'une inflammation; il y a un chémosis phlegmoneux, qui est dangereux pour l'œil lui-même.

En général, on peut dire que c'est surtout le tissu cellulaire des paupières, ainsi que le tissu fibreux (ligament du cartilage tarse), qui subit une infiltration croupale des plus marquées, et il est extrêmement difficile de le faire disparaître. Giraldès a donné à cette forme de la maladie le nom d'ophthalmie phlegmoneiise. La quantité du pus augmente rapidement et dans des proportions extraordinaires; le gonflement des voiles membraneux gagne constamment en intensité, à tel point que souvent même la muqueuse se luxe et fait hernie au dehors.

Cette affection atteint le plus souvent les enfants entre 2 et 3 ans, tantôt les deux yeux sont pris dès le début, tantôt elle peut se localiser dans un œil et laisser l'autre œil complètement indemne pendant toute la durée de la maladie.

11 arrive souvent que la maladie entre dans une phase d'amélioration, la suppuration diminue, et tout semble présager une fin prochaine de la maladie, lorsque tout d'un coup et sans cause connue une recrudescence survient, qui lui imprime des caractères plus graves que ceux qu'elle avait jusqu'alors.

Les exsudations pseudo-membraneuses qui recouvrent la conjonctive sont peu épaisses, c'est à peine si la couche épithéliale est détruite par place, pour se reconstituer de nouveau. Souvent même nous avons observé que la période d'exsudations pseudo-membraneuses n'est que passagère, transitoire, de sorte qu'au bout de quelques jours on ne trouve plus des fausses membranes, mais la maladie a pris les caractères franchement purulents, avec une masse du pus blanchâtre ou blanc verdâtre. C'est à cette période que l'épithélium cornéen subit une desquamation par place, et des ulcères d'abord superficiels, épithéliomateux, deviennent plus profonds, rongeants, amenant chez certains individus, au bout de quelques jours, une perforation avec hernie de l'iris. Il faut avouer, pourtant, que la cornée résiste le plus souvent et pendant des semaines et des mois entiers à la perforation dans une ophlhalmie croupale, ce qui la fait différencier de l'ophthalmie diphlhéritique.

L'ophthalmie croupale est une affection éminemment contagieuse et épidémique ; nous la voyons survenir de préférence en automne. A Paris, une fois l'épidémie déclarée, elle se prolonge pendant l'hiver et le prinlemps, et quelquefois même elle continue une bonne partie de l'été. Mon ami le docteur Jules Simon, et moi, nous l'avons observée se propageant avec une très grande violence pendant les mêmes années, où le faux croup laryngé régnait parmi la population enfantine. Les mêmes enfants qui souffrent de la gorge ou des bronches sont aussi parfois atteints des yeux. Souvent la même maladie atteint plusieurs enfants de la môme famille, et quelquefois les enfants sont pris d'ophthalmie croupale et les parents d'ophlhalmie catarrhale plus ou moins grave.

Diagnostic différentiel. — Il n'est pas toujours facile de reconnaître la maladie au début, d'abord à cause de la très grande ressemblance qu'elle peut avoir avec une simple conjonctivite catarrhale, et ensuite, à une période un peu plus avancée, elle peut être prise pour une ophthalmie diphthéritique.

L'ophthalmie croupale est caractérisée dès le début par une infiltration œdémateuse des paupières dès le début, par un saignement de la conjonctive, et par une exsudation pseudo-membraneuse, grisâtre, très fine, attachée par places à la conjonctive palpébrale. La sécrétion peut être au début peu abon-

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