‹ Traité des maladies des yeuxChapitre 77 sur 251 · ULCÈRES DE LA CORNÉE ET ULCÈRE RONGEANT · texte numérisé non relu

ULCÈRES DE LA CORNÉE ET ULCÈRE RONGEANT

A. Ulcères de la cornée en général. — Les inflammations de la cornée de nature suppurative, phlycténulaire, granulaire ou autre, peuvent donner lieu à une ulcération plus ou moins profonde.

Les auteurs allemands ont donné à la première de ces variétés la dénomination d'ulcère sthénique, ou inflammation aiguë, et à la seconde, celle d'ulcère asthénique, indolent ou torpide. Selon moi, il n'y a rien de particulier, rien de spécial qui les fasse distinguer des abcès ou des phlyctènes dont ils dérivent. C'est pourquoi il m'a semblé plus naturel de réunir l'étude des ulcères de la cornée avec celle des abcès ou des phlyctènes.

Mais il existe une variété toute spéciale d'ulcère de la cornée, c'est celui qui dès le début apparaît sous forme d'ulcère, et qui plus est, a une marche progressive, rongeante, s'élendant de proche en proche et tendant à envahir d'une manière générale cette membrane. C'est à cette forme particuhère de la maladie que nous avons conservé le nom d'ulcère rongeant.

B. Ulcère rongeant de la cornée. — Celte affection se déclare d'emblée au bord de la cornée, sous forme d'un ulcère plus ou moins profond. Elle débute souvent sans aucune douleur, mais avec de la pholophobie et du larmoiement. L'œil devient rouge et l'on aperçoit sur l'un ou l'autre bord de la cornée un ulcère plus ou moins profond longeant la circonférence de celle membrane en

ULCÈRES DE LA CORNÉE ET ULCÈRE RONGEANT. 271 forme de croissant. C'est l'ulcère rongeant de la cornée ou ulcus cornex serpens de S£emisch.

On aperçoit au début de la maladie, sur l'un ou l'autre endroit du bord de la cornée, un ulcère allongé, ayant la forme d'un croissant. Le fond de l'ulcère apparaît grisâtre, et ses bords s'enfoncent profondément, quoiqu'ils soient en partie recouverts d'une couche d'épithélium et paraissent luisants. Au pourtour de la cornée, l'injection devient très prononcée, et le reste de cette membrane subit l'infiltration séreuse plus ou moins marquée. L'iritis le plus souvent accompagne la maladie ; la pupille prend des adhérences, l'hypopyon se forme dans la chambre antérieure, et bientôt on voit l'ulcère gagner les couches profondes de la cornée, ce qui la rend très-flasque, dépressible sous le doigt, et si la maladie n'est pas arrêtée, elle est suivie d'une perforation et de la hernie de l'iris avec la conséquence d'un staphylome. A mesure que la maladie gagne du terrain, les douleurs névralgiques deviennent de plus en plus violentes, toutes les branches de la cinquième paire s'en ressentent, mais en même temps la cornée, dans la partie ulcérée devient complètement anesthésiée et insensible au loucher,

Êtiologie. — Cette affection survient sans cause bien déterminée, mais elle me paraît être liée à une affection des branches nerveuses de la cinquième paire. Les névralgies violentes qui accompagnent cette affection ressemblent beaucoup à ce que nous voyons dans le zona ophlhalmique. Quelquefois je l'ai vue s'amender après la guérison des voies lacrymales, qui étaient oblitérées, et il semblerait dans certains cas exister une certaine relation entre ces deux maladies. Bien souvent, l'ulcère rongeant de la cornée est le résultat d'une kératite herpétique, comme je l'ai démontré. La malignité de la maladie ne peut s'expliquer que par l'emprisonnement d'un ulcère, par des micrococus qui avec les larmes pénètrent dans l'ulcère.

Traitement. — Il ne diffère pas beaucoup de celui que nous appliquons dans les abcès de la cornée, mais aussitôt qu'on verra la maladie faire des progrès et résister au traitement antiphlogistique, on devra recourir à la paracentèse, qui arrête le mal d'une manière certaine.

Lorsque l'ulcère aura gagné une très-grande étendue et qu'il aura entouré la cornée dans les deux tiers, alors il n'y a pas nécessité d'ouvrir l'ulcère dans toute son étendue, mais il suffit d'inciser ses deux extrémités pour que la maladie soit immédiatement arrêtée.

Voici comment je procède dans ce cas : le malade étant couché et les paupières écartées, je fixe le globe de l'œil avec une pince à fixer. De la main droite je saisis le couteau de de Graefeetje l'enfonce dans le bord externe de l'ulcération; je traverse la chambre antérieure avec le couteau jusqu'à l'autre extrémité de l'ulcère, à travers laquelle ressort le couteau. Une fois le couteau engagé dans les deux extrémités de l'ulcère et aux bords opposés de la cornée, je prolonge mon incision le long de l'ulcération de chaque côté à 4 ou 5 millimètres, comme s'il s'agissait de faire un large lambeau cornéen, puis je retire le couteau. La chambre antérieure se vide, le malade est pris d'une vive douleur qui ne dure que quelques minutes. Mais à partir de ce moment le travail de réparation commence et la maladie ne tarde pas à guérir en ne laissant à sa suite qu'une tache circulaire qui est le résuUat d'une cicatrice.

Les ulcères rongeants guérissent assez facilement soit par des cautérisations

de la surface ulcérée avec le thermo-cautère, soit par des badiceonnages répétés avec une solution concentrée de nitrate d'argent. " o i .

BjB, ioonAP.nE - Pagenslocher, The TrealmentorSarnhch's >. tdcus como^ sorpem >. (Ophth. Hosp Reports vol. VI Febr. 1871. p. 21). - Galr.zowski, Itrcunl d%Z/a ,nolog e, ap'a 874. - L Jany, Ulcère rongeant de la cornée [Centrenblati fur p Jâl Z migenheUkunde, iuin I88b.)

Page 1