‹ Traité des maladies du cœur et de l'aorteChapitre 100 sur 121 · TROUBLES CARDIAQUES CAUSÉS PAR L'ABUS DU THÉ · texte numérisé non relu

TROUBLES CARDIAQUES CAUSÉS PAR L'ABUS DU THÉ

raabei|;e où il était couché, deux pilules d*opium d'un grain chacune^ el «ne petite quantité d'eau-de-vie et d'eau froide. Ce remède ayant amené un soulagement temporaire, M. *** essaya de se rendormir; maiSi après une heure d'un sommeil presque aussi pénible qu'auparavant, il se réveilla de nouveau, dans un état d'oppression eilrème; il respirait très-di(ficilement| et sa peau était humide et froide. On lui fit prendre une nouvelle pilule d'opium et un verre d'em chaude, dans laquelle on mêla une quantité d'eau-de-vie, plus grande que la première fois. Au bout de peu de temps, il survint une amélioration notable, et le malade put enfin s'endormir d'un sommeil naturel et profond; le lendemain matin, il se réveilla à son henra ordinaire, et dans un état de santé parfaite.

f II faut noter que ce gentleman, qui n'avait point l'habitude de prendre de l'eau-de-vie ni de l'opium, n'éprouva ni soif, ni céphallalgie, ni aucun effet fâcheux des remèdes administrés pendant la nnit. Le poison et son antidote semblaient, dans ce cas, avoir annihilé nmtueUement leur action délétère. Depuis cette époque, le malade a pria souvent du thé vert, même très-fort, jamais, cependant, avec le même excès; il n'en est résulté aucun accident. On peut en conclure, que Ua phénomènes morbides que nous venons de décrire n'étaient peint occasionnés par une disposition particulière ou idiosyncra- 8iqne«

» Un fait analogue m'a été communiqué par le docteur Harvey, et je demande la permission de le reproduire ici : c II y a de cela plus de tinnte ans, le docteur ^^ vint me trouver dans le milieu delà journée, pendant l'été. Ce fut moi qui, par hasard, lui ouvris ma porte, mes doaaeatiquea s'étant tous absenté. Le docteur *** me parut être en proie à une vive terreur, et à mes questions il répondit : c Je viens > fous prier de me laisser entrer, et de me permettre de mourir chez veua. • L'ayant fait asseoir, j'examinai l'état du pouls, que l'on sentail à peine, et qui était extrêmement irrégulier. Avant de venir chez nMH, notre confrère avait été chez le docteur Ilutcheson, et ensuite chez le docteur Purcell, qu'il n*avait rencontrés ni l'un ni l'autre. D avait la conviction qu*il allait succomber. Je ne saurais dire anjourd'hui, et après si longtemps, comment il se fit que je lui demandai s'il n'avait point, par hasard, pris du thé vert très fort. D wate répondit immédiatement qu'il en avait beaucoup bu pendant tonte w nuit précédente î il était resté debout, avec un de lea

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oncles, qui devait parlir, de très-grand matin, par une voilure pu** blique. Je fis prendre alors au docteur*** un grand verre d*eatt-de-ne de cerises, et je le fis coucher. Après deux ou trois heures de sommeil, il se réveilla, complètement débarrassé de toute sensation pénible, i

Le fait suivant appartient à ma pratique :

Un gentleman, arrivé à Tàge moyen de la vie, maigre, el d'an savoir et d'une intelligence très-remarquables, avait pris l'habitude de veiller pendant une grande partie de la nuit, qu'il consacrait à dea travaux scientifiques et littéraires. Chaque soir, il préparait une grande quantité de thé très-fort, et en buvait pendant la nuit, sans en redonter, en aucune façon, les effets délétères. A la longue, il se produisit on état que nous allons décrire : le malade devint sujet à des paroxysmes, pendant lesquels le cœur battait rapidement et avec force, sans irré- ^ gularité et sans intermittences; en même temps, il survenait de l'oppression et une gène douloureuse à la région précordiale, avec one sensation pénible de mort imminente. La respiration était précipitée et laborieuse. Ces accès se reproduisirent avec une telle intensité et ai fréquemment, que ce gentleman acquit la conviction qu'il était atteinl d'une affection avancée du cœur, et probablement de l'aorte. La foroê morale fléchit, et le malade s'attendait chaque jour à succomber, pendant un de ces paroxysmes effrayants. La durée de l'accès était variable. Dans les intervalles qui les séparaient, on ne percevait aucun signe d'une affection du cœur; les bruits et les fonctions de l'organe étaient parfaitement naturels.

Toutefois, les effets produits par l'agent toxique sur le système nerveux, n'offraient point le même caractère remittent. A part la frayeur bien naturelle qu'inspirait la mort, les facultés intellec* tuelles n'étaient point affectées ; mais il s'était établi, d'une façon permanente, une série d'accidents que je n'ai jamais rencontrée que chez ce malade. Il éprouvait la plus grande difficulté à marcher sur un terrain uni, au point que pour traverser la ville il était obligé de se tenir aux barreaux qui bordent le chemin. Cette difficulté n'était pas due à un étourdissement , mais bien à une sensation invincible, et qui lui faisait craindre de glisser et de tomber; c'était la frayeur qu'on éprouve en marchant sur de la glace unie et polie. Désirant, un jour, rendre visite à l'un de ses amis qui habitait à peu de distance, la vue d'un trottoir large et uni ^'il devait parcourir, lui inspira si vivement la crainte de tottiber, que.

pressé par Theure, il se décide à faire le chemin sur les pieds el les mains. Jamais, au contraire, il n'éprouvait la moindre difficulté dans la marche, si le sol était inégal et raboteux. Il pouvait gravir ou descendre, à la course, les montagnes les plus accidentées , marcher sur le pont d'un yacht pendant un coup de vent, et cela très-facilement; il en était de même sur une route, pourvu que sa surface fût couverte d'inégalités. Ce malade n'était point hypochondriaque; vigoureosement constitué, il avait fait le tour du monde, sans souffrir des fatigues du voyage.

Lorsque je fus consulté, la similitude entre les symptômes observés et ceux qui ont été notés par le docteur Percival me frappa, et me fit demander immédiatement au malade, s'il avait l'habitude de prendre du thé fort. Je lui fis lire les observations qui se rapportaient à sou état, et après un examen attentif, je pus aflBrmer que les phénomènes morbides n'étaient point dus à une affection organique. Après avoir défendu l'usage du thé, je prescrivis la teinture ferrugineuse aromatique et un voyage peu prolongé en mer. Bientôt les accidents cardiaques disparurent ; mais la frayeur qu'inspirait un sol uni, ou plutôt la préférence marquée pour les chemins raboteux, persista pendant longtemps.

Le docteur Percival a signalé l'effet que peut avoir une infusion de thé, et surtout de thé vert, pour régulariser le pouls, dans des cas où il est habituellement irréguUer. Le même fait a été observé par d'autres praticiens. Sur ce point je n'ai point d'expérience personnelle, mais plus d'une fois j'ai pu, chez des sujets nerveux, provoquer par l'administration du thé vert un sommeil réparateur que je n'avais pu obtenir à l'aide de l'opium et des autres narcotiques. Peut-être pouirait-on arriver au même résultat dans la fièvre, lorsqu'il y a surexcitation du cœur et contraction de la pupille (1); dans cet état, l'usage de l'opium est généralement contreindiqué.

V. Des troubles fonctionnels du cœur dans thystérie. — Sous ce titre, on rangera un grand nombre d*états morbides très-variés. On peut, en pratique, les classer ainsi :

(i : \je «loctour Percival propose radministration ihi thé vcrl on tnrii<:iou Irèsforte dans le» ca» d'empoisonneineni de l'opium, surtout lorsque le cafe n'a pas réii»»i. [Op. cit., 225.)

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530 DES ALTÊRAtlONS FONCTlONNEtXEd DU GCBUB.

1*^ Diminution de la puissance du cœur^ dans la syncope hystériqua, ou pendant raccës d'hystérie.

2° Palpitations irréguliëres et rapides, sans augmentation sensible de la Torce du cœur.

S^ Battements désordonnés du cœur ; dans ce cas, Tacte cardiaque s'accomplit quelquefois avec une violence excessive, et la force du cœur dépasse probablement de beaucoup celle qui s*obserte dans les maladies organiques ou inflammatoires.

J'ai rencontré quelques exemples remarquables dé syncopes et d'accès hystériques; mais, comme Je n'ai point étudié les signes physiques offerts par le cœur, je n'ai rien de nouveau â dire sur ce sujet. Quant aux faits de la deuxième série, les signes permettant de les distinguer des palpitations nerveuses ordinaires sont peu nombreux : le diagnostic se déduira de l'histoire du malade, de Tabsence des signes manifestes d'une affection organique et de l'apparition antérieure ou consécutive d'accidents hystériques, siégeant au niveau d'autres organes, avec leurs anomalies et leur caractère spécial.

Le diagnostic est, en général, plus difficile dans les cas peu tranchés où les troubles cardiaques se montrent sous l'influence d'une cause hystérique marquée, que lorsqu'il s'agit de ces états singuliers et souvent prolongés, dans lesquels les différents appareils fonctionnels sont atteints, successivement et isolément, par la maladie. Ainsi, par exemple, lorsqu'il survient des palpitations chez un sujet ayant déjà présenté la manie, la dyspnée ou la toux hystériques, oo bien des paralysies, des convulsions, etc, etc., on peut ordinairement déterminer avec facilité la nature de l'affection cardiaque.

C'est dans les cas prononcés d'excitation hystérique du cœur, qu'on voit les palpitations acquérir le plus haut degré de violence. Cette violence est quelquefois si grande, que le corps du malade est agité tout entier, ainsi que le lit sur lequel il est couché. Les bruits du cœur s'entendent souvent à une distance de plusieurs pieds, et leur intensité est extrême pour l'observateur qui pratique l'examen stéthoscopique. Il parait réellement extraordinaire que les valvules ou leurs cordes tendineuses ne se rompent point. L'action de Taorte et des carotides est quelquefois tout aussi violente, et il s'y joint un bruit de souffle.

Il est à peine nécessaire d'ajouter que le diagnostic s'établira sur deux ordres de faits : sur l'histoire antérieure et la nature des phé'

FALPlTATIOlfS RHUMATISMALBS ET GOUTTEUSES. 5S1

■omènes morbides concomitants, d'une part, et en second lieu, sur les différences qui distinguent les signes physiques, quant à leur caractère el à leur durée, de ceux qui appartiennent ordinairement aux afiec^ tiens aiguës du cœur.

Il est une Tonne particulière de palpitations hystériques, suecédant, chez les femmes, à la cessation physiologique des ronctionS utérines. Cette forme morbide peut avoir une durée très-prolongée ; die succède plus souvent à des impressions morales qu*à des fatigues physiques. J'ai vu les accès de la maladie reparaître pendant plus de deux années. Ces palpitations se montrent sous forme d'accès caractérisés par des battements précipités du cœur, par Un sentiment de pléititude du cou et de la poitrine, et par une anxiété très-grande, avec prostration morale. Entre les accès, le cœur et les artères fonctionnent d'une façon parfaitement naturelle. Dans un cas de cette espèce, la disparition de l'écoulement menstruel avait eu Heu subitement, chez une femme âgée de cinquante ans , et qui, jusque-là, s*était toujours bien portée et n'avait présenté aucun accident hystérique.

Y. Palpitations rhumatismales et goutteuses. — L*apparitioti d*an trouble fonctionnel du cœur, chez un individu atteint d*une diathèse rhumatismale et goutteuse, doit toujours éveiller toute notre attention. On ne peut nier que, sous l'influence perturbatrice de la goutte ou du rhumatisme, les palpitations, l'impétuosité de l'action du cœur ou la douleur ne puissent révéler l'existence d'un trouble fonctionnel simple ; cependant ces accidents sont toujours à redouter, sinon pour leurs conséquences immédiates, au moins en vue de ce qui pourra survenir du côté du cœur. Les palpitations rhumatis» maies indiquées par Bouillaud (1), ont une importance moindre lorsqu'elles ne se rattachent pas à un état fébrile. C'est là un point essentiel : en effet, et déjà nous l'avons dit, les troubles de l'action du cœur, apparaissant pendant le cours d'une fièvre rhumatismale, alors môme qu'ils ne s'accompagnent pas des signes physiques de Finflammation, indiquent, sinon l'existence d'une eardite, au moins une tendance à cet état morbide (2).

Nous avons signalé Timmunité Gréquente dont jouit le cœur, quant aux affections valvulaires, dans le cours du rhumatisme apyrétique,

(1) Maladies du ccrtcr, p. 334.

(2) Voyei les recherches du docteur May ne, Dublin Journal of medical science^ fol. VII.

532 DES ALTÉRATIONS FONCTIONNELLES OU GClUft.

lors même qu'il siège au niveau des articulations. Dans quelques cas d*arthrite rhumatismale chronique, il est vrai, des symptômes morbides du côté du cœur se montrent vers la fin de la vie. Les valvules aortiques sont le plus souvent affectées ; mais il peut s*écouler bieo des années avant que cette complication ne se produise. D*uq autre côté, chez les malades qui ont été atteints d'une cardite rhumatismale, à laquelle a succédé une affection valvulaire, il existe quelquefois une prédisposition à des névralgies rhumatismales; celles-ci occupent parfois le centre de la poitrine ou sa partie latérale droite, mais elles siègent le plus ordinairement à gauche, et dans la région du cœur. Jamais nous n'avons vu ce phénomène douloureux déterminer une aggravation de la maladie, bien qu'il produise de l'angoisse précordiale. Dans un cas déjà cité, il y eut amelioration, à la suite de l'exercice immodéré de l'équitation.

Voici un exemple de névralgie rhumatismale du cœur. Quelques particularités de ce fait offrent de l'intérêt.

Un gentleman, âgé de trente-deux ans, avait eu, depuis dix ans, trois attaques de fièvre rhumatismale. Toujours les articulations étaient envahies, et rien n'indique qu'il y ait jamais eu de cardite. La deuxième attaque datait de cinq années, et la troisième de trois ans; leur durée avait été de quinze jours environ. Les symptômes que nous allons décrire se montrèrent après la seconde atteinte de la maladie. Il existait, depuis cette époque, deux espèces de douleurs: la première, à laquelle le malade donnait le nom de spasme^ était rapportée par lui à la région sternale supérieure. Cette douleur suspendait la respiration, et Taccès dunûl pendant une demi-minute; il se produisait à l'occasion de tous les efforts musculaires subits. La deuxième sensation douloureuse était causée par les émotions morales pendant l'état de veille, et par les rêves, pendant le sommeil. Elle durait plus longtemps, et s*accompagnait d*une sensation de douleur, d'angoisse et d'agitation, au niveau du cœur. Il est remarquable que, pendant la dernière attaque de lièvre rhumatismale, ces deux formes de don* leur disparurent ou diminuèrent considérablement. Le malade était habituellement en état de s'acquitter des devoirs d'une profession laborieuse. L'action du cœur était régulière, et il n'y avait aucu» signephysique d'une affection du cœur et de l'aorte.

C'est à une affection de cette espèce que Bouillaud parait faire allusion, lorsqu'il parle des palpitations, se montrant sous la même

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