DES ALTÉRATIONS FONCTIONNELLES DU GOBOR
termes, la netteté du deuxième bruit, est un signe diagnostique important, qui milite en faveur d'une affection fonctionnelle; le seul autre cas où ces mêmes phénomènes aient été observés par nous, est celui d'une maladie graisseuse du cœur : celle-ci se montre habituellement chez des sujets avancés en ftge, et présentant, à un certain degré, Taltération des valvules aortiques.
XV. Un état anémique, survenant chez un sujet atteint d'une affection mitrale, paraît élre suffisant pour donner lieu aux symptômes d'une affection organique du cœur. Ces symptômes peuvent disparaître lorsqu'on a fait cesser l'anémie, sans que l'affection organique ait cessé d'exister.
XVI. Un bruit de souffle inorganique se développe parfois dans le cours des fièvres essentielles; il est bien plus commun dans les fièvres non maculées que dans les fièvres pétéchiales.
XVII. Il se produit surtout dans la convalescence, ou pendant les intervalles d'apyrexie..
XVIII. Son summum d'intensité occupe en général un point placé à égale distance du sternum et du mamelon gauche.
XIX. Il disparaît fréquemment, ou diminue de force, dans la position verticale.
XX. On constate une prolongation de bruit musculaire en même temps que certaines formes de murmures inorganiques. Ce phénomène est toujours systolique; il va quelquefois jusqu'à constituer un véritable murmure. On le rencontre aussi dans le cours de diverses maladies essentielles.
XXI. Le frémissement inorganique est bien plus commun dans les artères qu'au cœur.
XXII. La sensation de mouvement vermiculaire qui accompagne la prolongation du premier bruit, peut être considérée comme une forme particulière de frémissement inorganique du cœur.
XXIII. Le redoublement de l'un des bruits du cœur, bien qu'il se rattache habituellement à un simple trouble de l'innervation, se rencontre parfois dans le cours des maladies inflammatoires da centre circulatoire.
XXIV. Le redoublement manifeste du deuxième bruit est bien plus commun que celui du bruit systolique.
XXV. Le timbre résonnant et métallique des bruits du cœur tsi dû, en général, à la grande rapidité et à l'énergie des contrec*-
lions de Torgane; dans certains cas, la distension flatulente de l'estomac donne aux bruits cardiaques un caractère de résonnance métallique.
XXYI. Dans le diagnostic comparatif des troubles fonctionnels et des altérations organiques du cœur, nous devons surtout prendre en considération les résultais fournis par la percussion, l'étendue dans hquelle on perçoit l'impulsion cardiaque, la direction de la pointe du cœur, et le rapport existant entre la force du cœur et le développement du pouls radial.
XXYIl.'Dans quelques cas, où il y a probablement une altération nenrense, avec augmentation de la force du cœur, il existe un rapport partiel entre les pulsations artérielles et les pulsations cardiaques.
XXVIII. Ce rapport existe habituellement entre les carotides et le cœur; il est donc utile de comparer Taction de cet organe avec celle des artères radiales.
Appendice as chapitre precedent.
Angine de poitrine. — Le docteur Forbes, dans son histoire de celle maladie (voy. Y Encyclopédie de médecine pratique ^ vol. I), et dans une annotation de la traduction du chapitre de Laennec, a divisé l'angine de poitrine en fonctionnelle et en organique. Sous cette dernière dénomination, il comprend deux ordres de faits : ceux où une maladie organique du cœur paraît exister seule, et ceux dans lesquels une lésion organique cardiaque, plus ou moins développée, s*accompagne d'un état pathologique général, contre lequel on doit surtout diriger la médication. Sur àb cas suivis d'autopsie, on en trouva 39 dans lesquels existait une lésion orgnnique du cœur ou des gros vaisseaux. Dans 4 cas, il n'existait d'autre lésion organique que de robésité; dans 2, le foie était malade. Quant à l'âge, le tableau statistique de 8A cas n'en comprend que 12 au-dessous de 50 ans. Sur 86 malades, il y en avait 80 appartenant au sexe masculin.
Le même auteur sépare les angines de poitrine fonctifmnelles en deux classes, suivant qu'il n'existe aucune lésion organique, ni même, si l'on s'en rapporte au texte, aucune complication morbide quelconque, ou suivant qu'il y a complication de quelque autre maladie. Les faits de la première catégorie sont rares ^ leur existence est même considérée seulement comme probable ; au contraire, les angines de
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poitrine fonctionnelles et compliquées d'un autre état morbide, soal assez communes. Le docteur Forbes les désigne par le nom d'angioei fonctionnelles complexes ou sympathiques. Sous cette dénooiiiutioii, il comprend tous les cas d'angine nerveuse coexistant avec d'autres maladies, alors que les organes de la circulation sont parûûteroenl intacts et bien proportionnés» ou présentent seulement de légères modifications. D'après cet auteuri on doit rapporter à cette formt la plus grande partie des faits qu'on rencontre dans la pratiqua, surtout lorsque les accès ont beaucoup de gravité. Cette assertioo» malgré toute sa valeur, ne saurait être adoptée sans examen, rartout en présence des faits pathologiques cités dans le texte de Touvrige, et en raison de l'âge, du sexe et des conditions physiques des sujets prédisposés à l'angine de poitrine.
Le récit qu'a donné Sénèque de sa maladie, dans sa uv* épttre à Lucilius, a été rappelé par le docteur Parry. On avait cru y trouver las symptômes de l'angine de poitrine. Nous citerons le passage de Sénèque en entier :
c Longum mihi commeatum dederat mala valetudo : repente me
> invasit. Quo génère ? inquis : prorsus merito interrogas : adeo » nullum mihi ignotum est. Uni taroen morbo quasi assignatus som ; I quem quare Graeco nomine appellem, nescio. Satis enim apte dici
> suspirium potest. Brevis autem valde et procell» similis, impetus
> est : intra horam fere desinit. Quis enim diu expirât? Omnia cor- » poris aut incommoda, aut pericula, per me transierunt; nullrno » mihi videtur molestius. Quid ni?aliud enim quicquid est aegro-
> tare : at hoc est animam agere. Itaque medici hanc meditatio- » nem mortis vocant. Faciet aliquando spiritus ille, quod sœpe cona-
> tus est. Hilarem me putas hsec tibi scribere, quia effugi? Si boc
> fine quasi bona valetudine delector, tam ridicule facio quaro ille
> quisquis se vicisse pulat, cum vadimonium distulit. Ego vero et ia
> ipsa sufTocatione non desii cogitationibus lalis ac fortibus acqnies- » cere. Quid hoc est? Inquara, tam saape mors experitur me ? Faciat, at
> ego illam diu expertus sum. Quando inquis? Ànlequam najM:erer. ) Mors est, non esse id quod antea fuit : sed quale sit jam scio : hoc
* > erit post me, quod ante me fuit. Si quid in hac re tormenti est, I necesse est, et fuisse ànlequam prodiremus in lucem : atque nullao
> sensimus tunc vexationem His et hujus modi exhortationibos
» tacitis (nam verbis locus non erat) alloqui me non desii : deinde paul-
» lâlim suspirium illud quod esse jam anbelitus cœperat, intervalla » m^ijora fecit et retardatum est ac remansit. Nec adhuc, quamvis I détient ex naturft Quit spirilus. Sentio bssitationem quandam > qo8 et moram. Quomodo volet, dummodô Qoa ex animo suspi- I rem, etc. (1). o
RecomiaissoDSy avec le docteur Parry, que les symptômes décrit^ m soDt pas ceux de l'angine de poitrine. Il est remarquable qu'il ne sut pas question de la douleur. Mais la similitude des symptômes avec la respiration anormale de la dégénérescence graisseuse du cœur, décrite plus haut, est trop sensible pour ne pas mériter une mention. Dans cette dernière maladie, il existe, en effet, une Terme de dypsnée particulière qui n'est, à proprement dire, qu'un accès pendant lequel la malade éprouve un besoin répété de soupirer. Les mots de Sénèqoe : c Satis mibi apte dici suspirium potest; » et ceux-ci : € firevis autem valde et procell» similis, impetus est, > expriment bien la respiration cardiaque, sgspirieuse, des individus atteints de dégénérescence graisseuse du cœur ; à son maximum d'intensité, ce trouble des fonctions du cœur ne peut être mieux comparé qu'à une tempête. Les expressions : c Deinde paullatim suspirium illud quod » esse jam anbelitus cœperat, intervalla majora fecit et retardatum
(i) Afin d*ftider le lecteur à se faire une idée juste de la maladie de Sénèqne, Mmt dcTons rappeler que, suivant Lipsius, les «pitres à Lucilius ont été écrites dans les deux années qui précédèrent la mort violente de leur auteur. Il avait donc, à cette époque^ soixante et un ou soixante-deux ans. Dans plusieurs passages il parle de sa vieillesse et de ses infirmités. Tacite nous apprend qu'au moment de sa mort, Sén^que était faible et épuisé. — « Corpus parvo victu te- ■aatum. > Sa santé parait, du reste, avoir été délicate dès Tenfance. Il dit, en perlant de sa tante : « Ulius pio matcrnoque nutricio per longum tempus egre €OiiTalui. » (Consoi. ad Helv., cap xvi.) Ceci était écrit avant qu'il eut quitté le liea de sa naissance, Corduba, pour venir à Rome. Dans une des épitres à Lucilius, il dit avoir souffert de flux catarrhaux, * distillationes s , à un degré extrême : on trouverait peut-être dans cette particularité, suivant Topinion d'un de nos anUt, l'explication de l'histoire racontée, à ton sujet, par Dion : — « Cum eau- • mm quamdam in senatu egregie et féliciter Seneca egissct, livore suffusum 1 iUum principem, qui solus videri eloquens volebat, cogitasse de Senccà tol- 1 lendo : et fecisset nisi una e concubinis admonuisset. Frustra mortem parari 1 jam morituro : tabe qnippe laborare. » Influencé par cette assertion, Caligula épargna la vie du jeune orateur; il prouva ainsi la vérité d'une remarque de Bénècpi^, qui lui fut peut-être suggérée par ce qui lui était arrivé à lui-même : f lloitonun mortem dittuUt mort>us. et Miluti illis fuit videri perire, ■