CHAPITRE
AFFECTIONS DU TISSU HUSCULAIftË DU GÛEUft.
Les parois du cœur peuvdiU èlre, probablement, le siège de toutes les lésions organiques ou vitales, propres au tissu inuaculaire. On y retrouve l'hypertrophie ou l'alrophie, la dégénérescence graisseuse, les dépôts de matières hétérogènes, et des altérations qui se montrent dans le cours de diverses maladies essentielles, et plus particulière» ment dans le typhus fever. Leurs désordres fonctionnels paraissent également être ceux des muscles en général : tels sont Taugmentition ou la diminution de la conlractililé, l'irrégularité d'action et le spasme.
 côté de ce premier ordre d'accidents, on doit placer l'affaiblii* sèment et la paralysie dus à Finilammation des tissus voisins : c'est ainsi que la mort peut se produire dans la péricârdite, nous l'avons déjà fait observer ; il y a aussi tout lieu de croire qu'une simple paralysie nerveuse atteint quelquefois une ou plusieurs des cavités du cœur.
De même, les muscles du cœur sont parfois enflammés (myocardite), et bien que cette circonstance soit rare, elle l'est probablement moins que pour les muscles soumis a la volonté.
Il n'est pas encore prouvé que les cavités du cœur se modifient sous l'influence d'une cause purement mécanique. Un obstacle h la sortie du sang peut-il, à lui seul, produire la dilatation, dans le cours d'une aflection valvulaire? Ne faut-il pas qu'il existe simultanément un affaiblissement du cœur?
Les symptômes des affections valvulaircs sont, en réalité, prodoita par les lésions des cavités cardiaques : nous pouvons donc étudier maintenant ces dernières affections, en posant en principe que, bien que la dilatation et Tliypcrtrophie coexistent fréquemment avec les lésions des valvules, elles peuvent s'en montrer indépendantes, et que dans certains cas, celles-ci ont une importance assez minime, pour ne constituer qu'une complication accidentelle. Il existe cependant une série de faits qu'on doit distinguer tout d'abord : ce sont ceux où les
▲mcnoNs DU tissu musculaire du coeur. 257
^nplômes de la dilatation du cœur s'accompagnent des phénomènes stéthoscopiques d'une altération valvulaire, altération qui ne résulte pas d'une affection des valvules, mais de l'insuffisance produite par l'élargissement de l'orifice qu'elles sont destinées à fermer. Sous en avons rapporté un exemple à la page 171. Cette particularité se rencontre surtout dans les cas de dilatation sans hypertrophie ; lorsque celte dernière condition anatomique existe, les valvules elles-mêmes l'agrandissent et se développent, parallèlement à l'accroissement général de l'organe dont elles font partie (1).
(1) It est três-difficUc pour beaucoup de praticiens de déterminer à l'autopsie ft'il y a dilatation ou hypertrophie du cœur ; et ce n'est pas étonnant^ puisque bien pend'eDtre eux ont étudié les dimensions normales de l'organe. Parmi les auteurs fu se sont occupés de cette question, on doit placer en première ligne Biiot^ qui àas les mensurations du cœur qu'il a données, a recueiUi les observations plus ttad»reiises et plus exactes que tous ceux qui l'ont précédé, tout en tenant compte ées dillercnces d'âge, de sexe, et des conditions pathologiques. Son mémoire, intitulé itecA«*rcAe« '^ur te cœur et le syfitème artériel chez rhomme, par G. Bizot (de Génère) {Mémoires (le la Société médicale d'observation de Paris, 1836) démontre hien U valeur de la méthode numérique, lorsqu'il s'agit de Hxer un point d'anaiMiie DoroiAle ou pathologique. Voici quelle est la méthode adoptée par lui, pour la mensuralion du cœur. La largeur ù la base est prise au niveau de la jonction des oreillettes et des ventricules, et la longueur est représentée par une ligne ptftjuit de U pointe de l'organe et tombant perpendiculairement sur sa base. L'épaisseur est également déterminée ; puis, le ventricule gauche est ouvert par ne incision faite sur son bord, de la pointe à la base et se prolongeant jusqu'au ■iveau de l'orifice aortique ; pour convertir le ventricule en une surface plane, on iirise également l'orittce auriculo-ventriculaire. La longueur de la ligne passant aa niveau du bord convexe et adhérent des valvules sigmoîdes et se terminant par !«s deux extK*mités aux poinU où la paroi du ventricule a été divisée, donne l'étendue de la circonférence du ventricule ù la base. Une seconde ligne, tirée de la cavité et tombant ù angles droits sur la première, en donne la Quant à l'épaisseur, elle est prise à trois points différents : i° Vers la
e, à six lignes de l'origine des fibres mu.<tculaires ; 2° au niveau de la plus t épaisseur de la paroi, c'est-à-dire à la réunion du tiers inférieur et du tiers moyen du ventricule ; 3<* à quatre lignes au-dessus de la pointe du cœur. Les mêmes points servent à la mensuration de la cloison inter-ventriculaire. \jo fortricule droit est mesuré ainsi : il est divisé tie la base à la pointe dans sa paroi psitcricurr^ suivant le bord de la chùson ; une autre incision est pratiquée sur la paitii antérieure , toi^ours le long di> la cloison. Le ventricule se trouve •imi divisé en deux parties, l'une qui lui appartient en propre, l'autre qui est rimtîtnée par la face veutriculaire du septum cardiaque. Les mesures sont prises emmie comme pour le ventricule gauche, en ayant soin de réunir le^ mensuratiosf de chacune des deux portions du ventricule : on doit éviter, dans la déter- STOUS. 17
258 AFFECTIONS DU TlSSC MUSCULAIRE DU COBUB.
»llatiitiMi ûu mmmr.
La dilatation simple du cœur est extrêmement rare. Elle se montre le plus ordinairement dans une des deux circonstances suivantes :
l"" Elle se lie à une affection valvulaire ;
2"" Elle fait partie d*un groupe de lésions fonctionnelles et orga» niques qui portent à la fois sur le cœur, les poumons, le foie et les reins. Il y a souvent alors asthénie de l'organisme et diathëse goutteuse. Les faits qui rentrent dans cette catégorie sont si nombreux, que nous les étudierons avec quelques détails.
Voici quels sont les caractères principaux d'un grand nombre de dilatations cardiaques :
1^ Les altérations organiques des valvules sont rares : lorsqu'elles existent, leur siège, leur étendue et leur nature varient, et n'ont rien qui puisse expliquer l'état du cœur et les symptômes observés.
2"" La dilatation des venlricules peut donner aux orifices une dimension telle, que les valvules cessent de fermer. Il n'est pas cer* tain qu'on ait jamais observé, dans les cas de cette espèce, le
miuation de l'étendue do la base <lu ventricule, île faire entrer en ligne de compte la longueur de rorifice auriculo-\entrirulairr. et celle de l'artère pulmonaire. L'épaisseur est déterminée de la même fn^on que pour le Tentriculc gauche. M. Bitot n'a pas publié les mesures des oreillettes ; les dimensions dei oriflcw artériels sont représentées par leur circonférencr au niveau du boni libre des valvules sigmoïdes ; celles îles orifice*i auriculo-ventriculaires sont prises an point où les valvules mitrale et trieuspide s'insèrent à la paroi canlinque. Enfin Iw arttTes, divisées et étalées, sont mesurées k leur origine, à leur portion moyenne et à leur terminaison.
Ces observations ont été recueillies sur 157 sujets îles deux sexes, et avec tout le soin nécessaire pour éviter l'erreur. I^»s dimensions du cœur tout entier, et des difTérentes portUms qui le composent, sont étudiées dans une statistique où Vom tient compte de Tàge, du sexe, de la taille de l'individu et aussi de son état de santé.
Ces diirérentes recberclies ont été faites d'après la métlimle numérique de l/mit, mélbode qui ollrc très-souvent des avanta'^^es admirables, lorsqu'on l'applique à des questions d'nnatomie normale et patbologique. quelles que soient d'ailleurs let dinicultés et les dangers qu'elle présente dans l'é'.nde des mouMis tbérapeu tiques. Nous ne saurions eepeiidani refuser toute valeur auv recherches qui out précisée l'emploi de cette méthode. t> siérait ignorer les travaux de tous ceux dont let ouvrages, tlepuis le ivi" Hecle jusqu'à nos jours, ont fait tie la médecine UM M-ience. .Nos réflexions ne s'appliquent, en aucune façon, à l'illustre auteur de Ui
DILATATION DU COEUfi. 259
deteloppement nnormal des valvules auriculo-ventriculaires, qui se rencontk*e rréqnemment dans la dilatation hypertrophique du corar.
3* Les parois du cœur sont amincies et souvent chargées de Srafose. Quelquefois le tissu cardiaque est atteint d'une dégénérescence graisseuse, à sa première période d*évolution (1).
A* Lt dilatation du cœur s*accompagne souvent de bronchite chro- Bique, et les malades sont sujets à des accès d*astlime cardiaque. La congestion hépatique est également commune, et l'augmentation du volume du foie est variable, et correspond aux atta<|ues de congestion pulmonaire.
BWthodc numérique. L'histoire tic toutes les doctrines prouve que la rcputaUon àt maitre peut être compromise par le sèle de disciples ardents^ meds inexpéri- ■eatés!
Vcki les mesures prises dans le mémoire de Biiot.
Ckex des sigcU de trente à quaraute-ueur ans, le cœur présente :
CHBZ L'HOHH. CHEC LA PkVMB.
LifniM. Lignes.
En longueur 43 3/23 41 2/27^
En largeur 47 18/23 44 1/27*
Épaisseur i7 4/23 14 14/27
LMgweor du Tentricule gauche 29 11/23 31 16/17
Largeur du ventricule gauche 53 4/23 46 4/17
Longueur du ventricule droit 37 13/23 33 13/27
Largeur du ventricule droit 83 10/23 76 17/27
Eiamen des parois du ventricule gauche à la hase. 4 17/46 4 1/9
— à la partie moyenne . 5 1/ii 3 27/54
— près de la pointe. . . 8 13/23 3 6/27 Cptiatettr de la cl9ison interventriculaire à la partie
■Mveone 4 2!/23 4 11/27
Epaisseiir des parois du ventricule droit à la base. 1 39/46 1 19/22
— à la partie moyenne . f 7/23 1 13/54
— & la pointe 45/46 25/27
^«ceaférencc de l'onflcc auriculo-ventricul. gauche. 48 9/22 40 17/26
— adroite. 54 5/23 47 4/27 Ommlérence de Taorte au-dessous du hord libre
des valvules sigmoides 30 20/23 28 3/27
OitMiférence de l'artère pulmonaire 31 12/23 29 1/3
1) CoBSultet sur ce point les recherches des docteurs Paget et Ormerod {London
260 AFFECTIONS OU TISSU MUSCULAIBE DU COEUB.
b"" Celle maladie, qui se termine fréquemment par une hydropisie générale, se rencontre fréquemment avec la goutte, chez les personnes avancées en âge, et dont l'organisme a été épuisé par des fatigues excessives, ou par des depletions sanguines inopportunes.
Les symptômes caractéristiques sont ceux qui dénotent un affaiblissement du cœur. Le pouls est irrégulier, d'une façon continue; il est faible, inégal, el ordinairement petit. Le malade éprouve delà dyspnée; celle-ci va quelquefois jusqu'à Torlhopnee, qui se montre par tccës, sous l'influence du froid, de la fatigue, ou d'une diminution de It sécrétion urinaire. Alors le foie se développe rapidement; déjà tuméfié auparavant, on le voit, en quelques heures, descendre très-bas dans l'abdomen. Cependant, lorsque l'accès est terminé, la glande hépatique reprend son volume ordinaire; on peut alors le sentir sous la forme d'une tumeur aplatie et indolente, au-dessous du rebord des fausses côtes, qu'elle déborde dans une étendue d'un pouce et plus. Ce phénomène est probablement dû à deux causes différentes: l'accroissement de volume de la glande, et son déplacement. Il n'est pas douteux que la première de ces conditions ne se rapporte à la distension des veines hépatiques ; le déplacement est produit par la tuméfaction du poumon, qui est en général affecté d'emphysème. A chaque nouvel accès, il augmente de volume au point de repousser de dedans en dehors les côtes, le médiastin et le diaphragme, pour reprendre ses dimensions normales dès que le paroxysme est arrivé à sa fin (1).
(1) L'opinion de Serres doit être rappelée ici, ù propos de cet état particulier du foie : ce savant a développé Tidée que la maladie reproduit chez l'homme^ nou-seulement Tétat fœtal des viscères^ mais l'état normal des organes chez les animaux inférieurs (HccAercAe* d*anatomie transcendante et pathologique ^ par M. Scrre5, Paris, 1833). Dans une analyse de ce travaU, publiée dans le Journal médical de Dublin, V^ série, voK II et 111, j'ai déjà exprimé mon opinion sur la doctrine professée par cet auteur, que Tanatomie pathologique n'est point une science d'exceptions ; cette doctrine est la même que celle de Breussais, exprimée autrement. Mais l'analogie étroite qui existe entre Tétat du foie, tel que nous le décrivwa, et celui de la même glande, chez les animaux plongeurs, est très-remarquable. A^mit^ le professeur R. W. Smith se li\TC aux réflexions suivantes, qui se Hfptulcint à la maladie de M. Colles, maladie dans laquelle Taccroissement variable inftrffl ftit un phénomène saillant : « Ce phénomène intéressant a été observé il y a ■ Itlnrnpi par Andral, dans le cours de maladies cardiaques qui font obstacle à » ta drcalatton du sang veineux dans le poumon, et nous y trou\ons une preuve