‹ Traité des maladies du cœur et de l'aorteChapitre 50 sur 121 · AFFECTION OU COEUR ET DE LA GLANDE THTR0IDE · texte numérisé non relu

AFFECTION OU COEUR ET DE LA GLANDE THTR0IDE

ttne dame qui, jusque-là, s'était bien portée. Chez un homme, la maladie succéda à une hémorrhagie hémorrhoîdaire prolon- |ée.

Jamais elle ne se complique de cardite, et jamais elle n'est le résaltal d'une aBection hépatique. C'est une Terme spéciale de né- TTOse do cœur, à laquelle succède parfois une altération organique : Idle est la seule donnée que nous ayons sur sa nature. Nous nous sommes souvent demandé si l'excitation nerveuse ne se propageait pas aux artères du cou; en effet, la force des contractions du cœur ae suffit pas pour expliquer les phénomènes observés. — En comparant les battements des carotides à ceux des artères radiales, on constate des différences remarquables : faibles et petits au poignet, les battements ont au cou une violence extrême. De part et d'autre, la fréquence est la même. On trouve cependant quelques exceptions h cette règle.

On rencontre souvent les doubles pulsations artérielles, dont il a' été question plus haut. Elles sont limitées au cou, et c'est là une circonstance à Tappui de l'opinion qui veut qu'il y ait excitation locale portant sur les vaisseaux.

Les pulsations sont appréciables à Touîe et au toucher, et ont tout à fait les caractères du double battement anévrysmal dont elles paraissent être un diminutif. Elles n'existent qu'aux carotides, el l'état du pouls radial n'offre rien qui puisse les faire soupçonner.

On obtient, dans celte maladie, une amélioration notable, sinon me guérison complète. La turgescence des globes oculaires diminue, eC l'expression particulière du regard disparaît, bien que l'œil con- 5erve une certaine apparence de plénittide (fullness). La glande thyroïde perd une partie de son volume et parait acquérir une consistance plus solide; les pulsations violentes et le frémissement cataire disparaissent : ce dernier phénomène peut persister, en se limitant à certaines parties de la tumeur. L'excitation anormale des battements artériels se calme, ainsi que le cœur, qui devient tranquille comparativement à ce qu'il était auparavant; mais il faut longtemps pour que ces modifications s'accomplissent. Nous n'avons pas d'exemples de lagiiéri&on par résolution complète de la maladie, lorsqu'elle a atteint lOB entier développement : il n'y a pas néanmoins de raisons pour croire à l'impossibilité de cette guérison.

iH AFFECTIONS iXJ TISSU MtSCOLAlRE DU CCEUll*

Le docteur Parry (1) a rapporté plusieurs cas d'augroentalioD an volume de la glande thyroïde, s'accompagoant de maladies da cœur* La première malade avait été prise d*une fièvre rhumatismale aigoé, a Toccasion d'un accouchement. Il survint ensuite des palpitatioos du cœur qui augmentèrent graduellement de fréquence et de force jusqu'au moment où le docteur Parry vit la malade pour la premièn fois. La violence des contractions sysloliques était alors si grande, que chacune de ces contractions ébranlait la poitrine tout eatière* Le pouls battait 156 fois par minute; très-plein et dur, il devenait intermittent , une fois au moins, après chaque sixième battement. La malade présentait des symptômes ressemblant à ceux de l'asthme cardiaque, et en même temps, de petites hémoptysîes; des douleurs violentes revenaient fréquemment, au niveau de la partie inférieur du sternum, c Trois mois après l'accouchement, dit le doe»

> teur Parry, on s'aperçut, pendant que la malade allaitait son enbnt, » de l'existence d'une petite saillie grosse comme une noisette et » située à la partie latérale droite du cou. Cette tumeur alla toujoura

> en augmentant, et lorsque je fus appelé auprès de la malade, elle » occupait les deux côtés du cou; son volume était énorme el » elle dépassait latéralement le bord de la mâchoire inférieure. Slle )> était formée par la glande thyroïde, les deux artères carotidei

> étaient fortement distendues, les yeux sortaient des orbites» et la » physionomie exprimait Tagitation et l'anxiété, à un degré que jV n rarement rencontré. La malade n'accusait aucune douleur dans la » tête, mais elle avait des étourdissements fréquents (2). $

La malade mourut peu de temps après, avec les accidents ordi« naires des affections du cœur et l'anasarque. Il n'est point fait ineiH tion de l'autopsie.

Le deuxième fait est celui d'une dame qui, à la suite d'une frajetfi

;i ' Vojei CoHeciiori dfii vn*ii< moffirfiHjr in^lih do fni Caleb. Uilliiiril Parf^f M. I).. p.Hl. Un(lr(5. 1825.

(2) 1^ complication de cctlo maladie avec les afTectioii!( du cœur a clé wMd \n\T IMajani (\oyez sa (.'o/ffziont* il'4f\'srrrnzioni f riflrssioni tli chinwyia IUmm, !80(), \ol. 111. p. 270,. Dans Va l{*'nw mt'tUro-rhiruryirnh (.Wir England Jvmr* uni. oct<d)re 1820). on ..ipportc une olis4T\ali.»ii iImi> laquelle une tumeur pelsatile s'rlevait bien au-dessus de la (ia\irule droite, el présentait un frémiiiaBait Ires-marqur (pli se montra à la suite d(> palpit.ition< \iolente4. (X*< 5fniptteH disparurent quebiue temps après une hématènièse.

APPECnON DU COEUR ET DE LA GLANDE THYROIDE. 285

commença à éprouver des palpitations du cœur et des affections nerveuses variées; quinze jours après, elle remarqua un gonflement de la glande thyroïde; ce gonflement présenta, par la suite, des variations dans son volume, au point môme de disparaître presque complètement à nne on deux reprises. Lorsque le docteur Parry fut consulté, la gbnde était tuméfiée des deux côtés, mais surtout à droite ; les carotides battaient violemment et semblaient être distendues, surtout la iroite. La malade était depuis longtemps sujette à de la céphalalgie, qai dispamt dès le début du gonflement de la thyroïde ; le pouls était à 96 pulsations, petit, dur et régulier. On enleva dix onces de lang par une saignée du bras, et à la suite de celte émission sangaine, la tumeur diminua d'une façon évidente : lors de la période ■enstmelle suivante, la tuméfaction de la glande thyroïde, qui s*élait reproduite, disparut presque complètement : à Tépoque catamèniale qui vint ensuite, le gonflement du cou augmenta tant que Tècoulement des règles ne se fut pas établi, et diminua ensuite.

Dans les trois faits suivants, on trouve l'augmentation du volume de la thyroïde, avec les symptômes d'une aflection organique du cœur. D y eut chez les malades un accroissement de l'activité de la circulation dans les carotides. Dans deux cas, la maladie succédait à une Section du cœur déjà ancienne. Dans la sixième observation il s'agit d'une femme mariée qui n'avait jamais eu d'enfants : chez cette Cmme le cou était très-long ; après une immersion des pieds dans reao froide pendant un quart d'heure, dans le but de calmer des engelures, elle ressentit de vives douleurs dans la région du cœur. Pendant cinq années cet accident se reproduisit par accès, et ceux-ci s'accompagnèrent plus tard de palpitations et de gène de la respiration, avec sensation de la boule hystérique. Lorsqu'il y avait des palpitations, et même quelquefois sans cela, la malade ressentait dans la tète des pulsations violentes et les artères du cou battaient aT€C force : après un accès plus fort que les autres, la glande thyroïde commença à se tuméfier. Le reste de l'observation n'oflre rien d'important. Les deux derniers faits ne nous apprennent rien de nouveau. Le docteur Parry ne relaie aucune autopsie; il n'a noté qu'une seule fois la tuméfaction des yeux. Ses observations, ù l'exception de la deuxième et peut-être de la sixième, se rapportent toutes, soit à une tuméfaction de la glande thyroïde succédant à une maladie organique du cœur déjà ancienne, soit à une aOeclion du cœur se

286 APPECnONS DU TISSU MUSGULAUE OU CCBUl.

montrant accidentellement chez des malades atteints de bronchocèle.

La maladie que nous décrivons était cependant peu coniuie afani que le docteur Graves eût publié, en 1836, les leçons qui ont ensuite été réunies dans sa Médecine clinique. C'est lui qui le premier a distingué Thypertrophie particulière de In thyroïde dont il s*agil, do goitre ordinaire. Il a émis l'idée que le corps thyroïde se rapproche un peu du tissu erectile par sa structure, et que la sensation de la boule hystérique n*est pas toujours simplement nerveuse, mais qu'elle est due à une augmentation de volume réelle, mais passagère, de la thyroïde.

Voici une observation que je communiquai au docteur Grades, après avoir assisté à sa leçon clinique sur Texistence simultanée des palpitations du cœur et de l'hypertrophie de la glande thyroïde. Une jeune dame, d'une constitution frêle et d'un tempérament nerveux, devint sujette à des accidents hystériques variés et a des névralgies. Lorsqu'elle faisait des efforts musculaires, elle accusait de la faiblesse, et elle perdit son embonpoint et sa bonne mine. Il y avait des palpitations du cœur, et jamais, pendant quelques mois, le pouls ne descendit au-dessous de 120 pulsations. Souvent il atteignait le chiiTre de l&O, il était petit et se laissait facilement déprimer. Ces caractères du pouls radial contrastaient d'une façon remarquable avec ceux des pulsations aux carotides. Celles-ci étaient violentes et saccadées, il s'y joignait un bruit de souffle profond, et les artères paraissaient avoir augmenté de volume. Les battements du cœur avaient la êoudainetéj la netteté et le caractère de secousse (jerking) qui appartiennent aux palpitations nerveuses : ils se répétaient toujours au moins 120 fois par minute. Les globes oculaires se tumétièrenl graduellement, au point de donner à la physionomie une expression qui avait quelque chose de surnaturel. Cette tuméfaction devint si considérable, que les yeux semblaient sortir de leur orbite ; ils se dirigeaient en bas et en dehors, et l'on apercevait la sclérotique tout autour de la cornée, dans une étendue de deux lignes au moins. Les paupières ne pouvaient plus recouvrir que la moitié de l'œil, et l'aspect que présentait cette dame pendant son sommeil, avec ses deux grands yeux brillants et ouverts, ne s'eiïacera jamais de ma mémoire. Il est bon de faire remarquer que jamais la conjonctive ne se vascularisa, et qu'il ne survint pas d'ophthalmie, ainsi que cela se rencontre lorsque l'œil reste à découvert, dans la paralysie faciale décrite par sir Cb. Bell.

APnCriON DU GCBUB BT DE LA GLÂNDfi THYROÏDE. 287

Malgré la défdoppemenl anormal des yeux, la puissance de la vision M s'altéra point. La glande thyroïde avait augmenté de volume et hmialt une tumeur élastique en forme de fer de cheval. De consislaace molle tout d'abord, elle devint bientôt plus dure, (out en con- Mrraat de Télasticité. Elle eut bientôt atteint son maximum de développement; la tumeur, du volume d'une petite orange, cessa alors de l'aocffollre. L*état des yeux offrit quelques variations ; ils ne cessèrent jaaMiit, cependant, de présenter une tuméfaction considérable ; la BMlade sooilrait fort peu du cœur, de la glande thyroïde ou des organes de la vision. Elle était tourmentée surtout par des névralgies fKÎales Irès-douloureuses. Pendant quelques années, il n*y eut que paa de modiûcations dans Télat que nous venons de décrire; puis la survint à la suite d'accidents progressifs de congestion puimoel d*anasarque; phénomènes qu'on attribue en général à la éSalation du cœur.

Obs. XXVI. — Surexcitation prolongée du cœur chez un homme; mmpneniation de volume des globes oculaires et de la glande thyroids^ battements exagérés des vaisseaux du cou avec murmure ressemblant d celui de la varice aniorysmale; disparition uUitne des troubles cardiaques; induration et diminution 4e la tumeur cervicale.

John M'Keon, homme de quarante-huit ans, grand, maigre, à peau hrane, et d'un tempérament nerveux et impressionnable, fut admis à rhôpital de Meath, au mois de. mars 1 838. Il présentait de fortes palpitations dn cœur, des pulsations qui avaient une violence extrême dans le système artériel entier, et une tuméfaction de la glande thyroïde. Ce malade nous apprit que sa santé avait été bonne depuis longtemps; il airail des habitudes régulières, était laborieux, et ne s'était jamais Bfré i la boisson. Sept ans auparavant, après une journée d'un travail rode, pendant lequel le malade avait été exposé au mauvais temps, il éproava tout à coup des palpitations violentes, sans douleurs et aans autres symptômes qu'un peu de vertige. Ces accidents furent attriboés à une constipation opiniâtre qui durait depuis longtemps. Ils cessèrent, après avoir persisté pendant trois mois, et, à partir de ce moment, la santé ne fut pas troublée; il survint seulement, au beat de quelques années, dans la région de la glande thyroïde, une

Page 1